« Tu veux venir avec nous faire les courses ? »
L'adolescent, dans le salon, regarda Hinata par-dessus l'épaule avant de revenir à sa console de jeu.
Enfin « sa » console… Plutôt celle de Boruto, qui s'était vue assez fortement sollicitée pour la lui prêter.
L'adolescent avait grincé des dents, plus par esprit de précaution pour ses affaires que par réel égoïsme. Néanmoins, il avait cédé.
Finalement, la machine s'était montrée ennuyeuse. Son cadet avait beau lui avoir montré le fonctionnement général et le but du jeu, il ne trouva pas ça très distrayant.
Au mieux rageant. Kawaki n'était pas vraiment du genre à accepter, ou bien vivre, les échecs successifs.
« Je suis obligé ? » demanda-t-il en dévisageant les sacs vides qu'elle tenait.
« Non, bien sûr que non. » le rassura-t-elle. « Mais Himawari vient avec moi, donc tu seras tout seul. »
Voilà qui était une première. Jamais à ce jour on ne l'avait laissé sans surveillance. Naruto n'était que très rarement absent, même pour quelques heures. Et jamais Hinata ne quittait la maison quand son mari ou son fils n'était pas dans les parages.
Ce n'était même pas pour une histoire de confiance finalement, mais plus de sécurité. La menace de Kara planait toujours et, comme convenu, on le surveillait étroitement.
« Je ne pense pas qu'une enfant soit de très bonne compagnie de toute manière. »
« Je vois. Tu préfères donc rester. » conclut-elle. « Est-ce que tu désires quelque chose en particulier ? Ou as-tu un plat préféré en tête que tu voudrais manger ce soir ? »
L'adolescent resta silencieux de longues secondes.
Vouloir quelque chose ? Un plat préféré ? Pour être honnête, il ne connaissait absolument rien à la cuisine. Tant que ça n'était pas moisi, personnellement, il s'en accommodait parfaitement. Et puis, de toute manière, depuis qu'il était ici, ce n'était pas vraiment comme s'il avait pris la peine de demander les noms des plats qu'on lui servait.
Il n'y avait que le nom « ramen » que le septième avait toujours à la bouche que le plus jeune avait fini par identifier.
Et « hamburger » aussi, il était vrai, pour d'autres raisons, avec les "taiyaki".
« Non. » répondit-il à nouveau en retournant sur sa console avant qu'elle affiche batterie faible.
Et merde… Il finit par l'éteindre sans même sauvegarder sa prestation pitoyable. De toute façon, ce n'était pas amusant. Il fallait vraiment être un gamin pour apprécier ce genre de jeu…
Il soupira bruyamment avant de poser l'appareil sur la table et d'approcher pour enfiler ses chaussures.
« Tu as changé d'avis ? » osa lui demander Himawari aux côtés de sa mère.
« J'ai juste envie de prendre de l'air. Rien de plus. » fut sa seule réponse.
C'était peut-être honteux à avouer, mais c'était la première fois qu'il mettait les pieds dans un supermarché.
Dans son village natal, jadis, à part des petites échoppes à l'ancienne, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il y avait beaucoup de magasins d'alimentation. Et clairement aucun d'aussi moderne. On se contentait, d'ailleurs, de vendre des choses très sommaires et rudimentaires telles que des œufs, des légumes, ou encore de l'alcool. Parfois aussi, quelques friandises pour les parents les plus généreux, ou de la quincaillerie en tout genre.
Mais jamais encore il n'avait vu des allées aussi grandes, proposant autant de choix pour des… céréales ?
« Ce sont les préférées de Boruto. » justifia Hinata en mettant l'une des boîtes dans son panier.
« Ça se mange, ça ? » demanda-t-il d'un regard sceptique en inspectant l'une des boîtes sur l'étagère.
La couleur était franchement… suspecte. On aurait dit une espèce de feu d'artifice coloré dans lequel on aurait fait souffler du maïs. Un peu rebutant et clairement pas très ragoûtant.
« De toute évidence, oui, même si j'essaie autant que possible de limiter sa consommation. » lui avoua la mère de famille. « Comme tu l'auras deviné, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de meilleur… »
« J'en doute pas. »
De ce qu'il avait remarqué, le garçon semblait apprécier les choses bien salé, bien sucré, et bien épicé. Toujours dans les excès en sommes...
Il détourna le regard de l'emballage en carton.
« Tu veux prendre quelque chose, toi aussi, pour le petit déjeuner ? » lui demanda son aînée, profondément avenante.
Il sembla un peu surpris qu'on lui fasse cette proposition. Avant d'arriver ici, on lui avait rarement laissé le choix sur beaucoup de choses. Si bien que cela le prit au dépourvu.
« Non. Ça ira. »
Il pouvait très bien se contenter des menus habituels. Et puis, de toute façon, il ne pouvait pas vraiment dire que les céréales l'emballaient.
« Hinata ? »
La concernée se retourna et rencontra de toute évidence une connaissance. Son visage ne disait rien à l'adolescent, mais de toute manière, ce n'était pas vraiment comme s'il connaissait tout l'entourage du couple.
« Oh, bonjour Karui ! Ça faisait longtemps. Tu fais les courses toi aussi ? »
« Et ouais… Avec un mari et une fille comme les miens, crois-moi, le frigo et les placards ne restent jamais pleins très longtemps. Je te raconte pas la galère, surtout depuis que Chocho est en pleine croissance et qu'elle a fait le choix de devenir ninja. »
Hinata se contenta de lui envoyer un sourire poli.
« Et toi ? Je vois que tu as réussi à ramener du monde pour t'aider à faire les courses. Qui est donc ce grand dadais ? »
Elle donna une petite tape amicale sur l'épaule de l'adolescent pour ponctuer son discours. Lui, retint un mouvement de recul. Il n'aimait pas particulièrement ce genre de familiarité, mais avec le temps, il avait appris à prendre sur lui malgré tout.
Il ne pouvait pas envoyer bouler chaque habitant passant trop près de lui, ni encore moins les expédier dans le décor…
« Ne me dis pas que c'est le fameux Kawaki. Chocho n'arrête pas de me parler de lui ! Je crois qu'elle t'aime bien. »
« Bah, c'est clairement pas réciproque… » rétorqua-t-il plus pour lui-même que par réelle intention d'être entendu.
Hinata sembla profondément désolée et gênée de sa réponse, s'excusant même pour lui. Mais curieusement, son interlocutrice ne prit pas véritablement cette information au sérieux. Elle rit même légèrement, amusée de la situation.
« Bah, ne t'en fais pas. À cet âge-là, c'est normal de jouer les caïds et de ne pas beaucoup s'intéresser aux histoires de cœur. Les filles ont toujours plus d'avance. » sembla-t-elle s'en convaincre.
Pour Kawaki, cela fut trop. Désireux de fuir un début d'échange stérile, il décida tout simplement de prendre le large, prétextant qu'il allait achever les courses par lui-même.
C'était un mensonge, évidemment. Notamment parce qu'il n'était pas suffisamment familiarisé avec les rayons du magasin pour réussir à tout trouver d'une traite. Mais soit. Cela lui donnerait au moins une occasion de faire un tour et de flâner en solitaire dans les allées.
Seulement, contre toute attente, cette petite virée en tête-à-tête avec lui-même fut compromise. Himawari profita de l'occasion pour à son tour fuir les côtés de sa douce génitrice, afin d'«accompagner Kawaki».
On notera que personne n'avait demandé l'avis à ce fameux garçon.
Il ne rétorqua rien, résista même à l'envie de ronchonner, et s'éclipsa avec sa cadette dans les rayons bien fournis.
Il ne fallut pas deux minutes pour que l'adolescent ne comprenne la raison de sa présence…
« Dis, on peut prendre ça aussi ? » demanda-t-elle en agitant une boîte de gâteaux avec un jouet à gagner.
« J'en sais rien. Demande à ta mère. »
Réponse simple, catégorique. L'enfant ne sembla pas s'en soucier, déposant quand même la boîte dans le panier, aux côtés d'autres friandises.
« Hé, tu crois pas que ta mère va se fâcher ? » finit-il par oser demander.
Non, en vérité, il avait plutôt peur que ce soit sur lui qu'elle passe un savon. Techniquement, étant le plus âgé, il devrait la raisonner et s'en tenir à la liste.
Techniquement.
Mais d'une, ce n'était pas franchement comme s'il avait pour habitude de faire ce qu'on attendait de lui, et de deux, il ignorait qui avait rédigé cette liste, mais c'était franchement presque illisible.
Très propre, mais illisible.
« Au pire, on reposera si elle est pas d'accord. » proposa-t-elle.
« Parce que tu crois sérieusement qu'il y a une chance qu'elle accepte de dépenser autant de thune dans des bonbons ? » lui rétorqua-t-il sur un ton aussi franc que cassant.
Elle joua nerveusement avec ses pieds.
« … Bah… Fais comme tu veux, je m'en fiche. Ça me regarde pas de toute façon. »
Elle pouvait bien y mettre tout le supermarché si ça l'enchante, ce n'était ni lui qui payait, ni lui qui les consommerait.
« Après, libre à toi de les cacher dans tes poches. Personne n'en saura rien comme ça. »
L'enfant sembla profondément choquée de ses propos.
« Ça s'appelle voler, ça, et c'est mal ! »
« Qui s'en moque, sérieux… ? » cracha-t-il.
Il haussait les yeux au ciel avant de poursuivre son chemin dans les allées. Ce n'était pas un article qui allait les mettre sur la paille de toute manière…
Et comme pour le prouver, il mit un des paquets dans sa poche de pantalon sous le regard terrorisé de l'enfant.
Ni vu, ni connu.
« Kawaki, arrête… ! »
On aurait dit que le ciel allait lui tomber sur la tête. Une partie de lui se dit que son enfance devait être bien douce pour qu'elle redoute autant les conséquences d'un ridicule petit larcin.
« Si maman le découvre, elle va pas être contente… ! »
« Et comment va-t-elle le découvrir ? Tu comptes me balancer ? Vas-y. » la défia-t-il avant de s'en aller, les mains dans les poches.
Pour la première fois de sa vie, Himawari fut prise d'un dilemme cornélien.
Finalement, elle n'osa dire mot, pas par manque d'honnêteté, mais par peur d'être entendue. Elle ne voulait pas que Kawaki puisse jouir d'une mauvaise réputation, ni encore moins que cela retombe sur ses parents et leur image.
Et peut-être aussi par envie de garder les bonbons. Parce que oui, sans surprise, avant de passer en caisse, tous les achats superflus avaient fini par regagner leur étal, cette fois encore.
Ce qui dormait dans la poche de Kawaki demeurait maintenant son seul butin. Une part d'elle eut honte d'en être soulagée.
Alors peut-être que si, finalement, c'était aussi un peu par manque d'honnêteté, même si elle essayait de se convaincre du contraire.
Tout le reste du trajet, elle resta étrangement silencieuse, jusqu'à passer devant l'animalerie.
Hinata chuchota doucement à l'oreille du garçon.
« Dépêchons-nous, pressons le pas. »
« Pourquoi ? »
Il eut bien vite sa réponse.
« Maman, on peut aller voir les animaux ? »
Il comprit.
« Hima, on y passe presque toutes les semaines… » tenta-t-elle de l'en dissuader. « Et ce n'est toujours pas aujourd'hui que je vais céder pour avoir un chat ou un chien. »
Avoir des animaux domestiques en étant une famille de ninjas n'était pas vraiment un très bon plan. Même si théoriquement elle n'exerçait plus vraiment, elle voulait bien l'admettre.
« C'est juste pour regarder… » supplia-t-elle avant de réussir à entraîner tout le petit groupe dans l'allée.
Kawaki resta plutôt de marbre face aux différentes espèces présentées. Il n'aimait ni spécialement les chiens, ni spécialement les chats. Trop demandants en soins et en affection. Tout ce qu'il ne pouvait donner.
Le simple fait qu'on puisse le renifler avec un museau humide le révulsait.
« Hima, j'ai déjà dit non… C'est beaucoup de responsabilités, un animal. En plus, il faudrait en parler avec ton père aussi, d'abord… »
« Et un poisson ? » demanda innocemment la petite fille en pointant du doigt l'aquarium où divers poissons rouges nageaient, insouciants de leur sort.
« C'est pareil, il faudrait d'abord en discuter avec ton père quand même. Ce sont des êtres vivants qu'il faut entretenir correctement. »
Kawaki haussait les yeux au ciel.
« Pourquoi faire ? Un bocal, de la nourriture de temps en temps, et le tour est joué. Ça ne doit pas être beaucoup plus compliqué qu'arroser les plantes… »
Même une enfant aussi jeune qu'Himawari devrait s'en sortir sans trop de problème.
« Détrompe-toi. » intervint Hinata. « Ton poisson sera très malheureux si tu lui apportes aussi peu de soins… Il a besoin d'un vaste aquarium, de confort, de propreté, mais aussi d'autres camarades de son espèce. Autrement, il ne vivra pas très longtemps. »
« Pour trois secondes de mémoire, je ne pense pas qu'on ait besoin de s'embêter avec tout ça. »
« C'est vraiment tout ce que tu penses d'eux… ? » lui demanda Hinata.
Ça ne sonnait pas comme un reproche, mais plus comme une véritable question.
Il haussait les épaules.
« Tu sais, bien que ce soit une idée très répandue, ça n'en reste pas moins un mythe. » lui apprit-elle. « Les poissons rouges ont une très bonne mémoire. Aucune espèce animale ne pourrait survivre dans la nature autrement. »
La mémoire, c'est la base de toute vie. Savoir retrouver son habitat, où s'alimenter, reconnaître son partenaire, etc.
Kawaki resta silencieux, mais attentif. Il porta un plus grand intérêt aux tâches colorées qui dansaient dans l'eau.
Quand il s'approcha, certains poissons s'éloignèrent de la vitre. De toute évidence, sa présence était menaçante pour eux.
« Alors quoi, on devrait leur acheter un grand bocal juste pour qu'ils soient "contents" ?! »
« Oui, parce que c'est le devoir d'un propriétaire. Et aussi parce qu'autrement, ils risquent de mourir prématurément dans de terribles souffrances. » lui apprit-elle.
Il la regarda interdit, l'air de lui ordonner de parler.
C'était la première fois qu'il semblait réellement intéressé par ce qu'elle pouvait bien dire. Habituellement, il semblait constamment excédé ou nonchalant.
« Dans un environnement trop petit, le corps arrête de grandir, contrairement aux organes. Je te laisse imaginer le funeste destin qui les attend dans ces conditions. » exprima-t-elle tristement, avant de regarder l'heure et de leur faire signe d'y aller.
Depuis lors, Kawaki n'arrêta plus de penser à ces êtres colorés.
Il les avait longtemps enviés, pour finalement se rendre compte que depuis le début, ils étaient dans la même galère : des prisonniers. En fait, la vie n'épargne personne. Il n'y a aucun moyen de fuir la souffrance, à part la mort elle-même.
Une fois chez eux, la serviabilité de Kawaki s'arrêta à déposer les courses dans l'entrée de la cuisine. Il monta dans "sa" chambre, non sans avoir au préalable jeté le paquet de friandises sur le lit d'Himawari, et attendit patiemment que l'on sonne l'heure du dîner.
Et quel dîner…
Entre Boruto qui faisait de toute évidence la tronche pour une énième raison stupide, et Himawari qui était étrangement silencieuse, le moins qu'on puisse dire était que l'ambiance était inhabituelle.
Et les parents le remarquèrent aussi.
« Bon, il y a un souci aujourd'hui ? Tout le monde a décidé de faire la tête ? » demanda Naruto, un peu agacé et intrigué par le calme régnant.
Non pas qu'il aimait manger dans le chaos, mais il y avait quand même un juste milieu.
« C'est à cause de l'animalerie, Himawari ? » demanda Hinata avec une réelle compassion.
« Non, non… » nia la petite fille en jouant avec son assiette.
« Moi, en tout cas, pour ceux que ça intéresse, c'est parce qu'on me refuse ma console. » intervint Boruto, acerbe.
« On en a déjà parlé, à table, pas d'appareil. C'est un moment familial de complicité, et j'aimerais que ça le reste. » se sermonna son père.
« La vache, quelle complicité, effectivement… Tout le monde tire la tronche et il n'y a même pas encore quelques semaines, tu ne foutais même pas les pieds à la maison pour dîner avec nous. » répondit-il sarcastique en jouant avec la nourriture.
Kawaki retint un soupir. Et voilà, énième épisode sur la dispute stérile d'un adolescent frustré…
« Eh bien justement, maintenant que je suis là, ce serait peut-être l'occasion d'en profiter, non ? »
« C'est facile de dire ça maintenant que-… »
« J'ai volé des bonbons ! » déclara subitement Himawari, les joues rouges d'embarras, faisant passer du coq à l'âne le sujet de ce dîner.
Elle sortit de sa poche l'objet dérobé.
Un léger blanc s'abattit.
L'idiote ! Kawaki se retint de tiquer. Si seulement elle s'était tue ! Pourquoi diable leur révéler ça ? Quel intérêt ? Ce n'était même pas comme si elle s'était fait prendre ! Et en plus, techniquement, c'était lui qui avait commis le délit, pas elle.
Au mieux, elle demeurait sa complice.
« Himawari…?! Mais enfin… Quand et pourquoi ? »
« Je… Je savais que tu allais me les prendre. Alors comme j'en avais vraiment envie… »
Même son mensonge était franchement mauvais, pensa-t-il.
« Je suis très déçu de toi. » lui avoua Naruto d'une voix calme mais moralisatrice. « Pourquoi as-tu fait ça ? Je vois que tu n'as même pas ouvert le paquet, en plus… »
« J'ai… J'ai pas osé les manger parce que c'est mal… »
« Et c'est maintenant que les remords t'assaillent, mais pas au moment où tu les as glissés dans ta poche ? »
« Je… Je suis désolée. » gémit-elle, honteuse, en baissant la tête.
Pour être tout à fait honnête, elle ne savait pas trop quoi dire, et ça se voyait. Trouvant le spectacle pathétique, Kawaki finit par prendre la parole, soupirant.
« C'est bon, c'est moi qui les ai volés. On peut s'arrêter là maintenant ? »
Le septième se tourna vers l'adolescent. Il ne semblait même pas douter de ses paroles. Mais par mesure de précaution…
« Tu ne dis pas ça pour la défendre, j'espère ? Bien que j'apprécierais beaucoup cet élan de solidarité. »
« Pourquoi je ferais ça ? »
Déjà que ce n'était pas son genre de se dénoncer…
« À toi de me le dire. »
Kawaki soupira.
« Nan, je ne mens pas. J'ai bien chouré cette saloperie. » confirma-t-il.
Et au contraire d'Himawari, il ne semblait pas du tout, mais alors pas du tout, impacté par la culpabilité de son acte. Et pour sa défense, il avait franchement fait bien pire. Alors non, il n'allait pas s'empêcher de dormir pour une marchandise d'une centaine de yen. Fallait pas abuser non plus.
« Pourquoi ? »
À ça… Il haussa les épaules.
« Elle le voulait, alors je lui ai pris. C'est tout. »
« Tu savais ? » demanda Hinata en se tournant vers sa jeune fille.
« Non. » répondit Kawaki pour elle. Il savait qu'elle était incapable de mentir, et n'avait pas particulièrement envie que cette journée traîne davantage en longueur.
Et Boruto non plus, visiblement.
« Alors comment est-elle au courant ? » lui demanda le septième.
Touché-coulé.
« Je sais pas, elle a dû le deviner quand je lui ai donné, vu que je n'ai pas d'argent ! »
Il inventa une excuse grossière. De toute façon, il s'en fichait. Il n'avait pas besoin qu'une gamine de même pas dix ans le couvre. Il s'était toujours assumé seul et ça n'allait pas changer aujourd'hui.
« J'apprécie le côté altruiste du geste. Mais je déplore le côté peu scrupuleux. » le sermonna le père de famille. « Il me semblait déjà l'avoir dit, mais chez moi, personne ne vole. Toi y compris. »
Kawaki tiqua.
« Ça va, il n'y a pas mort d'homme… »
« Je suis sérieux, Kawaki. » durcit un peu le ton l'hokage. « Tu ne peux pas te servir à ta guise aux dépens des autres. »
« Et pourquoi pas ? Aux dernières nouvelles, c'est plutôt comme ça que le monde fonctionne. » rétorqua-t-il nonchalant, pour ne pas dire un poil provocant. « Tu veux, tu prends. »
À ces mots, Naruto se leva.
« Kawaki, monte. » ordonna-t-il calmement. « On va discuter. »
« Et si j'ai pas envie… ? »
« Je peux toujours te porter, si tu préfères. Mais je doute que tu veuilles qu'on en arrive là. »
Il sembla hésiter quelques instants, avant de céder et de suivre d'un pas agacé le grand blond.
La dernière chose qu'il vit fut le regard inquiet de ceux restés à table.
Une fois dans le bureau, Kawaki le reconnut, il perdit un peu d'aplomb, bien qu'il essaya de garder l'ascendant.
« Eh bien quoi maintenant ? T'es venu me mettre une fessée, papa ? » l'argua-t-il en s'attardant volontairement sur chaque syllabe du dernier mot.
Naruto se pinça l'arrête du nez, exaspéré.
« Arrête tes bêtises un peu… » soupira-t-il. « Et n'entraîne plus jamais Himawari dedans non plus. Est-ce que c'est compris ? »
« Ça veut dire que j'ai le feu vert pour embrigader Boruto ? »
« Je suis sérieux, Kawaki. » se fit plus ferme l'homme. « Et d'ailleurs, ça s'applique aussi pour toi. Je ne veux plus jamais entendre ce que j'ai entendu ce soir. On est bien d'accord ? »
Le plus jeune roula des yeux avant de céder.
« Oui... »
« Promets-le moi. »
« Je te le promets, là ! T'es content ?! »
« Content, non. Mais satisfait, oui. » répondit-il. « Oh, d'ailleurs, demain vous irez rapporter la marchandise, tous les deux. »
« C't'une blague ? »
« Ça en a l'air ? »
Non, de toute évidence, non.
« Bien. Puisqu'on s'est entendu, redescendons avant que le repas ne soit froid. » conclut le septième.
Kawaki resta un peu pantois.
« Quoi… ? Et c'est tout ? Tu m'as fait monter juste pour me dire ça ? »
Ça aurait très franchement pu se faire en bas, sous les yeux et les oreilles de tous !
« Oui… Et ? Quel est le problème ? »
Kawaki fronça les sourcils, l'air de ne pas trop comprendre le cinéma auquel s'adonnait son tuteur.
Naruto comprit.
« Je n'ai pas franchement l'impression que la violence soit une méthode d'éducation très efficace. Et quelque chose me dit que c'est encore plus vrai avec toi. En revanche, je constate que quand tu n'as pas de public pour être spectateur de tes bêtises, tu es beaucoup plus calme et raisonnable. Sur ce, je t'attends en bas. »
Kawaki ne l'avouerait probablement jamais, mais ce soir-là, il s'était senti soulagé.
