— Mais pourquoi ?
— Je ne sais pas.

Anise était assise sur une chaise près du lit où reposait son compagnon. Opéré en urgence, les médecins avaient retiré les deux balles de carabine avant de le ramener dans une chambre. Melissa et Chris se tenaient au bout du lit, silencieux.

— Il doit sentir quelque chose, dit alors Chris.
— Sentir quoi ? Est-ce qu'il a eu peur que je meure ou...?

Chris ne sembla pas trouver quoi répondre et haussa les épaules. Une infirmière entra alors dans la chambre et s'excusa.

— Comment ça va, Alpha ? demanda-t-elle
— Je me sens encore un peu faible, mais d'ici demain ce sera rentré dans l'ordre.
— Si nous pouvions avoir que des patients comme vous qui guérissent à la vitesse de la lumière...

Scott sourit.

— Vous n'aurez plus de travail très vite, répondit-il.
— c'est vrai. Bien, je vais voir avec le médecin, mais je pense que vous pourrez sortir dès demain, peut-être ce soir, dit l'infirmière.

Elle fit un signe de tête aux trois autres puis quitta la chambre. Scott soupira alors.

— Nous vous laissons, dit Chris. Tim voulait venir, mais j'ai préféré le laisser avec Beth.
— Tu as bien fait, répondit le jeune homme. Je le verrais demain.

Melissa sourit puis embrassa son fils sur le front avant qu'ils ne quittent à leur tout la chambre. Anise devint aussitôt sombre et perdit son sourire.

— À quoi tu penses, ma femme ? demanda son compagnon.
— À Liam. Je ne comprends pas pourquoi il s'en est pris à Isaac comme ça... Je n'ai rien dit ou fait de particulier et Isaac m'a attrapée à la gorge, mais il m'a relâchez et Liam s'est alors jeté sur lui...

Scott serra les lèvres et lui prit la main. Elle le regarda d'un air à la fois triste et perdu.

— Ne t'en fais pas, c'est sûrement les conséquences du départ de Gustave, dit-il. Il est un peu à crans et il ne sait pas comment l'exprimer sans repartir dans ses anciens travers.
— Tu as sans doute raison. J'irais lui parler tout à l'heure. Il a probablement eu peur que tu te fasses tuer, aussi.
— Sans doute. Et moi aussi. Jamais je n'aurais cru me faire attaquer de la sorte... Ce mec n'a même pas sourcillé, il m'a vu avec Parrish et BAM, une balle pour lui, deux pour moi.

Anise pencha la tête.

— On n'a entendu que deux tirs.
— Il y en a pourtant eu trois, je t'assure. Du moins, c'est ce dont je me souviens...
— Nous n'avons entendu que deux détonations en tous cas, mais on verra s'il a quelque chose à dire au Shérif...
— J'en doute. Ce genre de personne n'a pas la lumière à tous les étages, ils sont...

Le téléphone d'Anise lui coupa la parole et la jeune femme le récupéra dans son sac à main.

— Anise Lambert, j'écoute ? Shérif ? Nous parlions de vous, justement. Oui, je suis avec Scott, pourquoi?

La jeune femme fronça les sourcils en revenant vers le lit.

— Je vous mets sur haut-parleur, dit-elle alors. Allez-y.
Merci. Bonsoir, Scott, on m'a dit que tu allais bien ?
— Oui, ça va, je m'en tire pas trop mal. Qu'est-ce qui vous amène ?
C'est au sujet du tireur de la maison de luxe. Il refuse de parler, mais j'ai appris qu'il n'était pas un inconnu pour les otages.
— C'est à dire ?
C'est leur fils.

Le couple échangea un regard surpris.

— Répétez ? demanda Anise.
C'est leur fils. L'homme et la femme les plus âgés des otages. Le tireur est leur fils aîné et les deux autres sont leur fille et le compagnon de celle-ci. Ils étaient venus en vacances ici pour changer de New-York, ils ignoraient que leur fils avait amené un fusil... Et allait faire une telle chose.

Anise cligna.

—New-York ? Ils sont d'un clan de magiciens de New-York ?
Euh... Je ne le leur ai pas demandé. C'est important ?
— Non, pas pour votre enquête, mais pour moi si. Ce ne sont pas des Salem, juste des magiciens comme le père de Danny, mais s'ils viennent de New-York, alors ils sont les membres d'une famille très ancienne et très riche.
— D'où la maison, dit Scott. Vous nous tenez au courant, Shérif ?
Oui, mais remets-toi tranquillement, Derek va prendre la suite en ton absence.
— Je n'en doute pas une seconde. Merci d'avoir appelé.

Noah opina puis Anise baissa le téléphone et observa l'écran un instant. Elle souffla ensuite par le nez puis regarda sa montre et décida d'aller trouver Liam avant qu'il ne rentre chez lui.

— Sois prudent avec lui, ma puce... Je ne voudrais pas qu'il te blesse d'une manière ou d'une autre et s'en veuille ensuite pendant des mois...
— C'est mon fils de cœur, chéri, il ne me fera jamais de mal. Repose-toi, je t'appelle demain matin pour te raconter.

Scott plissa le nez.

— J'aurais préféré que tu restes avec moi cette nuit...

Anise haussa un sourcil et esquissa un sourire en coin. Elle se pencha ensuite sur Scott pour l'embrasser une longue seconde.

— Tu n'es pas en mesure de faire quoi que ce soit, mon amour... dit-elle doucement en posant une main sur sa cuisse.

Il grogna et la repoussa. Croisant les bras , il détourna la tête et la jeune femme rigola doucement, amusée, avant de quitter la chambre puis l'hôpital. Elle n'était cependant pas dehors depuis deux minutes qu'elle sentit une présence surnaturelle et pivota pour découvrir Liam à quelques mètres de là, les mains dans les poches, le nez baissé.

— Viens là... dit-elle sans autre mot en tendant les bras.

Le jeune loup ne se fit pas prier et se laissa enlacer une longue seconde avant de reculer. Ils s'assirent ensuite sur un banc et Liam soupira.

— Je suis désolé pour tout à l'heure... J'irais présenter mes excuses à Isaac dès que je partirai d'ici.
— C'est bien, mais ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi tu as réagi de la sorte... Isaac a été un peu brutal, je l'admets, mais pas au point de se faire attaquer la sorte. Cela ne le méritait pas.

Liam baissa le nez.

— Je l'ai fait par instinct, dit-il en secouant la tête. Anise...
— Quoi ? Est-ce que c'est l'absence de Gustave qui te rend aussi imprévisible ?
— Non, je... Je ne sais pas, il me manque oui, c'est certain, mais il y a autre chose...

Anise fronça les sourcils ; Liam se tourna alors elle et l'observa de haut en bas.

— Je sens quelque chose en toi, dit-il. Quelque chose de différent de d'habitude.
— Mes pouvoirs fluctuent sans cesse, répondit la jeune femme. Je suis une sorcière de Salem, je suis très puissante et...
— Non, ce ne sont pas tes pouvoirs magiques, c'est autre chose... Je sens une présence...
— Je ne comprends pas...

Liam se mordit la lèvre.

— Anise... Je crois que tu es enceinte... lâcha-t-il alors.

La jeune femme demeura stoïque, cligna le temps que l'information monte à son cerveau, puis pencha la tête. Ouvrant la bouche, elle laissa échapper un souffle saccadé et se redressa ensuite.

— Tu le savais déjà, n'est-ce pas ? demanda alors Liam. Anise...
— Je... Non, je l'ignorais mais j'ai du retard et... J'allais prendre rendez-vous chez le médecin pour faire une prise de sang la semaine prochaine si je n'avais pas eu mes règles...

Elle regarda le jeune loup.

— Comment le sais-tu ? Et pourquoi Scott ne le sent pas ?
— Parce qu'il n'est pas lié physiquement à un extra puissant magicien... Du moins, pas le même que moi.

Anise se mordit la lèvre et sentit les larmes monter. Liam la prit dans ses bras un instant puis elle recula en reniflant. Elle leva la tête vers les fenêtres de l'hôpital et se leva.

— Je dois le lui dire, dit-elle.
— Pas maintenant, c'est trop tôt.
— Pourquoi ?
— Anise, je connais Scott, si tu lui dit maintenant que tu es enceinte et qu'il arrive quelque chose, il ne se le pardonnera jamais... Fais-toi d'abord confirmer la chose et les dates, ensuite tu aviseras.

Anise déglutit.

— Tu n'en parles à personne, répondit-elle. Je le dirais à la meute une fois que Scott sera au courant, il soit être le premier à l'apprendre et par moi et personne d'autre.
— Oui, tu as ma parole. Je ne dirais rien.

La jeune femme hocha la tête puis tourna les talons et retourna dans l'hôpital pour se faire indiquer le service de gynécologie...

.

Perturbée par la nouvelle que Liam lui avait lâchée, Anise eut bien du mal à rester concentrée durant les jours qui suivirent, à attendre les résultats de ses examens mais aussi à cause de Scott. En effet, alors qu'il pensait pouvoir sortir dès le lendemain, ainsi que toute la meute et l'hôpital, ses plaies s'infectèrent brutalement durant la première nuit qu'il passa à l'hôpital et, malgré ses capacités hors du commun, son corps ne parvint pas combatte l'infection et il fut contraint de rester en observation, sous perfusion avec un cocktail de médicaments qui asomeraient n'importe qui d'autre.
Cela n'arrangea pas les affaires d'Anise qui dû prendre une partie de ses congés à la Pharmacie pour remplacer son compagnon à la tête de la meute. Heureusement, Derek était là et l'aidait beaucoup, tout comme Liam et Isaac qui s'occupaient de distribuer les patrouilles de nuit et de jour, chose que faisait Scott en temps normal.

— Ils ont dit quand tu pourrais rentrer à la maison ?
— D'ici deux ou trois jours. Ils ne comprennent pas pourquoi mon corps ne combat pas l'infection, ni même d'où elle vient, mais elle semble s'atténuer avec le temps...
— Ça pourrait être un sortilège ?

Scott et Anise regardèrent Melissa qui s'affairait a changer les draps du lit d'hôpital de son fils. Elle n'était pas en service ce jour-là et avait décidé d'épargner ses collègues du service en s'occupant exclusivement de son fils et de sa chambre.

— Un sortilège ? Maman, ces magiciens sont à peine capables d'allumer une bougie sans outil...
— C'est ce que vous pensez, mais certains cachent bien leur jeu, hein...

Anise baissa le nez. Jusqu'à ce que sa famille la rappelle, elle n'avait dit à personne descendre d'une famille de sorcières de Salem, et elle savait que Melissa lui en voulait un peu. Non pas pour être une sorcière, mais plutôt pour leur avoir caché la vérité sciemment.

— Laissez-nous, Melissa, vous voulez? demanda-t-elle.
— Pourquoi ?
— Je voudrais parler à Scott de choses concernant la meute et qui ne vous regardent pas.

Melissa croisa le regard de son fils qui hocha la tête. Elle abdiqua donc et quitta la chambre en emportant les draps sales, non sans marmonner un peu.

— C'est sa fête aujourd'hui ? demanda Scott.
— Non, pourquoi ? Elle est juste encore remontée contre moi parce que je n'ai pas annoncé dès notre rencontre que mes parents étaient des Salem...

L'amertume était présente dans sa voix et la jeune femme soupira ensuite.

— Tu ne le savais même pas, répondit Scott.
— Toute ma famille sont des sorcières ou sorciers de Salem, j'aurais dû m'en douter, tu ne crois pas ? J'ai délibérément renoncé à suivre l'enseignement de mes parents parce que je refusais toutes ces inepties, au final, je suis la compagne d'un Alpha loup-garou, j'ai une meute de plus de trente personne qui me voient comme le messie et j'ai été obligée d'embrasser mon destin, tout ça en quelques mois, et tout ça parce que je suis tombée folle amoureuse d'un...

Son portable sonna au même moment et elle jura entre ses dents en le prenant mais Scott le lui prit des mains et décrocha.

— Portable d'Anise Lambert, dit-il. Non, elle est indisponible. Je suis son compagnon. Oui. Je le lui dirais. Au revoir.

Il raccrocha et Anise souffla.

— C'était la Pharmacie, ils veulent te voir demain matin sans faute à ton poste sinon tu seras licenciée.
— Oui, bien sûr, je n'avais pas l'intention de rester plus longtemps... Ils ont déjà fait une exception en m'autorisant à partir alors que je ne travaille pour eux que depuis un mois...
— Circonstances exceptionnelles, répondit Scott. Viens ici maintenant, tu as besoin d'un câlin.

La jeune femme esquissa un sourire et s'allongea contre son compagnon malgré l'étroitesse du lit. Elle passa son bras autour de son ventre en essayant de ne pas toucher le bandage et il la serra contre lui en l'embrassant sur la tête.

— Au fait, tu as pu parler avec Liam ? demanda-t-il.
— Oui, il attendait devant l'hôpital quand je suis partie, l'autre jour. Tu as raison, le départ de Gustave le perturbe, leur lien magique est distendu et ça le met un peu sur les dents, si j'ose dire. Heureusement, avec ton absence, il est bien occupé et je pense que tu pourras déléguer quand tu rentreras. Isaac et lui s'occupent très bien de la répartition des missions de nuit pour les loups.
— C'est ce que j'ai cru comprendre, répondit Scott. Je verrais.

Anise sourit puis s'installa contre lui et soupira de plaisir. Les bras de son homme avaient toujours eu un effet positif sur son esprit pollué en permanence par les souvenirs des sorcières ancestrales et de leur rivalité mortelle avec les loups-garous... C'était fatigant à la longue.