Hello!

Je sais, on s'en fiche de mon blabla. Vous voulez déjà la suite, hein?

Journal des reviewers

JeffdebrudgeFR : A ce point? Fichtre, j'ai intérêt à assurer à fond alors! (ça tombe bien, c'est que j'ai prévu de faire). Désolée pour les gros paragraphes, j'ai tendance à avoir la main un peu lourde sur les descriptions de paysages ou de sentiments intérieurs. Je prends note pour les prochaines fois!

Yurika : Je respecte complètement le travail des yaoistes mais je n'aime pas les histoires avec un couple "non officiel" (moi et mon fichu caractère anti OOC lol). Et puis, soyons honnêtes : l'anime est ultra frustrant! Je pouvais pas laisser passer ça! XD En tout cas, un grand merci pour ta belle review, ça fait très très plaisir. J'espère sincèrement que la suite te plaira autant.

Ah oui, et merci également aux gens qui suivent l'histoire même sans laisser de reviews, ça fait aussi très plaisir.

Alors, si on approfondissait un peu plus cette proposition?


Chapitre III : Enfin reconnu?

Elle finit par lui sourire de toute sa bonne humeur.

_ Je voulais te proposer d'accéder à ton rêve. Et accessoirement, libérer cette jeune fille de sa forme hybride.

Le temps avait suspendu sa course, l'atmosphère s'était figée. Yato s'était pour ainsi dire transformé en statue tant son immobilisme était effrayant de perfection, son regard perdu dans un point dans le vague. Accéder... à...

_ ... son rêve? s'exclama Hiyori avec joie. Vous voulez lui...

_ ... construire mon propre temple avec mes prêtresses personnelles et tout et tout?! Amaterasu-sama !

Des étoiles crépitant dans ses pupilles, le jeune homme avait retrouvé toute son énergie, au point de s'être presque téléporté près d'Amaterasu pour prendre ses mains dans les siennes. Cette action brusque fit même un peu peur à Murakumo et Kusanagi qui avaient eu un même mouvement pour se lever afin de protéger leur maîtresse.

_ Vous pouvez vraiment faire ça? réinterrogea Yukine, pantois. Alors que...

Le garçon préféra se taire, de peur de trop en dire, et baissa le nez. Le fond de sa pensée était qu'il s'était étonné qu'une déité principale puisse proposer à Yato d'avoir un temple dédié alors celui-ci n'était guère bien reconnu parmi ses pairs spirituels. Morts nombreuses sur la conscience - dont certaines divines - et plus récemment, acquisition d'une Arme Divine qui ne s'était pas illustrée de la meilleure des façons lors de ses débuts... Yukine s'en voulut car bien qu'il se réjouît de cette bonne nouvelle pour son maître, une part de lui ne pouvait que s'étonner d'une si alléchante proposition.

En relevant les yeux, il croisa ceux d'Amaterasu qui, au sourire indulgent qu'elle lui rendit, lui fit comprendre qu'elle avait deviné ce qui le tracassait. Alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre, ce fut son frère qui parla :

_ Tu nous as pris pour des artisans BTP? grogna Tsukuyomi en éloignant Yato de sa sœur.

_ Tsu ! s'indigna la jeune femme blonde à sa gauche. Pardonnez-le, mon frère est un peu... "ronchon" pendant la journée - elle lui cacha le profil de sa bouche pour articuler en silence "Lu-na-ti-que" avant de reprendre à voix haute - A la nuit tombée, c'est un garçon sensible et très gentil.

Nos trois compères, discrètement appuyés par de petits hochements de tête de la part de Murakumo, Kusanagi et Usagi, eurent un petit rire gêné tandis qu'Amaterasu leur expliquait qu'au tout début, elle et son frère ne pouvaient même pas cohabiter tant leur personnalités s'opposaient. A présent qu'ils pouvaient vivre sous le même toit, elle ne pouvait qu'excuser ce "petit désagrément". Cela dit, aucun de nos amis ne pouvait tenir rancune au dieu de la nuit de ne pas être à son aise en pleine journée. Ils avaient d'ailleurs presque pitié pour lui tant son état de fatigue était flagrant. Il devait beaucoup prendre sur lui. Heureusement pour lui, la petite Usagi n'avait l'air nullement gênée par ces changements de personnalité ; la voici qui tapotait l'épaule de son maître pour l'apaiser ce qui, à la grande surprise de nos amis, sembla marcher car le dieu se renfrogna en silence, la main sur son crâne.

L'explication passée, Amaterasu reprit.

_ Pour te répondre, Yato, non, il ne s'agit pas vraiment de cela. Tu comprends bien que ce sont les humains qui choisissent de nous vénérer et donc, décident d'eux-mêmes de nous dresser un autel à notre attention. Je ne t'apprends rien à ce sujet.

Malgré lui, son interlocuteur laissa échapper une épine de déception le piquer au fond de lui. Hélas, elle avait raison. Il était tabou chez les kamis d'influencer les hommes pour servir leur propre gloire et malheur à celui qui contraignait un mortel de le célébrer. Ceci était d'ailleurs si impardonnable que Yato ne se souvint pas avoir déjà entendu parler d'un cas comme cela. A moins que les fautifs, s'il y avait eu, n'eussent été détruits par de puissants semblables. La joie de Hiyori et Yukine avait elle aussi été quelque peu excoriée si l'on jugeait leur mine un peu éteinte. Mais ils comprenaient aussi l'argument de la déesse.

Cette dernière s'attendrit de ces visages et s'empressa de les rassurer en leur promettant que le dur labeur qu'ils avaient accompli jusqu'ici en exauçant des souhaits leur permettrait à terme de construire ce temple si désiré.

_ Mais ce que je te propose, c'est en quelque sorte de t'élever dans les sphères spirituelles afin de gagner en importance et donc, à terme, d'être davantage reconnu des hommes. La finalité ultime pour toi étant donc d'avoir ton propre sanctuaire.

Hiyori cligna des yeux, incertaine d'avoir bien compris.

_ Vous voulez faire de Yato un dieu majeur, c'est ça?

_ Oui et non, soupira Tsukuyomi dont la tête finirait bien par retomber sur la table s'il ne se ressaisissait pas un peu. A présent que l'âge d'or des dieux est révolu depuis des siècles, il n'est pas théologiquement possible de le dresser à ce rang. Cependant, notre but est plutôt de lui octroyer davantage de puissance pour développer ses pouvoirs et qu'il puisse accomplir de plus grandes choses pour les hommes.

Il y eu un bref silence dans l'assemblé tant celle-ci était impressionnée d'avoir entendu le dieu de la lune sortir un discours si long par rapport à sa vivacité physique. Amaterasu mesurait aussi la performance et Usagi applaudit même son maître qui bougonna en remontant ses lunettes parme sur son nez.

Ce court intermède permit à Yato d'analyser les données qu'il enregistrait, le cœur battant. Lui donner plus de pouvoir pour se faire connaitre? Tsukuyomi avait raison. Les humains de ce siècle n'étaient pas ceux d'autrefois, ils ne s'en remettaient plus autant aux forces supérieures, bien que leur superstition fût toujours au rendez-vous - c'était d'ailleurs pour cela que les kamis existaient toujours. Il ne pouvait donc pas débarquer la fleur au fusil avec une belle et forte notoriété et dire "Vous avez vu comme je suis important? Vous pouvez me vénérer !", non, ça ne marchait pas ainsi. Toutefois, avec plus de pouvoir, il pourrait chasser plus de monstres, être plus performant, accepter des missions plus difficiles et ainsi, marquer de meilleure façon les esprits. Esprits qui, fort reconnaissants d'avoir été ainsi aidés, finiraient sans doute par se décider à ériger un autel rien qu'à lui. Ce petit raisonnement fait, Yato eut le sentiment que son temple était proche, tout proche. Il sentait presque l'odeur du bois de l'édifice et le parfum de l'encens qui brûlait n'avait jamais été aussi vivace. Oh, et là-bas, la belle prêtresse qui...

Un violent coup de coude dans les côtes l'arracha à sa douce rêverie.

_ AÏE ! Mais ça va pas, Yukine ? s'écria le jeune homme, le poing menaçant.

_ Tu étais en train de rire comme un demeuré, c'était carrément flippant en plus d'être ridicule !

Petit coup d'œil aux autres qui le dévisageaient d'un air médusé, sauf Hiyori qui secouait tristement la tête avec dépit. Peut-être avait-il pensé trop intensément. Amaterasu ne fit pas attention aux excuses embarrassées de Yato et préféra se tourner vers la seule mortelle de l'assistance.

_ Qu'en dis-tu, Hiyori-san? Yato serait aussi en mesure de te rendre ton état normal sans problème.

La jeune fille n'était pas dans la meilleure des positions.

_ O-Oui... Mais...

Elle se tut, sa balance d'hésitation oscillait. Certes, elle réclamait depuis le début qu'elle voulait retrouver pleine possession de son corps, qu'elle voulait redevenir normale, au point d'avoir suivi Yato dans ses aventures pour être exaucée. Mais à présent qu'elle s'était profondément attachée à lui et à Yukine, Hiyori n'était plus si sûre de vouloir voir sa situation changer. Elle n'osa pas avouer cela à la déesse par peur de sa réaction. S'il y avait une chose que la jeune humaine avait retenue suite à sa rencontre avec le dieu, c'était qu'il était mal vu pour lui d'être avec elle, une humaine semi démon. Yato avait une chance d'être à son tour exaucé, elle ne voulait pas compromettre cette opportunité.

Ses pensées dirigèrent inconsciemment l'adolescente qui se surprit à rencontrer le regard de son ami. Elle comprit qu'il songeait à la même chose, seule son expression lui demeurait difficile à cerner. Repensait-il à ce jour où elle lui avait demandé de rester toujours à ses côtés contre cinq yens symboliques? Ou au contraire qu'elle devrait se réjouir de pouvoir être peut-être libérée? Cette facilité qu'il avait de pouvoir se dissimuler derrière un masque impénétrable la désolait de plus en plus.

Elle préféra esquiver à son tour.

_ Mais... Vous faites souvent cela? Je veux dire, promouvoir ainsi des kamis mineurs...

Sa question lui apparaissait pertinente et à en juger le sourire discret d'Amaterasu et le fait que Tsukuyomi se redresse un peu sur son séant pour lui jeter un coup d'œil rapide, la jeune fille en conclut que c'était le cas. Yato était aussi intéressé de connaitre la réponse ; il n'avait jamais entendu parler de ce genre de pratique auparavant.

_ Non, mais cela peut arriver, nuança le dieu de la lune avec un bâillement. La dernière Elévation remonte à des siècles et des siècles.

Sa sœur confirma qu'il s'agissait d'une pratique exceptionnelle qui ne se décidait qu'après étude minutieuse du "dossier" de la divinité concernée. Autrefois, c'était les parents d'Amaterasu et Tsukuyomi, les légendaires Izanagi et Izanami, qui s'occupaient de ce type d'audience, mais ces derniers étaient devenus trop âgés et préféraient profiter d'une retraite bien méritée. Ils avaient donc délégué ce pouvoir à leurs enfants en leur ayant fait promettre de ne pas en abuser, l'Autre Côté étant peuplé de nombreuses déités profiteuses, il ne fallait pas qu'un trop grand pouvoir n'échût à n'importe qui.

Passée l'angoisse d'avoir cru pendant quelques instants qu'il aurait pu être mis en présence des deux tous premiers dieux du Japon, Yato fut envahi par la perplexité, imité de ses deux amis qui firent le même rapprochement que lui. "Etude du dossier de la divinité concernée"? Avait-il bien entendu? Si cela était le cas, quelques micros détails de son "dossier" avaient dû passer à la trappe... Son doute devait être plus fragrant qu'il ne le voulut car Tsukuyomi le prit de court :

_ "Dans ce cas, pourquoi moi?", subodora avec justesse le dieu lunaire, un mince sourire ironique ourlant ses lèvres. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que de l'Autre Côté, tu es un kami de la calamité, Dieu Yato. Nous avons aussi eu vent de certaines de tes frasques passées.

Le regard perçant qu'il braqua droit sur lui donna à Yato le sentiment d'être scanné de part et d'autre de son cerveau.

_ Je suis le dieu de la lune. Je vois bien plus facilement les ténèbres qu'Ama.

Au moins, le message était clair. S'il avait pour but d'effrayer le candidat à la promotion divine, c'était raté car celui-ci avait pleinement conscience de sa croix et de ses péchés. Ce dernier soutint le jugement silencieux sans ciller. Au contraire, il voulut même prouver que cela ne lui importait pas :

_ Et cela vous convient, Amaterasu-sama?

_ Disons que pour l'instant, j'ai surtout entendu parler d'un kami très actif ces derniers temps auprès des hommes et efficace dans sa chasse aux ayakashis. Cela prouve sa motivation à avancer.

Le jeune homme fronça un bref instant les sourcils, interpellé par la pointe de malice mystérieuse qui avait brillé dans les iris paille de la divinité. Sous-entendait-elle quelque chose? Il n'eut le temps de s'interroger plus car la voix ravie de Hiyori le tira de ses pensées confuses :

_ N'est-ce pas génial, Yato? Tu pourrais enfin avoir cette reconnaissance tant attendue.

Elle alors, toujours à ne voir que la beauté des choses. Il aurait bien lui retourner un visage aussi joyeux s'il n'était pas aussi déconcerté par tout cela. C'était presque trop beau pour être vrai même s'il ne pouvait se résoudre à imaginer une quelconque machination. Les divinités de rang si avancé comme Amaterasu et Tsukuyomi avaient bien mieux à faire que d'entourlouper celles de niveau inférieur. Un bref coup d'œil à Yukine lui indiqua qu'il ne pouvait pas compter sur son avis, le jeune garçon avait l'air tout aussi perdu.

En résumé, deux grands noms du panthéon japonais lui proposaient de monter en grade magique tout en étant parfaitement conscients qu'il n'était pas été un ange dans sa jeunesse divine. Amaterasu plaidait en sa faveur grâce à son dévouement récent à proposer ses services aux humains et Tsukuyomi l'avait à l'œil pour ses erreurs de parcours. Hiyori l'exhortait d'accepter, Yukine était indécis et lui avait des petites lumières orange qui clignotaient partout en sa tête pour lui dire "Bizarre !" Bizarre !". Bref, il n'était pas aidé. Amaterasu lut son trouble et voulut le dissiper.

_ C'est une offre très sérieuse, Yato. Tu peux tout aussi bien la refuser si elle ne te convient pas.

Silence.

_ Concrètement, comment cela se passerait-il? demanda le dieu en croisant les bras sur sa poitrine.

_ L'octroi de tes nouveaux pouvoirs?

_ Oui.

Amaterasu se tourna vers son frère qui, semblait-il, était celui qui était le plus informé. L'homme se massa le menton d'un air pensif puis expliqua que son Elévation consisterait en une sorte de cérémonie que l'on pouvait grossièrement comparer à une ablution d'Arme Divine. Il s'agissait d'une concentration extrême d'énergie en un point donné de lui-même et Amaterasu vers Yato. La passation de pouvoir était assez brève mais la préparation demandait temps et concentration.

_ Ce qui est très paradoxal, c'est que l'énergie rassemblée est phénoménale par rapport au résultat final que tu auras, s'amusa le dieu avec un rire. C'est bizarre, mais c'est comme ça.

_ On verra les détails plus tard, Tsu.

_ Pssst...

Haussement de sourcil général. Vraiment lunatique, oui.

Yato ferma les paupières, la tête baissée sur sa poitrine, et un nouveau silence se fit. Hiyori et Yukine guettèrent leur ami avec impatience, leur cœur faisant des bonds dans leur poitrine. Qu'allait-il décider? Quand il rouvrit les yeux, ce fut un regard déterminé qu'il adressa à l'assemblé.

_ J'accepte.

C'est fou. Le simple fait d'avoir prononcé ce mot l'avait délesté d'un énorme poids dans l'estomac. Il se sentait tout guilleret et léger comme un papillon à imaginer sa nouvelle vie avec ses nouveaux pouvoirs. Sur ce, le jeune homme termina d'un trait son thé, bondit sur ses pieds et se dirigea allègrement vers la sortie. Eh bien alors? Qu'attendaient-ils? En route pour cette céré...

_ Oh, Yato... l'arrêta Amaterasu.

Son sourire cachait avec grande peine son envie de rire.

_ Pardon, c'est de notre faute mais... Nous n'avons jamais dit que nous t'exaucerions sans rien en échange.

Stupeur générale sauf pour le concerné qui s'en voulut de s'être laissé prendre par les sirènes de la facilité. Ca lui apprendrait à être trop impatient. Cela dit, entre ça et les sourires narquois des jumeaux et celui, plus tempéré de la déesse du soleil, difficile de dire ce qui l'énervait de plus. Qu'à cela ne tienne ! Il ne donnerait à personne le plaisir de se gausser de lui. Paré de sa plus inébranlable superbe, le jeune homme fit demi-tour et regagna sa place, non sans fulminer en silence.

_ Bien sûr que non, concéda le dieu d'un ton qu'il voulut poli quoique crispé. Et que voulez-vous donc?

_ Rien de plus simple : que tu nous prouves que tu es digne de ce pouvoir.

Il cligna des yeux.

_ Pfoua ! C'est tout? s'exclama Yato avec suffisance. J'ai tellement enchaîné ces dernières semaines que ça sera du gâteau ! Ha ha ha !

_ Yato... murmurèrent Hiyori et Yukine, incertains.

Ses amis le laissèrent partir dans ses délires égocentriques car il était déjà trop tard pour le faire redescendre sur terre mais l'étrange expression de satisfaction qui s'était peinte sur le visage des divinités majeures leur chuchotait que Yato avait bien tort de partir déjà gagnant. Qu'est-ce qu'ils mijotaient?

_ On va devoir se battre? demanda Yukine - il préférait savoir au plus tôt pour mieux se préparer.

Amaterasu lui fit un clin d'œil malicieux, comme si elle lui confiait un secret léger et amusant.

_ Qui sait? chantonna la rayonnante jeune femme. Je vous dirais seulement que Yato sera soumis à trois épreuves et que nous serons trois juges pour décider de la validité du résultat : Tsukuyomi, moi et un troisième juge dont je tairai l'identité. C'est-un-se-cret !

Voilà que le mystère gagnait en ampleur. Naturellement, tous pensaient qu'il était légitime de fournir des gages de confiance aux dieux pour recevoir une belle récompense mais d'un autre côté, il y avait de quoi s'interroger. Il était aussi tout à fait inutile de demander plus de détail maintenant, ce serait trop facile.

Malgré cette vague ombre au-dessus de son beau sanctuaire rêvé, notre héros refusait de laisser passer une telle chance d'approcher son cher désir. Il se demandait même pourquoi il avait tant hésité. Il balaierait ces trois tests d'un revers de manche et à lui son propre domaine saint.

_ Je relève le défi, décréta le kami, une lueur confiante et conquérante brillant au fond des yeux. J'affronterai vos épreuves pour ce pouvoir.

Amaterasu applaudit brièvement des mains, toute extatique, suivie de Tsukuyomi qui étira un sourire de quelqu'un qui s'attendait à assister à quelque chose de palpitant. D'un même mouvement, les armes divines hochèrent la tête en signe de bonne chance. Quant à Hiyori et Yukine, ils comptaient bien donner tout le soutien possible à leur champion. Ce challenge allait être quelque chose de très excitant.

_ Nous acceptons votre décision, Dieu Yato, déclara la déesse du soleil en se levant imitée des autres. La première épreuve débutera demain. En attendant, vous êtes nos convives. Cette demeure est vôtre pour le temps que nécessitera l'Elévation. Faites comme chez vous.

Sur ces mots, elle fit signe à Murakumo et Kusanagi qui se levèrent, toujours aussi synchrones. Ils guideraient leurs invités jusqu'à leurs appartements. Après quelques remerciements et autres courbettes, nos trois amis prirent congés de leurs hôtes et suivirent les jumeaux dans le dédale de couloirs de la demeure.

C'était peu dire que cette maison était immense. Les corridors semblaient longs de plusieurs centaines de mètres au point qu'il était possible de peindre toute la vie d'un individu en une seule fresque longiligne. Nombreux panneaux ornés représentaient divers portraits traditionnels des kamis lors de moments marquants de leur vie. Cette femme lourdement chargée de kimonos, le visage rond et ses cheveux de jais remontés en chignon était bien loin de ressembler à Amaterasu. Et cet homme d'âge mûr baigné d'une auréole lunaire qui était estampé sur cet autre mur semblait plus alerte que le vrai Tsukuyomi. Tiens, et là, sur cette peinture plus loin, qui était...

La voix de Yukine couvrit les interrogations artistiques de Hiyori et interrompit le fil de sa pensée.

_ Cette résidence est digne d'un palais shogunal, avoua le blondinet, les bras croisés derrière la tête. Si un ayakashi se cachait là, il aurait du temps devant lui avant qu'on le trouve.

_ Aucun ayakashi ne peut franchir l'enceinte de ce domaine, l'arrêta aussitôt la voix monocorde de Kusanagi.

_ Un kekkai semblable à celui des sanctuaires le protège, grâce à l'énergie spirituelle des maîtres des lieux, poursuivit son frère. Toute intrusion extérieure est détectée et arrêtée aussitôt.

Hiyori eut la désagréable sensation que ce petit discours lui était insidieusement adressé. Elle avait bien compris qu'elle était le "monstre" que l'on avait laissé entrer et que cela perturbait la sainte et stable aura spirituelle des lieux. Cela la peinait un peu mais son statut d'hybride n'avait pas eu l'air d'incommoder ses hôtes. Au contraire, Amaterasu s'était montrée tolérante et fort aimable avec elle. Qu'à cela ne tienne, la jeune fille se promit de faire des efforts de concentration pour éviter de trop se transformer et embarrasser les divins maîtres qui l'accueillaient.

Lorsqu'elle émergea de ses pensées, la jeune humaine découvrit qu'elle avait été semée du reste du groupe. Elle s'arrêta aussitôt, oubliée au détour d'un couloir. Où étaient donc les autres? Ils étaient encore devant elle, il y avait quelques instants à peine. Elle se retourna et analysa le couloir. Peut-être avait-elle oublié de tourner à une précédente intersection? Elle re-pivota sur ses talons. A moins que...

_ Ah !

Elle sursauta si fort qu'elle aurait juré que sa queue magique en était sortie. Juste devant elle et sorti d'on ne sait où, se tenait un jeune adolescent. Ou une jeune adolescente. En fait, il était impossible de déterminer le sexe de cet enfant de douze-treize ans environ qui la dévisageait avec une attention extrême. Son visage androgyne n'avait rien qui pût le rapprocher plus d'un genre que d'un autre tant il était lisse, presque neutre, de traits marquants. Seuls ses cheveux, d'un roux auburn éclatant et le vert forêt intense de ses yeux tranchaient parmi cette uniformité physique. A peine visibles tant la profondeur du regard du jeune inconnu était hypnotique, trois petits points rouges placés en triangle ornaient son front juste au dessus de la glabelle. Pour tout vêtement, l'enfant portait un jinbei d'un blanc immaculé et des zori de paille.

La surprise passée, Hiyori essaya de rassembler ses esprits, mal à l'aise d'être fixée de façon si appuyée.

_ Euh... Bonjour... Qui...

_ Tu es une ayakashi?

Sa voix, calme et posée, était d'une balance parfaite entre le grave et l'aigu. Entre le masculin et féminin. Une once de curiosité était décelable dans ses mots. Il avait d'ailleurs un peu penché la tête sur le côté.

_ Hiyori-san ?

La jeune fille fit aussitôt volte face quand elle reconnut cette voix suave.

_ Amaterasu-sama. Pardonnez-moi, j'ai perdu les autres et je suis tombée sur...

Elle se tut. Son mystérieux interlocuteur avait disparu. Elle n'eut toutefois pas besoin de s'expliquer auprès de la déesse qui semblait le chercher aussi. Son visage était plus fermé que tout à l'heure, presque nerveux.

_ Hiyori-san. Cet enfant que tu as croisé, c'était Inari.

L'adolescente n'eut pas le temps de s'étonner car Amaterasu l'avait prise par l'épaule pour la guider.

_ Au cas où tu te poserais la question, ne cherche pas, personne ne sait s'il s'agit d'un "il" ou d'une "elle". Décide-toi pour un genre et cela sera très bien, expliqua la jeune femme d'une voix plus basse, toujours à regarder discrètement autour d'elle avant de murmurer. Néanmoins, je te demanderai de ne pas trop t'approcher de lui. Il a un rapport particulier avec les ayakashis.

Ses mots étaient si dépourvus de lumière que Hiyori se retrouva tout à coup à frissonner, traversée par un froid le long de son épine dorsale.

_ Hiyori? Tu étais où?

C'était la voix de Yato qui l'appelait un peu plus loin devant elle, accompagné de Yukine et des jumeaux. Ses amis s'étaient aperçu de son absence et avaient rebroussé chemin. Le temps pour elle de réaliser, Hiyori se retrouva à leur hauteur, ses pas l'ayant presque transportée à eux, comme portée par une force bienfaitrice invisible.

_ J'arrive...

Elle fit les quelques derniers pas qui la séparaient du petit groupe et se hasarda à un regard derrière son épaule. Amaterasu la guettait avec confiance et lui fit un petit signe pour l'encourager à continuer à avancer. Et plus loin derrière encore la déesse, comme invisible à son aura, Inari observait la scène. Ses grands yeux menthe hypnotiques enveloppaient une nouvelle fois la jeune fille qui eut la brève sensation de ne plus être maîtresse de son esprit. Elle réprima un nouveau frisson de mal-être et se hâta de retrouver les autres. Qu'est-ce qui se cachait donc derrière ce visage à la fois candide et effrayant qu'était celui d'Inari, haute divinité des céréales, des fonderies et du commerce, et gardien des foyers?


J'aime mes fins. T.T

"Pourquoi Inari"? pour ceux/celles qui se poseraient la question : parce que Inari = kitsune et j'adôôôôôôre les kitsune! XD Plus sérieusement, les kitsune sont présentés commes des créatures fourbes à deux visages et j'avais besoin d'un personnage à l'air psychopathe bipolaire. CQFD.

Prochain chapitre : visite!