Bonjour, bonjour!

Désolée, j'ai du retard sur la publication. C'est dur de concilier vie active et écriture… -_-

Merci encore pour votre soutien à tous! ^.^Ca me fait vraiment plaisir de voir que j'arrive encore à pondre des bons trucs!

Journal des reviewers

Yurika : Lol désolée mais les fins en cliffhanger, c'est justement ma marque de fabrique (faut bien pousser les gens à rester). J'aime bien Inari. Je pense que c'est mon premier psychopathe inventé, j'espère en faire quelque chose de plausible. Il y a une part de juste dans ta théorie d'épreuve mais chut! Tu verras plus tard! ^_-

Nashi Kagamine : Merci! Il est toujours indispensable pour moi d'avoir une réelle base scénaristique dans mes fics, avoir un truc intéressant à raconter. C'est trop ennuyeux sinon.

Question… Pourquoi tout le monde a décidé de faire d'Amaterasu et Tsukuyomi des personnages "pas nets"? O_o Ca me fait rire quelque part parce que c'est pas le cas du tout XD Faut croire que je les fais trop gentils lol

Alors, si on commençait?


Chapitre V : Rétrogradé

La nuit, déjà fort agitée, fut courte pour les témoins du violent affront qui avait ébranlé la demeure des dieux astraux. Peu réussirent à se rendormir car l'appréhension que le rôdeur et Nora ne revinssent les avaient trop tenus au ventre, bien que le risque eût diminué une fois que leur présence avait été détectée. Chacun avait laissé son esprit vagabonder pour essayer de comprendre, tout cela restait très nébuleux.

Yato se focalisait sur la présence de son ancienne Arme Divine et sur son but. Ou plutôt, celui de son maître actuel. Nora n'était qu'un instrument utile à l'exécution d'un plan mais il connaissait assez bien la jeune fille pour savoir qu'elle était dotée d'un redoutable sens de la manipulation. Ce kami aux yeux vides en avait-il vraiment après Yukine ou cette altercation n'était-elle qu'un dommage collatéral parce ce le garçon s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment? L'habitat de dieux majeurs abritait peut-être des trésors ou des secrets que l'inconnu aurait aimé trouver? Il en doutait, bien qu'il eût aimé avoir raison. Non, Yukine avait été formel, on avait voulu le tuer. Même les dernières paroles de Nora allaient dans ce sens. Pourquoi dans ce cas?

Yukine, lui, restait piégé quelque part dans les iris méprisants de son homologue. Cette fille, il n'avait jamais pu la voir en peinture. Sa voix, son visage, bref, tout son être si lisse et délicat n'était qu'un réceptacle pour la noirceur de son âme. Une fois encore, elle avait voulu lui détruire le moral, à défaut d'avoir pu le détruire tout court. D'ailleurs, il l'avait bien senti. Lorsque que le froid de leur deux aciers s'était entrechoqué, Yukine était persuadé d'avoir senti le désir de Nora de lui nuire en plus de celui de son maître encapuchonné. C'était difficile à expliquer. C'était comme une sorte de connexion psychique entre Armes Divines pendant laquelle il avait perçu de fortes émotions filtrer au travers de leurs enveloppes immatérielles. Yato avait-il aussi ressenti cette violence? Sans doute...

Hiyori, quant à elle, en plus de s'inquiéter du retour de Nora et de l'attaque de la nuit, ressassait malgré elle les paroles d'Inari à son égard. Elle ne comprenait pas et ne voulait même pas savoir. Elle voulait juste ne plus jamais croiser ce kami à l'air si instable. Et ce renard qui l'accompagnait, qu'était-ce? Qu'importe. Le simple fait de repenser au kami la fatiguait davantage. Les quelques rares fois où le sommeil l'avait emportée, la jeune fille rêvait qu'elle était transformée en renard une fois qu'Inari la touchait. Non, vraiment, elle ne devrait plus le croiser.

Le matin venu, ce fut donc dans un grand bâillement à s'en décrocher la mâchoire que la jeune fille ouvrit la porte de sa chambre... et manqua de s'étouffer en tombant nez à nez avec Yato et Yukine qui l'avaient attendue.

_ B-Bonjour tous les deux, leur lança-t-elle avec embarras. Ca va?

_ Mieux que toi, on dirait, répliqua Yukine d'un air un peu inquiet. Tu n'as pas beaucoup dormi non plus.

L'adolescente se para de son air le plus convaincant possible pour rassurer son ami mais la tâche s'avéra plus épineuse car Yato la dévisageait avec suspicion. Elle ne parvenait pas à se défiler face à ce genre de regard.

_ Quoi?

_ Hiyori, tu es sûre que ça va?

Il avait l'air sérieux, peut-être trop concerné d'ailleurs parce que Hiyori sentit une montée de culpabilité l'envahir. Elle se mordit la joue. Elle aurait aimé lui raconter ce qui la tourmentait mais il avait et aurait plus important à penser. Et puis, rien de grave ne lui était arrivé, non? Alors, pourquoi l'inquiéter pour rien?

_ Hum. Prête pour vous soutenir, futur kami élevé, assura-t-elle avec un sourire bien à elle.

Sa pirouette fit son effet et il n'en fallut pas plus pour que le jeune homme reprenne sa personnalité survoltée.

_ En effet ! s'ébaudit-il avec des étoiles dans les yeux. Ma première épreuve va peut-être m'être octroyée dans pas longtemps ! Je me dois d'être au top !

_ Et l'attaque de cette nuit, on en fait quoi? railla son partenaire avec sarcasme. On oublie?

Yato n'eut pas le temps de répondre car le murmure agité de voix en plein débat s'éleva un peu loin dans le couloir que les trois amis remontaient. Un shôji laissé à peine entrouvert laissait filer une discussion animée entre Amaterasu et son frère. A mesure que les adolescents s'avançaient, des bribes de phrases leur parvinrent :

_ ... retour? Aucun sens ! Dans quel but? Après tout ce temps... disait Amaterasu, le dépit obscurcissant sa voix d'ordinaire chantante.

_ Et comment tu expliques cette intrusion si parfaite? trancha son frère. Il en a le pouvoir avec...

Tous deux se turent immédiatement, sentant la présence de leurs hôtes près de l'entrée.

_ Bonjour, tous ! Entrez donc, invita la déesse, avec bonne humeur.

Yato n'attendit pas que Kusanagi finisse de lui ouvrir la porte coulissante qu'il entra d'un pas décidé. Les deux kamis majeurs les attendaient autour d'un copieux petit déjeuner traditionnel. Ses lunettes bien enfoncées sur son nez, Tsukuyomi semblait être mieux portant et en forme que la journée de la veille, peut-être par l'agitation qui l'animait suite à l'incident de la nuit passée. Cela dit, il avait le même air renfrogné. Quant à sa sœur, son aura lumineuse était si chaleureuse qu'il aurait été difficile de deviner son trouble si personne ne l'avait entendue se lamenter une minute auparavant.

Yato les jaugea tour à tour afin de déterminer lequel des deux serait le plus à même à lui répondre. Il finit par planter ses yeux cyan dans les verres parme du dieu de la lune.

_ Le type d'hier, vous savez qui c'était.

Pas de réponse, mais les mines pincées de malaise en disaient long. L'homme se passa la main dans les cheveux pour les remonter sur son crâne.

_ Nous croyons.

_ Tsukuyomi ! s'insurgea Amaterasu à voix basse. Inutile, ça ne peut...

_ Moi non plus je ne vois pas pourquoi il en aurait après ces gosses ! répliqua le dieu, les dents serrées. Mais je ne vois pas de qui d'autre il pourrait s'agir.

Sa sœur se mordit la lèvre et baissa le nez en signe d'abandon. Les trois jeunes gens prirent place sur le tatami en face de leurs interlocuteurs et retinrent leur souffle.

_ Nous pensons que le rôdeur de cette nuit est notre frère, Susanô.

L'ouverture hébétée et synchrone de trois bouches eut raison de la patience limité de la divinité qui poussa un grognement fatigué et fit signe à sa voisine de poursuivre à sa place. D'abord réticente, Amaterasu plia face à l'appréhension pressée de ses invités en mal de réponses.

_ Notre frère est ce que l'on appelle un... "enfant terrible". Il est imbu de lui même, borné, frondeur et égoïste. C'est un solitaire qui ne vit que sous sa propre loi et ses excès lui ont valu d'être chassé.

Visiblement, cela lui coûtait d'évoquer tout cela ; ses mains serraient la mousseline transparente de sa robe. Amaterasu marqua une pause et eut un bref soupir. Elle et Tsukuyomi n'avaient plus eu de nouvelles de leur franc-tireur de frère depuis des siècles suite à son bannissement. S'il était effectivement de retour, la raison en était encore inconnue et encore moins celle qui l'avait poussé à essayer de tuer une Arme Divine. D'autant plus qu'il était allé jusqu'à s'introduire dans la maison de sa famille qui l'avait rejetée, c'était à n'y rien comprendre. Etait-il venu pour prendre quelque chose qui se trouvait dans la demeure familiale et était-il tombé sur Yukine par accident? C'était plausible vu qu'il n'avait plus mis les pieds ici depuis si longtemps.

_ Il aurait aussi la capacité de masquer son aura comme tu l'avais constaté, Yato, poursuivit Tsukuyomi en mâchonnant un morceau de poisson grillé. Il est le dieu des tempêtes. L'air, comme l'eau, est son élément. Une concentration d'air autour de lui suffirait à faire rétention de son énergie spirituelle.

Silence de l'autre côté de la table. Yato assimilait les informations que son cerveau recevait et se frustrait de ne pas comprendre. S'il s'agissait réellement de Susanô, un autre dieu majeur, pourquoi diable s'en prendre à lui et Yukine?

Oui, Yato était persuadé que c'était son groupe qui avait été visé. Si le dieu des tempêtes était venu pour autre chose, il ne se serait pas frotté à Yato comme ça, il aurait pu simplement disparaitre.

Il croisa les bras sur sa poitrine, un regard de biais à son jeune partenaire près de lui. Certes, Yukine avait un très gros potentiel qu'il lui faudrait encore polir, mais de là à attirer une divinité supérieure? Non, cela n'avait pas de sens. Cette étincelle de folie assassine dans l'ombre de la capuche ne laissait aucun doute : il avait voulu tuer son Arme Divine.

Encore chamboulée d'avoir eu à évoquer un fantôme de son passé, Amaterasu ne cessait de tourner dans ses paumes sa tasse de grès, refroidie depuis un moment.

_ Et d'après ce que m'a rapporté Tsu, il se sert d'une Nora, marmottait-elle, fixée sur les ondulations de son thé sous la lumière. Quelle horreur. Une Nora... Vraiment, qu'est-ce qui lui a pris... Alors qu'il…

_ Amaterasu-sama...

Murakumo et Kusanagi, jusqu'à présent l'exemple parfait de ce qu'était la mono-expression, semblaient touchés de voir leur maîtresse dans cet état. Cette réaction un peu inattendue n'échappa à personne et surtout pas à Hiyori qui souhaitait comprendre ce que cela pouvait bien signifier. Yato quant à lui, s'était quelque peu renfermé sur lui-même. Voir ainsi l'aversion que portait la déesse aux Nora et leurs utilisateurs lui rappela qu'il en avait été un, et pas des moindres.

_ Mais, Amaterasu-sama, tout ira bien maintenant, n'est-ce pas? s'enquit Hiyori qui avait décelé le malaise. Yukine et Yato ne risqueront plus de se faire attaquer?

La sincère sollicitude de la jeune fille suffit à dégeler l'atmosphère et à refaire irradier la douceur de l'aura de la déesse du soleil.

_ Bien entendu, Hiyori-san. Nous avons redoublé de puissance sur l'acuité de notre kekkai. Nous veillons au grain.

_ Idiote, soupira Yato en donnant un faible coup sur le haut du crâne de son amie. On est des grands, on sait se défendre. Soucie-toi plus de toi.

L'adolescente gonfla les joues en signe de bouderie. Quelle suffisance. Déjà qu'il aurait sans doute assez à faire avec ses épreuves, il n'avait pas besoin de s'encombrer d'un dieu fou à ses trousses en plus.

_ D'ailleurs, elles sont toujours d'actualité, ces épreuves? questionna Yukine qui terminait son bol de riz.

Bref coup d'œil concertateur entre frère et sœur, puis cette dernière opina du chef. Oui. Cet incident regrettable ne devait pas influencer la décision prise par Yato. S'il le désirait toujours, le processus de test pouvait commencer.

Un sourire espiègle bien à lui étira les lèvres du jeune dieu.

_ Et comment. Allez-y ! Que dois-je faire?

Amaterasu et Tsukuyomi s'amusèrent de le voir si fièrement bomber le torse. S'il savait.

_ Pour cette première épreuve, simple... commença la jeune femme en se levant. Nous montrer si tu es un dieu...

Elle s'arrêta en face de lui et se pencha.

_ ... ou si tu te prends pour un dieu.


Sur ces mots, elle alla poser la pointe de son index sur son front. Une brusque chaleur tomba de la pointe de ses cheveux bleu nuit jusqu'à ses orteils puis, le trou noir.

Un terrible et insupportable mal de crâne lui martelait la tête dans un bourdonnement lointain mais horriblement continu. Son cerveau était de plomb, chose paradoxale car la sensation qui lui venait de sa tête était celle d'avoir de l'eau clapotant au gré de ses mouvements. En fait, c'était tout son corps qui pesait contre la surface sur laquelle il était allongé. Sa peau se pressait toujours un peu plus, comme aspirée par le noyau de la terre. Seule cette chaleur solaire sur son visage lui était agréable. Les rayons se ruaient dans le noir de son survêtement et le tissu se gorgeait de tiédeur réconfortante. Il devait être dehors, une brise de vent venait de rabattre une mèche taquine sur son nez.

La tentative d'ouvrir les paupières lui demanda tout l'effort du monde et l'aveuglante luminosité du soleil droit dans ses rétines lui fut tout aussi douloureux. Il rabattit son bras devant ses yeux et eut un faible grognement.

_ Où suis-je?

Le bras toujours en visière, Yato tourna la tête sur sa gauche et ouvrit les yeux sur un chemin de gravier derrière lequel une longue étendue d'herbe s'étalait, cohabitant avec de nombreux arbres rougeoyants. Un parc? Que faisait-il dans un parc?

Comme si le destin avait entendu son interrogation pourtant silencieuse, un petit "bip bip" électronique retentit dans le fond d'une de ses poches. Le kami se redressa non sans mal sur son banc, découvrit qu'il était seul, et se saisit de son portable. Un mail venait de lui parvenir. Il l'ouvrit et laissa les mots tournoyer jusqu'à son cerveau embrumé :

"Yato,

Le réveil a dû (et doit encore) être pénible pour toi. Nous te rassurons, cela est tout à fait normal : tu viens de te faire retirer tes pouvoirs ^_^ Ceux-ci te seront rendus dans 24 heures. En attendant, profite bien de ce temps à la hauteur des humains et réussis ton épreuve.

N'oublie pas : es-tu un dieu ou te prends-tu pour un dieu?

A. et T.

PS : Inutile de te rappeler que pendant cette période sans pouvoirs, tu ne bénéficies plus de ton troisième œil XD"

Une lecture. Deux lectures. Trois lectures. Quatre lectures.

_ DE QUOUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA?!

Le mélodieux écho vint se perdre dans les hautes stratosphères sans manquer de faire s'enfuir tous les volatiles à des kilomètres à la ronde.

Une chance que Yato fût assis auquel cas, il se serait écroulé. Humain? Il avait été rendu humain? Il n'avait plus ses pouvoirs et de surcroit, il n'avait plus la capacité de voir l'Autre Côté? Qu'est-ce que c'était que cette stupide épreuve? En quoi avoir été réduit au bas statut de mortel allait prouver qu'il serait digne de devenir un dieu plus puissant, cela n'avait aucun sens ! Où est-ce qu'Amaterasu et Tsukuyomi voulaient en venir?

Un enfant qui passait par là accompagné de sa mère pointa le jeune homme en rage.

_ R'garde, maman, il parle tout seul !

_ Chut, ignore-le et reste près de moi, lui répondit-elle en lui prenant la main, un regard de travers à l'ex-kami.

Yato les observa s'éloigner sur le chemin du parc avec surprise. En effet, il était devenu complètement visible aux yeux des autres. Il fit la moue, frustré d'avoir été surpris en si peu flatteuse position. Puis, petit à petit, la vision de la mère et de son fils qui disparaissaient au loin, sans doute pour rentrer chez eux, lui fit l'effet d'une lumière qui éclairait les ténèbres.

_ Mais oui ! Si je dois être vingt-quatre heures en mortel, je n'ai qu'à laisser le temps passer et voilà ! Bon sang, ce que c'est facile en fait ! Ha ha ha ha ha ha !

Et près de lui, à présent invisibles à ses yeux mortels, un jeune adolescent à la chevelure paille cachée sous un bonnet à lanières et une jeune fille dotée d'une étrange queue d'énergie rose roulèrent des yeux, une main plaquée sur le visage. Sérieusement?

_ Il croit vraiment que cette période sans ses pouvoirs suffit juste à voir s'il peut vivre au même niveau que les humains? Il est encore plus débile que je ne le pensais... déplora Yukine qui prenait grand plaisir à faire d'horribles grimaces devant un Yato hilare toujours gonflé d'orgueil. Idioooooot !

_ J'avoue ne pas comprendre non plus le but de la manœuvre, reconnut Hiyori avec dépit. Mais au moins, Amaterasu nous a autorisés à le suivre de loin.

En réalité, ce qui inquiétait la semi-ayakashi était de savoir Yato sans pouvoirs et donc, sans capacité à manier Sekki en cas de besoin. Amaterasu et Tsukuyomi savaient ce qu'ils faisaient, ils avaient dû penser à tout s'ils avaient bien voulu laisser Yato participer à son épreuve. A moins que tout cela ne fût justement le but? Peu importe, le résultat était le même : s'il y avait danger, le jeune homme deviendrait une proie facile, ainsi que Yukine. Hiyori se promit de rester vigilante pendant ces vingt-quatre prochaines heures.

Son instinct n'était pas aussi si loin de la vérité car à plusieurs dizaines de mètres de là, perchés dans les branches d'un érable aux longues branches pendantes, deux ombres surveillaient ce petit monde. La première, assise sur la branche, était une adolescente en kimono blanc qui balançait nonchalamment ses jambes dans le vide, l'expression fermée par une haine contenue. La seconde, restée debout, une main posée sur l'écorce du tronc, avait rabaissé dans son dos la capuche de son sweat-shirt anthracite pour mieux observer. Ce jeune homme d'entre vingt et vingt-cinq ans d'apparence semblait perdu dans ses pensées. Les traits de son visage se contractaient un peu dans sa réflexion et ses yeux bleu safre en amande ne remuaient pas d'un cil. Seul le mouvement du vent dans ses cheveux cachou retenus par une fine queue de cheval à la base de la nuque brisait sa parfaite immobilité.

Nora tourna la tête vers son accompagnateur.

_ C'est l'occasion. Il sera sans défense.

Celui-ci fit glisser son regard sur le petit blond qui continuait à s'amuser de la cécité magique de Yato. En effet, l'occasion était trop belle. Son poing se referma sur l'écorce. Il prit une inspiration, le corps tendu mais s'interrompit. Hiyori venait de prendre Yukine par la manche pour le forcer à s'arrêter et le grondait pour ses moqueries.

_ Susanô? le héla Nora, étonnée qu'il se fût arrêté en plein élan.

L'homme fronça les sourcils et lâcha un "Pff" blasé.

_ Non. Tuer le gamin n'est pas le plus intéressant, répliqua-t-il d'un ton péremptoire. L'Elévation l'est davantage. Hier soir n'était qu'un coup de poker.

Sa partenaire n'insista pas en dépit de la frustration provoquée. Elle savait ce que cela signifiait aussi.

_ Mon rôle s'achève donc ici?

Susanô remit sa capuche et lui tourna le dos sans plus de cérémonie.

_ Oui. Si mon plan venait à échouer, je te rappellerai et on reprendra.

_ Comme si vous alliez vous autoriser à échouer, souffla Nora au silence que le dieu avait laissé derrière lui en disparaissant.

Du côté du kami nouvellement humanisé, la descente sur la basse Terre de la réalité avait été bien douloureuse. Etait-ce psychosomatique suite à la normalisation de son organisme ou non, toujours était-il que Yato mourrait de faim. Et il était inutile de compter sur une quelconque générosité de la part de la population alors qu'il avait été laissé sans le sou, très certainement une autre "brillante idée" d'Amaterasu. Autrefois généreux donateurs pour Livraison Yato, les humains étaient descendus dans l'estime de Yato au rang de "sans cœurs face à la détresse ventrale d'autrui".

Il était d'ailleurs étrange pour le kami déchu de se mêler ainsi aux mortels tout en se disant qu'il faisait - cette fois - partie intégrante de leur monde. Le fait de les côtoyer sans être capable de voir les ayakashi maléfiques en train de grouiller dans l'ombre d'une ruelle ou directement agglutinés sur une épaule ou dans leur dos procurait à Yato l'étrange sentiment d'être incomplet et surtout, sans défense. Tout comme ses nouveaux congénères, il ne pouvait témoigner de la noirceur du monde. Cette situation était à la fois troublante mais paradoxalement reposante.

Notre héros erra ainsi longtemps dans le labyrinthe de la ville, sans but et sans grande motivation. Il laissait les visages défiler près de lui avec la pensée que même s'il était parfaitement visible aux yeux de tous, son visage serait aussitôt oublié par le passant lambda qu'il croisait.

L'oubli. Une notion familière et lointaine à la fois. Après tout, cela était le propre des humains. Leur vie était trop courte pour pouvoir s'encombrer du superflu ou du pénible des souvenirs. Ce qui était comique, c'était que cette notion d'oubli pouvait s'étendre de quelque chose de primordial comme une date d'anniversaire à quelque chose d'aussi futile qu'un visage aléatoire dans la foule. C'était trop facile. Et lui, pouvait-il oublier? Oh que non.

Restés quelques dizaines de pas derrière lui, Hiyori et Yukine s'interrogeaient :

_ Je me demande à quoi il pense avec ce visage si grave, s'inquiéta Hiyori.

_ A ce qu'il aimerait bien manger, devina son jeune voisin, les mains dans les poches. Il est vraiment désespérant.

La jeune fille ne voulait pas se montrer aussi sévère envers Yato et préférait se dire que tout cela ne devait pas être facile pour lui. Il devait se sentir diminué. En quelques foulées, elle alla le rejoindre et tapota son épaule en signe d'encouragement.

_ Courage, Yato. On est avec toi.

_ Hiyori…

Yato s'était arrêté en l'appelant. Elle sursauta, éberluée. Il… Il avait senti sa présence? Sans comprendre pourquoi, Hiyori se sentit rougir.

Puis tout à coup, la divinité se plia en deux, les mains crispées sur son ventre qui eut un gargouillis déchirant.

_ Aaaaaaah! Si seulement elle était là pour m'offrir à déjeuner ! J'ai trop faiiiiiim !

Le rougissement troublé devint teint livide d'effarement. Yato, espèce de…

_ Qu'est-ce que je disais, grommela Yukine, dépassé par la bêtise de son maître.

Les heures s'égrenèrent encore et encore, identiques et monotones. Cette deuxième moitié d'après-midi avait l'avantage d'être douce et ensoleillée. Peut-être était-ce là un signe de la part de la déesse du soleil qui souhaitait aussi encourager le challenger? Ou peut-être était-elle cachée quelque part, à surveiller ses pas.

L'errance de Yato l'avait conduit en dehors du centre-ville. Les rues se faisaient plus calmes, les routes moins larges et parfois dotées d'une simple bande peinte en guise de trottoir. Les boutiques et autres échoppes avaient laissé place à de petites habitations entassées les unes contre les autres, encadrées de poteaux aux longues lianes électriques. Mains dans les poches, Yato laissait le murmure de la périphérie emplir sa tête et combler les trous dans ses pensées. Il avait beau chercher, il ne saisissait toujours pas le sens de son épreuve.

Des rires plus sonores que le ronron lointain de la civilisation parasitèrent sa monotonie auditive et lui firent lever les yeux un peu plus loin. Un groupuscule d'enfants s'était formé ; ils étaient quatre à s'amuser de quelque chose. En s'approchant, Yato s'aperçu qu'ils s'amusaient plutôt de quelqu'un, une fille avait été prise à partie par les autres. Vu leur âges, ils devaient avoir douze ans grand maximum. Quelques pas encore et des pans de conversation lui parvinrent :

_ … encore voulu faire ton intéressante, hein? disait un garçon avec une horrible coupe au bol ringarde.

_ Ben oui, comme elle n'a pas d'amis, elle essaie d'attirer l'attention, appuya sa voisine, une fille à la queue de cheval si serrée que ses racines de cheveux devaient hurler à l'agonie.

La victime des brimades restait impassible face à ses détracteurs. Assez petite, coiffée de sages tresses brunes mais le regard fier, elle soutenait d'une œillade sans faille chacun de ses opposants sans ciller. A moins de regarder autre chose.

_ Je ne mens pas, assura-t-elle d'un ton aussi assuré que possible. D'ailleurs, vous aussi, vous…

_ Quoi, Usô-Tsuki essaie de nous menacer? railla le deuxième garçon du groupe, plus grand que les autres et avec un boken d'entraînement dans le dos. Essaie un peu pour…

_ Hé là, qu'est-ce qui se passe ici? intervint Yato en approchant.

Les enfants s'interrompirent et le jaugèrent rapidement. Après quelques secondes, le plus grand de la bande fit signe aux autres qui abandonnèrent leur proie, non sans la bousculer et lui murmurer quelques gentillesses au passage. La fillette les regarda s'éloigner sans desserrer l'étreinte de ses doigts autour de ses bretelles de cartable. Une fois ses assaillants hors de sa vue, elle se tourna vers Yato et le jaugea de haut en bas.

_ Je n'avais pas besoin d'aide, j'ai l'habitude, dit-elle d'un ton bourru, les sourcils froncés sur ses yeux noisette.

_ C'est ce que j'ai cru constater. D'ailleurs, tu as des restes d'"habitude" dans les cheveux, répondit le jeune homme en passant rapidement la main dans les cheveux couverts de poussière de la petite fille.

Celle-ci ravala sa fierté et se laissa faire, les joues roses de honte. Quand elle ne tint plus, elle se dégagea et fit quelques pas sur le trottoir.

_ Pourquoi est-ce qu'ils t'embêtaient?

Bizarrement, être au même niveau que les humains donnait envie à Yato de communiquer avec eux. De plus, cela lui permettait de tuer un peu le temps. Cette gosse l'intriguait.

Celle-ci lui jeta un œil fixe et suspicieux par derrière son épaule, ce qui poussa le kami à lui promettre qu'il ne se moquerait pas d'elle.

La gamine haussa les épaules et regarda droit devant elle.

_ Je perçois les entités spirituelles qui côtoient les humains.


Tiens tiens tiens…