Hello Everybody!
Oula dis donc, le temps filoche! Et la suite alors?
Journal des reviewers:
Alice4900 : Non non, il ne faut pas perdre espoir! J'essaye désormais d'aller jusqu'au bout de mes publication et Elévation aura droit à sa fin Pour le coup de l'écharpe, j'avais ça en tête depuis le moment où je voulais entrer dans le passé de Yato et j'avais trouvé cette idée intéressante, merci d'aimer aussi!
Guest : De suite!
Isaki-Takashi : Oups! Les problèmes de la relecture par soi-même, je ne vois plus mes boulettes! ^^'' Merci de ta vigilance!
Guest : Merci beaucoup de suivre (même de loin ^^)
Mikaya : Ca vient ça vient!
Bon! Le dernier chapitre ne s'était pas super bien fini.
… on en rajoute une louche? ^^
Chapitre XI : Abandon?
_ Hiyori-chan!
A peine remis de son retour brutal à la réalité, la voix paniquée de Yukine qui appelait leur amie fit à Yato l'effet d'un shoot violent d' adrénaline qui lui éclaira tout à coup l'esprit. Le kami se redressa en prenant appui sur ses bras et releva la tête pour apercevoir la jeune fille effondrée sur le sol, inconsciente.
_ Hiyori…!
Ses pieds le portèrent d'eux-mêmes, poussés par un étrange et pernicieux pressentiment. Yato accourut plus vite aux côtés de Hiyori que Yukine qui était pourtant plus proche et la redressa avec précaution. Sa tête qui bascula en arrière comme une poupée de chiffon lui confirma que l'adolescente était effectivement loin du simple vertige.
_ Hiyori? Tu m'entends? Hiyori ! C'est bon, c'est terminé. Réveille-toi !
Il dégagea d'un geste léger une longue mèche de cheveux chocolat de son visage et eut la surprise de constater que son front était chaud en dépit de la pâleur qui imprégnait ses traits. Yato se hasarda à toucher l'une des joues de la jeune fille. Tiède. Si ce n'était pas de la fièvre, qu'est-ce que c'était que cette bouffée de chaleur? Son angoisse grimpa d'un cran.
_ Que s'est-il passé? s'enquit la voix de Tsukuyomi derrière le groupuscule.
_ Et c'est vous qui nous demandez ça? explosa Yato en se tournant vers le dieu. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas?
Tsukuyomi regarda Hiyori, une faible lueur d'incompréhension traversant ses yeux gris lin.
_ Peut-être parce qu'elle a une part humaine en elle, le transfert spirituel a sans doute été plus dur pour elle, expliqua-t-il en s'approchant. Laissez-moi…
L'homme se heurta au refus silencieux du kami qui se traduisit par un geste de recul, serrant un peu plus le corps inanimé de son amie contre lui. Même Yukine n'avait pas l'air d'accord et observait le dieu de la lune avec une expression de mépris déçu. Tsukuyomi s'immobilisa aussitôt sans perdre de son calme.
_ Yato, Yukine-kun. Elle ne peut pas avoir été blessée par un souvenir, elle était complètement invisible aux yeux de ceux qu'elle a pu croiser.
_ Je pense que vous en avez assez f…
Yato s'interrompit lorsqu'il sentit la tête de Hiyori remuer sous sa main.
_ Elle revient à elle ! s'exclama Yukine avec un soulagement non dissimulé.
_ Hiyori, ça va?
L'adolescente remua faiblement tel un bébé qui émergeait de son sommeil et finit par ouvrir lentement les paupières, le regard voilé par un brouillard de semi-conscience. Les autres autour d'elle firent silence pour la laisser reprendre ses esprits. Enfin, ses yeux parvinrent à se fixer et rencontrèrent ceux de Yato qui ne parvenait pas à se retenir de sourire.
_ Ya… to… murmura-t-elle d'une voix fatiguée.
_ Prends ton temps. Ca a été assez éprouvant pour toi.
Les iris fuchsia de la jeune fille demeurèrent un long moment dans le flou et semblaient osciller entre divers sentiments sans pouvoir s'arrêter sur l'un d'entre eux. Seul Yato remarqua cette faible nuance dans le regard vitreux de Hiyori et s'en inquiéta.
_ Hiy...
_ Ne me touche pas.
Cette voix dure et sèche lui fit l'effet d'une balle qu'on lui tirait dans le dos. A présent bien consciente, Hiyori se redressa sur son séant tout en repoussant le kami avant de se remettre debout.
_ Tu te sens bien? lui demanda Tsukuyomi, les sourcils légèrement froncés.
_ Physiquement, encore un peu remuée. Après…
Elle darda d'un œil inquisiteur le jeune homme brun resté agenouillé à ses pieds.
_ Après, ce que j'ai vu là-bas ne me permet pas de dire que je vais bien. C'était vraiment… décevant.
Les pupilles de Yato se dilatèrent puis se figèrent dans leur iris cyans qui paraissaient presque blancs à présent. Les jambes du kami se firent liquides et un poids s'abattit sur lui avec la puissance d'un ascenseur qui chutait de trente étages. Trois simples mots suffirent à reproduire cette atroce sensation d'autrefois de se faire happer par le vide et de disparaitre dans le néant. Ses oreilles se firent sourdes à la voix de Yukine qui demandait à la jeune fille ce qu'elle avait : il ne restait qu'en boucle ce mot qu'il n'aurait jamais voulu entendre depuis la bouche qui venait de le prononcer. D'un coup, ce fut le noir autour de lui et une intense sensation de froid lui glaça les os.
Quand sa torpeur se dissipa quelque peu, il ne rencontra que le dos de Hiyori qui se dirigeait vers la sortie. Il tendit la main vers elle dans un espoir vain de l'arrêter mais elle était déjà trop loin.
_ Hiyori ! l'appela-t-il d'une voix qui lui apparut plus que désespérée. Qu…
Il s'arrêta, ne sachant quoi lui demander. Quelle était la partie obscure de son passé qu'elle avait vue? Y avait-il quelque chose à faire pour qu'elle lui parle? Aucune question ne lui paraissait intelligente. Il savait quel kami il avait été et avec quels squelettes dans son placard. Mais elle, comment avait-elle perçu tout cela? La réponse était si criante.
Malgré son silence, la jeune fille parut comprendre son intention et tourna légèrement la tête par-dessus son épaule. Son visage était dissimulé par un lourd rideau de cheveux.
_ Je préfèrerais que tu me laisses seule, Yato.
Sur ces mots, elle quitta la pièce sans aucun regard pour qui que ce soit, abandonnant les trois protagonistes dans un sentiment de confusion plus ou moins marqué. Quant à Yato, s'ajoutait un trou béant dans la poitrine par lequel s'infiltrait un vent froid qui lui déchirait les entrailles. Ce n'était pas possible. L'un de ses pires cauchemars venait de se concrétiser de la manière la plus perverse qui soit. Hiyori, sa seule autre amie avec Yukine venait de le rejeter. Pire, encore, elle le rejetait pour quelque chose qu'il n'était plus. Si elle l'avait bien découvert à ses débuts comme il l'avait si douloureusement redouté, elle savait pourtant qu'il n'était plus comme ça. Mais lui savait aussi qu'il était quasiment impossible de se défaire de ses ombres d'autrefois. C'était un cauchemar. Un horrible cauchemar.
_ Vous !
_ Yato !
Avant même de s'en rendre compte, Yato avait saisi Tsukuyomi au col, retenu par la main tremblante de Yukine sur son épaule. Le kami assassinait des yeux le dieu de la lune, traversé par une bourrasque d'émotions violentes. Une chance pour lui que sa raison fût encore là et mitigeait la tempête en un "simple" poing crispé.
_ Vous êtes satisfait? grinça le jeune homme entre ses dents. C'était donc ça votre but? Voir si j'étais encore accepté en dépit de mon passé sordide?
_ Yato, calme-toi, pria Yukine d'une voix ferme.
Il n'écoutait pas, il attendait une réponse du dieu qui avait soutenu son regard sans se défaire de sa sage neutralité. Tsukuyomi ne le montrait pas mais il n'avait pas été insensible à ce qui venait de se produire. Il avait bien vu quelque chose mourir dans les yeux de Yato quand Hiyori l'avait renié. Avoir projeté Hiyori dans ce souvenir bien précis n'était pas un hasard, mais Tsukuyomi devait s'avouer qu'il n'aurait pas imaginé voir Hiyori réagir de la sorte. Hélas, comme tout dieu, il connaissait l'inconstance des sentiments des humains. Et il semblerait que ceux de cette jeune fille en particulier avaient une grande valeur aux yeux du kami en face de lui.
_ Oui, en partie, reconnut le dieu de la lune avec calme. Mais je voulais aussi m'assurer que tu avais sincèrement changé. J'ai visité l'intégralité de tes souvenirs de mon côté et je sais que tu…
_ Mais je me fiche de ce que vous pensez de moi, trancha Yato à voix basse juste pour son interlocuteur.
Le dieu de la lune se tut et eut un bref soupir. Non, vraiment, au fond de lui, il n'avait pas voulu que les choses se passent ainsi.
_ Je suis vraiment désolé, Yato.
Le jeune homme sentit dans sa voix la sincérité de Tsukuyomi mais l'acide qui brûlait sa gorge ne se dissipait pas pour autant. Il relâcha le col du dieu, la tête basse. Ses forces l'avaient complètement quitté tout à coup. Yukine vint lui serrer l'épaule en signe de soutient.
_ Je crois toujours en toi, Yato. Et je suis sûr que Hiyori aussi. J'irai lui parler, tu verras.
_ Je n'en suis pas si certain, murmura-t-il d'une voix éteinte.
Perdu de voir son maître d'ordinaire si énergique et fier presque brisé, Yukine comprit que pour l'instant, il était son seul support. Il devrait se montrer présent pour lui. Le garçon serra les mâchoires et porta son regard ambré vers la porte laissée entrouverte par Hiyori.
_ Hiyori-chan, qu'est-ce qui t'a pris…
Un peu plus loin dans la demeure de bois craquant, la responsable de ce remue-ménage remontait le couloir silencieux menant aux chambres des invités, le regard fixe et la démarche droite. Son visage était de marbre comme anesthésié par ce qu'elle avait vu auparavant. Même sa queue fuchsia d'ordinaire souple et gracieuse avait quelque chose de figé et se balançait avec raideur selon les mouvements de sa marche.
Une fois arrivée à sa chambre, Hiyori fit glisser le shôji, entra et le referma aussitôt. Après quelques pas seulement, elle se laissa tomber à quatre pattes sur le tatami, les ongles crispés dans ses paumes.
_ Huu…
"Inutile de lutter. Laisse-moi la place"
Encore cette horrible voix désaccordée qui résonnait dans sa tête. Chaque mot prononcé était une nouvelle douleur qui lui électrifiait le cerveau.
_ Jamais… articula péniblement Hiyori, les bras tremblants. Yato… Ce que je lui ai dit… c'était…
"… ce que ta part d'ombre pense. Ce que tu penses."
_ Non ! Il est… Je ne veux pas…
"C'est trop tard pour toi, humaine. La germination est bientôt achevée. Bientôt, c'est moi qui aurai toute la place."
En appui à cette terrible prédiction, la longue et fine queue de chat qui ondulait dans le dos de la jeune fille s'épaissit d'un seul coup, prenant l'apparence d'une queue fantomatique de renard avant de reprendre sa forme originelle. Hiyori jeta autant de forces qu'elle le put dans sa tête afin de combattre le parasite qui la tourmentait et finit par se laisser tomber sur le tatami, à bout de souffle.
_ Je… ne te… laisserai pas… le faire… souffrir…
Envahie de fatigue, elle résista aussi longtemps que possible à l'envie de laisser ses yeux se refermer. Si elle le faisait, ce ne serait plus "elle" qui se réveillerait. Elle ne devait pas laisser Yato avec cette entité qui prenait possession d'elle. Ce n'était pas vraiment elle.
Elle ne ressentait plus le reste de son corps, comme s'il n'était fait que de fumée. Ses paupières étaient en plomb et ses cils supérieurs semblaient chercher à se lier à ceux inférieurs. Hiyori ne tint plus et laissa le noir s'abattre sur elle.
Suite au retour assez chaotique de l'épreuve de sincérité de Tsukuyomi, l'atmosphère qui baignait la vieille demeure traditionnelle avait changé. Il ne perdurait qu'un vaste sentiment de malaise et de lourdeur qui imprégnait les murs peints et les cloisons de papier de riz. Yukine avait emmené Yato de son côté pour le laisser de se remettre tandis que Tsukuyomi était allé rejoindre Amaterasu dans le pavillon du thé afin de lui faire le compte rendu de l'épreuve. C'était la pièce que tous deux préféraient, un endroit lumineux et chaleureux qui appelait à la sérénité et aidait à apaiser les tourments. Peu importe la saison, il était toujours agréable de se poser avec un délicieux matcha pour observer la beauté du jardin.
_ Tout s'est bien passé? demanda la jeune femme qui contemplait les reflets flamboyants des feuilles d'un érable sous le soleil.
Resté en retrait assis sur un zabuton, Tsukuyomi ne répondit pas tout de suite, fixant un point perdu quelque part dans la cascade de cheveux d'or de sa sœur. Il la connaissait, toujours à vouloir voir le côté lumineux des choses. Elle allait être terriblement déçue.
_ Pas d'incident majeur comme les jours précédents, en tout cas, marmotta le dieu de la Lune dans un souci de préambule.
_ Que veux-tu dire?
L'homme lui raconta alors le déroulement de l'épreuve, depuis l'arrivée de Yato et ses amis dans la salle jusqu'à la brutale séparation avec Hiyori. Amaterasu écouta avec un silence religieux sans l'interrompre mais à mesure que son frère lui rapportait les choses, une perplexité grandissante et pressante de questions se lisait de plus en plus sur ses traits. Une fois le récit fini, la déesse baissa un instant les yeux sur ses genoux.
_ C'est impensable. Après ce qu'elle m'a dit…
_ Factuels, Ama. Nous devons être factuels, rappela son frère avec un soupir résigné. Nous sommes juges, il nous faut rester impartiaux.
Il devina sans mal la grimace de frustration qu'elle était en train de faire. Il connaissait cette façon qu'elle avait de secouer la tête.
_ Ton verdict? finit-elle par demander.
Tsukuyomi se contenta de répondre que les ténèbres dans le cœur de Yato étaient plus que confirmées mais qu'avec le temps, il avait fini par comprendre que même si les kamis naissaient par et pour les hommes, ils pouvaient toujours finir par décider comment ils souhaitaient exister.
_ Pour moi, son cœur est suffisamment bon pour poursuivre. Le troisième juge…
L'homme laissa sa phrase en suspens, sachant qu'Amaterasu comprendrait d'elle-même la suite. Cela signifiait-il…
Quelques coups toquèrent légèrement à la porte et interrompirent leurs pensées. Les deux divinités se tournèrent d'un même mouvement et reconnurent la silhouette qui se découpait en ombre chinoise derrière la cloison.
_ J'ai à vous parler, déclara la voix de Yato.
Amaterasu et Tsukuyomi échangèrent un bref regard puis la déesse l'invita à entrer. Ce fut un jeune homme renfrogné à l'expression éteinte et résignée qui pénétra dans le pavillon et prit place sur un zabuton, les poings fermés sur ses genoux. Peinée de voir cette douleur silencieuse qu'il essayait de cacher, Amaterasu ne put s'empêcher de lui demander comment il se sentait. Le kami ne répondit pas et se contenta de lever vers elle et son frère un regard décidé.
_ Je ne pense pas continuer cette Elévation.
Les divinités face à lui eurent à peine le temps de cligner les yeux de surprise qu'un brouhaha s'apparentant à une troupe de buffles lâchés au galop remonta le couloir. La seconde d'après, le shôji coulissa avec violence dans ses rails et Yukine déboula dans la salle, remonté comme un coucou suisse :
_ Hors de question que tu abandonnes, espèce d… Oh, désolé ! cafouilla le blondinet quand il vit qu'il était en présence d'Amaterasu et Tsukuyomi.
La déesse eut un petit rire amusé malgré elle.
_ Je suis assez d'accord aussi, Yukine-kun. Je t'en prie, assieds-toi.
_ Amaterasu-sama, je… commença Yato, visiblement mécontent d'être dérangé.
_ Yukine est ton Arme Divine, Dieu Yato. Je pense qu'il est assez concerné par la décision que tu viens de nous soumettre. Il peut rester, rétorqua Tsukuyomi avec justesse. Viens, Yukine-kun.
Réalisant qu'il avait interrompu quelque chose d'important, le jeune garçon alla rejoindre les côtés de son maître sans piper mot tout en se faisant aussi discret que la souris qui filait dans son trou, un faible "Merci" filtrant à peine de ses lèvres. Il s'hasarda à un bref coup d'œil en biais à son partenaire dont le visage sans faille n'avait pas changé depuis qu'il lui avait fait part de la possibilité de tout arrêter. Il avait l'air sûr de lui.
Une fois Yukine installé et le calme revenu, Amaterasu inspecta Yato avec attention.
_ Pourquoi vouloir arrêter? Est-ce à cause de Hiyori?
Elle entrevit le faible mouvement de ses doigts qui se crispèrent dans leur paume.
_ Ai-je vraiment à me justifier?
_ C'est plus pratique pour nous pour comprendre, répondit Tsukuyomi. Mais étant donné qu'à aucun moment, nous n'avons dit que ton engagement était définitif, tu n'es pas obligé.
Yato se sentit soulagé de cette réponse, mais c'était sans compter sur la ténacité et la révolte de Yukine :
_ Ne lâche pas tout juste pour ça, Yato ! Si moi j'avais vu ce qu'elle avait vu, j'aurais peut-être aussi eu le même genre de réaction. Elle est sûrement juste chamboulée !
_ Toi aussi tu as vu des choses et pourtant, tu es toujours là. Comment tu l'expliques? répliqua le kami avec plus de colère qu'il ne l'aurait cru.
_ Parce que toi et moi, on est liés, banane ! Tu as été là pour moi quand j'en avais le plus besoin et maintenant, c'est mon tour !
Yato entrouvrit la bouche de surprise, ne sachant quoi répondre à cette déclaration de loyauté et d'amitié sans faille.
_ Et je suis certain qu'il en est de même pour Hiyori, assura le blondinet avec un sourire. Vous êtes liés aussi et vous avez toujours été là l'un pour l'autre. Pourquoi ça changerait maintenant?
_ Je pense comme Yukine, appuya Amaterasu d'une voix douce. Hiyori a eu juste moins de chance quant au souvenir dans lequel elle a atterri.
Soucieux de l'impartialité et de la factualité des choses dont il avait parlé auparavant, Tsukuyomi se sentit obligé de temporiser un peu l'ardeur générale qui prenait place dans le pavillon :
_ Yato, sache juste que pour moi, tu as validé ton épreuve. Seul le juge mystère ne semble pas de cet avis. A ce stade de la course, tu n'es pas disqualifié pour poursuivre cette Élévation. Réfléchis bien avant de claquer la porte.
Le silence reprit ses droits dans le pavillon du thé et seul le bruissement du vent dans les arbres effleura l'espace. Yato gardait le nez baissé vers le sol, ne sachant plus quoi penser. Sa seule pensée après tout cela avait pourtant été claire : si Hiyori ne faisait plus partie de son décor, à quoi bon? Cela valait-il vraiment le coup de devenir plus fort si la première personne qui pouvait bénéficier de ses pouvoirs ne voulait plus de lui? Le fait d'être plus puissant allait-il combler le trou qui était dans sa poitrine? Il en doutait.
_ Yato.
Le jeune homme leva les yeux et croisa ceux miel de la déesse du Soleil. Le doux visage de bienveillance qu'elle lui offrait était comme un rayon de soleil pendant une journée d'hiver.
_ Hiyori t'interdirait formellement d'abandonner. Je le sais, assura-t-elle.
_ Le pire, c'est qu'elle a raison, pensa Yato avec un faible sourire intérieur.
Oui, il imaginait parfaitement Hiyori en train de lui faire les gros yeux pour le réprimander. "Hors de question que tu laisses tout tomber après tout le mal que tu t'es donné! Tu as déjà oublié ton rêve?"' dirait-elle certainement. Cette image était si vivace dans son esprit que Yato pouvait la transposer dans le réel. Hélas, les belles illusions s'évaporèrent et les sombres pensées qui l'assaillaient depuis que son amie l'avait rejeté lui revinrent, tout aussi concrètes.
Au fond de lui, un mauvais pressentiment lui susurrait que Hiyori ne reviendrait pas à lui aussi facilement qu'Amaterasu et Yukine voulaient bien lui faire croire. Jamais auparavant il ne l'avait vue avec une telle expression sur le visage, à croire que c'était une autre personne qui était revenue de ses songes. Il comprenait toutefois que voir celui qu'il avait été autrefois pouvait faire changer le regard des autres sur lui. Certaines divinités avaient su voir au-delà de son ancien lui, d'autres non. Il fallait croire que les ténèbres qu'il savait en lui étaient bien plus sombres qu'il ne le pensait si Hiyori avait pu être influencée autant.
Le brouillard se densifiait autour de lui. Que faire? Que choisir? Devait-il laisser son mal-être l'empêcher de continuer d'avancer? Il ne pouvait se résoudre à laisser Hiyori derrière autant qu'il voulait continuer à se battre.
Une fois encore, Amaterasu parvint à déchiffrer l'état de perdition dans lequel son hôte se trouvait et ne voulut pas l'abandonner à son tour. Les liens silencieux et pourtant évidents qui liaient Yato et Hiyori l'avaient beaucoup touchée. Elle ne voulait pas que cette histoire s'arrête si vite pour eux.
_ Ecoutez tous, il y a un matsuri qui se déroule pour quelques jours. Je propose que nous fassions une petite pause dans nos épreuves et que l'on aille tous se changer les idées.
_ Oh oui, ça serait super ! se réjouit Yukine qui voyait là l'occasion pour Yato et Hiyori de faire la paix.
La jeune femme lut dans les yeux du kami en face d'elle que cette idée ne le convainquait guère.
_ Cela nous fera du bien à tous. Laisse-toi ce soir pour prendre du recul et réfléchir. Tu nous donneras ta réponse définitive après le festival, d'accord?
Avait-il vraiment le choix? Mais au moins, il serait en effet plus sage de réfléchir à tête reposée.
_ Très bien.
_ Tu es d'accord aussi, Tsu? sourit Amaterasu à son frère.
_ Me demande-t-elle après avoir fait valider son idée auprès de tout le monde… marmonna le dieu de la lune en roulant des yeux. Qu'est-ce que tu veux que… AÏE!
Un lourd poing vexé venait de s'abattre en plein sur son crâne, lui faisant voir mille belles étoiles tournoyantes.
_ Si… susceptible… grinça-t-il dans la douleur.
_ Il est d'accord ! s'ébaudit la déesse du soleil, le sourire radieux et le revers de la main rouge. C'est donc décidé ! Mais attention tout le monde en kimono traditionnel, d'accord?
Yato n'écoutait plus vraiment les préparatifs joyeux qu'Amaterasu exposait avec énergie, préférant la contemplation silencieuse d'un bosquet de fleurs dont la couleur des pétales lui rappelait celle des iris de Hiyori. Cette sortie improvisée serait peut-être sa seule chance de pouvoir se racheter à ses yeux. Il devrait tout donner pour lui faire comprendre qu'il n'était pas le dieu noir d'il y a de nombreux siècles.
Mais elle, allait-elle l'écouter?
Les paris sont ouverts!
