Coucou tous !
Ca fait plaisir de voir que vous restez fidèles au poste ! Ne partez pas, on arrive sur la fin !
Journal des reviewers :
Yuki Otohime : J'avais hâte aussi de sortir ce chapitre car il est vrai que l'on avait peu de YxH pour le moment. La faute à mon refus de faire de la guimauve facile.
Nashi Kagamine : Merci beaucoup ! J'avais peur de donner ma propre idée des passés des personnages de risque que les gens qui lisent les scans trouvent que je suis trop à côté de la plaque. Ca me rassure.
HaydenHell : Ca se finit le plus souvent bien avec moi. Ou pas. XD
Lyna : On va voir ce qu'on peut faire lol.
luneXD : Un grand merci !
Love the Original Family : La suite c'est maintenant !
FairyManga21 : Lol pas grave, j'ai compris l'idée générale.
Yunalesca01 : Oula, attention à l'indigestion.
Petit chapitre transitoire, mais je tiens à rajouter ma touche XD
Chapitre XIV : Une voix dans l'écho
La lune était un croissant d'ivoire semblable à un sourire perdu dans la voûte sombre du ciel. Quelle était la nature de ce sourire? Etait-ce un sourire moqueur parce qu'il faisait son entêté? Ou au contraire un discret signe d'encouragement pour l'aider à ne pas perdre espoir? Les deux, songeait-il. Il y avait du vrai dans les deux cas. Il était aussi borné qu'il espérait.
Le cyan de son regard perdu dans la lointaine cédille d'argent depuis trop longtemps maintenant, Yato pencha la tête en avant et se massa la nuque avec un petit gémissement douloureux. Depuis combien d'heure était-il resté dans cette position?
Qu'importe, même installé de manière spartiate (un simple coussin comme assise et l'encadrement de la fenêtre coulissante en guise de dossier), le jeune homme se sentait enfin plus apaisé qu'il y a quelques heures. Il tourna la tête vers sa droite et contempla une énième fois le visage endormi de Hiyori. Pas de changement.
Après le rituel, Tsukuyomi avait jugé que Hiyori ne représentait plus le moindre danger maintenant que son démon avait été terrassé. La jeune fille avait été transportée dans sa chambre et Yato avait insisté pour rester auprès d'elle pendant la nuit au cas où elle reprendrait ses esprits. Bien que l'on lui eût expliqué qu'il était difficile d'estimer quand Hiyori pourrait se réveiller, il n'avait rien voulu entendre. Tout aussi inquiet pour son amie, Yukine avait suivi son maître dans sa démarche mais très vite, le sommeil eut raison de lui et le jeune garçon se retrouva vite roulé en boule sur le tatami dans un coin de la chambre. Il ne restait plus que Yato et l'air doux de la nuit (sans doute une action d'Amaterasu pour lui offrir une température plus clémente) en attendant que les heures passent. Le reflet de la lune dans l'eau de l'étang était apaisant, simple crochet de platine sur un miroir lisse sombre. Ce calme ambiant après tout ce tumulte était un refuge dont le kami avait le plus grand besoin. Il se sentait un peu perdu, beaucoup de choses se bousculaient dans son esprit.
_ Bientôt, je gagnerai en pouvoirs, pensa-t-il en observant le souffle régulier de Hiyori. Cela suffira-t-il pour te réveiller?
Amaterasu lui avait expliqué qu'une Elévation ne pouvait se faire que lors de moments très particuliers - une histoire de jonctions entre le monde des humains et l'Autre Côté - ce qui serait le cas le lendemain. Voilà pourquoi elle avait dû lui demander s'il voulait toujours être soumis au rituel.
Quelle ironie. Trois jours auparavant, il était comme un gosse à Noël qui comptait les jours qui le séparaient de son cadeau tant attendu et voilà qu'à présent, tout ceci lui paraissait à des années lumières. Loin d'être la consécration ultime qu'il attendait, Yato percevait plus cette cérémonie comme une formalité à remplir pour se focaliser davantage sur sa préoccupation du moment : Hiyori. Le sentiment de culpabilité qui le rongeait l'avait tenu éveillé depuis que ses hôtes l'avaient laissé. Hiyori avait eu beau lui dire qu'elle s'était elle-même causée tout ce malheur, le kami ne pouvait s'empêcher de penser qu'il en était en partie responsable. Il savait qu'il avait été assez peu présent ces derniers temps pour Hiyori. Pour quoi? Pour cette histoire de mégalomanie divine. Il n'avait vu que le gain, la finalité de tout ceci, sans prêter attention à ce qu'il avait acquis et qu'il devait garder : une présence, un soutien. Amaterasu pouvait bien lui dire qu'il avait réussi ses épreuves, Yato ne se sentait pas l'âme d'un dieu. Il n'avait rien eu d'humble ou de clairvoyant sur cette affaire. Hiyori, elle, avait su voir ce qu'il refusait de voir. Oui, il avait été seul toute sa vie au point de croire qu'il ne serait bon qu'à la solitude. Jusqu'à ce soir.
"_ Il n'y a que toi qui comptes, Yato."
Cette déclaration de fidélité sans faille qu'elle lui avait faite lui avait fait comprendre qu'il ne voulait plus de cette vie, d'être coupé de tout, seul avec son Arme Divine. Et ce n'était qu'au moment où il était menacé de retourner à cette vie sans saveur qu'il réalisait ce qu'il risquait de perdre. Depuis quand Hiyori avait-elle pris tant de place dans son décor?
Il se sentit sourire malgré lui. Cela lui semblait faire une éternité mais cela lui fit un bien fou. Il revoyait le sourire encourageant de Hiyori avant de disparaitre dans le sommeil et cela lui redonna de l'énergie. Il croyait en elle alors, il devait croire en lui. Ils seraient plus forts que tout cela.
Oui. Au prochain soir, il serait un kami nouveau.
Les rayons du soleil se chargèrent de le réveiller, quelques heures plus tard. Yato s'éveilla difficilement, les yeux éblouis par la lumière qui se jeta directement dans ses pupilles, le dos raide et le coccyx en bouillie. Même en ayant pris l'habitude de dormir n'importe où dehors, le réveil faisait toujours un mal de chien. Le jeune homme se redressa tant bien que mal avec un petit gémissement douloureux puis se tourna vers Hiyori. Cette dernière dormait toujours paisiblement. Il eut un faible soupir. Cela aurait été trop beau, n'est-ce pas?
Le pépiement d'un oiseau au lointain le tira de ses pensées et lui fit tourner la tête vers le jardin… qui n'était plus.
_ Que…?!
Yato bondit sur ses pieds, abasourdi. L'enchanteur jardin traditionnel qui décorait encore jusqu'à hier soir la cour intérieure de la maison avait laissé place à une immense clairière à l'étendue faramineuse au centre de laquelle s'élevait un arbre colossal, le plus grand qui eût jamais été vu par quiconque. C'était une sorte de cyprès au tronc d'un diamètre de vingt-cinq mètres approximatif et dont la hauteur atteignait la cime des nuages. Son feuillage d'un vert intense était un dôme monumental dont l'envergure dépassait la longueur d'une rue entière. Hormis ces mensurations prodigieuses, l'attention de Yato fut retenue par un autre détail.
_ Un arbre sacré?
En effet, tout autour du tronc rugueux courait un interminable shimenawa dont les lourdes cordes tressées devaient faire au moins un mètre de diamètre, de même que les goheis blancs qui s'alternaient entre chaque pompon de paille mesuraient la taille d'un humain.
Quel était donc cet arbre? Il dégageait une telle majesté que Yato avait l'impression de se retrouver face à une divinité d'un rang encore plus élevé qu'Amaterasu et Tsukuyomi. L'atmosphère tout entière qui planait dans cette clairière obombrée par la coupole du cyprès géant imposait une solennité puissante.
Le cri stupéfait de Yukine qui venait aussi de se réveiller le sortit de sa torpeur.
_ On est où, là? s'exclama l'adolescent en se frottant les yeux. C'est dingue !
_ Je crois que c'est le lieu de la cérémonie d'Elévation. On y est, répondit son maître sans détacher ses yeux de l'arbre.
_ On dirait… Et Hiyori?
Yukine n'ajouta rien face au mouvement de tête que Yato lui retourna. Il baissa les yeux de dépit puis finit par se mettre debout pour rejoindre les côtés de son partenaire.
_ Si la cérémonie est à la hauteur de cet endroit, nul doute que tu pourras faire quelque chose. C'est obligé.
Yato s'étonna d'une telle assurance de la part de son compagnon d'arme. Il avait rarement vu Yukine aussi sérieux et assuré. Il eut un sourire discret. Décidément, ce gosse l'étonnerait toujours.
_ Evidemment, je suis le dieu Yato, répondit celui-ci en plissant les yeux. Et je ne laisserai rien ni personne entraver cette cérémonie.
Les deux compères gardèrent ensuite le silence un moment, perdus dans la quiétude du nouveau paysage, avant de quitter la chambre, non sans avoir un dernier mot pour leur amie endormie.
En arrivant dans la salle commune pour petit-déjeuner, ils furent étonnés de n'y trouver personne. La table n'avait été dressée que pour deux personnes et le repas encore chaud n'attendaient plus qu'eux. Amaterasu et Tsukuyomi devaient être en pleins préparatifs. Yato et Yukine déjeunèrent rapidement, impatients d'en apprendre plus sur la suite des événements. A peine eurent-ils reposé leurs baguettes sur leur petit support en porcelaine que l'on toqua à la porte.
_ Bonjour, les salua Tsukuyomi. Je suppose que vous avez des questions à poser, n'est-ce pas? Amaterasu est à l'extérieur pour la supervision. Elle veut te voir, Yato.
Le jeune homme hocha la tête et se leva, suivi de son Arme Divine.
Quelle atmosphère étrange flottait autour d'eux. C'était comme s'ils étaient dans un nouvel espace-temps à la croisée des mondes. L'essence divine de Yato dansait dans ses veines, réagissant à cet air chargé d'aura inhabituelle. Son corps tout entier était transporté et alerte à la fois. Tous ces effets pouvaient se rapprocher d'une sorte de drogue. Etait-ce sa constitution divine qui s'enivrait déjà de la puissance qui flottait autour d'eux ou sa simple impatience d'enfin en finir? Il en était tout extatique.
Leurs pas les menèrent sous un porche où la déesse du soleil se tenait, le regard perdu vers Kusanagi, Murakumo et Usagi qui s'affairaient à tracer des symboles sur le sol. En les suivant à son tour du regard, Yato se rendit compte qu'il n'avait pas tout vu du nouvel endroit dans lequel il avait été transporté : une immense terrasse s'étendait devant lui, entourée d'un cercle d'eau à l'intérieur duquel trois piédestaux étaient disposés en triangle. Le jeune homme se tourna vers la déesse pour l'interroger mais il s'arrêta, intrigué par la douce mélancolie qui voilait les yeux dorés de la jeune femme. C'était bien la première fois qu'il la voyait avec une telle figure.
_ Amaterasu-sama?
Celle-ci cligna des yeux puis se tourna vers les deux arrivants, parée de nouveau de sa bonne humeur.
_ Bonjour Yato, Yukine-kun. J'imagine que vous avez été surpris.
_ Et comment ! approuva le blondinet en la rejoignant. C'est quoi, tout ça?
_ La préparation des accessoires pour ce soir, expliqua la déesse avant de rire un peu. Car l'acteur principal de cette Elévation, c'est cet arbre.
A la naissance du monde, les dieux primordiaux Izanagi et Izanami reçurent une hallebarde magique, Ame no Nihoko, avec laquelle ils brassèrent l'océan vierge. De ce geste, naquirent les premières îles du Japon, dont la première : Onokoro. Sur cette île, les deux déités y construisirent une maison avec une immense colonne pour s'y établir puis s'y fiancer.
_ Nous somme sur cette île d'Onokoro. Et cet arbre est en fait cette colonne de la légende, expliqua Amaterasu avec nostalgie. Issu de la création primaire, il renferme un immense pouvoir. C'est à travers lui que tu recevras tes nouveaux pouvoirs, Yato.
Le kami ne savait que dire. Il comprenait à présent pourquoi il avait cette impression d'être écrasé par la pression spirituelle. Cet endroit était tout bonnement la toute première terre de leur monde. C'était incroyable.
_ Et vous et votre frère? Quel sera votre rôle? questionna-t-il.
_ Nous allons associer nos forces à celle de l'arbre pour te la transmettre. Tu auras tous les détails ce soir. En attendant, tu as une dernière obligation à accomplir.
_ Laquelle?
_ Te purifier. Cette cérémonie est lourde d'énergies spirituelles. Il te faut te purifier le corps et l'esprit afin de pouvoir la vivre le mieux possible.
Amaterasu lui expliqua ensuite qu'une cascade se trouvait un peu plus loin en longeant le chemin de pierre qui partait sur la droite. Un bain prolongé dans le bassin d'eau sacrée constituerait un misogi suffisant avant l'Elévation.
_ Je sais que ton esprit est pris ailleurs, concéda la jeune femme d'un air engageant. Mais je me dois presque de t'ordonner de faire cette ablution.
Yato comprit qu'il ne pouvait ne pas y couper mais peu lui importait. Il s'était bien douté qu'il ne pourrait pas s'adonner à cette cérémonie cruciale sans un minimum de préparation. Après tout, un vrai moment de détente ne pourrait pas lui faire de mal. Ces derniers temps, il n'avait pas été épargné. Le kami finit par opiner du chef et prit congé de son hôtesse qui l'arrêta une dernière fois avant de le laisser partir :
_ Ne sois pas surpris si tu ressens des choses étranges. Les lieux renfermèrent une puissante magie à la croisée des mondes divins et humains. Tes sens peuvent être perturbés.
Le jeune homme la remercia pour son avertissement puis s'engagea sur le chemin, non sans se demander ce qui pourrait bien lui arriver.
Le petit chemin de dalles grises traversait un bois dont la tiédeur ambiante laissait exhaler une douce odeur de bois humide. Les lieux étaient reculés et pourtant, la puissance ancestrale du cyprès millénaire se faisait toujours autant ressentir. A mesure de ses pas, Yato percevait de mieux en mieux le bruit de l'eau, jusqu'à ce que les branchages s'écartent devant un immense bassin rocheux au pied d'une haute cascade érodée par le temps. De son sommet, filait un court rideau aqueux infini à l'eau claire comme le cristal. Yato admira le décor naturel et fut pris par le doute. Allait-il devoir se mettre directement sous la chute d'eau comme les acètes avec les mains en prière et le bandeau? Un doigt trempé dans le bassin lui donna une idée de réponse :
_ Whoua ! C'est gelé !
Il marmotta dans sa barbe. Ils voulaient qu'il attrape une pneumonie avant la cérémonie ou quoi? Hélas, il n'avait pas le choix. Il s'en voudrait de faire échouer son Elévation simplement pour cela. Après ce qu'il avait traversé jusqu'ici, flancher maintenant serait une insulte envers ceux qui l'avaient soutenu. Hiyori en faisait partie et elle avait besoin de lui.
_ Quand faut y aller…
Avec la détermination résolue du kamikaze qui sait qu'il ne va pas échapper à son destin, notre héros tomba le survêtement aussi vite que possible et se jeta tout entier dans le bassin la seconde suivante, prêt à subir LA morsure insoutenable (mais brève) de froid. Il n'en fut cependant rien car ce fut la chaleur bienfaitrice et déstressante d'un onsen qui enveloppa sa peau au moment de l'impact. Le jeune homme eut un sourire de bon perdant alors qu'il remontait à la surface pour se mettre une petite serviette éponge sur le front. Voilà qu'on le testait encore alors qu'il était censé en avoir fini. A son autre grande surprise, il réalisa que l'atmosphère autour de lui était devenue vierge de toute pression spirituelle. Même le grand arbre d'Onokoro n'avait pas d'emprise ici.
_ Tant mieux, je vais pouvoir respirer un peu, se réjouit notre ami.
Adossé contre la roche, la tête calée en arrière sur son survêtement roulé en boule, Yato savoura la quiétude de l'endroit et la douce action décontractante de l'eau chaude sur ses muscles. C'était comme si toute sa tension était en train de fondre pour se noyer dans le bassin. Son corps se faisait plume, son esprit devenait vapeur. Le gargouillis régulier de la cascade qui se jetait dans le bassin avait quelque chose de reposant à l'oreille.
Le kami ferma les yeux, l'oreille distraitement posée sur l'extérieur de la cascade. Tout ici était un havre de paix, il n'y avait rien de plus que lui et les éléments de la nature. Il se demandait bien à quoi Amaterasu pouvait faire allusion quand elle lui disait qu'il pouvait percevoir des choses étranges. La détente d'un bon bain chaud, ça, c'était…
"Où es-tu?"
Yato rouvrit aussitôt les paupières et se redressa sur son séant, l'esprit alerte. Avait-il bien entendu une voix de fille, à l'instant? Il scanna les lieux d'un coup d'œil circulaire. Personne. Et la puissance purificatrice de la cascade l'empêchait de ressentir la moindre parcelle spirituelle.
"Ecoute-moi."
Le jeune homme tressaillit et regarda de tous les côtés. Cette fois, il n'avait pas rêvé. Bien que cette voix lui parût lointaine, presque évanescente vers le néant, il l'avait clairement entendue. Ainsi que le poids de la tristesse qui enchaînait ses mots. C'était vraiment étrange. Bien qu'ayant reconnu une voix féminine, il était impossible pour Yato de déterminer si cette dernière lui était familière. Qui était cette jeune fille en détresse?
Le doute entremêlé d'espoir le prit.
_ Hiyori? C'est toi? appela-t-il.
Pas de réponse. Le silence était retombé. Le jeune homme pivota sur ses pieds et scruta tout ce qui passait à sa vue. Rien. Il n'avait que la pénombre de la clairière en face et la roche sombre de la cascade dans son dos.
_ Qui es-tu? Et qu'essaies-tu de me dire? lança-t-il dans l'espoir que la voix revienne.
Hélas, seul le clapotis régulier de l'eau lui revenait. Peut-être avait-il rêvé à force de penser à sauver Hiyori de son sommeil spirituel. Résigné, le kami tourna les talons.
Il se figea. Une jeune fille devant lui.
"Arrête."
_ AH!
Yato venait de bondir, le cœur au bord des amygdales et les yeux encore figés dans la surprise.
_ Yato? Ca va?
Il secoua la tête comme s'il débarquait dans un monde inconnu, les sens complètement déphasés. Voir Amaterasu qui émergeait de la clairière lui permit de retrouver pied dans ses pensées.
_ Amaterasu-sama… J'ai entendu une voix, expliqua Yato à toute vitesse, le souffle court. C'était une jeune fille, elle avait l'air d'avoir besoin d'aide!
_ Yato…
_ J'ai cru que c'était Hiyori au début et d'un coup, j'ai vu une fille devant moi. Je n'ai pas eu le temps de voir son…
_ Yato.
Le jeune homme se tut en entendant la déesse du soleil l'appeler avec dans la voix toute la chaleur du grand Nord. Il redressa la tête. Elle avait caché ses yeux de ses doigts posés en visière contre son front, la tête baissée. Elle tremblait un peu.
_ Tu vas d'abord… me faire le plaisir… de m'épargner la vue… de…ton…
Il baissa les yeux. Oups.
_ WHOUAAAAAAAA!
_ Une voix de fille?
_ Oui. J'ai même fini par la voir. Jeune, cheveux longs sombres, je crois… Je n'ai pas vraiment vu son visage. Et d'un coup, j'ai repris connaissance.
_ Tu as dû t'assoupir pendant tes ablutions, c'est tout.
Yato ne répondit pas à la supposition de Yukine et préféra reprendre une gorgée de thé. La chaleur du liquide vert n'avait rien à envier à cette de la bosse qui ornait son crâne gonflé.
Suite à sa "tonique" entrevue avec Amaterasu, notre héros avait eu la surprise d'apprendre que cette dernière était partie à sa rencontre car il s'était absenté pendant près de trois heures. Le pseudo sommeil dans lequel il s'était plongé malgré lui était alors bien plus dense qu'il ne l'aurait cru. Pour lui, tout ce qui s'était produit n'avait pas duré plus de vingt minutes.
_ Ca peut s'expliquer, était alors intervenu Tsukuyomi en servant un plateau de collations. Tes sens divins sont déréglés par la magie des lieux, même nous, nous essayons de ne pas perdre la notion du temps. Quant à cette jeune fille que tu dis avoir vue…
Nouveau silence dans la salle commune, effleuré par le tintement discret d'une cloche à vent accrochée devant la fenêtre ouverte sur le jardin. Yato essaya d'analyser le regard perdu dans le vague du dieu de la lune mais se heurta à un mur. Il se hasarda alors à oser un regard discret à sa sœur qui elle, avait perdu ses pensées quelque part dans le sanctuaire qui accueillerait bientôt la cérémonie d'Elévation. Cela finit d'ailleurs par l'interpeller. Pourquoi Amaterasu avait-elle l'air mélancolique depuis qu'ils étaient arrivés ici? A quoi pensait-elle en voyant ces lieux? La réponse ne devait être connue que d'elle et de ses Armes Divines. Restés en retrait derrière leur maîtresse comme à leur habitude, Kusanagi et Murakumo gardaient les yeux baissés sur le sol, comme pour respecter le recueillement silencieux de la déesse.
Pris en sandwich parmi tous ces états d'esprits un peu éteints, Yukine ne savait trop sur quel pied danser. Et d'un autre côté, cette histoire d'apparition mystérieuse l'intéressait malgré tout.
_ Il y a des fantômes sur cette île? Vu ce que cette fille a dit à Yato, on dirait un esprit tourmenté.
A cette idée, Tsukuyomi fronça les sourcils avant de les hausser de surprise, semblant réaliser quelque chose tout à coup.
_ Impossible. Il n'y a que des divinités ou des entités spirituelles qui ont foulé ce sol jusqu'à présent. Cela dit… Nous avons une semi-humaine avec nous.
Tous redressèrent la tête vers le dieu de la lune avec l'air interrogateur. C'était vrai. Si les hautes divinités et des kamis de rangs inférieurs étaient les seules entités à avoir pénétré l'île d'Onokoro…
_ Alors… commença Yato.
_ Non, je ne sais pas comment réagirait un humain ici. Mais rassure-toi, l'état de Hiyori est stationnaire. Usagi est auprès d'elle.
Le jeune homme se renfrogna un peu sans le montrer. Il ne saurait donc pas si cette fille était Hiyori qui essayait de communiquer avec lui. Cependant, plus il y songeait, moins le dieu était convaincu que l'apparition de la cascade était son amie. "Arrête", lui avait-elle dit. Cela ne collait pas. Hiyori lui avait même demandé dans son dernier instant de faire cette Élévation, pourquoi lui demanderait-elle de laisser tomber?
Il fronça les sourcils, frustré. La question principale demeurait encore. Qui était cette fille et que voulait-elle vraiment?
_ Nous resterons donc vigilants pendant la cérémonie, décréta Amaterasu qui sortait enfin de son silence. Bien que pour moi, cette vision ne devrait pas perturber l'Élévation, j'essayerai tout de même de me renseigner. Cela m'intrigue.
Sur ces mots, elle se leva et alla observer un moment le ciel. Celui-ci était progressivement passé de l'azur de l'été à un mélange de bleu-mauve plus frais et crépusculaire. Le soleil avait doucement entamé son déclin tandis qu'à son opposé, une pleine lune poursuivant sa lente ascendance. L'énergie divine serait bientôt à son paroxysme. L'écho même de la cloche à vent semblait résonner dans toute l'île. Sans même le regarder, Amaterasu devinait que son frère ressentait et pensait la même chose.
Elle se tourna vers l'assemblée et planta ses yeux d'ors dans ceux de Yato.
_ L'Élévation commencera dans une heure. Sois prêt.
Oui, vous l'avez deviné. La fin, c'est pour le prochain chapitre.
…
…
…
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! FAUT QUE JE LE FINISSE !
Je hais les fins !
