C'est l'anniversaire de Kevin Costner aujourd'hui ! Après des années, je suis toujours toute retournée par le Robin des Bois doux, sensible, aimant, innocent, charmeur, orgueilleux, brisé, valeureux qu'il a su camper.


Robin ne pouvait pas s'empêcher de dévorer du regard la silhouette blonde et parée de rouge qui avançait sur le chemin. Il se tenait à quelques pas de lui, ne parlait pas à grand monde et se contentait d'esquiver les enfants qui couraient entre les gens. Mais cette image faisait déjà tout pour le noble désargenté. Gilles était là, il était avec eux, il ne se cachait pas à l'arrière de la procession et il ne le toisait pas non plus avec ressentiment depuis le couvert des arbres.

Il marchait juste de manière normale, comme un jeune homme normal, sur le chemin semé d'herbe détrempée et de boue. Ses cheveux paraissaient encore plus blonds dans la lumière du soleil, fût-il pâlichon au cœur de ce frisquet hiver. Il levait un regard détendu sur la foule et parfois, il souriait.

Robin eut encore une envie irrépressible d'aller le voir, mais Marianne était pendue à son bras et il y avait bien deux colonnes de couples et d'enfants entre eux deux. Il aurait quand même bien aimé qu'il tourne ses yeux vers lui. Son frère avait beau s'être fondu dans la masse de ses admirateurs, il continuait de faire semblant de n'être pas important en sa présence. Comme s'il avait l'impression de devoir recommencer la procédure depuis le début, apprendre à l'apprécier au fur et à mesure que les jours s'égrèneraient sans s'imposer devant les autres hors-la-loi, qui le vénéraient depuis longtemps, eux. Robin aurait voulu qu'il sache que, lui, il avait envie qu'il reste aussi proche de lui que possible. C'était long, dix-huit ans, quand vous n'aviez jamais connu votre petit frère.

La foule finit par s'arrêter à l'orée d'un bois, en bordure d'une clairière où avait été montée une scène de fortune. Des saltimbanques s'affairaient déjà tout autour, montant des éléments de décor peints et revêtant déjà des tenues chatoyantes. Le code couleur faisait étrangement penser à celui qui avait eu cours dans leur forêt de Sherwood.

« C'était donc ça, la surprise que vous vouliez me faire ? sourit Robin en s'adressant à la fois à Petit Jean, Fanny, Bouc et à tous les paysans qui défilaient autour de lui.

-En effet ! C'est un spectacle qu'on prépare de longue date pour ton anniversaire ! répondit son ami en lui tapant dans le dos.

-Merci…, murmura l'archer avec gratitude en les enveloppant tous d'un regard chaleureux. Ça me touche beaucoup. Ma Dame… Voulez-vous bien prendre place avec moi sur ce tapis d'herbe odorante et mouillée ? ajouta-t-il en tendant galamment sa main à Marianne.

-J'espère bien que tu es content, chantonna Gilles, prenant la parole pour la première fois depuis leur départ.

-Et pourquoi ça ? rétorqua son frère en haussant les sourcils. »

Il aida sa fiancée à s'asseoir devant la scène, sur sa pelisse, mais Gilles ne répondit pas. Il fut quand même soulagé de voir qu'il prenait place juste à côté de lui et ne courrait pas se cacher derrière les plusieurs rangées de paysans qui s'installaient dans le pré pour voir le spectacle.

C'était en fait une réécriture sur scène des aventures que Robin des Bois, ses hommes et sa Dame avaient vécues pour venir à bout du despotique Shérif de Nottingham. Le troubadour qui jouait Robin était habillé en vert, le Shérif plutôt en noir, Marianne portait du rose et le reste de la troupe se partageait le rôle des hors-la-loi et des habitants de la cité, avec des vêtures bleu marine. Parfois, l'un d'entre eux faisait un pas en avant pour parler plus fort et plus longtemps, c'était vraisemblablement un ersatz de Petit Jean, d'Azeem ou peut-être même de Gilles quand les protestations devenaient trop virulentes. L'archer se sentit un peu peiné de voir que ses plus proches amis n'avaient pas voix au chapitre dans cette reconstitution qui se faisait de leur longue, chaotique, trépidante et incroyable aventure.

« Tu n'y es pas ? glissa-t-il à son frère tandis que leur chœur de figurants se lançait dans une grande ballade dramatique à l'occasion de la mise à mort des hors-la-loi par Nottingham.

-C'est une peinture des exploits de Robin des Bois, de sa Dame et du cruel Shérif, lui expliqua Gilles d'une voix douce. Il n'y a pas la place pour les histoires d'amitié et de famille.

-Mais c'est injuste ! Je…

-Ne t'inquiète pas, le tranquillisa le jeune homme d'un ton chantant bien mystérieux. À la fin du spectacle, tu verras, j'aurai quelque chose pour toi. »

Robin lui retourna un regard intrigué, mais se replongea assez vite dans la scénette tant elle était saisissante de charme et de sincérité. Les troubadours devaient faire partie de ses admirateurs car ils interprétaient les moments drôles avec facétie, les moments poignant sans quitter leur regard déterminé, les moments d'amour comme s'ils allaient se mettre à pleurer. Ou bien étaient-ils simplement d'excellents comédiens ? En tout cas, ils y mettaient du cœur et Robin et les autres spectateurs applaudirent à deux mains plus d'une fois.

À la fin, la troupe plongea dans une profonde révérence et le public les acclama durant quelques instants. Après quoi, l'un d'entre eux trouva Gilles dans la foule, lui adressa un signe de tête et l'invita à grimper avec eux sur la scène. Intrigué, Robin le suivit des yeux et se rapprocha instinctivement quand il le vit s'asseoir au bord de l'estrade, les jambes pendant dans le vide.

« J'ai écrit ce poème pour toi, lui lança le jeune homme avec un rictus, sans doute pour cacher un semblant de gêne. Je ne suis pas un artiste comme ces gens-là, mais j'espère que ça te plaira quand même. »

L'archer resta suspendu à ses lèvres tandis que son frère entonnait d'une voix douce cette adorable chansonnette :

Il y avait une rivière au fond d'une clairière, une fois

Celle que tu as franchi un jour sans que rien ne trahisse avant

Le bruit des oiseaux, le murmure des feuilles, ton pas chantant

Le changement de toute ma vie qui s'effectua ce jour-là.

Je pensais assez peu de tes lettres de noblesse

De tes prétentions, de tes vues et de ton caractère

Mais je sais maintenant ton cœur, ta vie, tes faiblesses.

Tu es devenu ce que j'ai de plus important sur cette terre.

C'était tellement pur, tellement limpide que Robin sentit les larmes lui monter aux yeux. Sans dire un mot, tandis que les autres spectateurs applaudissaient, il se leva et vint se planter devant la scène. Il ouvrit les bras et Gilles glissa de son perchoir pour atterrir directement dedans. L'archer le serra très fort contre lui et souffla dans ses cheveux :

« Merci... »

Le jeune voleur répondit pas un petit souffle qui ressemblait à un rire mais se blottit bien rapidement contre lui. Il referma ses bras autour de sa taille et Robin se mit à le bercer doucement. C'était ça, son plus beau cadeau d'anniversaire. Pas juste qu'on loue ses exploits et ses aventures, mais qu'on se souvienne aussi de l'amour qu'il avait éprouvé pour les autres. Ses amis, les membres de sa famille... Il espérait que la tendre ballade de son petit frère traverserait les âges aussi longtemps que possible.