Henri rentra chez lui, épuisé. Il ne voulait pas aller se coucher, pas tout de suite. Il avait besoin d'en savoir plus. De découvrir qui était cette femme. Il alla frapper à la porte de son voisin de palier dont la lumière était encore allumée. La porte s'ouvrit sur un jeune homme blond d'une vingtaine d'années. Celui-ci lui adressa un sourire avant de s'écarter pour le laisser entrer.

Le salon était petit et mal éclairé. Il s'assirent sur un canapé décoré de fleurs sculptées dont le cannage était en mauvais état.

"Dure journée, lui demanda le jeune homme.

- Oui, tu avais raison. Le patron est un homme détestable.

- Rien de surprenant.

- Je ne comprend pas pourquoi tu as accepté de travailler pour lui, toi aussi, alors que tu le connaissais déjà avant. Moi, j'ai une excuse, je ne l'avait jamais rencontré, et je ne savais pas comment il était quand on m'a proposé de bosser pour lui.

- Tu regrettes?

- Oui. Et toi?

- Moi? Au départ, j'ignorais que je bosserais pour lui. On m'a juste demandé de dessiner une trentaine de portraits. C'était un travail intéressant et bien payé. C'est après que j'ai compris. Fort heureusement, je n'ai croisé personne qui me connaissait.

- Tu aurais pu au final refusé de vendre ces dessins.

- Non, l'enjeu est devenu important quand j'ai reçu la photo.

- Tu parles du portrait que tu as mis plusieurs jours à terminer.

- Oui, celui-là.

- D'ailleurs, tu me l'as toujours pas montré. Lequel est-ce?

- Ils ne l'ont pas encore exposé. Je vais l'envoyer le dernier jour.

- Pourquoi?

- Parce que s'il le voit, il devinera que c'est moi l'ai dessiné. Et je ne peux pas me le permettre. Il faut que je découvre pourquoi il a demandé à faire cette exposition. Ce n'est surement pas pour me rendre hommage. Alors pourquoi?

- Je pense que ça a un rapport avec cette femme.

- Quelle femme?

- Une jeune femme qui est passée à la galerie. Elle semblait fascinée par tes dessins. Monsieur Hockley m'a demandé d'aller la voir et de lui dire que l'artiste serait présent en fin de semaine et que si elle le voulait, elle pouvait laisser un mot dans le livre d'or.

- En a t-elle laissé un? , demanda le jeune home précipitamment.

- Je pense que oui, mais je suis retourné à mon poste. Je sais qu'elle est restée très tard et qu'elle a été la dernière à partir. J'ai pu jeter un coup d'œil au livre avant de renter chez moi. Je pense savoir ce qu'elle a écrit mais je ne suis pas sûr.

- Qu'est ce que c'était!, demanda t-il avec insistance.

- Tu sautes, je saute. C'est assez bizarre, non?

Un silence lui répondit.

- Jack, tout va bien?

- Elle est en vie.

- Jack? Tu la connais?

- Elle est en vie et Cal le sait. Je comprends tout maintenant.

Jack comprenait à présent toute l'ampleur de la situation. Il avait envisagé que cela soit possible, mais il avait eu peur d'y croire. Malgré sa joie de la savoir en vie, une pensée l'habitait et dominait cette joie. Rose était en danger.