Chapitre 8
Effort de repopulation en cours !
"La Sang-de-Bourbe de Potter fait partie des premières mères porteuses choisies par le Seigneur des Ténèbres pour faire croître la population magique."
Hermione continua à lire.
"La première phase de l'effort de repopulation britannique a maintenant commencé. Les mères porteuses de sang-mêlé et sang-de-bourbe éligibles ont été assignées à beaucoup de familles parmi les plus éminentes de Grande-Bretagne dans l'espoir de faire croître la population des sorciers. Les attributions ont personnellement été approuvée par le Seigneur des Ténèbres lui-même en consultation avec Guérisseuse Lydia Stroud, qui a passé sa carrière à se spécialiser dans la magie génétique et la fertilité magique.
Des plus notables parmi les mères porteuses est la Sang-de-Bourbe Hermione Granger, dernier membre survivant de la cellule terroriste connue sous le nom de l'Ordre du Phénix. La sorcière avait gagné sa réputation à un jeune âge pour ses associations romantiques avec des sorciers célèbres. Ce qui était particulièrement notable en 1994 avec non pas l'un mais deux compétiteurs du Tournois des Trois Sorciers, Harry Potter et Viktor Krum. À présent, elle pourrait avoir trouvé son chemin jusqu'au lit d'un sorcier encore plus puissant.
Drago Malefoy, principalement connu pour son assassinat du mage Albus Dumbledore alors qu'il n'avait que seize ans, est depuis longtemps un Mangemort estimé. Le Gazette tient de plusieurs sources que la mère porteuse Granger a été livrée au Manoir Malefoy il y a tout juste une semaine. Depuis que Lucius Malefoy a abdiqué de son titre de Lord au bénéfice de son fils suite à la mort de Narcissa Malefoy en 2001, la famille est restée sans héritier.
Malheureusement le jeune Lord Malefoy ne pourra pas trop s'attacher à la traître qui réchauffe son lit. Quand elle aura produit trois héritiers Malefoy, Guérisseuse Stroud a confirmé que la substitut Granger serait transférée dans une autre famille au sang pur dans le but de continuer à aider à la diversification du sang magique britannique.
Si les efforts de diversification sont un succès comme attendu, Guérisseuse Stroud espère qu'un tel effort commencera à être déployé dans toute l'Europe sorcière dans l'année…"
Alors, Malefoy était bien celui qui avait tué Dumbledore. Un autre nom dans la liste de ceux tués par le Haut Préfet.
Lucius était toujours en vie quelque part.
Il n'y avait pas de mention d'autres femmes dans le programme de reproduction. Les yeux d'Hermione parcoururent à toute vitesse les autres colonnes, récoltant toute parcelle d'information.
La colonne suivante listait les exécutions de Grande Bretagne qui avaient été pratiquées par le Haut Préfet. Il y avait une photo. Quelques hommes et femmes à l'air misérable à genoux sur une plateforme. Derrière eux, dans des robes noires et portant un masque ornementé, se tenait le Haut Préfet. Sur la photo, il sortait sa baguette et, d'un mouvement nonchalant, tuait la première personne. Il accordait à peine un regard au corps qui tombait avant de lancer un second sort sur la personne suivante. La boucle de la photo ne durait que quelques secondes, mais Malefoy avait tué trois personnes sur la plateforme avant qu'elle ne reprenne du début.
Hermione regarda attentivement. Prenant note de chaque détail.
Savoir que c'était Malefoy rendait évident le fait que c'était Malefoy. La posture élégamment détendue. Le jeter de sorts indolent. La froideur mortelle qui semblait irradier de lui.
Cependant, ni l'article à propos de l'effort de repopulation ni la colonne concernant l'exécution ne faisaient référence au fait que Malefoy était le Haut Préfet. Comme si le titre et son porteur étaient séparés.
L'anonymat était surprenant. Les journaux n'offraient même pas de spéculation sur l'identité du Haut Préfet. Comme s'il n'était pas permis d'imprimer une telle chose.
Hermione réfléchit à ce détail.
Le Haut Préfet était le bras droit de Voldemort, son représentant officiel. Hermione se demanda si l'anonymat était dans l'intérêt de Voldemort ou celui de Malefoy. Elle suspectait que c'était probablement celui de Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres avait une marionnette extrêmement puissante. Même Voldemort lui-même, quand il avait tué Harry, n'avait pas jeté le sort de mort aussi rapidement et sans effort.
Il ne serait pas bon de laisser à Malefoy l'opportunité de rassembler ses propres adeptes, accumulant personnellement du pouvoir, avant d'essayer de renverser son Maître. Forcer Malefoy à demeurer anonyme derrière son titre - ne l'autorisant à être connu que des Mangemorts et autres serviteurs de confiance - était probablement une façon de contrôler Malefoy.
Voldemort gardait Malefoy plutôt proche de lui.
Peut-être que Malefoy avait des ambitions secrètes qui inquiétaient Voldemort.
Cela faisait aussi de Malefoy le piège parfait pour les combattants de la Résistance. Si quiconque essayait de sauver Hermione, il penserait qu'il attaquait simplement un Mangemort gâté de deuxième génération. Il n'aurait pas conscience qu'il se jetait dans les griffes du Haut Préfet, le serviteur le plus mortel de Voldemort.
Hermione écuma le reste du journal. L'Europe du nord était toujours sous le contrôle des Mangemorts. Voldemort manoeuvrait agressivement pour amener les pays scandinaves à ployer le genou. Apparemment les vampires, harpies et autres créatures sombres qui avaient été amenées en Grande Bretagne pendant la guerre avaient été déménagées en Europe du nord au cours des derniers mois.
Il n'y avait pas de mention de l'insurrection en Roumanie. Pas de mention de membres connus de la Résistance qui se battaient encore.
Pius Thicknesse était toujours Ministre de la Magie. Il y avait un Tournoi des Trois Sorciers prévu pour l'année à venir. Quelques pages étaient dédiées aux matches internationaux de Quidditch. Apparemment la page des sports conservait sa popularité même sous un régime dystopique.
Le reste du journal était consacré aux événements mondains.
Astoria Malefoy était une personnalité mondaine. Elle assistait à tous les événements, achetait des tables aux galas de charité, et donnait sans compter pour les monuments commémoratifs post-guerre. Malefoy était largement absent des pages consacrées aux événements mondains, ne se joignant à sa femme qu'occasionnellement.
Hermione lut chaque mot, publicités comprises. Cherchant le moindre indice. Chaque sous-entendu. Tout ce qui pourrait ne pas être dit mais insinué.
Si de telles choses étaient incluses dans les informations, Hermione était trop ignorante à propos des événements actuels pour les détecter.
Finalement, elle replia soigneusement le journal de ses doigts raides et le remit à sa place, là où il avait été abandonné sur la terrasse.
Elle massa ses mains gelées en se dépêchant de tracer son chemin à travers le manoir.
De façon surprenante, elle n'avait pas de crise d'angoisse alors qu'elle errait par elle-même sur le chemin du retour. Peut-être que c'était seulement parce qu'elle était distraite par le froid. Elle croisa les doigts et espéra.
Le chemin pour retourner à sa chambre était simple. Au moment où elle arriva, elle se précipita dans la salle de bain et alluma l'eau froide. Elle la laissa couler sur ses mains engourdies jusqu'à ce qu'elle sente progressivement la circulation reprendre et que l'eau arrête de paraître chaude. Puis elle ouvrit les robinets de la baignoire et prit un bain chaud.
Elle sombra dans l'eau chaude avec un soupir, savourant le soulagement de la douleur causée par le froid dans tout son corps gelé. Elle se frotta les pieds et les chevilles jusqu'à ce que les dernières traces de saleté disparaissent.
Après avoir vécu si longtemps dans une cellule, elle ne prendrait plus jamais la propreté pour acquise. Elle ne savait pas si elle se remettrait un jour du nouveau frisson qu'était l'immersion jusqu'au cou dans une grande quantité d'eau. C'était le seul et unique point culminant de son existence actuelle.
On ne pouvait pas dire la même chose pour la nourriture. Qui, bien que clairement de qualité de par ses ingrédients, avait pour but de n'être que nutritionnelle. Elle ne savait pas grand chose sur les régimes d'avant grossesse, mais elle ne voyait pas pourquoi elle n'était autorisée à manger que sans sauce, sans sel, des légumes trop cuits, du pain de seigle sans beurre, de la viande bouillie et des oeufs pochés (sans sel non plus). Elle pourrait tuer pour un paquet de chips.
Alors qu'elle s'asseyait dans l'eau, se réchauffant doucement, elle médita sur la révélation du jour.
Son "statut" de mère porteuse sous la garde attentive de Malefoy était utilisée comme appât.
Le vocabulaire moqueur et aguicheur de la une était rageur. Un ton précisément équilibré, cherchant à la fois à déshumaniser Hermione pour éviter la pitié du grand public tout en s'efforçant d'attiser l'indignation des sympathisants.
Hermione se demanda quelle sorte de mesure de sécurité avait été mise en place pour attraper les potentiels sauveurs. Y avait-il d'autres Mangemorts postés au Manoir Malefoy ? Ou est-ce que le Haut Préfet était présumé capable de gérer personnellement tous les arrivants ?
Si c'était la première option, Hermione devrait ouvrir l'œil et essayer de les découvrir. Ils seraient une difficulté additionnelle pour son évasion - à moins qu'elle ne puisse d'une façon ou d'une autre susciter leur sympathie. Ou peut-être essayer d'en piéger un pour qu'il la tue si ça devait en arriver là. Une machination douteuse et très ambitieuse, étant donné que Malefoy trouverait probablement l'idée dans son esprit longtemps avant qu'elle ne puisse avoir une chance de la mettre en œuvre.
Si c'était juste Malefoy, hé bien, ça serait une indication inquiétante de la confiance de Voldemort dans les capacités de Malefoy.
À quel point Malefoy était-il dangereux, au juste ?
Hermione reposa sa tête sur ses genoux et essaya de se souvenir plus clairement des circonstances de la mort de Dumbledore près de huit ans auparavant. Les détails semblaient… brumeux.
Elle ferma les yeux et peina à se souvenir.
C'était arrivé moins d'un mois après la rentrée en sixième année. Les protections avaient disparu dans les couloirs quand un sort de mort avait été utilisé. Le château avait été rempli de poudre d'obscurité instantanée du Pérou et d'élèves hurlant et fuyant dans le désordre. Quand l'obscurité s'était finalement estompée, il y avait des douzaines d'élèves blessés et paniqués et le cadavre de Dumbledore. Il avait été piétiné dans le chaos.
Les première année de Poufsouffle et de Serpentard venaient juste de rentrer dans le château après un cours de Botanique. Ils étaient les seuls à avoir vu quelque chose. Les déclarations étaient contradictoires.
Dumbledore était passé par là. Il y avait un élève plus âgé dans le couloir. Peut-être deux. Des garçons. Un Serdaigle. Un Serpentard. Un Gryffondor. Un Poufsouffle. Cormac McLaggen. Adrian Pucey. Colin Crivey. Ernie McMillan. Drago Malefoy. Zacharias Smith. Anthony Goldstein.
Les première année ne reconnaissaient pas beaucoup d'élèves plus âgés après seulement trois semaines de cours. Le consensus général était qu'il s'était agi de quelqu'un de blond.
Ils avaient entendu un sort. Puis, les ténèbres. Quelques-uns disaient que ça s'était passé dans l'autre sens : les ténèbres et après le sort. Tout le monde criait et courait. Personne ne pouvait plus rien voir. Tous les sorts d'alarme sonnaient.
Quand les ténèbres s'étaient estompées, les professeurs avaient rassemblé tout le monde dans la Grande Salle. Le Département de la Justice Magique était arrivé pour interroger les élèves et examiner le corps.
L'autopsie avait conclu que la cause de la mort était un sort de mort dans le dos. Pas d'autre magie récente détectée.
Il y avait quelque chose d'autre - quelque chose à propos de la main de Dumbledore…
Hermione essaya désespérément de se souvenir. Elle avait l'impression que c'était un détail important. Le souvenir dansait, hors de portée.
Tous les élèves plus âgés nommés par les première année furent interrogés et mis hors de cause. Tous sauf Drago Malefoy. Il était absent. Le château et le domaine furent fouillés. Il était parti.
Des Aurors furent envoyés au Manoir Malefoy pour le trouver impénétrable. Il fut présumé coupable. S'il avait personnellement jeté le sort, avait aidé, et pourquoi il l'avait fait restèrent des questions sans réponse.
L'Ordre avait supposé que ça avait été une tentative de redorer le blason de la famille Malefoy après l'échec de Lucius et l'emprisonnement qui avait suivi la bataille au Département des Mystères.
Hermione ne se souvenait pas qu'il ait été un jour confirmé que Malefoy avait tué Dumbledore. Après que les Mangemorts aient pris le contrôle du Ministère de la Magie six mois plus tard, il avait été difficile d'obtenir des informations fiables. La Gazette du Sorcier était immédiatement devenue une machine à propagande à part entière.
Avait-ce été confirmé ? Elle ne se souvenait pas.
L'incapacité d'Hermione à s'en souvenir n'avait pas de sens. Elle ne pouvait même pas dire où étaient les trous dans sa mémoire. Jusqu'à ce qu'une question lui soit amenée, elle ne se rendait pas compte de ce qu'il manquait.
Quand elle essaya de faire le tri magiquement dans ses souvenirs, ce fut comme nager dans du goudron. Épuisant. Presque futile. Si elle rassemblait plus que le plus petit faisceau de magie en essayant, les menottes s'activaient et aspiraient tout.
La sensation la plus claire qu'elle avait sur l'emplacement des souvenirs perdus venait des divers efforts de Voldemort, Rogue et Malefoy pour y entrer par effraction.
La douleur, le choc et le trauma avaient flouté les détails. Il semblait que bien qu'il y ait quelques souvenirs perdus disséminés pendant la guerre, la majorité était concentrée sur la dernière année, jusqu'à son emprisonnement.
Les trous dans ses souvenirs déchiraient quelque chose à l'intérieur d'Hermione. Elle avait désespérément besoin de savoir ce qu'il manquait, mais était terrifiée de retrouver ces informations. Elle avait l'impression de marcher dans un champ de mines. Elle n'avait aucune idée de ce que les faux pas pourraient être.
Essayer d'accepter le manque d'information - de compréhension - lui donnait une sensation de poison amer à l'intérieur d'elle.
Pourquoi avaient-ils perdu la guerre ?
Ne pouvait-elle pas au moins se souvenir de ça ?
C'était comme si Malefoy et elle jouaient une partie d'échecs, mais qu'il était le seul à voir le plateau.
Elle avait désespérément besoin de toute bribe d'information.
Au moment où elle saurait, ses ennemis aussi. Son ignorance était simultanément un bouclier et une arme. Elle lui faisait gagner du temps pour s'échapper, mais elle pouvait lui tomber dessus à tout moment.
Pour une raison inconnue, elle était presque certaine que cela signerait sa fin.
Elle avait l'impression d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Le bout de ses doigts était plissé à cause de l'eau quand elle sortit finalement de la baignoire. Elle se sentait vidée. Elle grimpa dans le lit et serra un coussin contre elle.
Son esprit réfléchissait encore et encore, plein de questions auxquelles elle n'avait pas de réponse.
Le jour suivant, Malefoy apparut une nouvelle fois juste après le déjeuner.
Le cœur d'Hermione sombra, mais elle enfila sa cape et le suivit docilement. Le simple fait de marcher derrière lui faisait battre son cœur trop fort. Elle se demanda s'il pouvait le sentir à travers ce qu'il utilisait pour la monitorer.
Quand ils arrivèrent sur la terrasse, Malefoy fit immédiatement apparaître une chaise et s'assit, ouvrant un journal. L'histoire à la une était à propos d'un monument en l'honneur de Voldemort. Il avait été inauguré sur le Chemin de Traverse. Hermione se tient gênée sur le pas de la porte, se demandant où aller.
Elle jeta un regard vers Malefoy et commença à ouvrir la bouche pour poser une question, mais c'était comme si son corps l'avalait avant qu'elle ne puisse produire les mots.
Silencieuse.
Elle ne pouvait pas initier une conversation.
Elle fixa amèrement la haie du labyrinthe. Elle supposa qu'elle avancerait juste en errant sans but.
Elle commença à s'éloigner en marchant, mais alors qu'elle était en route, une légère sensation d'inconfort se glissa en elle. Elle leva les yeux et prit la mesure du ciel ouvert et gris…
Son cœur sembla brusquement se décrocher.
C'était comme si tout l'oxygène et les bruits qui existaient étaient brusquement aspirés au loin, et qu'il ne restait simplement qu'un vide de vaste infini devant elle.
Il n'y avait pas d'air.
Elle avait l'impression de suffoquer. Son cœur commença à tambouriner. Battant de plus en plus vite. Elle pouvait l'entendre.
Elle avait l'impression de…
Rien.
Comme si l'univers s'arrêtait à ses pieds.
Si elle faisait un pas de plus, elle tomberait.
Elle se figea. Elle essaya de bouger mais ne fit que trembler et n'y arriva pas. Elle se mordit la lèvre. Essayant de respirer. Essayant de se forcer à avancer.
C'était si… ouvert.
Elle ferma les yeux.
C'était juste dans sa tête. C'était juste dans sa tête.
Elle lutta pour respirer. Fut entraînée dans une série d'inspirations rapides et haletantes alors qu'elle peinait à réfléchir.
Elle n'avait pas eu de problème la veille. Elle avait été si horrifiée et en colère. Elle avait couru plusieurs kilomètres. Mais maintenant…
Elle ne pouvait pas…
C'était trop.
Elle ne se souvenait pas que le monde avait semblé si vaste autrefois. Le ciel était si… haut. Les chemins couraient encore et encore. Elle ne savait pas où ils s'arrêtaient.
Ses mains se mirent à trembler et à être agitées de spasmes à cette idée. Elle allait être malade.
Elle avait envie de retourner dans sa chambre.
Elle avait envie de se terrer dans un coin et de sentir les murs contre elle.
Elle baissa les yeux vers ses pieds et sentit des larmes perler aux coins de ses yeux. La panique montait en elle comme un raz-de-marée. Son cœur ne cessait d'accélérer, encore et encore. Elle avait l'impression d'avoir un oiseau voletant coincé à l'intérieur de sa poitrine, s'assommant à mort en essayant de s'échapper.
Hermione pressa ses mains contre sa bouche et essaya de s'empêcher d'hyperventiler.
Un bruit net attira brusquement son attention, et elle leva les yeux pour trouver Malefoy qui agrippait son journal si fort que ses phalanges en étaient blanches. Ses mains tremblaient légèrement.
Elle haleta et s'éloigna en trébuchant.
"Désolée… désolée…," balbutia-elle, terrorisée. "Je vais…"
Elle ne fit que quelques pas avant que ses jambes ne refusent de la porter plus loin.
Elle avait peur d'être proche de Malefoy, mais même lui ne faisait pas céder la terreur qui l'avalait quand elle essayait d'avancer. Elle avait l'impression que tout l'air avait été pressé hors de ses poumons. Elle ouvrit la bouche et essaya d'inspirer de l'air. Il ne voulait pas entrer.
La terreur plongeait en elle comme si une créature avait planté ses serres dans son dos. Les enfonçant jusqu'à sa colonne vertébrale. La déchirant. Exposant tous les muscles, les nerfs et les os à l'air froid de l'hiver, et qu'elle en mourrait.
Elle ne pouvait pas respirer.
Elle avait l'impression que le monde se penchait sur le côté.
Il y avait des aiguilles qui s'enfonçaient dans ses mains et ses bras.
Tout ce qu'elle pouvait voir était l'espace ouvert…
Elle ne pouvait pas s'arrêter de trembler. Ne pouvait pas s'arrêter de paniquer. Elle ne pouvait pas y aller…
C'était si ouvert. Un gouffre. Rien. Rien. À l'infini. Elle était seule dedans.
Même pas de murs. Rien.
Elle pouvait crier pour l'éternité. Pas de sons.
Personne ne viendrait.
Des ténèbres mangeaient le ciel.
Ensuite il n'y aurait plus rien.
Personne ne viendrait.
Elle ne pouvait pas…
"Stop," gronda-on soudain derrière elle.
La réalité s'écrasa contre elle comme un raz-de-marrée. Elle amorça un mouvement pour se retourner. Malefoy était pâle, et ses yeux lançaient des éclairs alors qu'il la regardait.
"Tu as pour ordre d'aller dehors. Tu n'as pas pour ordre de t'éloigner. Ne t'impose pas une crise d'angoisse qui pourrait compromettre mon accès à tes souvenirs."
Son visage tressaillit légèrement alors qu'il continuait à la regarder. Sortant sa baguette, il fit apparaître un autre fauteuil.
"Assieds-toi. Et calme toi," ordonna-il d'un ton froid.
Hermione prit une grande inspiration et laissa ses pieds la porter. Essayant de ne pas s'attarder sur la vague de soulagement qui la submergeaIT. Elle s'assit et baissa les yeux sur ses mains alors qu'elle travaillait à reprendre le contrôle de sa respiration.
Elle était sur un fauteuil. Elle était sur un fauteuil à côté de Malefoy. Elle n'était pas dans le vide. Il n'y avait pas de vide. Il y avait du marbre sous ses pieds. Elle ne devait aller nulle part. Elle était dans un fauteuil.
Elle inspira lentement. En comptant jusqu'à quatre.
Expira, par la bouche. En comptant jusqu'à six.
Inspiration et expiration.
Encore et encore.
Elle était sur un fauteuil. Elle ne devait aller nulle part.
Son cœur cessa lentement de battre à tout rompre, mais toute sa poitrine lui faisait mal.
Une fois que les tressaillements de sa cage thoracique se furent calmés, elle essaya de forcer ses doigts à ne plus être agités de spasmes. Ils refusèrent alors elle s'assit sur eux.
Alors que son esprit se dégageait complètement de la panique, une vague de désespoir amer la frappa.
Elle était brisée.
Elle l'était vraiment.
Cela ne servait à rien d'essayer de le nier.
Mentalement, quelque chose en elle s'était fracturé pendant son emprisonnement, et elle ne savait pas comment le réparer. Elle ne pouvait pas se raisonner pour passer au delà. Cela l'avalait de l'intérieur.
Elle fixa ses genoux. Des larmes glissèrent du coin de ses yeux, descendirent le long de ses joues et de ses lèvres avant de tomber. La morsure acérée du vent lui donna une sensation glacée sur la peau. Elle les essuya et serra sa cape un peu plus contre elle. Mettant la capuche.
La cape l'étouffait presque de la chaleur qu'elle fournissait, mais Hermione se sentait toujours glacée d'horreur alors qu'elle se tenait silencieusement assise dans la véranda. Essayant de réfléchir.
Ça avait été. La veille. Ça avait été. Pourquoi ? Pourquoi cela ne l'avait-il pas dérangée à ce moment-là ?
Une sorte d'agoraphobie. Ce devait être ça. D'une certaine façon, dans la cellule sans lumière ni bruit ni temps, elle s'était rabattue sur la sécurité des murs. La contenance était devenue la seule constante dans sa vie. Alors maintenant, dès qu'elle était libre de l'horreur pressante de sa situation, dès qu'elle avait le temps de penser…
Le sens de l'ouverture créait une peur qui l'avalait.
L'extérieur était bien pire que le couloir de l'étage.
Peut-être qu'elle n'était juste pas préparée. Peut-être que maintenant qu'elle savait, elle serait capable de passer au-delà de la panique. Si elle se donnait des buts atteignables : descendre les escaliers. Traverser le gravier. Marcher jusqu'à la haie.
Si elle se donnait un rythme.
Elle n'allait certainement pas se perdre dans le labyrinthe de haies dans un futur proche.
Son ventre se noua. Son planning d'évasion ne faisait que s'allonger. Elle n'avait même pas encore eu l'opportunité d'enquêter sur les options de sortie. Au plus elle tardait…
Elle pourrait tomber enceinte.
Elle pouvait déjà être enceinte. Si elle ne l'était pas, chaque mois de plus à être obligée de se pencher sur cette table augmenterait la probabilité de l'être.
Elle avait envie de pleurer.
Elle jeta un regard à Malefoy qui étudiait avidement les résultats du Quidditch.
Quelles informations utiles était-elle censée apprendre sur lui ? Tout ce qu'il faisait était se fâcher, lire et puis s'en aller tuer des gens.
Elle n'allait jamais s'échapper. Elle allait probablement mourir sur le domaine.
Elle l'étudia, en proie au désespoir.
Il était juste froid. En colère.
Une rage froide semblait émaner de lui. Elle pouvait sentir la magie noire s'enrouler autour de ses contours.
Qui détestait-il autant ? Était-il comme Lucius, blâmant l'Ordre pour la mort de Narcissa ? Tous ces sorts de mort étaient-ils une vengeance ? Qu'est-ce qui alimentait son ascension ?
Tout en lui avait changé. Il ne semblait pas rester même un fragment du garçon qu'elle avait connu tant d'années auparavant.
Il avait grandi, il était plus grand et plus large. L'arrogance qu'il avait à l'époque de l'école s'était effacée, remplacée par un sens tangible de puissance. Une assurance mortelle.
Son visage avait perdu toute trace enfantine. Il était cruellement beau. Ses traits aristocratiques acérés montraient une expression dure et inflexible. Ses yeux gris étaient comme des couteaux. Ses cheveux toujours aussi pâles, d'un blond blanc, peignés négligement sur le côté.
Il avait l'air, de la tête au pied, d'un Lord anglais indolent. À l'exception de sa froideur presque inhumaine. Si une lame d'assassin s'incarnait en homme, ça serait dans la forme de Drago Malefoy.
Elle le fixa. Prenant sa mesure.
Beau et damné. Un ange déchu.
Ou peut-être, l'Ange de la Mort.
Alors qu'elle l'étudiait, il ferma le journal dans un claquement de papier et leva les yeux vers elle. Elle croisa son regard pendant un moment avant de détourner les yeux.
"Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?" demanda-il après l'avoir fixée pendant quelques secondes.
Elle rougit légèrement et ne répondit pas.
"Si tu ne me dis pas, j'irais juste chercher la réponse dans ton esprit," dit-il.
Hermione lutta pour ne pas reculer devant la menace. Elle regarda fixement vers la haie.
"Je… je pense que ça s'appelle de l'agoraphobie," dit-elle après avoir prit plusieurs grandes inspirations. "Quelque chose dans… dans les espaces ouverts me fait paniquer."
"Pourquoi ?"
"Je ne sais pas. Ce n'est pas comme si c'était rationnel," dit-elle amèrement alors qu'elle inspectait la couture de sa cape. Le travail d'aiguille uniforme était quelque chose de carré à regarder. Quelque chose de prévisible. Quelque chose qui avait du sens. Quelque chose de différent de son esprit irrationnel.
"Tu as une théorie, j'en suis sûr," dit-il d'un ton défiant. Comme s'il la défiait de refuser de le lui dire, pour qu'il puisse juste forcer le passage dans ses pensées et tirer la conclusion par lui-même.
Elle fut tentée de mentir, mais cela serait vain. Il irait, sans aucun doute, dans son esprit une nouvelle fois avant qu'elle ne s'échappe. Si elle ne lui disait pas maintenant, il le saurait toujours demain. Ou le jour suivant. Ou quand il déciderait de lire ses pensées de nouveau.
"Ca vient probablement du fait d'avoir été en cellule pendant si longtemps," dit-elle après une minute. "Il n'y avait rien… c'était comme un vide. Tout le monde était mort. Personne n'allait venir pour moi. J'étais juste là, et je ne savais même pas depuis combien de temps. Les murs… étaient la seule chose réelle. J'imagine… que j'en suis venue à me reposer sur eux. Alors maintenant… quand j'essaie d'aller quelque part, et que je ne… je ne sais pas où ça va… je ne sais pas. Je ne peux pas… j'ai l'impression…" elle avait du mal à expliquer la terreur. "J'ai l'impression que je suis abandonnée encore une fois. Que tout le monde est mort et que je suis juste seule… Et je peux le gérer quand mon monde parait petit… mais quand je me souviens d'à quel point il est grand… je ne peux pas. Je ne peux pas…"
Elle s'étrangla, et sa voix s'éteignit. Elle ne savait pas comment le décrire. Les mots échouaient à capturer l'irrationnelle complexité. Elle fixa le lointain, perdue.
L'expression de Malefoy avait semblé se durcir au fur et à mesure qu'elle parlait.
"Et hier ?" demanda-il après une pause mécontente.
"Je ne sais pas. J'imagine que mon horreur a surpassé ma peur."
Il resta silencieux pendant un moment avant de renifler légèrement et de s'adosser dans son fauteuil, l'étudiant.
"Je dois l'admettre, quand j'ai appris que c'était toi que j'allais avoir, j'avais hâte d'être celui qui te briserait finalement," dit-il et il se pencha légèrement vers elle avec un sourire dur. "Mais je doute qu'il soit possible de faire mieux que ce que tu t'es fait à toi-même. C'est plutôt décevant."
"Je suis sûre que tu essaieras quand même," dit-elle en le regardant dans les yeux. Elle savait que son désespoir était inscrit sur son visage, mais il était inutile d'essayer de le cacher.
Ses yeux gris brillèrent quand il le vit.
