Chapitre 11

Malefoy eut un petit rire.

"Tu aimes ça ?" demanda-il.

Elle pencha la tête sur le côté. Il était facile à regarder maintenant qu'elle ne se sentait plus effrayée ou submergée par sa haine pour lui. Elle avait conscience qu'il était dangereux, mais son corps n'avait pas de réaction physique. Pas de ventre qui se nouait. Pas de rythme cardiaque triplé. Il aurait aussi bien pu être une statue.

"J'ai l'impression d'être morte," dit-elle.

Il hocha la tête comme si cette constatation ne le surprenait pas.

"Les effets sont temporaires. Ça s'estompera après douze heures. Et après un moment tu seras immunisée. Ça devrait marcher assez longtemps pour que tu t'acclimates au manoir et au domaine.

Hermione leva les yeux pour le regarder.

"Tu es différent avec moi à présent. Tu es moins méchant. Pourquoi est-ce que tu fais ça pour moi ?" dit-elle. Elle fronça les sourcils, confuse. Apparemment elle pouvait toujours se sentir confuse.

Il haussa un sourcil et se pencha si près que son souffle effleura la joue d'Hermione.

"Je ne fais pas ça pour toi, Sang-de-Bourbe," dit-il doucement à son oreille. "Je le fais pour moi. Tu ne réagirais pas de toute façon."

Il se redressa.

"Tu vois ? Rien. Pas de rythme cardiaque élevé. Pas de cœur qui bat la chamade. Je pourrais ramener un épouvantard ou te coucher sur une table sans que tu ne bronches. Pas très drôle."

Hermione hocha la tête pensivement. Si elle souhaitait se suicider il serait plus facile de le faire sous l'effet de la potion. Malefoy pourrait ne pas être capable de détecter quoi que ce soit avant qu'il ne soit trop tard.

Malefoy reprit une expression de marbre. Il fit un geste vers la porte. "On y va ?"

Elle partit chercher sa cape et le suivit à l'extérieur. Il s'arrêta sur la terrasse et la regarda descendre les marches par elle-même. La neige avait été enlevée des chemins de gravier mais elle pouvait déjà sentir le froid lui mordre les doigts de pieds à travers ses chaussures. Il faisait vraiment froid ce jour-là.

Elle hésita un moment, essayant de décider où aller. Puis elle marcha vers le labyrinthe de haies. Pendant toutes ses promenades avec Malefoy, il n'était jamais allé dedans. Elle était plutôt curieuse de voir si elle pourrait trouver son chemin dedans.

Il était immense. Les haies la surplombaient. Cela lui rappela le labyrinthe du Tournoi des Trois Sorciers. Elle doutait que les haies de Malefoy puissent essayer de la manger ou contenir des créatures maléfiques. Elle vagabonda sur le chemin sinueux et pensa à la potion que Malefoy l'avait forcée à avaler.

Elle se demanda qu'il se l'administrait pour pouvoir être un bâtard froid et diabolique, mais elle mit cette pensée de côté après un moment de réflexion. Le sort de mort était une magie basée sur les émotions. Impossible de le jeter avec détachement.

Cependant, Malefoy semblait, de manière terrifiante, capable de contourner les règles de ce sort.

Si elle mettait de côté Malefoy et le mystère de son puits de haine sans fond, elle pouvait utiliser la potion. Elle pouvait faire bien plus de progrès dans le but de s'échapper sous l'influence de la potion que ce dont elle avait été capable ce dernier mois. Tellement que cela semblait bizarrement imprudent de la part de Malefoy.

Elle s'arrêta pour considérer l'idée.

Malefoy n'était pas imprudent. Peu importait à quel point il détestait la surveiller. Il ne serait jamais imprudent. Il devait y avoir une sorte de sécurité intégrée qui le rendait assez confiant pour lui administrer quelque chose d'aussi puissant. Il ne pouvait possiblement pas prendre le risque sinon, même s'il trouvait que la surveiller était une forme de torture.

Elle s'était presque jetée du haut d'un balcon et il ne l'avait arrêtée que de justesse. Su exactement quand il avait besoin d'apparaître…

Elle baissa les yeux vers ses poignets.

Il avait dû le sentir à travers les menottes. Mais comment avait-il su qu'il fallait venir à ce moment-là mais pas pendant ses crises d'angoisse ? Un charme de monitoring, même spécialisé, ne pouvait possiblement pas les différencier aussi précisément.

À moins que…

Malefoy avait d'une façon ou d'une autre lu dans son esprit à travers elles…

Aussitôt que la pensée lui vint, elle fut certaine qu'elle avait raison. Comment, elle ne savait pas. Mais elle était prête à le parier.

Comme c'était irritant. Elle aurait dû enrager mais ne put faire venir la rage. Elle aurait dû être avalée par le désespoir. Mais une exaspération interne fut tout ce qu'elle put ressentir.

Comme si sa légilimancie n'était pas assez invasive ; pêcher dans son esprit comme s'il s'agissait de son propre parc à huîtres. Elle était certaine qu'il pouvait aussi la lire à travers les menottes.

Il ne parcourait jamais ses pensées. Elle l'avait remarqué. Elle se souvenait que Rogue avait l'habitude de le faire avec les élèves. Plonger dans les yeux et glaner ce qui était à la surface. Les fois où elle avait croisé le regard de Malefoy, il ne s'était jamais embêté à le faire.

Hermione fit demi-tour. Elle marcha hors du labyrinthe de haies et traça son chemin jusqu'à la terrasse où Malefoy semblait immergé dans un livre sur l'alchimie.

Il referma le livre dans un claquement et leva les yeux vers elle alors qu'elle restait debout devant lui, le fixant. Les mains sur les hanches.

Elle ne pouvait rien dire mais elle pouvait regarder.

Il sembla réaliser qu'elle ne pouvait rien dire et ne fit que lui faire un léger sourire narquois en lui rendant son regard.

"Oui ?" dit-il finalement après presque une minute.

"Est-ce que tu lis dans mes pensées?" dit-elle.

Il eut un large sourire.

"Et il ne t'a fallu qu'un mois pour t'en rendre compte," dit-il dans une parodie de compliment. "Bien que, je te l'accorde, tu aies été plutôt occupée à pleurer, te lamenter et être effrayée par les couloirs et le ciel."

L'avantage de ne pas avoir d'émotions était que la méchanceté de Malefoy lui semblait à peine être des cailloux jetés dans une mare. Une petite et brève éclaboussure dans son imperméabilité mentale puis de nouveau le calme et l'indifférence.

"Comment est-ce possible ?" demanda-elle en levant un sourcil sceptique. Cela défiait plusieurs lois fondamentales de la magie.

"Sois rassurée, Sang-de-Bourbe, je ne lis pas toutes tes pensées. Si je devais être sujet au flux constant de ta conscience je me serais probablement tué. Tu apparais seulement quand tu fais quelque chose… d'intéressant. Et cela m'épargne de venir juste parce que tu essaies de descendre un escalier toute seule."

La Hermione non droguée aurait rougi de colère devant ses moqueries. Mais la Hermione du présent cligna simplement des yeux et réfléchit à cette information.

Donc ce n'était pas une chose constante. C'était bon à savoir. Mais quand quelque chose était suffisamment important il était capable de fouiller son esprit et de lire ses pensées superficielles. C'était… un problème.

Elle étudia Malefoy. Elle aurait besoin de voler ce qui lui permettait de la monitorer. Ombrage l'avait décrit comme un charme porté par le chef du foyer. Hermione ne savait pas ce que ça pouvait être. Les charmes magiques étaient normalement quelque chose de métallique pour canaliser la connexion magique. Et il fallait que ça soit porté ; des colliers, des bracelets ou des bagues étaient le plus commun.

Malefoy ne semblait pas porter de bijoux, même pas d'alliance. La seule chose visible sur lui était l'anneau noir à sa main droite.

Peut-être que c'était ça.

"Tu ne peux pas le voler," railla Malefoy.

Elle lui jeta un regard perçant.

"Ce n'est pas un objet. Ce n'est pas ça," dit-il, et il leva sa main pour lui montrer l'anneau qu'elle avait regardé. Il le glissa pour l'enlever de son doigt et le lui lança. Elle l'attrapa par réflexe et l'étudia.

C'était une sorte de métal noir. Il ne semblait pas avoir de signature de forte connexion magique comme l'aurait eu quelque chose de connecté aux menottes. Mais peut-être que ça l'était quand même. Il pouvait mentir. Peut-être qu'il essayait de la mener en erreur.

Elle se demanda ce qu'il ferait si elle l'avalait.

Il éclata de rire.

"Ne l'avale pas."

Elle leva vivement le regard et il haussa un sourcil d'un air entendu. Il fit un sourire narquois et tendit la main. Elle le laissa tomber à contre-cœur dans sa paume et il le glissa à son doigt.

"Comme je te l'ai dit, ce n'est pas un objet. Tu ne peux pas voler la trace. Pas celle qui est sur toi. Ils ont utilisé la magie du sang pour faire tes menottes."

Hermione le fixa avec étonnement.

"Je suis dans ta tête ?" dit-elle, sa bouche s'ouvrant légèrement alors que cette révélation la frappait.

Ils avaient pris son sang.

Quand elle était à Poudlard, ils avaient pris des fioles de son sang, et des cheveux. Elle avait supposé que c'était pour des tests génétiques. Il ne lui était pas venu à l'idée qu'il pourrait être utilisé pour des rituels de magie du sang.

Cela voulait dire qu'elle était, de son élément vital, liée à la conscience de Malefoy. Il pouvait la sentir dans le fond de son esprit. C'était comme des protections de sang autour des domaines et des châteaux, créant une connexion inconsciente dans le Lord qui les possédait. Les protections de sang autorisaient le propriétaire à détecter quand quelqu'un entrait ou essayait d'altérer quelque chose. Hermione existait de façon similaire dans l'esprit de Malefoy.

Si elle n'avait pas été entièrement dépourvue d'émotions, elle aurait été figée d'horreur.

Il hocha la tête.

"Tu es la Sang-de-Bourbe de Potter. Des mesures de sécurité additionnelles ont été estimées nécessaires. Donc, laisse-moi te dire comment marchent les choses : je saurai toujours ce que tu fais et je serai toujours en capacité de te trouver. À moins que tu ne puisses enlever ces menottes." Il les regarda et eut un petit sourire. "J'aurais profondément aimé te voir réussir une telle chose."

Il rit.

"Peut-être que tu peux commencer par me séduire," conseilla-il avec humour, s'adossant à sa chaise et la regardant de haut en bas. "Vole mon coeur avec ton intelligence et ton charme."

Hermione leva les yeux au ciel.

"C'est ça. Peut-être demain," dit-elle, son esprit déjà à l'œuvre. "Bien, ça a été très instructif," dit-elle. "Je ne vais pas te distraire plus longtemps de ta lecture."

Puis elle tourna les talons et retourna à grands pas vers le labyrinthe de haies.

Elle tourna et tourna dans le labyrinthe en réfléchissant. Ses options s'étaient encore réduites. Malefoy ne s'attendait clairement pas à ce qu'elle s'échappe. Il ne paraissait même pas être inquiet à ce propos. Elle ne lui en voulait pas. Elle ne s'attendait pas à être capable de s'échapper non plus.

Ça avait déjà été un espoir de fou. Maintenant cela semblait à présent d'une totale idiotie. Elle soupira légèrement et regarda son souffle s'éloigner comme un petit nuage dans l'air froid.

Quand la potion cesserait de faire effet, elle allait être sévèrement déprimée.

Elle explora le labyrinthe entier. Ses pieds étaient engourdis par le froid et trempés quand elle en sortit de nouveau. Elle boita jusqu'à la terrasse. Malefoy ne dit rien et elle passa devant lui pour rentrer dans le manoir et remonter dans sa chambre par elle-même.

Toute sans émotions qu'elle était, il était agréable de se sentir de nouveau plus proche d'une personne normale. Pas de chagrin. Pas de peur. Pas de dépression ou de désespoir. Elle n'avait pas à se soucier du fait que son corps pourrait la trahir avec une crise d'angoisse.

La potion pourrait facilement devenir addictive.

Non que Malefoy l'autoriserait. Guérisseuse Stroud avait mentionné que les potions contre l'anxiété pouvaient interférer avec une grossesse, donc on la lui administrerait probablement que pendant une courte période.

Hermione regrettait de ne pas en savoir plus à propos des grossesses magiques. Cela avait été un aspect largement négligé dans sa formation de guérisseuse. Si on lui donnait une plume et un parchemin, elle pourrait écrire une rédaction de trente centimètres sur les potions contre l'anxiété et leur façon d'interagir avec la magie de guérison et les sorts de magie noire. Mais les grossesses étaient exclues de la guérison des blessés. Presque personne n'avait d'enfant pendant la guerre, et si c'était le cas, ils arrêtaient de se battre et étaient suivis par une sage-femme.

Elle se demanda comment la potion était faite. Elle était presque certaine qu'elle contenait du venin de billywig, de la valériane et des haricots sporophores. Peut-être du mucus de cerveau de paresseux aussi. Elle médita sur sa saveur et son pétillement quand elle l'avait avalée. Peut-être que c'était une réaction du venin combiné au sirop d'Hellebore.

Il était agréable d'avoir quelque chose de nouveau auquel penser. Elle avait l'impression que son cerveau avait été gratté à vif depuis la guerre. Complètement avide de quelque chose de nouveau à faire tourner dans son esprit. Il était plein du passé. Le repassant encore et encore. Se demandant ce qui avait mal tourné.

L'avait-elle su ? Avait-elle su pourquoi l'Ordre avait perdu la guerre ? Su et caché cette information ? Choisi de se torturer en le dissimulant ?

Pourquoi ? Comme Malefoy l'avait dit, elle avait perdu la guerre. Pourquoi s'embêterait-elle à protéger quelque chose même après ? Sachant que tous ceux à qui elle tenait étaient déjà emprisonnés ou morts ?

Comme pour la mort de Dumbledore, les détails de la fin de la guerre semblaient embrouillés. Elle ne pouvait pas se souvenir de pourquoi ils étaient allés à Poudlard. Elle ne pouvait même pas se souvenir d'avoir été capturée. Elle se souvenait de Harry qui mourrait. Puis elle était dans une cage regardant les Weasley se faire torturer.

Elle avait supposé qu'elle avait eu un trou de mémoire à cause du choc.

Hermione explora l'entièreté de son aile du manoir, des étages au rez-de-chaussée, avant la tombée de la nuit. Les greniers, chaque armoire, et les escaliers de service et les passages secrets. Elle ne passa pas les pièces au peigne fin mais elle espéra que si elles lui devenaient familières elle serait capable d'y revenir sans paniquer ou faire une crise même sans la potion.

Elle se demanda combien d'elfes de maison avaient les Malefoy. Il n'y avait pas une seule toile d'araignée dans les recoins les plus sombres du grenier.

Le matin suivant, elle se réveilla et eut l'impression qu'un boulet avait été placé dans sa poitrine. Clouée à son lit et submergée par le coup de fouet du désespoir qu'elle n'avait pas pu expérimenter la veille. Elle lutta pour respirer.

Le répit de douze heures rendait toute sa douleur émotionnelle plus douloureuse. L'avait douloureusement mis en relief. Elle n'avait pas réalisé quelle profondeur les morsures du chagrin et de la solitude atteignaient en elle jusqu'à ce qu'elle soit brièvement libérée de leur douleur.

Alors que leur poids s'abattait sur elle une fois de plus, elle eut l'impression d'être réduite en poussière. Elle pouvait presque sentir les limites d'elle-même s'effriter et se briser. Se dissolvant dans l'éther. Il ne restait presque rien d'autre d'elle que la souffrance.

Sa colonne vertébrale et le bas de sa nuque semblaient surchauffer. Alors que le reste de son corps était humide et froid. Sa peau était moite. Comme si elle avait transpiré la potion pendant la nuit.

Elle roula du lit et vomit violemment sur le sol avant de pouvoir foncer à la salle de bain.

Elle s'effondra, frissonnant. Elle avait l'impression que son corps était lesté de plomb. Elle pouvait à peine bouger les bras. Elle avait envie d'une douche. Elle avait trop chaud et trop froid.

Elle avait envie d'un câlin.

Une vague fraîche de solitude la frappa si brutalement qu'elle fondit en sanglots.

Se sentir malade et faible la faisait se sentir de nouveau comme une enfant. Voulant désespérément que sa mère s'inquiète pour elle et pose une main sur son front. Du réconfort.

Elle ne pouvait même pas se rappeler de sa mère mais cela lui manquait néanmoins. Elle se souvenait d'avoir été dans un lit avec des doigts froids contre sa peau, écartant une mèche de cheveux puis se posant sur sa joue.

Quand la vague de nausée passa finalement elle se traina dans la salle de bain et après avoir bu plusieurs verres d'eau, se plongea dans un bain tiède.

Elle avait l'impression d'avoir la gueule de bois tout en ayant la grippe. Peut-être que c'était à ça que ressemblait le sevrage. Hermione n'avait jamais expérimenté l'addiction à une drogue, de ce dont elle pouvait se souvenir.

Bien sûr que Malefoy ne l'avait pas avertie qu'elle aurait envie de mourir une fois que la potion aurait cessé de faire effet. Elle le maudit vivement dans son esprit et espéra qu'il pouvait le sentir.

Elle avait envie de se noyer.

Quand elle revint dans sa chambre, le sol avait été nettoyé.

Elle se sentait toujours fébrile. Elle tira les couvertures de son lit et se roula dedans, pressant sa joue contre la fenêtre.

Elle fut malade toute la journée et apparemment Malefoy l'avait anticipé parce qu'il ne se montra pas avec l'attente qu'elle aille à l'extérieur. L'après midi qui suivit, il arriva sans un mot malgré le fait qu'elle le poignarda du regard et la mena dehors jusqu'à la terrasse. Elle découvrit que la potion l'avait acclimatée, d'une certaine façon. Elle fut capable de marcher hors de la terrasse sans avoir une totale crise d'angoisse. Elle trembla et dut se battre contre l'hyperventilation mais sa peur ne l'avala pas. Traverser les graviers et passer entre les haies fut le plus difficile. Mais une fois qu'elle fut parmi les ifs qui la surplombaient, effleurant les murs de ses doigts et se concentrant pour trouver son chemin, elle fut capable de se faire respirer de façon stable.

Quand elle retourna sur la terrasse, Malefoy était parti. Apparemment satisfait de ne plus être obligé de la surveiller ou de l'accompagner.

La potion apparut de nouveau le lendemain matin. Hermione passa plusieurs heures à débattre avec elle-même sur le fait de la prendre de nouveau. La simple pensée de passer un autre jour de sevrage la rendait nauséeuse. À la fin, elle serra les dents et la descendit d'un trait.

Elle se glissa dans le manoir comme une ombre et explora l'aile principale. Elle était constamment en alerte, guettant le claquement des talons d'Astoria. Elle n'avait pas rencontré la sorcière depuis la nuit où elle avait amené Hermione dans la chambre de Malefoy. Mais Hermione avait occasionnellement aperçu quelqu'un qui regardait depuis les fenêtres quand Malefoy l'avait amenée dehors. Elle n'avait pas envie de savoir si les menaces précédentes d'Astoria avaient été sincères.

Elle explora la plupart de l'aile principale ce jour-là. Il y avait tellement de portes verrouillées qu'elle réalisa que Malefoy avait probablement verrouillé le manoir avec le sang d'Hermione. Emprisonnées avec sa propre signature sanguine.

Le jour suivant son sevrage fut pire.

Puis trois jours après, la potion n'apparut pas avec le petit déjeuner. Hermione suspecta qu'il savait qu'elle mangeait à peine. Elle fit frénétiquement les cent pas dans sa chambre puis s'assit sous le jet de la douche au bout du couloir pendant une heure pendant qu'elle essayait d'arrêter de trembler.

Après le dîner, un elfe de maison apparut pour emporter la vaisselle.

"Vous devoir se préparer pour ce soir," dit-il avant de disparaître.

Hermione se figea dans son fauteuil. Elle l'avait supposé. La confirmation sembla quand même pire. Avoir eu un mois complet pour le redouter rendait l'horreur plus froide. Elle avait l'impression que quelque chose se tordait dans ses entrailles dans un nœud de plus en plus serré jusqu'à ce qu'elle ait l'impression que quelque chose était sur le point de se déchirer. Sa poitrine était si serrée qu'elle pouvait à peine réussir à respirer normalement.

Elle alla dans la salle de bain et se baigna. Quand elle en ré-émergea elle se surprit à jeter des coups d'œil répétés vers le centre de la pièce. Elle était terrifiée à l'idée que Malefoy puisse choisir de faire varier l'expérience. Elle se retrouva à s'accrocher à l'espoir que la table apparaîtrait et qu'il ne ferait rien de nouveau.

Elle n'avait pas envie d'être violée d'une nouvelle façon.

Elle sanglota presque de soulagement quand la table apparut à 19:30 précises.

Elle avait envie de se gifler. Dans quel monde d'horreur une femme était-elle heureuse d'être sur le point de se faire violer d'une manière familière ?

Malefoy vint et repartit pendant cinq soirs sans lui adresser un mot. Précisément de la même manière qu'il avait utilisée le mois précédent.

Chaque soir, Hermione agrippait la table et imaginait qu'elle préparait la potion contre l'anxiété. Elle avait tant de temps libre pour ruminer les choses qu'elle avait commencé à essayer de faire du reverse engineering dessus.

Elle essaya de rendre les choses aussi réelles que possible. Essayant de recréer les odeurs et les sensations. Elle était exigeante sur les détails. Obsessionnelle.

Très très loin du balancement. De la morsure du bois contre les os de ses hanches. De la sensation de glissement en elle sur laquelle qu'elle refusait de laisser s'attarder son esprit.

Elle n'était pas là.

Elle préparait une potion.

Elle prit un chaudron d'étain sur l'étagère en utilisant un escabeau. Avec un mouvement expert de sa baguette, elle fit apparaître une flamme. Elle attendit que le métal atteigne une température moyenne avant d'ajouter le venin de billywing. Elle tiendrait la fiole dans sa main droite et la tapoterait. L'odeur puissante lui chatouillerait le nez.

L'étain et la chaleur feraient s'évaporer les propriétés volatiles du venin après une minute d'ébullition. Elle mettrait la vapeur en bouteille et l'utiliserait comme anesthésiant pour les blessures locales. Elle prendrait un cerveau de paresseux dans un bocal et utiliserait un long couteau pour l'émincer si finement que les morceaux seraient transparents. Le cerveau sous ses doigts serait spongieux et délicat. Son toucher serai très léger et la lame du couteau effilée comme un rasoir. Après une minute elle réduirait la température du venin à un léger frémissement et placerait les tranches de cerveau de paresseux à la surface, laissant deux minutes au venin et au cerveau pour s'amalgamer, prenant doucement une couleur bleu acier et une consistance visqueuse.

Pendant ce temps-là, elle préparerait les haricots sopophoriques. Elle en utiliserait vingt. Les écrasant sous sa lame en argent avant d'en extraire le jus. Sentant la pression de la phalange de son pouce quand elle appuierait. Elle imagina la sensation du haricot cédant sous sa lame. Une fois que le jus aurait été ajouté, elle mélangerait la potion dans le sens des aiguilles d'une montre douze fois avec une tige en argent puis huit fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre avec une tige en frêne. Puis la potion serait couverte et laissée à infuser à basse température pendant soixante-treize heures. La lente infusion était nécessaire pour annuler les propriétés soporifiques du jus de sporophore. La potion tournerait au vert clair. À la soixante-quatorzième heure elle ajouterait des tentacules de murlap émincés, une crevette-mante écrasée, de la valériane et de la poudre de coquille de serpentcendre. Elle l'amènerait rapidement à ébullition pour trente secondes puis utiliserait un charme de refroidissement pour réduire la température juste au-dessus du gel. La potion deviendrait bleu nuit avec une consistance aqueuse. Puis elle ferait goutter du sirop d'hellebore à la surface. Une goutte pour dix lentes rotations dans le sens des aiguilles d'une montre puis des rotations dans le sens inverse. Son bras tirerait légèrement. Trente gouttes en tout jusqu'à ce que la potion s'épaississe et colle à la tige de frêne. Mélanger trois fois avec la tige en argent et l'amener au frémissement pendant cinq minutes avant de l'enlever du feu et de la laisser refroidir à température ambiante sans magie. Elle deviendrait gris foncé et sirupeuse. Cela donnerait vingt-cinq doses.

Elle la préparait dans son esprit chaque soir. Ajustant les quantités et les techniques. Revisitant l'ordre d'ajout des ingrédients. Le cinquième soir, elle était presque certaine qu'elle avait trouvé la recette complète.

Le sixième jour elle se força à aller dehors toute seule dans la peur que Malefoy se montre pour le lui ordonner.

Partir à la conquête de son agoraphobie, avait-elle décidé, était sa priorité première. Toute machination impliquant Malefoy attendrait qu'elle puisse réussir à aller dehors de manière constante.

Au plus profond d'elle-même, elle suspectait qu'elle était simplement en train de se faire des illusions et qu'elle évitait Malefoy. Mais elle était perdue sur la façon de le mener à la tuer alors qu'elle ne pouvait même pas lui parler sans sa permission. Quant à le séduire, pour ce qui était de cette suggestion, hé bien, l'idée était si absurde qu'elle en était presque risible.

Le jour suivant il vient dans sa chambre, la cloua sur le lit et fonça dans ses souvenirs. Il lui parla à peine. Quand il eut terminé, il tourna simplement les talons et sortit.

Hermione fit un rêve deux jours plus tard d'Alastor Maugrey se tenant devant elle dans un placard étrange. Son œil tournant de manière suspicieuse. C'était comme s'ils étaient sous l'eau, les mots échangés étaient indéchiffrables. Il l'avait regardée intensément en lui disant quelque chose, guettant sa réaction. Elle se souvenait s'être sentie sceptique mais déterminée. Maugrey avait dit quelque chose d'autre et Hermione avait secoué la tête. Il avait hoché sèchement la tête et quand il s'était retourné pour partir, il avait un visage de marbre. Mais son œil, alors qu'il se retournait, avait montré une hésitation. Alastor n'hésitait jamais. Après qu'Alastor soit parti, elle était restée seule pendant plusieurs minutes.

Elle ne savait pas ce que le rêve signifiait. Elle essaya de ne pas y réfléchir.

Hermione explora l'aile principale du manoir. Les portraits avaient apparemment interdiction formelle de lui adresser la parole. Ils la regardaient d'un œil méfiant mais ne prononçaient jamais un mot. Elle explora le labyrinthe jusqu'à ce qu'elle puisse le traverser les yeux fermés. Elle ne pouvait pas vraiment gérer d'autres endroits à l'extérieur à moins qu'elle ne glisse le long du manoir.

Les espaces ouverts étaient toujours très compliqués. Elle ne pouvait même pas se détacher du mur quand elle marchait dans les plus grands couloirs. Et elle pouvait à peine mettre un pied à l'intérieur de la salle de bal dans l'aile principale de la maison.

Après dix jours, Guérisseuse Stroud vint de nouveau pour voir si Hermione était enceinte. Hermione ne l'était pas. Hermione s'était exercée agressivement dans sa chambre pour rediriger sa rage. Guérisseuse Stroud fut ravie de voir l'amélioration dans la condition physique d'Hermione.

Le jour suivant, quand Hermione entra dans sa chambre encore frissonnante de sa promenade, elle y trouva Malefoy, l'attendant dans son accoutrement complet de Mangemort.

"Ça te dit de sortir, Sang-de-Bourbe ?"

Hermione le fixa, prenant la mesure de ce qu'il portait. Son visage était un masque sans expression alors qu'il s'approchait d'elle.

"As-tu oublié ?" demanda-il, ses yeux d'argent vacillant. "Deux mois. Pas de grossesse. Le Seigneur des Ténèbres est avide de te voir."

Il l'attrapa par le bras avant qu'elle ne puisse reculer et transplana.