Chapitre 15

Hermione fut de nouveau fertile.

La table réapparut au milieu de la pièce et elle se sentit résignée à cette vue. Cela avait commencé à paraître inévitable.

Inévitable.

Hermione réalisa avec une sensation de pierre dans l'estomac qu'elle s'habituait à sa cage.

Malefoy allait la violer sur une table et ce fait était rentré dans l'ordre des choses pour elle. Même le mot viol avait commencé à sembler légèrement inapproprié.

Tout avait commencé à paraître…

Moins.

Physiquement et mentalement l'horreur avait commencé à s'atténuer alors que son esprit était forcé de s'adapter. Elle ne se sentait pas nauséeuse. Son cœur ne tambourinait pas douloureusement. La sensation de nœud dans le ventre ne semblait plus oppressante à l'en étouffer.

Son esprit se pliait sous la rationalisation. Essayant de la faire s'adapter. La faire survivre.

Si sa situation cessait de l'irriter, elle serait moins encline à risquer une tentative d'évasion. Moins encline à provoquer Malefoy.

Elle pouvait le comprendre d'un point de vue scientifique. De la perspective d'une guérisseuse, elle pouvait expliquer la physiologie et la psychologie d'une telle chose. Il était insoutenable de rester dans un état de peur constante, d'horreur constante, de terreur constante. Son corps ne pouvait pas rester dans un état permanent de vigilance. Elle était forcée soit de s'adapter, soit d'être submergée. La potion que Malefoy lui avait administrée avait probablement aidé à l'atténuer.

Comprendre la science ne rendait pas le constat plus acceptable. Cela le rendait plus difficile. Elle savait où son esprit la menait.

Elle 's'habituait au manoir'.

La pensée la glaçait jusqu'à la moelle.

Elle fixa la table et se sentit perdue quant à ce qu'elle devait en faire. Ce n'était pas si elle pouvait lui résister. Elle ne pouvait pas résister plus que ce qu'elle faisait déjà.

Il n'allait rien lui faire de douloureux. Si elle y faisait attention - si elle arrêtait de faire partir son esprit très loin - cela rendrait probablement les choses pires que mieux.

Elle devait s'échapper. C'était tout ce qu'il y avait à faire. Elle devait s'échapper. Devait trouver un moyen. Ïl devait y avoir un moyen. Aucune cage n'était parfaite. Personne n'était parfait. Il devait y avoir quelque chose à exploiter chez Malefoy. Elle devait juste trouver quoi.

Elle le devait. Elle le devait.

Elle ne cessa de se répéter cette résolution même alors qu'elle marchait vers la table et s'y penchait. Jambes écartées.

N'y penses pas, se dit-elle. Des choses encore pires arriveraient si elle se laissait y penser.

"Je vais m'échapper," se promit-elle. "Je vais aller quelque part où les gens seront gentils et chaleureux et où je serai libre."

Elle ferma les yeux et se répéta cette promesse encore et encore jusqu'à ce qu'elle entende le bruit de la porte.

Elle regarda les jours de janvier s'écouler.

Malefoy vint pendant cinq jours. Le sixième jour, il vient et inspecta ses souvenirs sans un mot. Il semblait préoccupé.

Puis elle fut laissée à ses propres affaires.

Elle plia des origamis. Elle explora le manoir. Elle explora le domaine. Elle lut le journal.

Les compte-rendus sur les efforts de guerre étaient relégués au second plan. La fascination publique pour les mères porteuses commençait doucement à prendre le pas sur les pages mondaines. Elles apparaissaient de plus en plus fréquemment en public ; promenées, amenées à l'opéra ; traitées comme des animaux de compagnie exotiques. Des photos de leurs visages coiffés y figuraient accompagnées de ragots agressifs ; est-ce qu'elle grossissait ou était-ce le pli de ses robes ? Des sources anonymes disaient des choses suggestives comme 'il y a une chance que les Flint ajoutent un nom à l'arbre généalogique de la famille d'ici la fin de l'année.'

Guérisseuse Stroud était peu prolixe avec les journalistes, ce qui ne faisait qu'attiser les spéculations.

Les crises d'angoisse d'Hermione semblaient faire partie du passé. Elle avait déterminé ses limites et essayait de ne pas les dépasser. Quand elle restait concentrée et s'occupait à étudier les portraits et explorer le manoir et le domaine, elle était capable de rester calme ; quand elle essayait de ne pas penser à la guerre et à tous ceux qui étaient morts.

Elle était progressivement devenue si douée pour s'occuper l'esprit qu'elle oubliait momentanément qu'elle oubliait. Elle respirait et passait un moment où elle n'était ni brisée, ni en deuil, ni désespérée.

Où il n'y avait que la solitude qui s'étendait devant elle.

La culpabilité qui la frappait un moment plus tard était aussi froide et amère que de l'eau de mer.

Elle se figeait pendant un instant puis ravalait la boule d'horreur sans sa gorge et renouvelait son serment de s'échapper.

Mais elle ne pouvait s'échapper.

Elle explora le manoir de fond en comble. Elle trouva un jeu d'échecs sorcier et joua des parties contre elle-même. Elle construit des châteaux avec des paquets de cartes qu'elle découvrit dans un tiroir. Elle rendait visite aux chevaux.

Il n'y avait aucun moyen de s'échapper.

Elle essaya de trouver Malefoy mais ne réussit jamais. Elle ne savait même pas s'il était au manoir. Il pouvait aussi bien être sorti que derrière une porte qu'elle ne pouvait ouvrir. Elle avait parfois l'impression qu'il l'évitait.

Elle n'avait aucune idée de comment elle pouvait s'échapper.

Hermione commença à voir Astoria avec une régularité croissante. Le claquement familier de ses talons au loin et Hermione devenait adepte de la prompte disparition derrière un rideau ou dans un couloir de service.

Les couloirs de service étaient pleins de trous d'observation astucieusement dissimulés. Hermione suspectait qu'étant donné l'emploi des elfes de maison, les petits tunnels sinueux avait été à la base utilisés pour l'espionnage. Le manoir en était truffé ; certains étaient évidents et d'autres étaient extrêmement bien dissimulés. Hermione les trouva tous. À chaque fois que les dimensions d'une pièce semblaient vaguement inexactes, Hermione se mettait au travail, tapant légèrement le long des murs et appuyant sur chaque nœud dans le bois, faisant tourner chaque bougeoir ou vis jusqu'à ce qu'elle trouve quelque chose. Des portes apparaissaient magiquement alors que d'autres étaient astucieusement construites à l'aide de rouages ou de meubles coulissants.

Astoria était rarement seule quand Hermione la voyait. Elle était accompagnée par le même homme brun aux épaules larges qu'Hermione avait aperçu au nouvel an. Il devint rapidement évident que soit Astoria, soit son amant avaient une objection quand à l'usage de lits. La première fois qu'Hermione tomba eux, Astoria était presque nue et pressée contre une fenêtre du salon.

Ils semblaient avoir pour objectif de faire l'amour dans chaque pièce du manoir.

Hermione fit de son mieux pour les éviter. Elle n'appréciait pas particulièrement l'idée que Malefoy utilise ses souvenirs pour observer sa femme se faire baiser tous sous les angles. Hermione eut l'idée de regarder juste pour l'énerver mais elle la mit de côté ; Malefoy ne semblait pas se soucier de ce qu'Astoria faisait, cela n'aurait probablement pas d'effet sur lui. Cela serait juste extrêmement inconfortable pour Hermione.

Quand Hermione tombait sur Astoria en plein coït elle détournait rapidement les yeux et s'éclipsait.

Pendant un temps elle n'eut que des visions furtives de la paire d'amants alors qu'elle s'enfuyait mais finalement Hermione tomba sur eux alors qu'ils étaient entièrement habillés. Hermione était en train d'errer au dernier étage de l'aile nord quand elle les vit se promener le long du chemin de gravier qui faisait le tour du labyrinthe de haies. Astoria parlait avec animation, et alors qu'elle parlait l'homme à ses côtés se tourna et regarda vers l'aile nord. Alors qu'Hermione les observait, elle vit finalement son visage.

Graham Montague.

Hermione détourna les yeux, sous le choc, alors que les yeux de Montague scannaient attentivement les fenêtres du rez-de chaussée de l'aile Nord. Quand il pencha un peu plus la tête en arrière Hermione fit vivement un pas en arrière pour se mettre hors de vue.

Le cœur d'Hermione battait soudainement à tout rompre.

Graham Montague était l'amant d'Astoria. Montague, qui s'était retrouvé à entrer dans la chambre d'Hermione pendant une soirée du Nouvel An. Qui s'était attendu à ce qu'Hermione le reconnaisse.

Il avait une liaison avec Astoria. Il venait au manoir presque tous les jours. Il regardait vers la fenêtre de la chambre d'Hermione avec une expression d'intense détermination.

Était-ce une coïncidence ? Y avait-il une chance pour que ça soit une coïncidence ?

Hermione passa en revue tous les scénarios auxquels elle pouvait penser.

Que savait-elle de lui ?

Serpentard. Ancien membre de la Brigade Inquisitoriale. Sévèrement blessé par Fred et George. À un certain moment de la guerre Hermione l'avait connu puis oublié. Il avait une liaison avec Astoria. Il semblait chercher Hermione.

Était-il un Mangemort ? Hermione ne le savait pas. À moins qu'il n'ait travaillé pour le Ministère, il avait dû rejoindre l'armée de Voldemort dans un certain domaine. Il semblait trop haut placé dans la société pour n'être qu'un Rafleur et il n'avait montré aucune familiarité avec les membres officiels du Ministère à la soirée du Nouvel An.

Hermione se rejoua tout ce dont elle pouvait se souvenir de la soirée. Elle avait été si absorbée par l'observation de Malefoy puis des mères porteuses qu'elle n'avait pas réalisé qu'Astoria et Montague avaient été absents en même temps. Quand elle l'avait regardé plus tard dans la soirée, il s'était mélangé aux autres, mais il semblait plus proche de Marcus Flint et Adrian Pucey.

Malgré ses souvenirs incertains à propos de la guerre, Hermione était assez certaine que Flint et Pucey avaient été, de ses souvenirs les plus récents, des Mangemorts non marqués de niveau intermédiaire.

Porter une Marque des Ténèbres était considéré comme une distinction significative ; une admission dans le cercle le plus proche de Voldemort. Alors que la prise de Voldemort sur l'Europe s'était affermie, il avait marqué de moins en moins d'adeptes.

Par conséquent, la conclusion logique était que Montague était aussi un Mangemort. Marqué ou non, elle l'ignorait.

Mais cela n'expliquait pas pourquoi il avait de l'intérêt ou une acquaintance avec Hermione.

À moins que…

Pouvait-il…

Hermione avait peur de seulement envisager l'idée ; autoriser la pensée à exister dans son esprit où Malefoy pourrait la trouver ; mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'y penser.

Montague pouvait-il avoir été un espion pour la Résistance ? Pouvait-il toujours l'être ? Pouvait-ce être ce qu'il avait tenté de lui communiquer avant qu'il ne parte avec Malefoy ?

Elle commença à observer attentivement Astoria et Montague quand ils ne faisaient pas l'amour. Elle les espionna depuis les passages secrets et devint de plus en plus convaincue que Montague avait une motivation secrète à être dans le manoir. Il était extrêmement intéressé par la maison et ses yeux erraient bizarrement quand Astoria était distraite.

Hermione soupesa le risque d'essayer de l'approcher. Il était rarement seul. Astoria ne semblait jamais s'éloigner de plus de quelques pas de lui.

Au cours des quelques occasions où Hermione le repéra seul, elle hésita. Il semblait si étranger. Pour sûr, s'il était quelqu'un à qui elle faisait confiance, elle le sentirait instinctivement.

Elle essaya de se raisonner. S'il était un membre de la Résistance et qu'elle l'approchait prématurément elle pourrait l'exposer. S'il n'avait pas de moyen d'enlever ses menottes, cela serait inutile.

Hermione décida de se donner du temps et de continuer à observer. Il valait mieux des soupçons non confirmés que quoi que ce soit de concret que Malefoy pourrait obtenir d'elle.

Elle continua à hésiter.

Guérisseuse Stroud vint et établit qu'Hermione n'était, une fois de plus, pas enceinte. Son expression alors qu'elle observait le résultat semblait irriter. Hermione fixa l'horloge sur le mur avec détermination.

"Pourquoi votre taux de sodium est-il si bas ?" demanda Guérisseuse Stroud après avoir fait plusieurs autres tests sur Hermione.

Hermione lui jeta un coup d'œil. "Ils ne donnent pas de sel avec la nourriture."

"Ah bon ?" dit Guérisseuse Stroud avec surprise. "Qu'est-ce qu'ils vous donnent à manger ?"

Hermione haussa les épaules. "Des choses bouillies. Des légumes, de la viande, des œufs. Et du pain de seigle."

"Pourquoi ?"

"Je suppose que c'est ce qu'on leur a demandé de me donner. Ce n'est pas comme si j'avais le loisir de remettre les choses en question," dit froidement Hermione.

"Vous êtes censée avoir un régime équilibré. Cela inclut le sel," dit Guérisseuse Stroud avec une expression ennuyée. Elle tendit la main et tapota les menottes d'Hermione aux poignets d'Hermione du bout de sa baguette.

Une minute plus tard Malefoy entra avec une mine renfrognée.

"Vous avez appelé ?" dit-il.

"Oui. Y a-t-il une raison pour qu'on ne lui donne pas de sel ?" dit Guérisseuse Stroud.

Malefoy cligna des yeux. "Du sel ?"

"Elle dit que sa nourriture est bouillie et qu'il n'y a pas de sel. Cela commence à affecter son taux de sodium," dit Guérisseuse Stroud, ses yeux se plissant alors qu'elle fixait Malefoy.

Les sourcils de Malefoy se haussèrent dans une surprise apparente.

"Les elfes ont pour instruction de lui fournir des repas. Je pensais qu'elle mangeait ce qu'Astoria et moi mangions," dit-il. Puis sa mâchoire se serra légèrement et ses propres yeux se plissèrent. "Astoria a la responsabilité de valider les menus. Je trouverai ce qu'il s'est passé."

"Oui, s'il vous plaît. Le Seigneur des Ténèbres s'impatiente à propos du manque de progrès. Nous ne voulons pas que quoi que ce soit interfère."

"En effet," dit froidement Malefoy, croisant le regard de Guérisseuse Stroud. "Maintenant, s'il n'y a rien d'autre, je dois retourner au travail."

"Bien sûr, Haut Préfet, je ne vous retiens pas," dit Guérisseuse Stroud en lui jetant un dernier regard avant de se tourner de nouveau vers Hermione.

Ce soir-là Hermione eut le droit à un repas complet avec des accompagnements, une salade fraîche, de l'assaisonnement et, plus important pour elle, une salière.

Elle n'avait pas eu conscience d'à quel point le sel lui avait manqué avant d'en avoir finalement de nouveau.

En rétrospective ce n'était pas surprenant de se rendre compte qu'Astoria avait décidé d'ordonner aux elfes de mettre Hermione sur une sorte de… régime de prison ? nourriture de paysan ? Hermione n'était même pas certaine que ça ait été intentionnel. Cette femme était… bizarre. Son indignation envers Hermione semblait se manifester par d'étranges façons de faire dont elle pensait pouvoir se tirer sans réprimandes.

Et elle s'en était tirée pendant trois mois ; approximativement deux cent soixante-dix repas. Hermione ne voulait plus jamais manger un autre légume trop cuit.

Malefoy entra dans la chambre d'Hermione alors qu'elle avait presque fini de manger, et s'avança pour examiner la nourriture dans son assiette.

"Apparemment je suis obligé de m'assurer personnellement de tout," dit-il avec un air maussade une fois qu'il se fut assuré que le repas soit conforme à ses attentes. "Tu pourrais me l'avoir mentionné."

"S'il fallait me plaindre de quelque chose, la nourriture ne serait pas la première chose qui me viendrait à l'idée," répondit Hermione, poignardant vicieusement une tomate avec sa fourchette.

Il lui fit un léger sourire. "Non, je suppose que ça ne le serait pas."

Il marcha jusqu'à la fenêtre et regarda le domaine pendant qu'elle finissait de manger. Elle prit intentionnellement son temps, et se récita mentalement toutes les chansons irritantes et répétitives qu'elle avait apprises à l'école primaire.

Une fois qu'elle eut fini, elle lui jeta un coup d'œil. Elle pouvait voir son profil et remarqua que ses yeux regardaient dans le vide. J'espère que tu mourras de la façon la plus lente et la plus horrible que personne n'ait jamais inventée, Malefoy, railla-elle immédiatement dans son esprit. Après un moment, il cligna des yeux et jeta un regard vers le visage sans expression d'Hermione. Elle croisa son regard sans regret.

"Noté," dit-il, puis il fit un geste vers le lit.

Hermione marcha vers le lit avec résignation et s'assit sur le bord avant de lever les yeux vers lui sans ciller alors que ses yeux d'argent plongeaient dans sa conscience.

Elle finissait toujours allongée sur le dos le temps qu'il finisse de parcourir ses souvenirs.

Il regarda le souvenir de Ginny plusieurs fois.

Puis il la regarda espionner et se poser des questions sur Graham Montague. Il se retira de son esprit.

"Montague a eu sa Marque des Ténèbres après la bataille finale," dit-il, baissant les yeux vers elle. "C'était, m'a-t-on dit, en reconnaissance des services exceptionnels qu'il a rendu."

Il renifla en le disant.

"As-tu rendu des services exceptionnels aussi ?" demanda-elle en levant les yeux vers Malefoy. Elle ne savait pas s'il lui mentait à propos de Montague ; s'il en prendrait la peine.

Il baissa les yeux vers elle et fit un sourire cruel.

"Plus exceptionnel que ceux de Montague," dit-il. Puis son sourire s'évanouit. Il continua de la regarder, étudiant son expression avec attention, puis baissant les yeux pour observer le reste de son corps.

Son regard semblait plus doux et plus sombre que d'habitude.

Elle réalisa sur le tard qu'elle était allongée dans un lit devant lui. Elle sentit sa peau la picoter. Elle s'assit brusquement.

Il la regarda pendant encore un moment avant de détourner les yeux et de regarder le mur derrière elle.

"Si tu as le moindre espoir incluant Montague tu devrais le laisser tomber," dit-il froidement. Puis il se retourna et sortit.

Une semaine plus tard, Hermione fit un nouveau rêve avec Ginny.

Hermione se tenait dans sa chambre du Square Grimaud quand Ginny entra.

"Tu es rentrée tôt," dit Ginny.

Hermione jeta un œil à sa montre.

"J'ai eu de la chance aujourd'hui," dit-elle.

"Ouais," dit Ginny, l'air un peu gêné. "Hum. Je voulais te… demander quelque chose."

Hermione attendit.

Ginny joua nerveusement avec ses cheveux, son visage était indemne.

"Je… hé bien… tu, à l'évidence, tu sais pour Harry et moi," dit Ginny.

Hermione fit un bref hochement de tête.

"Bien. Hé bien, le truc c'est que, je veux faire attention. J'ai utilisé l'enchantement. Mais… il y a quelque chose chez les Prewett, elles ne sont pas comme les autres familles de sorciers. Elles tombent quand-même enceinte. Ron et moi sommes tous les deux des accidents après que les jumeaux soient nés. Donc… je me demandais si tu pouvais me faire une potion contraceptive. Si tu as le temps. J'ai toujours été nulle en potions. Si tu ne peux pas… ce n'est pas grave. Je peux demander à Padma. Je sais que tu es très occupée. Juste… je ne voulais pas que tu penses que je ne voulais pas te demander."

"Bien sûr. Je dois faire des potions ce soir de toute façon. Ce sera facile de l'inclure. Est-ce que tu as une préférence pour le goût ? Les plus efficaces n'ont pas très bon goût."

"Je me fiche du goût si ça fonctionne," dit Ginny avec audace.

"Hé bien, j'ai déjà quelques fioles d'avance. Je peux te les donner maintenant, si tu veux."

"C'est vrai ?" Ginny cligna des yeux et fixa Hermione avec suspicion. "Es-tu… ?"

Hermione put voir Ginny dresser une liste des hommes possiblement dans la vie d'Hermione.

"Tu n'es pas… avec Rogue, non ?" dit Ginny, soudainement choquée.

Hermione resta bouche bée.

"Mon dieu… non !" bafouilla-elle. "Je suis Guérisseuse ! Je garde beaucoup de choses sous la main. Bon sang ! Que… Pourquoi pourrais-tu seulement…"

Ginny avait l'air légèrement confuse.

"C'est juste la seule personne à qui tu sembles parler depuis longtemps. Fred mis à part, qui est avec Angelina. Tous les autres, tu finis par te disputer avec eux. Et pas dans le genre sexy avec réconciliation sur l'oreiller après."

"Ça ne veut pas dire que je couche avec lui," marmonna Hermione, l'impression que son visage était sur le point de prendre feu. "C'est un collègue. Je le consulte à propos des potions."

"Tu as juste l'air seule," dit Ginny, jetant un long regard à Hermione.

Hermione sursauta et fixa Ginny.

"Tu ne parles à personne ces jours-ci," dit Ginny. "Tu avais l'habitude de toujours être avec Ron et Harry. Mais même avant que tu ne partes pour devenir guérisseuse, tu semblais de plus en plus seule. Je pensais que… peut-être tu avais quelqu'un. Je te l'accorde, Rogue serait un choix étrange pour tout un tas de raisons… Mais c'est une guerre. C'est trop à gérer seul pour n'importe qui."

"La baise cathartique c'est le truc de Ron. Pas le mien," dit Hermione avec raideur. "En plus, ce n'est pas comme si j'allais au combat."

Ginny la regarda pensivement pendant un moment avant de dire, "Je pense que la salle d'hôpital est pire que le champ de bataille."

Hermione détourna les yeux. Elle s'était parfois demandé si ça pouvait l'être, mais ça n'avait jamais été une question qu'elle pouvait poser à quelqu'un.

Ginny poursuivit, "Je pense à toutes les fois où j'y suis. Sur le terrain… tout est si organisé. Même quand quelqu'un est blessé. Tu le fais juste transplaner et tu reviens. Tu en gagnes certaines. Tu en perds d'autres. Tu te fais toucher parfois. Tu frappes en retour. Et tu as des jours pour te remettre si c'est grave, ou si ton partenaire de duel meurt. Mais à l'hôpital, toutes les batailles semblent perdues. Je suis toujours plus traumatisée après y être allée que quand je me bats."

Hermione resta silencieuse.

"Et tu n'as jamais de jours de repos," dit Ginny. "Tu es de service à chaque escarmouche. Ils ne peuvent jamais t'épargner, même pour te laisser faire ton deuil. Je sais de Harry et Ron que tu pousses encore pour qu'on utilise la magie noire quand tu vas aux réunions de l'Ordre. Je ne suis pas d'accord… mais je comprends. Je me rends compte que tu vois la guerre d'un angle différent du reste d'entre nous. Probablement le pire. Donc… je voulais juste dire, si tu avais quelqu'un, je serais vraiment contente pour toi. Même si c'était Rogue."

Hermione leva les yeux au ciel.

"Tu devrais probablement t'arrêter de parler maintenant si tu veux toujours cette potion contraceptive," dit Hermione avec un regard entendu.

Hermione se réveilla en état de choc.

Ginny et Harry avaient été ensemble.

Ginny et Harry avaient été ensemble et Hermione n'en avait aucun souvenir. Il n'y en avait pas même une trace dans tout ce dont elle se souvenait. Elle l'avait complètement oublié.

La relation entre Harry et Ginny avait été une chose qu'elle avait oubliée…

Intentionnellement ?

Était-ce ce qu'Hermione cachait ?

Ginny avait encore été en vie quand Hermione avait été emprisonnée. Ginny n'avait pas été à la bataille finale. Elle n'avait pas été torturée à mort avec le reste des Weasley.

Hermione avait pensé que Ginny était toujours en vie jusqu'à ce qu'Hannah lui parle du Haut Préfet.

Si Voldemort avait été au courant de l'importance qu'avait Ginny pour Harry, sa mort aurait été affreuse. Bien pire que celle qui avait été infligée au reste des Weasleys.

Hermione aurait tout fait pour protéger Ginny ; s'arracher ses propres souvenirs pour essayer de l'épargner.

Pour Harry.

Pour Ginny elle-même.

Ginny avait été une amie fidèle pendant la guerre. Pas proche, mais toujours constante dans son amitié avec Hermione même quand des schismes s'étaient développés dans beaucoup des autres relations d'Hermione. Ginny, Luna et Hermione avaient partagé une chambre au Square Grimmaurd jusqu'à ce que Luna meure.

Mais Ginny était morte. Malefoy l'avait traquée et tuée.

Hermione avait l'impression qu'elle allait être malade.

Était-ce si inutile ? Elle avait verrouillé son passé pour protéger Ginny sans savoir que Ginny était déjà morte ? Hermione s'était retrouvée aux mains de Malefoy et fait traîner devant Voldemort, tout ça pour protéger quelqu'un qui était déjà mort.

Et Rogue.

Hermione avait essayé de toutes ses forces depuis sa libération de ne pas s'autoriser à penser à Rogue.

Elle avait pensé qu'il était de leur côté.

Il l'avait formée pour qu'elle devienne Maîtresse des Potions. Il avait consacré d'innombrables heures de son temps libre à ça.

Peu de temps après que Dumbledore avait été tué, elle était descendue dans les cachots jusqu'au bureau de Rogue et avait demandé d'une voix ferme, "s'il y a une bataille, quelles potions devrais-je apprendre à faire ? Que je ne pourrais probablement pas trouver dans le commerce ?" Plutôt que de renifler et de lui fermer la porte au nez, il l'avait invitée dans son bureau.

Jusqu'à ce que Poudlard soit fermé, elle avait passé chaque soirée jusqu'à tard dans la nuit dans son bureau, à faire des potions compliquées et exigeantes, les unes après les autres. Quand Poudlard avait été abandonné, il avait continué à lui enseigner au Square Grimmaurd.

L'homme énigmatique avait lentement semblé être moins froid par simple fatigue alors qu'il l'entraînait. Il n'avait pas d'énergie pour les insultes. Il était dur et exigeant mais généreux avec ses connaissances. Il avait semblé être l'une des seules personnes qui se préparait aussi à une longue guerre.

Il fourrait des piles de ses propres livres de potions annotés dans ses mains pour qu'elle les lise et établisse des cartes des endroits où récolter ses propres ingrédients quand il n'y aurait que peu de sources où les acheter. Au milieu de la nuit et tôt le matin, il l'emmenait avec elle dans toute l'Angleterre. Il transplanait d'endroit en endroit pour lui apprendre comment trouver les plantes et les récolter pour que leur puissance magique reste élevée. Il lui avait appris comment construire des pièges, attraper et tuer le plus humainement possible les animaux et les créatures magiques utiles pour les ingrédients de potion.

Il n'avait même rien dit quand elle avait pleuré après avoir tué son premier murlap.

Elle avait été sa défenseure la plus loyale pendant la guerre.

Charlie Weasley en était venu à la détester de choisir le camp de Rogue à n'importe quel autre. Elle avait défendu les méthodes de Rogue et tout ce qu'il avait fait en tant que Mangemort en avançant que ça avait été nécessaire. Elle l'avait protégé quand Harry et Ron avaient voulu le bannir de l'Ordre.

Elle le considérait comme plus qu'un collègue ou un mentor. Il avait été quelqu'un à qui elle avait implicitement fait confiance.

Tout n'avait été qu'une ruse. Un stratagème astucieux. Sans Dumbledore pour se porter garant de lui, il s'était créé un nouveau champion. L'avait manipulée en se montrant généreux avec ses connaissances. Il avait acheté sa loyauté avec un master en potion.

Puis, une fois victorieux, il l'avait rejetée. Il avait eu une chance de l'épargner d'être inclue dans le programme de reproduction et il l'avait déclinée. Il était parti pour la Roumanie et l'avait laissée à se faire inséminer.

À se faire violer.

C'était une trahison si amère et personnelle qu'elle pouvait à peine se permettre d'y penser.

Elle se leva et lut le journal.