Chapitre 16
Au milieu du mois de février, Dolores Ombrage fut tuée lors de la tentative d'assassinat du Ministre de la Magie.
Une statue que Voldemort avait inaugurée à la prison de Poudlard en mémoire de la bataille finale. Gardienne Ombrage s'était tenue sur une estrade avec le Ministre Thicknesse pendant que Thicknesse faisait un discours aux gardiens de prison, aux journalistes et à une poignée d'employés du ministère présents. Alors que la découpe du ruban avait commencé, un carreau d'arbalète avait surgi de la Forêt Interdite, était passé entre les gardiens de prisons, avait manqué d'un cheveu le Ministre et était venu se ficher au centre de la poitrine de Gardienne Ombrage.
Elle n'était pas morte immédiatement. Des fragments d'un collier et la tige de la flèche avaient ralenti le saignement. Les gardes, ignorant tout des armes médiévales barbelées et des bases de la médecine, avaient arraché la flèche. Alors elle était morte instantanément.
L'attentat à la vie du populaire Ministre à son troisième mandat fut une onde de choc dans la communauté magique de Grande-Bretagne. Les terroristes de la Résistance étaient considérés comme éradiqués. Les voir ré-émerger d'une manière aussi spectaculaire sema le chaos et menèrent les Mangemorts à sortir munis de tout leur attirail.
Voldemort prit l'attaque comme une attaque personnelle.
Les visites de Montague au manoir cessèrent abruptement. Astoria flottait dans le manoir l'air blafard et paranoïaque. Hermione l'entendit demander d'une voix perçante à Malefoy quelles sortes de protection exactement se trouvaient sur le domaine Malefoy.
Malefoy, quand Hermione l'apercevait, était constamment vêtu de ce qui semblait être un mélange d'équipement de combat et de tenue de chasse. Il revenait régulièrement au manoir couvert de boue et pâle de fureur.
Hermione était ravie.
Elle lut obsessivement la couverture de l'affaire dans la presse. Les journaux répétaient lourdement que c'était une tentative d'assasinat ratée, mais Hermione considérait la mort d'Ombrage bien plus appropriée que la cible initiale. Thicknesse n'était rien de plus qu'une marionnette. Les pêchés d'Ombrage lui étaient propres.
Mais la satisfaction du châtiment était peu significative comparée au soulagement d'apprendre que la Résistance était toujours en vie. Hermione avait passé une demi heure à pleurer de pure joie. De façon inattendue, elle se surprit à se sentir pleine d'espoir pour la première fois depuis un très, très long moment.
Cette information allégea ses pas pendant des jours après ça.
Quand Guérisseuse Stroud vint voir Hermione, son irritation qu'Hermione ne soit toujours pas enceinte devint clairement visible. Elle jeta une série de sorts sur Hermione et les étudia pensivement.
"Bien, votre taux de sodium semble s'améliorer," dit finalement Guérisseuse Stroud après quelques minutes de silence.
Hermione fixa l'horloge et ne dit rien.
Guérisseuse Stroud fouilla dans une sacoche de médecin et en sortit un grand flacon de potion violette.
"Buvez tout ça," ordonna Stroud.
Hermione l'amena automatiquement ses lèvres alors qu'elle lâchait, "Qu'est-ce que c'est ?"
Guérisseuse Stroud attendit et ne répondit pas avant qu'Hermione ait bu le flacon entier.
"Une potion de fertilité. Ça ne devrait pas être nécessaire mais je suis à court d'idées. Vous n'allez pas aimer les effets secondaires, j'ai bien peur que cela augmente les probabilités de naissance multiple."
Hermione sentit le sang se retirer de son visage et eut l'impression qu'elle allait tomber de la table d'examen. Le flacon glissa de ses mains et se brisa. Guérisseuse Stroud fit rapidement disparaître les éclats de verre.
"Attendez-vous à des seins gonflés et tendus, des maux de tête, des sautes d'humeur et un gonflement dans votre bas-ventre. Cela peut aussi donner une sensibilité à la chaleur et causer une rechute de votre anxiété," dit Guérisseuse Stroud alors qu'elle ajoutait une note supplémentaire au dossier d'Hermione. "J'en informerai le Haut Préfet."
Hermione avala sa salive et se mordit la lèvre inférieure alors qu'elle fixait avec détermination l'horloge à l'autre bout de la pièce.
Malefoy n'apparut pas ce jour-là pour inspecter ses souvenirs. Hermione n'était pas surprise ; elle l'avait déjà anticipé.
Voldemort. Tous les deux mois jusqu'à ce qu'elle soit enceinte.
Quand Malefoy arriva le jour suivant, il avait l'air fatigué et en colère. Il ne dit pas un mot alors qu'il agrippait son bras et transplanait avec elle dans les tunnels sinueux qui menaient à l'antre de Voldemort.
L'antre était encore plus chaude et remplie de l'odeur de la chair putréfiée. Hermione commença à avoir des hauts le cœur dès qu'elle prit une inspiration. Malefoy semblait être immunisé alors qu'il la tirait en avant et s'agenouillait, la traînant sur les pierres à côté de lui. Le sol était humide et collant, légèrement brillant.
La pièce était presque plongée dans le noir absolu, seules quelques torches distantes apportaient un peu de lumière. Il n'y avait pas d'autres serviteurs ou de Mangemorts présents visibles aux yeux d'Hermione.
"La Sang-de-Bourbe, Monseigneur," dit Malefoy.
Il y eut un long soupir sifflant venant de l'estrade sombre et les yeux écarlates de Voldemort apparurent soudain.
"Amène la plus près," dit Voldemort après un moment.
Malefoy tira Hermione en avant et monta les marches avant de la pousser pour qu'elle tombe à genoux. Hermione recula, révulsée.
Le trône sur lequel Voldemort avait été assis précédemment avait disparu. Il était à la place étendu sur un énorme nid de pythons qui étaient entortillés ensemble pour former une vague forme de fauteuil. Ils étaient entrelacés sous lui, ondulant paresseusement.
Voldemort pencha la tête sur le côté et fit courir légèrement ses mains en forme d'araignées sur son torse alors qu'il étudiait pensivement Hermione.
"Toujours pas encccceinte," dit Voldemort d'un ton menaçant.
"Malheureusement non, Monseigneur," dit Malefoy d'une voix apologétique. "Cependant, comme vous le verrez, le guérisseur de l'esprit avait raison sur le fait que le temps est suffisant pour qu'elle commence à retrouver ses souvenirs."
Voldemort eut un soupir irrité et une tête de python émergea de la masse mouvante enroulée et se posa sur ses genoux. Voldemort caressa négligemment le serpent et s'enfonça plus profondément dans l'enroulement en dessous de lui.
"Tiens-la," ordonna Voldemort.
Le genou de Malefoy se logea entre les omoplates d'Hermione et ses mains s'enroulèrent autour de sa mâchoire, tenant sa tête en place. Hermione tremblait alors que les yeux écarlates de Voldemort poignardaient les siens et entraient dans son esprit.
Hermione pouvait sentir les mains de Malefoy enroulées autour de sa gorge et de sa mâchoire alors qu'elle frissonnait de douleur. Elle avait l'impression que la légilimancie de Voldemort était une lame qui déchirait son esprit. Elle hurla à travers ses dents serrées.
C'était plus lent. Au lieu d'une agonie brûlante et aveuglante c'était une douleur plus progressive et insidieuse. Le genre qui allait jusque dans les os et le moindre recoin de l'esprit et y restait.
Voldemort réduit paresseusement ses souvenirs en lambeaux ; comme un chat, s'amusant avec sa proie. Elle n'avait pas su qu'une telle chose était possible. Des morceaux de choses qu'il estimait insignifiantes qu'il détruisait juste pour voir sa réaction. Ses souvenirs de pliage d'origami pendant que ses parents débattaient sur les mythes asiatiques, sa découverte du Granian dans les étables. Il les réduisit en miettes comme s'ils étaient faits de papier.
Elle les sentit s'en aller… essaya de s'y raccrocher alors qu'ils s'estompaient, mais ils disparurent jusqu'à ce que l'agonie de son esprit lui fasse oublier ce qu'elle cherchait.
Il était fasciné par les souvenirs de Ginny. Quand il se retira de l'esprit d'Hermione, elle s'effondra contre Malefoy et ne put plus rien voir d'autre que les yeux rouges et pleins de colère de Voldemort. Pouvait-elle voir ? Ou ses yeux s'étaient-ils imprimés au fer rouge dans son esprit ?
Son cerveau lui faisait si mal qu'elle s'attendait presque à ce qu'il coule par ses oreilles. À travers le labyrinthe de douleur qui ne s'estompait pas, elle pouvait sentir son pouls battre follement contre la pression des doigts de Malefoy.
"C'est dommage que tu ne puisses pas ramener la fille Weasley à la vie," entendit Hermione finalement dire Voldemort.
"Je suis désolé Monseigneur, je n'avais aucune idée de son importance. Comme vous vous en souvenez, elle était presque morte quand je l'ai trouvée."
Hermione remua faiblement et gémit, essayant d'émerger de la douleur pour écouter attentivement.
"Cela explique l'attaque de la Sang-de-Bourbe au Sussex," dit Voldemort d'un ton amusé. "Une mission suicide pour libérer une amie mourrante. L'Ordre a toujours été surprenament prévisible."
"En effet." Le dédain dans la voix de Malefoy était manifeste.
Il y eut un long silence. La prise de Malefoy sur sa mâchoire se desserra et Hermione se sentit glisser sur le col. Alors qu'elle était allongée là, les anneaux froids et musclés d'un serpent commencèrent à s'enrouler autour de sa jambe.
"Je suis déçu de ton manque de progrès sur la recherche des responsables de l'attaque, Haut Préfet," dit Voldemort. Il y avait un soupçon de fureur dans ses mots.
Hermione pouvait à peine respirer. La chaleur humide et la pourriture dans la pièce l'étouffait et les écailles s'accrochaient légèrement à ses bas alors que les anneaux se resserraient autour de sa cuisse. Le python se glissait sous ses robes. Elle frissonna et essaya de dégager sa jambe.
Elle pouvait à peine distinguer quoi que ce soit dans la pièce sombre. Son incapacité à voir la laissait fortement sensible aux bruits de l'antre ; les sifflements et le léger frisson des écailles qui glissaient constamment contre elle dans l'obscurité.
"Je ne vais pas vous décevoir. Si c'était l'Ordre, je les trouverai," dit Malefoy. Sa voix était calme et résolue. Mortelle.
Hermione sentit ses lèvres trembler et des larmes perler aux coins de ses yeux. Elle sentait ses mains trembler comme si sa rage perçait sous sa douleur. Il n'y avait rien qu'elle puisse faire. Malefoy pouvait traquer et assassiner quelqu'un au milieu de sa chambre s'il le voulait et Hermione ne serait capable que de le regarder faire sans bouger. Je te hais Malefoy. Je te hais. Je te hais.
"C'était l'Ordre. Qui d'autre aurait pu savoir ? Ce fou de Slughorn doit l'avoir dit à Dumbledore. Potter devait le savoir ; c'est pour ça qu'il s'est infiltré dans Poudlard. Quelqu'un a été oublié pendant la purge. Quelqu'un d'important pour l'Ordre. Pas l'un de leurs soldats ignorant. Je suis certain que la Sang-de-Bourbe sait qui c'est."
Alors que Voldemort parlait, la sensation de magie noire dans la pièce s'épaissit, comme si l'air lui-même était devenu solide, une lourde masse pesant sans merci sur Hermione. Elle pouvait sentir ses côtes se courber sous la pression et l'écraser cruellement contre les pierres. Elle haletait en essayant de respirer avec des poumons qui ne pouvaient se gonfler.
"Peut-être, Monseigneur, serait-il judicieux de rappeler Severus," dit Malefoy. Ses morts semblaient forcés. Hermione n'était pas la seule à être écrasée à mort.
"Non…" dit Voldemort d'un ton froid. "La Roumanie est cruciale. Il y aurait des questions si nous rappelions Severus pour une tentative d'assassinat sur Thicknesse. Severus restera en place. As-tu appris comment le médaillon est arrivé en sa possession ?"
La pression se relâcha légèrement et Hermione inspira, amenant avidement de l'air dans ses poumons. Le python s'enroula plus haut sur sa jambe. Elle pouvait sentir les écailles gratter sur sa peau nue au-dessus de son bas. Un gémissement de dégoût fut arraché de sa gorge et elle essaya un peu plus fort de le repousser. Un anneau s'enroula autour de son autre cheville.
"J'ai enquêté discrètement. Il y a des photos du Ministère de 95 sur lesquelles elle le porte. Elle prétendait que c'était un héritage de Selwyn. Comment en est-elle venue à le posséder, personne ne le sait, bien qu'une ancienne secrétaire ait mentionné que la Gardienne avait pour habitude de confisquer les possessions des colporteurs sans licence."
"Donc tu ne sais rien. Ni comment l'Ordre a réussi à le détruire d'une distance aussi improbable. Ni comment ils ont réussi à l'identifier. Ni même comment elle l'a obtenu. Y a t'il quelque chose que tu saches ?" railla Voldemort. Puis il se calma pendant un moment avant de dire d'un ton plus calme et plus menaçant, "Tu m'as déçu, Haut Préfet, j'espère que tu n'as pas oublié ce qu'il s'est passé la dernière fois que tu m'as déçu. Endoloris !"
Hermione sentit Malefoy tomber soudainement. Il n'était pas tombé à plat ventre mais agenouillé au-dessus d'elle. Elle pouvait sentir son corps trembler avec rigidité sous l'effet de la torture alors qu'un grognement profond et guttural s'échappait du fond de sa gorge.
Voldemort ne maintint pas le sort pendant très longtemps. Il cessa après un peu plus d'une minute, le tremblement contre elle s'arrêta et Hermione entendit Malefoy haleter près de son oreille alors qu'il se ressaisissait.
"Je ne vous décevrais pas, Monseigneur. J'ai fait examiner la tête de la flèche et les restes du médaillon par un gobelin," dit Malefoy avec un tremblement des plus faibles dans la voix alors qu'il commençait à se redresser. "La tête de la flèche était plaquée d'argent, infusée avec un mélange de venin de queue de manticore et de venin de basilic. Le venin de manticore a permis à la flèche de passer à travers les protections… le venin de basilic de détruire le médaillon."
"As-tu enquêté sur les provenances possibles ?"
Hermione sentit le murmure d'une langue glisser contre l'intérieur de sa cuisse nue et sanglota silencieusement.
"Un jeune basilic est assez facile à obtenir avec un peu de patience pour tout sorcier qui possède un crapaud et la capacité à utiliser un sort d'aveuglement. La provenance du venin de manticore est plus discutable étant donné le soin avec lequel la plupart des ingrédients ont été régulés depuis que vous avez pris le contrôle du Ministère. McNair a insisté pour être responsable des recherches sur ce point, ce qui est inhabituellement généreux de sa part. J'ai interrogé en privé l'un de ses assistants. Il semble qu'il y ait eu des irrégularités régulières dans les archives à propos des quantités de créatures importées. Le marché noir a été assez rentable ces dernières années."
"Envoie le moi," dit Voldemort, la fureur manifeste dans sa voix. "L'attaque aurait été impossible sans son manque de rigueur. Certains de mes serviteurs semblent devenir avides."
"Comme vous le désirez, Monseigneur," dit Malefoy, et Hermione le sentir la tirer du sol.
Le python enroulé autour de ses jambes resserra sa prise et la tira vers le sol. Voldemort siffla sèchement et il la relâcha doucement avec un sifflement de protestation.
Alors que Malefoy tirait Hermione hors des anneaux, le visage de Voldemort flotta dans sa vision.
Plusieurs des serpents s'étaient enroulés autour de lui. Il était à moitié couvert de pythons et la regardait attentivement.
"Cette Sang-de-Bourbe est marquée par la magie noire. Les serpents peuvent le sentir. Et elle est plutôt féconde," dit Voldemort, essuyant sans bouche sans lèvres alors qu'il l'étudiait.
Hermione lui rendit son regard pendant un moment avant que sa vision ne se brouille de nouveau. Elle pouvait sentir les légers tremblements résultant de la torture dans la prise de Malefoy.
"Guérisseuse Stroud lui a administré une potion hier," dit Malefoy. "Et pour la magie noire… hé bien, le sillon de destruction signalé au Sussex indiquait déjà qu'elle n'adhérait pas à la politique de l'Ordre concernant la magie noire."
Voldemort émit un sifflement d'approbation.
"Surveille la attentivement. Maintenant que l'Ordre est de nouveau en marche, il est certain qu'ils vont venir pour elle," dit Voldemort.
"Vous savez que je mourrais avant de perdre mon emprise sur elle," dit Malefoy d'une voix basse, et Hermione sentit sa prise sur son bras se resserrer.
"Je veux son cadavre, Haut Préfet. Qui que ce soit. Ce dernier membre de l'Ordre. Je veux ajouter son crâne à ma collection."
"Vous l'aurez, comme je vous ai donné tous les autres," dit Malefoy.
Hermione recula et essaya d'arracher son bras à la prise de Malefoy. Voldemort la regarda et elle put sentir la cruauté et la malveillance dans son regard alors que ses yeux glissaient sur elle. Il ouvrit la bouche et sortit sa langue comme pour goûter l'air. Ses gencives étaient blanches et sans dents comme celles d'un serpent et sa langue brillait dans la faible lumière. Quand il ferma la bouche, il se pencha en avant et émit un petit sifflement.
Son visage était à quelques centimètres de celui d'Hermione. Elle pouvait sentir le murmure de l'air soufflé sur son visage. Elle ne savait pas s'il était sur le point de la lécher ou de recommencer la légilimancie. Ses yeux rouge sang l'étudièrent pendant un moment avant qu'il ne sombre de nouveau dans le nid de pythons.
"Une fois que la Sang-de-Bourbe aura révélé tous ses secrets, je la veux morte aussi. Elle en sait trop pour être gardée dans le programme de Stroud. Cependant… si elle est enceinte, je te permettrai d'attendre jusqu'à ce que tu aies ton héritier."
"Comme vous le désirez, Monseigneur," dit Malefoy sans hésitation. Puis il tira Hermione hors de l'antre.
Une fois qu'ils furent dans les couloirs sinueux, Malefoy lui administra une potion contre la douleur. Hermione se moqua silencieusement d'elle-même avant de l'avaler.
Elle essaya de s'éclaircir la gorge, luttant pour voir. Elle avait l'impression que l'air de l'antre l'avait empoisonnée. Elle glissa faiblement sur le sol. Son cerveau était toujours à l'agonie même avec le traitement contre la douleur. Et pourtant elle avait mille questions à poser.
"J'ai attaqué une prison ?" se força-elle à dire.
"Après que Potter soit mort," dit la voix de Malefoy dans la pénombre. "Quelques heures après la bataille finale. Tu as été capturée après en avoir rasé la moitié pour y entrer. C'était une contre attaque inattendue. Je n'ai fait que lire les rapports sur les dégâts après que tu m'aies été assignée. C'est dommage que personne n'ait pris la peine de t'interroger plus tôt. L'excès de confiance de la victoire, je suppose."
Hermione leva les yeux en direction de sa voix. Elle ne put que faiblement distinguer ses cheveux clairs avant que sa vision ne lui échappe une nouvelle fois. Elle reposa sa tête contre le mur pour se ressaisir.
"J'étais une guérisseuse…" dit-elle. "Je n'étais pas… ils ne me laissaient pas… me battre."
Elle fronça les sourcils, essayant de comprendre. "Mais Ginny s'est échappée ? Je l'ai libéré ?"
"Oui."
"Mais elle était mourante… quand tu… quand tu l'as tuée. Pourquoi ?" demanda-elle d'une voix faible et peinée.
Il y eut un silence avant que Malefoy ne parle.
"Elle était au Sussex pour des recherches expérimentales."
Une faible exclamation d'horreur lui échappa, venant d'un endroit profondément enfoui en Hermione.
"La division de développement des sorts de Dolohov…" sa voix trembla et se brisa. Elle distingua Malefoy qui hochait la tête dans la pénombre.
Elle se plia en deux et vomit. Oh mon dieu, Ginny… Malefoy attendit que ses hauts le cœur s'arrêtent avant de la relever et de transplaner dans sa chambre au manoir.
Le cri de douleur qu'elle poussa à cause du transplanage fut animal. Elle s'effondra contre Malefoy et se rendit compte qu'elle était couverte de ce qui semblait être des restes putréfiés et luisants. Elle ne put voir qu'un instant avant que sa vision ne se trouble de nouveau. Elle étouffa un sanglot et essaya d'essuyer à l'aveugle ses mains sur ses robes tout aussi souillées.
Malefoy marmonna plusieurs sorts de nettoyage et l'odeur autour d'elle disparut. Il la fourra dans son lit.
"Trois jours," dit-il, et elle l'entendit vaguement partir.
Hermione voulait rester consciente. Pour qu'elle puisse faire son deuil et assimiler ce qu'elle avait appris, mais son esprit semblait s'estomper. Comme si elle ne pouvait plus l'atteindre…
Elle tira sur ses vêtements jusqu'à ce que les boutons lâchent et les jeta par terre. Elle enleva ses bas avec ses orteils et essaya d'enlever la sensation des anneaux du serpent en frottant sa peau.
Il fallut deux jours pour qu'elle puisse de nouveau voir correctement. La douleur dans sa tête l'empêcha de garder de la nourriture dans son estomac. La chambre tournait quand elle essayait de s'asseoir ou de se lever.
Elle n'avait rien d'autre à faire que penser.
Quand Malefoy arriva le troisième jour, elle se força à s'asseoir et à le regarder sans trembler.
"D'autres questions ?" dit-il froidement alors qu'il l'observait.
Hermione secoua la tête. Il la regarda, légèrement surpris.
"Enfin, une, j'imagine," dit-elle après une minute.
Malefoy attendit. Elle rassembla le faisceau d'informations ; toutes les incohérences qu'elle avait relevées dans son esprit au fil des mois. Elle les avait finalement assemblées dans un ensemble cohérent.
Hermione prit une lente inspiration avant de parler. Puis elle croisa son regard.
La fanfare est dans la lumière mais l'execution dans le noir.
"La guerre est au point mort," dit-elle. "Même si c'est toujours officiellement en cours dans certaines parties de l'Europe. Ce n'est plus considéré comme important ou comme ayant des répercussions. En fait, selon la presse, je suspecte qu'il soit probable qu'une armistice soit annoncée bientôt. Ces deux dernières années, la conquête de la Grande Bretagne mise à part, il n'y a eu presque aucune avancée depuis que Harry est mort."
Malefoy resta silencieux ; l'expression soigneusement fermée.
"En fait, quasiment rien ne s'est produit depuis que Harry est mort. L'entièreté de la campagne de Voldemort s'est arrêtée une fois qu'il a battu Harry. Parce que…" elle n'hésita que légèrement, "il y avait quelque chose qui les connectait. Ils étaient liés d'une certaine façon, probablement depuis qu'il avait essayé de tuer Harry quand il était bébé. C'était pour ça que Harry et lui pouvaient voir l'autre en rêve parfois, et je suis sûre que tu te souviens que Harry parlait Fourchelang. C'est pour ça que quand Voldemort a utilisé le sort de mort… pour tuer Harry à Poudlard… ça n'a pas marché du premier coup…"
La voix d'Hermione s'éteignit et elle eut du mal à avaler sa salive avant de se forcer à continuer. Il y avait une nouvelle douleur qui commençait à fleurir au fond de son esprit. Elle l'ignora.
"C'est pour ça qu'il a dû relancer le sortilège sur Harry. À cause du lien. Mais… ce n'était pas seulement Harry. La façon dont il est devenu immortel… Le Professeur Quirrell, le journal que ton père avait… ton maître a trouvé une façon de lier son essence vitale à des choses animées et inanimées. Et l'Ordre le savait. C'est pour ça qu'il sait que l'attaque de ce mois-ci vient de l'Ordre et pas d'un nouveau mouvement de Résistance. Parce que la tentative d'assassinat n'était pas une tentative. Thicknesse n'était pas la cible. Ombrage ne l'était pas non plus. Le collier qu'elle portait parfois. Le médaillon. Je l'ai vu quand elle nous formait. C'en était un. L'un de ses liens. Qui qu'il soit, le dernier membre de l'Ordre, il a compris ce que c'était et il l'a tuée pour le détruire."
Les yeux de Malefoy se plissèrent très légèrement. Hermione pencha la tête sur le côté alors qu'ils s'étudiaient l'un l'autre.
"Je crois que j'ai manqué la question," dit Malefoy après un moment.
"Je ne l'ai pas encore posée," dit calmement Hermione, essayant d'ignorer la pulsation à l'arrière de sa tête qui s'intensifiait doucement comme si on pressait un scalpel à la base de son crâne.
"L'effort de repopulation," dit-elle, essayant de respirer malgré la douleur. "est une couverture. C'est une ruse. Voldemort ne se soucie pas de la population magique. C'est une diversion pour garder le public occupé. Il n'attend pas pour réduire les Moldus en esclavage parce qu'il est inquiet pour la démographie des sorciers. Il le fait pour gagner du temps ; il distrait la population en donnant en spectacle les familles de sang pur. D'abord avec les mariages et les fausses couches, et maintenant avec les mères porteuses. Il n'a pas arrêté la guerre parce qu'il en avait envie, il la fait parce qu'il y a été contraint."
La douleur traversa la tête d'Hermione et la pièce devant elle prit une horrible teinte rouge comme si du sang coulait dans sa vision. Elle eut un cri d'agonie et commença à tomber en avant. Elle se força à lever les yeux vers Malefoy. Il avançait vers elle.
Elle força la question à franchir ses lèvres.
"Il est mourant, n'est-ce pas ?"
