Chapitre 17
Hermione était au troisième étage au Square Grimmaurd. Le couloir était silencieux et faiblement éclairé ; il était soit tard dans la nuit soit très tôt le matin. Alors qu'elle passait devant l'une des plus petites chambres elle eut la vision furtive d'une touffe de cheveux roux penchée au-dessus d'une table remplie de cartes. Elle s'arrêta et frappa doucement à la porte.
"Hey, Mione," dit distraitement Ron alors qu'il bougeait des pions sur les cartes et se grattait la tête d'un air absent avec le bout de sa baguette. Son expression était tendue.
"Tu as une minute ?" demanda-elle.
"Bien sûr." Il fourra sa baguette dans sa poche arrière et leva les yeux vers elle. "Je passe juste en revue ce qu'il s'est passé depuis que je suis parti. Beaucoup de raids quand on était pas là, tu as dû être occupée."
Il la fixait d'un regard pénétrant. Hermione baissa les yeux.
"Je suis sûre que tu vois la stratégie," dit-elle doucement.
"Kingsley utilise les Horcruxes pour éloigner Harry des combats," dit-il.
Hermione hocha brièvement la tête. "Tu comprends pourquoi, non ?"
L'expression de Ron se durcit alors qu'il haussait les épaules et hochait la tête.
"Ce n'est pas bon de risquer sa vie dans une escarmouche quand on a besoin de lui pour le coup final. Ouais. Je comprends. Ça ne veut pas dire que j'aime ça. Et certaines de ces…" il tira certains des rouleaux et y jeta un œil. "Ce sont quasiment des missions suicide. Je n'avais pas conscience que Kingsley jouait autant sur la sécurité à cause de Harry. À voir ce qu'il fait quand on est partis pendant quelques semaines…"
Il se tut alors qu'il regardait avec colère les rapports. "Quel a été le taux de victimes exactement pendant qu'on était partis ?"
Hermione ouvrit la bouche pour répondre mais il la coupa.
"Je n'ai pas besoin que tu me le dises. Je veux voir les chiffres juste là. C'est putain, putain d'incroyable. Si Kingsley était là, je lui mettrais mon poing dans la figure."
Son visage était rouge de rage.
"Ron, on ne peut plus se permettre de jouer la sécurité," dit Hermione, son ventre se nouant alors qu'elle repensait au nombre d'yeux qu'elle avait fermés ces dernières semaines et le nouvel hospice qu'elle avait aidé Bill à protéger. "Je ne pense pas que tu réalises à quel point nos ressources sont limitées. Combien d'années penses-tu que le coffre fort de Harry puisse encore nourrir une armée ? La salle d'hôpital tourne avec trois fois rien. L'Europe est verrouillée sous le contrôle de Tom. La seule option qu'il nous reste est de prendre des risques. Et on ne peut pas risquer Harry."
Ron resta silencieux. Hermione pouvait voir les muscles de sa mâchoire se contracter alors qu'il la serrait et desserrait.
"Il faut qu'on trouve les Horcruxes," dit-il finalement. Hermione laissa s'échapper le profond soupir qu'elle avait anxieusement retenu et hocha la tête.
"Oui," dit-elle. "Tom et Harry sont le pivot. Idéologiquement les Mangemorts sont trop différents. C'est le pouvoir de Tom qui garde l'armée cohérente. Si nous pouvons le tuer, de façon permanente, il devrait y avoir assez de luttes intestines pour que la Résistance prenne le dessus."
"J'imagine que c'est l'un des avantages des illusions de Tom sur l'immortalité : il ne s'est pas soucié de former un successeur," dit Ron d'un ton dur alors qu'il jetait un œil sur un autre rapport de mission. Hermione pouvait voir sa signature au bas de la page ; passer en revue les blessés, compter les morts avec des chiffres nets et impersonnels. "Bien que je n'aie aucun doute que les Malefoy penseront qu'ils sont en première ligne maintenant que Bellatrix est morte. Des putains de psychopathes."
"Il faut que tu convainques Harry que les Horcruxes sont la priorité absolue," dit-elle, regardant intensément Ron. "Surtout maintenant, après Ginny. J'ai peur qu'il ait juste envie de les ignorer."
L'expression de Ron se tendit.
"Ouais," dit-il doucement.
Hermione s'approcha avec hésitation.
"Ron, j'espère que ce que j'ai dit à la réunion hier soir ne te fais pas penser que c'était de ta faute. Tu as sauvé Ginny. Je ne pense pas qu'il était approprié de garder cette information pour moi mais je ne voulais pas te blesser en la diffusant."
"Ça va," dit-il, raide. "Tu as fait ce qu'il fallait."
"Je suis désolée…"
"Ne le sois pas. Je ne veux vraiment pas en parler," dit-il d'une voix tremblante qui n'appelait aucun argument.
Les yeux d'Hermione filèrent vers son visage, reconnaissant la tension autour de ses yeux, le bord rouge de ses oreilles et sa peau qui devenait si pâle que ses tâches de rousseur ressemblaient à des gouttes de sang sur son visage.
Si elle poussait plus loin, il exploserait.
Hermione sentit son cœur se serrer.
"Bien. Alors je te laisse à ses rapports," dit-elle en se retournant pour partir.
Hermione reprit conscience et se rendit compte dans un vertige que quelqu'un était penché au-dessus d'elle, tenant sa tête en arrière. Le côté droit de son visage et son corps étaient rigides. Elle ne pouvait pas bouger ses doigts et sa langue lui faisait mal, comme si elle avait été répétitivement mordue.
Elle se dégagea des mains posée sur elle et la personne, un homme, arrêta de la toucher. Il recula, la regardant avec attention. Elle le regarda avec confusion. Il était pâle et blond, et son visage, qui avait l'air expressif quand elle avait ouvert les yeux, était précautionneusement neutre.
"Tu as eu une crise d'épilepsie," dit-il d'une voix calme. "Apparemment les potions de fertilité et la légilimancie ne vont pas ensemble."
Il baissa les yeux vers ses mains. "Peux-tu parler ? Tu as hurlé pendant plusieurs minutes."
Hermione lutta pour avaler sa salive. Sa gorge lui semblait à vif, comme si plusieurs minutes était un vaste euphémisme. Elle essaya d'ouvrir la bouche et se rendit compte que le muscles du côté droit de sa mâchoire étaient si tendus qu'elle pouvait à peine écarter les dents.
Elle se sentait épuisée. Elle avait l'impression d'avoir été électrocutée ; elle avait l'impression que ses muscles et ses tendons avaient été étirés jusqu'à être sur le point de céder. Quand elle essaya de respirer, il y eut un râle sourd qui émergea du fond de sa gorge.
Elle essaya de se souvenir de ce qu'il s'était passé. Elle essaya de s'asseoir, mais son corps ne coopéra pas. Elle fondit en larmes.
"Qui êtes-vous ?" dit-elle d'une voix empâtée à travers ses dents quand elle cessa finalement de sangloter. Elle leva les yeux vers l'homme se tenant à côté d'elle.
Une myriade d'émotions passèrent soudain sur son visage. Il ouvrit la bouche, puis la referma fermement et hésita.
"Je suis chargé de prendre soin de toi," dit-il finalement, l'expression de nouveau neutre. Il fit apparaître de nulle part une petite bouteille. "Tu devrais prendre ça. Tu pourras probablement te souvenir de ce qu'il s'est passé quand tu te réveilleras la prochaine fois."
Hermione hésita puis hocha la tête en signe d'approbation. Il glissa une main dans son cou à la base de son crâne et l'aida à redresser son corps rigide afin qu'elle puisse l'avaler. Aussitôt qu'elle l'eut avalé, son épuisement prit le pas sur elle et elle se sentit dériver.
"Est-ce que je te connais ?" demanda-elle alors que ses yeux se fermaient.
"J'imagine que oui."
Quand Hermione se réveilla de nouveau, le côté droit de son corps lui semblait légèrement endolori et il y avait la trace subtile d'un sort de guérison à la surface de sa langue.
Elle fouilla son esprit, essayant de se souvenir de ce qu'il s'était passé.
Elle avait parlé à Malefoy de Voldemort, des Horcruxes - elle se souvenait soudainement du mot. Elle avait finalement posé sa question ; qui avait à peine été une question parce qu'elle était presque certaine d'avoir raison. Voldemort était mourant.
Puis tout avait semblé exploser dans sa tête, la pièce était devenue rouge, et elle s'était effondrée.
Elle avait fait une crise d'épilepsie devant Malefoy.
Quand elle s'était réveillée la première fois, elle avait été quasiment paralysée et ne s'était même pas souvenue qui il était. Il lui avait administré un philtre de Sommeil dans rêves.
Elle repensa à leur échange. 'Chargé de prendre soin de toi' était une façon très généreuse de se décrire lui-même. Elle renifla.
Elle bougea les épaules et essaya d'ouvrir la bouche. Sa mâchoire était endolorie mais elle pouvait l'ouvrir entièrement. Elle s'assit précautionneusement et s'examina.
Elle avait été soignée.
Les crises d'épilepsie n'étaient pas sa spécialité, mais Arthur Weasley en avait souffert après avoir été attaqué par Lucius Malefoy. Elle avait fait des recherches dessus. Le traitement était similaire à celui du Doloris, un traitement qui lui était familier.
Ce n'était pas exclusivement un traitement à base de sorts mais une thérapie magico-physique ; utiliser les sorts et ensuite masser les nœuds et les zones tendues à la main. Quelqu'un l'avait touchée. On avait au minimum massé le côté droit complet de son corps pour que la tension et la rigidité soit soulagée à ce point. Considérant le fait qu'elle se sentait presque normale, elle suspectait d'avoir été traitée des deux côtés de sa mâchoire, jusqu'à ses orteils.
Elle frissonna légèrement, mais essaya de se raisonner.
C'était de la médecine. Juste de la médecine. Elle avait soigné des centaines et des centaines de personnes. Traité des blessures sur toutes les parties du corps. Une blessure était une blessure. Soigner était soigner. C'était dépourvu de toute notion de sensualité ou de sexualité. Clinique. Les corps n'étaient rarement autre chose que quelque chose à guérir.
Mais quand même… La pensée que quelqu'un ait pu la toucher pendant qu'elle était inconsciente dans le foyer des Malefoy la rendait malade.
Elle remonta les couvertures sur sa poitrine dans un geste protecteur.
Elle jeta un œil au calendrier sur le mur et vit que deux jours étaient passés depuis sa conversation avec Malefoy.
Elle se retourna et siffla, baissant les yeux. Sa poitrine était douloureuse et… volumineuse. Elle la regarda avec une horreur absolue pendant quelques secondes avant de se souvenir que c'était un effet secondaire de la potion de fertilité que Stroud lui avait donnée. Elle grimaça et sortit du lit.
Malefoy avait utilisé des sorts de nettoyage sur elle après l'avoir ramenée de l'antre de Voldemort, mais elle ne s'était finalement pas lavée. Elle prit une serviette et des vêtements et descendit le couloir jusqu'à la douche de l'autre salle de bain.
Une longue douche acheva de soulager les dernières douleurs de son corps. Elle bascula la tête en arrière sous le jet et repensa au souvenir de Ron qu'elle avait déverrouillé sans le faire exprès. Les Horcruxes. Et le nombre de victimes. Et Ginny.
On en revenait toujours à Ginny.
Ron. Il avait paru si décharné. Si broyé par la guerre. Ses cheveux étaient striés de gris alors qu'il n'avait pas plus de vingt-deux ans. Elle avait oublié ce détail. Elle avait oublié comme la guerre l'avait dévoré ; comme le stress s'était physiquement manifesté chez lui.
Il avait planifié des missions avec Maugrey et Kingsley. Il tenait son talent pour la stratégie des échecs sorciers et avait appris à l'appliquer à la guerre. Il avait été si fier la première fois que Kingsley avait approuvé sa stratégie.
Il avait fallu du temps à Ron et Harry et à l'Armée de Dumbledore d'accepter que la guerre serait longue. Ils avaient pensé que la communauté magique se soulèverait pour aider l'Ordre. Qu'avoir été témoin de la défaite de Voldemort pendant la première guerre aurait imprégné la société sorcière de la confiance dans le pouvoir de la Lumière.
Mais Voldemort avait appris de la dernière guerre. Il était plus intelligent, plus prudent, et plus rusé qu'il ne l'avait été la première fois, surtout après le faux pas de la bataille au Département des Mystères. Il avait limité son règne de terreur aux nés Moldus, aux sang-mêlés et aux traîtres à leur sang. Il avait rapidement mis la main sur le Ministère et avait collé à l'Ordre du Phénix une étiquette d'organisation terroriste. Il avait fait tuer Dumbledore dans la propre école du directeur par un garçon de seize ans.
Toute confiance qu'aurait pu avoir la société sorcière dans le pouvoir de la Lumière avait été rapidement étouffée. Les nés-moldus et les sang-mêlés ne représentaient qu'un fragment de la population sorcière. C'était plus facile pour la communauté magique de simplement choisir de détourner les yeux et de laisser l'Ordre combattre Voldemort seul.
Il était difficile de mener une guerre quand on était un groupe de terroristes.
Même si vous aviez de l'argent, aller sur le Chemin de Traverse et accéder à un coffre de Gringotts était compliqué. Les identifications du Ministère étaient devenues nécessaires pour acheter quoi que ce soit, de la nourriture ou des ingrédients de potions ; et acheter une grande quantité attirait les soupçons. Une personne pouvait être envoyée à l'hôpital après une bataille, mais toute blessure menant à une admission au service des Pathologies des Sortilèges amenait Sainte Mangouste à contacter le Département de la Justice Magique ; les membres blessés de la Résistance étaient accusés de terrorisme et arrêtés le temps de la convalescence puis disparaissaient dans l'une des prisons de Voldemort une fois sortis de Sainte Mangouste.
La Résistance n'était pas préparée aux décrets initiaux de Voldemort qui avaient été si décisifs. Ils n'avaient pas fait de stocks. Ils n'avaient pas caché suffisamment de personnes et beaucoup de ceux qu'ils avaient essayé de protéger n'avaient pas réussi à se cacher suffisamment soigneusement. Il y avait toujours des aurevoirs que les gens pensaient pouvoir faire avant de partir, de petits indices que la torture des Mangemorts s'étaient révélée capable d'arracher aux voisins.
La fierté que Ron avait tirée de ses stratégies utilisées s'était rapidement estompée quand il avait découvert qu'il était presque impossible de concevoir une escarmouche sans pertes. Les gens n'étaient pas des pièces réutilisables sur un plateau d'échecs ; une fois sacrifiés, ils mouraient. De façon horrible. Et même si vous faisiez tout votre possible stratégiquement parlant pour les protéger, ils ne suivaient pas toujours les instructions, et n'étaient pas prévisibles. Et même s'ils l'étaient, l'ennemi ne l'était pas.
Ron avait eu tendance à prendre chaque mort et blessure comme étant de sa propre responsabilité. L'éclat de l'héroïsme et la jalousie qu'il avait eu pour Harry avaient disparu. La guerre l'avait rapidement calmé et la compréhension l'avait lié à Harry encore plus profondément ; réparant toutes les fissures que sa jalousie passée avait créées au fil des années. Ils étaient devenus unis dans la culpabilité, la détermination et l'idéalisme. Plus proches que des frères.
Cela avait laissé peu de place pour Hermione.
Hermione soupira et pencha la tête en arrière, sentant l'eau glisser le long de ses joues. Ses lèvres se tordirent et tremblèrent alors qu'elle repensait à Poudlard.
Harry, Ron et Hermione : le trio inséparable… jusqu'à la mort de Dumbledore, quand Hermione avait choisi les potions et la guérison plutôt que l'entraînement à la magie défensive comme Harry, Ron et le reste de l'Armée de Dumbledore.
Ses jours avaient été passés à étudier la guérison avec Poppy Pomfresh. Ses nuits avaient été passées à étudier les potions avec Rogue. Ses amitiés avaient été laissées au bord de la route. Même ses notes avaient chuté.
Elle avait eu peu de temps à consacrer à l'entraînement à la magie défensive. Tout le monde étudiait la magie défensive. Personne d'autre ne semblait se soucier des blessures ou des façons d'annuler les sorts. Ou d'être capable de fabriquer les potions nécessaires à la guérison des blessures.
Pendant le mois qui avait suivi la bataille du Département des Mystères, Hermione avait pris dix potions quotidiennement pour réparer les dégâts du sortilège informulé de Dolohov. Elle avait été chanceuse d'y avoir survécu.
Quand Dumbledore était mort quelques mois plus tard, elle avait été extrêmement consciente du rôle vital que la guérison et les potions joueraient pour que la Résistance survive assez longtemps pour gagner la guerre. Mais elle avait été la seule à s'en soucier. Tout le monde l'avait trouvé paranoïaque. Les hôpitaux étaient un territoire neutre ; si quelqu'un avait besoin d'être soigné, il pourrait toujours se tourner vers Sainte Mangouste.
Mais à ce moment-là ils n'avaient pas été des terroristes. Les hôpitaux n'étaient pas neutre pour les terroristes.
Quand Voldemort avait brusquement pris le contrôle du Ministère, la première mesure que le Ministre Thickenesse avait signée avait été l'enregistrement des nés-Moldus. C'était une action minutieusement planifiée et stratégique. Les Aurors du Département de la Justice Magique et les guérisseurs de Sainte-Mangouste nés-moldus et de sang-mêlé avaient été arrêtés et avaient vu leurs baguettes cassées avant qu'ils ne puissent fuir vers l'Ordre.
Ils auraient été des membres précieux de la Résistance si l'Ordre avait été capable de les atteindre à temps.
Au lieu de quoi, l'"organisation terroriste" s'était brusquement retrouvée coupée du monde, laissant Poppy Pomfresh comme guérisseuse la plus expérimentée. Tous les combattants de la Résistance avaient été amenés à l'infirmière d'un pensionnat pour être soignés de leurs blessures de guerre et des sorts de magie noire. Kingsley avait réussi à recruter deux guérisseurs généralistes pour monter un hôpital à demi fonctionnel. Cependant, avec la tendance de Voldemort à punir des familles entières, la plupart des sorciers étaient réticents à laisser leur vie entière derrière eux et à s'allier à l'Ordre s'ils n'y étaient pas obligés.
La guerre était concentrée en Grande-Bretagne à ce moment-là. Après que le Ministre de la magie britannique avait été saisi, des hôpitaux européens favorables à la Résistance les avaient secrètement contactés pour leur offrir des formations dans la guérison des sorts de magie noire. Hermione avait été la seule personne ayant assez de connaissances en guérison basique dont l'Ordre pouvait se passer.
Cela avait à peine été un choix. L'Ordre avait besoin d'un guérisseur pour les victimes, s'ils ne pouvaient en recruter un ils devaient en créer un ; Hermione en avait les capacités. Elle avait à peine pris le temps de dire au revoir avant que Kingsley ne la fasse sortir de Grande-Bretagne. Elle n'avait pas su quand elle allait revenir.
Elle s'était formée obsessivement pendant deux ans. Elle approchait la fin de sa formation quand la planque où l'hôpital de l'Ordre se trouvait avait été compromise à la suite d'une escarmouche. Un Mangemort avait attrapé Ernie MacMillan quand il y avait transplané. Une fois que le Mangemort avait été à l'intérieur des protections il était immédiatement reparti pour ramener plusieurs autres Mangemorts.
Au-delà du charme du Fidelitas, l'hôpital n'avait pas été bien protégé. Il n'y avait pas eu de plan d'évacuation. Pas de gardes. Ça avait été un vrai bain de sang avant que l'Ordre ne réussisse à envoyer des renforts. L'Ordre avait perdu les deux guérisseurs qu'ils avaient recrutés, leurs guérisseurs en formation, Horace Slughorn et presque tous les combattants blessés qui y étaient en convalescence.
Les Mangemorts avaient laissé Ernie en vie par pure méchanceté.
L'Ordre avait eu besoin qu'Hermione revienne immédiatement.
Voldemort avait autorisé Antonin Dolohov à monter un département de recherche sur les sortilèges ; de nouveaux sorts mortels étaient utilisés dans les combats et nécessitaient des sorts d'analyse avancés pour être contrés. La spécialité d'Hermione. Ils avaient aussi eu besoin de remplacer leur maître des potions et Hermione était également qualifiée pour ça.
Sous trois jours, Kingsley était venu personnellement à l'hôpital magique autrichien où elle étudiait et l'avait ramenée en Angleterre.
En son absence, Harry et Ron s'étaient reforgés en un duo. Quand elle était revenue, le trio avait essayé de reprendre son amitié mais les deux années les avaient fait évoluer différemment.
Hermione n'avait pas été capable de partager leur croyance utopique que la Lumière, de par sa qualité innée de bonté, ferait finalement tourner le cours de la guerre. À ses yeux, cela semblait se retourner de plus en plus contre l'Ordre.
Depuis le moment où elle était revenue en Angleterre, elle avait vécu dans le nouvel hôpital qui avait été mis en place au second étage du Square Grimmaurd. Elle y avait passé des jours et des nuits à regarder des gens mourir ; à les regarder réaliser qu'ils allaient mourir. À ssayer de les sauver. Elle s'était assise à côté d'eux pour leur expliquer aussi gentiment que possible qu'ils ne pourraient plus jamais parler, manger, voir, marcher, bouger. Qu'ils n'auraient jamais d'enfants. Que leur partenaire, époux, parent ou enfant était mort pendant qu'ils étaient inconscients.
Elle avait vécu chaque journée dans les conséquences des combats ; elle avait respiré la dévastation jusqu'à s'y noyer.
Elle n'avait pas été autorisée à se battre. Elle n'avait pas été autorisée à aller sur les champs de bataille. Elle avait été trop précieuse en tant que guérisseuse et maîtresse des potions. L'Ordre n'avait pas pu risquer de la perdre.
Elle s'était infiniment tenue dans les conséquences de batailles sur lesquelles elle n'avait aucune influence.
Alors elle avait utilisé ce qu'elle avait, sa voix et sa position en tant que membre de l'Ordre. Elle avait utilisé sa place dans les réunions pour presser l'Ordre à ouvrir son entraînement à autre chose que la magie défensive. Elle n'avait pas parlé de torture ou de sortilèges impardonnables ; elle avait juste voulu que les combattants de la Résistance soient explicitement plutôt qu'implicitement autorisés à tuer des Mangemorts quand ils se défendaient.
Elle n'avait pas pensé que cela aurait pu être une position particulièrement tendue ou compliquée à avoir après trois de guerre.
Ça l'était.
Harry avait était catégorique : ils n'utiliseraient pas de magie noire ; ils ne tueraient pas de gens. La majorité de l'Ordre était tombée d'accord avec la vision de Harry.
Hermione avait été l'intruse au franc parler. Cela avait sérieusement érodé la plupart de ses relations.
Il n'était pas entièrement surprenant que Ginny ait conclu que Rogue était la seule personne avec qui Hermione aurait pu avoir une relation. Ginny avait eu raison. Hermione avait été complètement seule.
Hermione soupira pour elle-même et éteignit la douche.
Si elle avait fait les choses différemment, cela aurait-il pu changer l'issue de la guerre ? Si elle s'était dévouée à la défense ? Si elle n'avait pas étudié la guérison ou les potions ? Si elle n'était pas partie pendant deux ans ?
Cela aurait-il fait une différence ? Sauvé quelqu'un ?
Une boule se forma dans sa gorge quand elle se rappela les railleries de Malefoy quelques mois plus tôt :
"Tu ne t'es même pas battue pendant la guerre, n'est-ce pas ? Je suis certain de ne pas t'avoir vu. Tu n'étais même pas là bas avec Potter et Weasley. Tu t'es juste cachée. Passant tout ton temps dans les salles d'hôpital. Agitant futilement ta baguette pour sauver des gens qui auraient finalement mieux fait de mourir."
Elle eut du mal à avaler sa salive et pinça les lèvres dans une ligne dure alors qu'elle sortait de la douche et se séchait.
Elle s'arrêta un moment et regarda son reflet.
Elle détestait son reflet. Détestait se voir. Elle essayait d'éviter ses yeux à chaque fois qu'elle croisait un miroir. Elle reconnaissait à peine la personne qu'elle voyait dans la glace.
Dans ses souvenirs d'elle-même, elle était décharnée à cause du stress et de la malnutrition. Pâle parce qu'elle restait à l'intérieur à soigner et fabriquer des potions. Sa peau avait été blafarde. Ses cheveux incoiffables soigneusement domptés dans des tresses serrées qu'elle gardait enroulées dans un chignon bas. Maigre avec des membres grêles. Ses yeux, grands et sombres, mais remplis de feu.
Maintenant…
Son visage n'était plus décharné. Avec une nutrition correcte, elle s'était remplumée et ses joues n'étaient plus creusées. Des marches régulières signifiaient que son teint s'était amélioré pour prendre une teinte naturellement plus bronzée. Sans un peigne ou un lien pour ses cheveux elle n'avait d'autre choix que de les démêler avec ses doigts et de les laisser détachés. Ils tombaient, dans une masse séditieuse de boucles et d'ondulations, un peu plus bas que ses coudes. Ses genoux, ses coudes, les os de ses hanches et ses côtes ne saillaient plus. Elle s'était construite une masse musculaire à force de nombreux exercices.
Elle avait l'air en bonne santé. Jolie, même. Normale. Comme une Hermione d'une autre vie.
Mais ses yeux…
Ses yeux étaient morts. Il n'y avait plus de feu en eux.
L'étincelle qu'elle voyait comme la plus intrinsèque à sa personnalité n'était plus là.
Elle était un cadavre vivant.
Elle se détourna du miroir et s'habilla.
La potion de fertilité changeait la façon dont ses robes tombaient. Les boutons sur sa poitrine étaient étirés et elle pouvait voir ses tétons à travers le tissu. Elle courba les épaules pour essayer de les cacher et passa ses cheveux devant ses épaules.
Quand elle retourna dans sa chambre, elle trouva un repas laissé pour elle. Elle picora une salade de concombres et regarda par la fenêtre. La neige avait fondu. Le domaine était entièrement composé de nuances de gris. Même le ciel était gris.
Elle regardait toujours par la fenêtre quand la porte s'ouvrit. Elle y jeta un regard pour voir que Malefoy était entré. Il portait ses vêtements de "chasse". Ils étaient propres, donc elle supposa qu'il était sur le point de partir plutôt que juste rentré.
Elle le regarda. Sans robes, il était remarquablement grand et agile. Les vêtements étaient entièrement noirs à l'exception de ses avant-bras, son torse et ses jambes, sur lesquels étaient fixées des protections en métal argenté. Une armure en cuir de Pansedefer Ukrainien, conclut Hermione après l'avoir étudié pendant un moment ; pour la protection contre les sorts et les armes, à moins qu'il n'ait des activités de dresseur de dragons sans qu'elle ne soit au courant. Il tenait une paire de gants dans une main.
Elle se demanda s'il portait ces vêtements quand il avait tué Ginny, Minerva McGonagall, Alastor Maugrey, Neville, Dean, Seamus, Professeur Chourave, Madame Pomfresh, Professeur Flitwick et Olivier Dubois. Il les avait probablement toujours sous ses robes de Mangemort.
Le cuir de Pansedefer Ukrainien était hautement résistant à la magie et presque impénétrable aux attaques physiques. Dans un duel, à moins que l'attaquant ne puisse viser la tête ou utiliser un sort de mort, Malefoy serait difficile à battre. Quelqu'un avec des menottes qui bloquaient sa magie n'aurait aucune chance contre lui.
Mais là encore, les Serpentard ne s'étaient-ils jamais souciés de rendre le combat égal ?
Les yeux de Malefoy croisèrent les siens depuis l'autre côté de la pièce et il l'observa attentivement.
Elle croisa les bras de façon protectrice contre sa poitrine.
"Tu te souviens de moi maintenant ?" demanda-il.
"À ma plus profonde consternation," dit-elle en détournant le regard de lui. Il approcha doucement.
"J'ai informé Stroud de ce qui est arrivé. Apparemment elle ne s'est pas souciée de vérifier si la potion interagirait négativement avec une séance de légilimancie," dit-il avec un petit reniflement.
"Je doute que la combinaison soit quelque chose de régulièrement étudié dans les masters de potion," dit Hermione d'une voix sèche.
Il y eut une pause et Malefoy sortit un journal de nulle part et le lui tendit. Elle le prit de ses doigts avec une expression curieuse.
"Tu as clairement utilisé tes lectures à bon escient," dit-il alors qu'elle le dépliait.
"Pourparlers pour la paix en Scandinavie !" annonçait la une.
Elle sourit pour elle-même alors qu'elle écumait l'article.
"Comment as-tu deviné ?" demanda-il après une minute de silence.
Elle leva les yeux du journal.
"À propos de ça ?" dit-elle, écarquillant innocemment les yeux en montrant l'article.
Il roula des yeux.
"Non."
Le coin de sa bouche se souleva.
"Je suis une guérisseuse," dit-elle, puis elle baissa les yeux vers ses poignets. "Ou du moins, je l'étais. J'étais spécialisée dans la guérison de la magie noire. Je connais les signes d'une corrosion magique. Trop d'usage de certaines sortes de magies noires et cela se transforme en poison pour le corps. Le corps et la magie essaient de l'assimiler. Une fois que la magie noire est présente au niveau cellulaire, il n'y a pas de retour en arrière. La magie mange le corps de l'intérieur."
Elle posa le journal sur le côté. "La magie est toujours hautement efficace, bien sûr. Il est toujours l'un des sorciers les plus puissants du monde. Mais physiquement il se détériore. Même tout le sang de licorne dont il s'imbibe et dans dans lequel il se baigne n'est pas suffisant pour masquer les symptômes. Rester allongé dans la pénombre sur un nid de serpents ne fait que retarder l'inévitable. Même s'il est immortel, il ne sera bientôt plus qu'une ombre. Il va se fondre dans l'éther. Quand Harry est mort, il n'avait pas de moyen de se faire renaître. Si tous ses Horcruxes avaient été détruits… il aurait juste… cessé d'exister."
Malefoy la regarda vivement et elle croisa son regard.
"Les liens, ce sont des Horcruxes, n'est-ce pas ?" demanda-elle.
Il hocha lentement la tête.
"Nouveau souvenir ?" demanda-il.
Elle hocha la tête.
"Pendant la crise d'épilepsie," dit-elle, se radossant dans son fauteuil. "L'Ordre les cherchait. C'était le rôle de Ron et Harry."
"Autre chose ?" dit-il, la voix basse et dangereuse.
"Ron était en colère à cause du nombre de victimes. On était affamés. Je doute que ça soit des choses que tu ne saches pas déjà," dit-elle doucement.
Elle leva calmement les yeux vers lui, s'attendant à ce qu'il s'avance immédiatement pour envahir son esprit. Pour le vérifier. Il ne fit que la fixer.
Elle détourna les yeux. Après une minute, elle le regarda de nouveau, hésitante.
Il remarqua son attention et inclina la tête, levant un sourcil.
"Kingsley Shacklebolt…" dit-elle. "Hannah n'a pas mentionné son nom. Tout le monde dit que je suis tout ce qu'il reste de l'Ordre, mais je ne me souviens pas…"
"Il est mort quelques mois avant la bataille finale," dit Malefoy, détournant le regard d'elle. Il roula légèrement la mâchoire.
Hermione l'avait su… mais elle ressentit quand même une douleur aigüe dans la poitrine quand elle entendit la confirmation.
Elle était déjà sûre de connaître la réponse à sa prochaine question également.
"Es-tu celui qui… ?"
Il croisa son regard et hocha la tête. "Il était sur mon chemin."
