Chapitre 23
Hermione se tenait dans la cuisine de l'Impasse du Tisseur. Elle se tourna lentement, regardant les surfaces couvertes de cahiers, d'ingrédients préparés et de potions bouillonnantes.
Hermione s'arrêta alors qu'elle remarquait une potion qui brillait dans un coin. Elle marcha jusque là et regarda la vapeur en forme de spirale qui émanait de la surface. Elle la renifla subrepticement. L'odeur épicée et terreuse de la mousse de chêne, des sous-tons fumeux de cèdre, le parfum atténué des feuilles qui s'oxydaient, et le parchemin… non. Elle renifla de nouveau. Du papyrus.
Elle recula brusquement et jeta un œil aux autres chaudrons qui l'entouraient.
"C'est une sacré variété de potions d'amour que vous préparez," dit-elle, levant les yeux vers l'endroit où Severus était penché au-dessus d'un chaudron frémissant.
"Un nouveau projet du Seigneur des Ténèbres. Il s'est soudainement pris d'intérêt pour en faire une arme," dit Severus, jetant un regard méprisant au liquide sombre et luminescent sur lequel il travaillait.
Hermione sentit son sang se glacer. "C'est une possibilité ?"
Severus haussa les épaules avec un petit sourire. "Je suis à la fois sceptique et peu motivé, donc probablement que non. Je pense que c'est plus une idée passagère que quelque chose pour lequel il a un réel intérêt. Je mets au point un rapport complet à présenter au cas où il le demanderait. Et je le fais chez moi plutôt qu'au laboratoire pour m'assurer que personne n'offre d'idée révolutionnaire."
Hermione observa la pièce. Il y avait dix variétés de potions d'amour et quelques aphrodisiaques qu'elle reconnut, ainsi qu'une quinzaine d'autres qui apparaissaient être expérimentales.
"En quoi consiste une potion d'amour transformée en arme ?"
"Quelque chose d'exceptionnellement puissant qui ne demande pas de dose supplémentaire. Je pense qu'il se voit les utiliser pour les interrogatoires."
"C'est… obscène," dit finalement Hermione.
"En effet. Heureusement, ou peut-être malheureusement, il y a d'autres problèmes qu'il voit comme plus urgent sur lesquels doit se concentrer le Sussex."
Hermione se réveilla, toujours allongée sur le sol froid de la salle de bain. Elle continua à y rester ; s'il y avait un avantage à sa dépression c'était que ça la faisait dormir plus facilement. C'était comme si son corps avait abandonné. La rage qu'elle avait passé des mois à cultiver avait fondu et elle en ressortait fatiguée et indifférente, comme si son corps pesait trop lourd pour juste le traîner sur le sol.
Elle pouvait dormir encore et encore dans un état de désespoir pendant la plus grande partie de la journée.
Elle s'arracha du sol, alla dans sa chambre et grimpa sous les couvertures de son lit, s'enfouissant dedans et les serrant contre elle.
Même son cerveau paraissait fatigué et indifférent. Comme si même penser était trop pour elle.
Elle jeta un œil à l'horloge. Il était presque vingt-et-une heures. Il y avait un plateau avec un dîner dessus près du fauteuil, mais Hermione n'avait pas d'appétit.
Elle se demanda pourquoi Malefoy était en France ; probablement pour tuer plus de gens.
Serait-il toujours masqué, ou le ferait-il ouvertement ? Elle se demanda à quoi il ressemblait quand il lançait le sort de mort. Le visage de la plupart des gens se tordait dans une grimace révoltante quand ils lançaient le sort de mort. Même Voldemort. Mais la haine et la fureur de Malefoy étaient si froides. Peut-être qu'il avait la même tête que quand il avait tué Montague.
Hermione se demanda si se faire reconnaître comme Haut Préfet était intentionnel.
Si Malefoy agissait pour récupérer le pouvoir de Voldemort, il devait être connu. Connu et craint. Être repéré avait peut-être été un risque calculé ; pariant sur le besoin de Voldemort d'avoir un visage public pour épargner sa vie. Si les choses en Roumanie étaient instables comme ce qui avait été insinué, Voldemort ne pouvait pas tuer Malefoy maintenant - même s'il en avait envie. Cela laisserait un vide dans son pouvoir, déstabilisant toute l'armée des Mangemorts, et donnerait à l'Europe l'opportunité de se libérer.
Il n'y avait pas d'autre personnage dans l'armée de Voldemort qui soit vaguement comparable. Voldemort avait du personnel dans les gouvernements locaux, mais Malefoy était le seul soutien visible de Voldemort au niveau continental.
Le général le plus puissant de l'armée du Seigneur des Ténèbres d'après Astoria. Un général depuis des années ; c'était ce que Malefoy disait de lui.
Hermione se figea, perplexe. Malefoy avait été un général pendant la guerre ?
Elle ne se souvenait pas de Malefoy comme étant général. Elle ne se souvenait pas de grand chose sur lui après que Dumbledore soit mort. Elle avait supposé que son ascension dans les rangs avait eu lieu à la fin de la guerre, mais peut-être que c'était faux. Il avait été difficile d'obtenir de bonnes informations vers la fin de la guerre. Hermione n'avait pas été inclue dans la plupart des réunions spécifiquement stratégiques de l'Ordre. Ça avait dû être un détail qu'elle avait manqué.
Il y avait tant de choses à propos de Malefoy qui semblaient incompréhensibles. Son pouvoir. Le but des ses ambitions. Son talent ironique pour la guérison. Ses capacités de transplanage.
Un rituel censé être une punition.
Hermione retourna le mystère dans son esprit.
C'était probablement ce à quoi Voldemort avait fait allusion quand il avait parlé de Malefoy qui l'avait profondément déçu. Hermione se demanda ce que diable cela pouvait être. Les rituels de magie noire étaient généralement physiquement corrosifs et mentalement érodants. Malefoy semblait étrangement intact, anormalement intact.
En fait, maintenant qu'elle y pensait, Malefoy était impossiblement sain.
Avec la quantité de magie noire à laquelle il était exposé, à la fois à travers son usage et celui de Voldemort, il aurait dû en être empoisonné. À moins qu'il ne passe son temps à faire des rituels de purification, sa santé relative semblait impossible.
Hermione avait été malade rien qu'en pénétrant dans l'antre de Voldemort, alors que Malefoy y semblait entièrement indifférent ; et il y allait probablement plusieurs fois par semaine. Les gens ne devenaient pas indifférents à la magie noire. C'était comme une drogue empoisonnée. Addictive. Efficace.
Mortelle.
Les mages noirs avaient tendance à en utiliser de plus en plus, et des formes de magie noire de plus en plus fortes jusqu'à ce qu'ils s'érodent complètement comme Voldemort était en train de le faire, ou devenaient fous comme Lucius et Bellatrix.
Mais Malefoy était intact. Physiquement et mentalement, il était… parfait.
Et capable de transplaner à travers tout un continent.
Comment diable était-ce possible ?
Hermione continua à retourner la question dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle abandonne finalement. Elle avait trop peu d'informations pour lui permettre de deviner.
Elle passa à un autre problème.
Elle ne pouvait pas comprendre quel était son rôle. Quel que soit les plans de Malefoy, il semblait qu'elle y était incluse. Malefoy était trop dévoué à ses soins et sa santé pour qu'il en soit autrement. Hermione avait pensé que c'était simplement parce qu'on le lui avait ordonné mais elle commençait à suspecter fortement que son attention allait au-delà de ça. Il semblait personnellement et émotionnellement investi en elle. La façon dont il la regardait ; l'entière intensité qu'il y mettait était presque indéniable. Elle était significative pour lui ou ses plans.
Comment ne pas mettre Hermione enceinte s'articulait-il dans sa stratégie ?
Il détestait la violer ; il n'apparaissait pas y prendre du plaisir du tout et il n'essayait pas de le faire. Ça le rendait malade. Alors ne devrait-il pas la vouloir enceinte dès que possible ?
À moins que ça n'ait quelque chose à voir avec ses souvenirs. L'idée qu'une grossesse débloquerait ses souvenirs était tout au plus théorique. Mais si Malefoy suspectait qu'il y avait quelque chose dans ses souvenirs qu'il ne voulait pas voir révélé… cela pourrait possiblement l'expliquer.
Mais même sans grossesse, les souvenirs commençaient doucement à revenir.
Si elle était enceinte, cela lui donnerait neuf mois d'accès exclusif à eux. Tant qu'elle n'était pas enceinte, des souvenirs aléatoires pouvaient émerger et être vus par Voldemort.
Pourquoi les garderaient-ils forcés tous les deux à cinq jours de traumatisme par mois ?
Hermione ne pouvait pas l'expliquer.
Elle réfléchit encore à la question.
Le seul élément additionnel auquel elle pouvait penser était que Malefoy devait savoir qu'elle préférait mourir que de tomber enceinte.
En quoi cela l'importait-il ?
Elle continua à se poser des questions jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Elle fut anxieuse toute la journée du lendemain ; sur les nerfs et se tordant les doigts jusqu'à ce qu'elle commence à avoir peur de s'abîmer la peau. Elle écuma à peine la Gazette du Sorcier avant de commencer à la réduire en morceaux et la plier dans toutes les formes auxquelles elle pouvait penser. Elle ne pouvait pas plier de grues, mais elle pouvait plier des avions et toutes sortes de formes géométriques. Elle mit son énergie nerveuse dans le pliage jusqu'à ce que les bouts de ses doigts soient douloureux.
Elle partit se promener dans l'aile nord, traînant légèrement les doigts le long des murs alors qu'elle avançait.
Quand le soir vint, Hermione prit un bain sans instruction. Topsy n'apparut pas mais le dîner oui. Hermione l'ignora. Il était presque vingt-et-une heures quand l'elfe de maison apparut soudain dans la pièce.
Topsy évita les yeux d'Hermione alors qu'elle la regardait.
"Le maître être rentré. Vous devoir se préparer."
Il y eut une pause.
"Je suis déjà prête," dit Hermione.
Topsy hocha la tête et disparut.
Hermione alla s'asseoir au pied de son lit.
Quand Malefoy apparut à la porte, ils se regardèrent à travers la pièce pendant plusieurs minutes.
Il n'y avait rien à dire.
Il marcha à travers la pièce et sortit un philtre Calmant qu'il lui tendit sans un mot. Elle avala le contenu, puis la lui rendit.
Pendant qu'il prenait sa propre potion, Hermione glissa de nouveau sur le matelas et s'allongea, regardant obstinément le baldaquin au-dessus de son lit.
Elle ne tressaillit pas quand elle sentit le lit bouger. Elle ne fit pas un son quand il la sentit écarter ses robes et l'exposer. Quand elle le sentit bouger entre ses jambes, elle se mordit la lèvre en continuant à fixer le baldaquin. Quand il marmonna le sort de lubrification, elle ferma les poings.
Quand il entra en elle, elle eut une petite exclamation et tourna le visage vers le mur de désespoir, se tordant intérieurement d'angoisse.
Son corps l'avait anticipé. À l'écoute et en attente. Il était prêt. Désireux.
C'était une trahison tellement profonde.
Savoir que son excitation était naturellement physiologique n'apaisa pas la culpabilité.
Quand le viol était clinique c'était endurable. Quand le viol était sous drogue, c'était endurable. Mais quand c'était juste elle, son propre esprit et sa propre physiologie, c'était le pire de tout. Cela tordait et déchirait quelque chose à l'intérieur d'elle.
Je me fais violer et mon corps aime ça, pensa-elle amèrement, ayant envie de se rouler en boule.
Elle pensa qu'elle allait simplement vomir.
Elle ne voulait pas savoir si Malefoy pourrait dire la différence. S'il savait.
Elle regarda le mur et essaya de ne pas faire un autre son. Quand il vint, il se retira immédiatement, baissa les robes d'Hermione, attrapa les siennes et disparut.
Elle ne se tourna pas pour voir à quoi il ressemblait avant de disparaître. Elle ferma juste les jambes et resta allongée là. Elle pouvait sentir ses larmes laisser des traînées froides le long de ses tempes.
Les deux jours suivants furent pareil.
Il y avait peu de soulagement le matin suivant le cinquième jour. Hermione se sentait juste froide.
Sa chambre et son lit avaient perdu toute notion de réconfort pour elle.
Elle sortit un nouvel ensemble de robes de la garde-robe et descendit le couloir jusqu'à la salle de bain avec la douche. Elle se roula en boule, s'assit sur le sol dans la douche et resta là sous l'eau.
Il ne servait à rien de le nier. Les choses avaient changé. Plus rien ne semblait pareil. Plus maintenant.
La potion était un facteur significatif mais Hermione ne pouvait pas nier le tableau des autres éléments.
Malefoy n'était pas le monstre qu'elle avait initialement pensé qu'il était. Après avoir appris ce qui arrivait aux autres mères porteuses ; après ce que Montague avait essayé de lui faire ; après Astoria ; après avoir été terrifiée par la cruauté dont Lucius pourrait faire preuve si elle lui était transférée. La façon dont percevait Malefoy avait changé.
Être 'sauvée' par lui avait affecté les choses.
Il l'avait touchée. Personne ne l'avait touchée depuis si longtemps.
Il l'avait soignée, bien plus que nécessaire.
Il n'aimait même pas la violer.
Bien qu'il insistait sur le fait que sa protection était entièrement dénuée d'intérêt personnel parce qu'on le lui avait ordonné - elle était presque certaine qu'il excédait de loin ce que l'obligation lui demandait.
L'influence des menottes y contribuait aussi. Elles avaient toujours été faites pour cultiver l'obéissance et la dépendance. Lui enlever sa capacité à résister.
Si elle pouvait résister aux viols de Malefoy ; si il la forçait physiquement à s'allonger pendant qu'il la violait, ça serait plus facile pour elle d'arrêter de se résigner et de s'y habituer. C'était de s'allonger calmement et de se laisser faire. L'anticipation de l'inévitabilité de ne pas avoir la capacité de se défendre.
Si la façon dont il la blessait était plus volontaire et moins contrainte, il serait plus facile de le voir comme il était.
Bien que même là, l'esprit s'adaptait cruellement. La volonté inconsciente de survivre était gravée plus profondément que tout autre chose chez les humains. La survie n'avait pas besoin qu'Hermione soit intacte. Soit décente. Soit elle-même. La survie amputerait toute partie d'elle-même qui rendait l'endurance plus difficile.
Elle apaiserait la souffrance mentale. S'attacherait à toute once de gentillesse. Elle ferait cesser le fait que la vie soit douloureuse.
Si elle n'était pas vigilante, elle volerait chaque petit morceau d'elle jusqu'à ce qu'elle soit si brisée à l'intérieur qu'elle accepterait sa cage.
Hermione frissonna sous l'eau brûlante qui coulait toujours sur elle.
Elle devait rester loin de Malefoy.
Elle ne lui parlerait pas. Elle ne se laisserait pas lui poser des questions. S'il lui demandait quelque chose, elle répondrait le plus brièvement possible. Elle arrêterait d'être engageante avec lui, arrêterait d'essayer de le comprendre.
Elle n'était peut-être pas capable de contrôler ce que son corps faisait, mais elle pouvait contrôler son esprit. Tout ce qu'il voulait d'elle, il devrait la forcer à le faire.
Elle posa la tête sur ses genoux alors qu'un sentiment de désolation s'abattait sur elle.
Elle était si lasse d'être seule. Elle pressa ses lèvres l'une contre l'autre alors qu'elle luttait pour ne pas pleurer.
Même ses souvenirs étaient un abysse de solitude. Presque toutes les années de la guerre avaient été solitaires.
Ses études seule à Poudlard. Puis ses études en Europe, où il n'y avait pas eu de temps pour autre chose que des relations professorales. Quand elle était revenue, elle avait pratiquement vécu dans la salle d'hôpital.
Il n'y avait jamais de temps pour les amitiés. Quand elle avait du temps libre, Harry et Ron étaient partis en mission. Quand ils revenaient, c'était généralement à la suite d'une bataille, quand les compétences d'Hermione étaient le plus urgemment nécessaires. Elle avait si peu de souvenirs où elle était avec eux dans des circonstances non professionnelles.
Puis, après la bataille finale, l'emprisonnement d'Hermione sous Poudlard avait été comme une chute sans fin. Seule. Seule. Seule. Jusqu'à ce que la mémoire d'Hermione se soit cannibalisée.
Quand Hermione avait finalement été tirée de là, forcée d'entrer dans le programme de reproduction, elle avait été réduite à sa fonction. Pour Guérisseuse Stroud, elle était un utérus. Pour Voldemort, elle était une source potentielle d'information.
Elle n'était pas une personne.
Pour personne, sauf pour Malefoy.
Il la traitait comme une personne. Il répondait à la plupart de ses questions, et il regardait comme s'il la voyait vraiment. Il lui parlait. Il la traitait comme si elle avait une importance particulière pour lui. Quand il lui faisait du mal cela semblait toujours forcé et contre sa volonté.
Tous les autres lui faisaient du mal juste parce qu'ils le pouvaient.
Même les elfes de maison la regardaient à peine.
Il n'y avait pas de travail dans lequel se réfugier au Manoir Malefoy. Pas de vide infini dans lequel se perdre. Il y avait juste Hermione, s'asseyant, se posant des questions et pliant du papier ; piégée dans une maison froide.
Malefoy était la seule parcelle de chaleur, de vie ou de contact humain qu'elle avait. Qu'il l'ait fait exprès ou non, Hermione s'accrochait à lui dans son isolation désespérée.
Elle ne pouvait pas.
Il avait tué tout le monde. Il les avait tous assassinés ou exécutés. Qu'il le veuille ou non, il la violait. Elle était juste un pion pour lui.
Elle n'allait pas trahir la mémoire de ses amis d'une si horrible manière. Elle n'allait pas se trahir elle-même.
Si elle mourait au Manoir Malefoy, elle le ferait en s'accrochant aux morceaux d'elle qui restaient. Comme la Mort elle-même, Malefoy lui avait tout volé et il attendait de prendre encore plus.
Elle pouvait rester loin de Malefoy. Elle pouvait refuser de s'engager à moins qu'il ne la force et la contraigne.
Elle pouvait. Elle le ferait.
Elle avait l'habitude d'être seule.
Elle passa le reste de la journée à prendre des résolutions. À se préparer. Malefoy devait venir pour une autre séance de légilimancie. Il venait toujours après sa fenêtre de fertilité.
Quand il se ferait, il trouverait toutes ces pensées dans sa tête. Il essaierait probablement de la tenter.
Elle ne répondrait pas.
Elle passa l'après-midi à construire un château de carte.
Le jour passa. Le dîner arriva. Malefoy non.
Hermione commença à être inquiète. Elle essayait de ne pas regarder l'horloge. Elle ignora la sensation de cœur serré alors qu'elle s'attendait toujours à ce qu'il apparaisse.
Il le faisait probablement exprès, se rappela-elle. Peut-être qu'il avait lu son esprit quand elle y pensait plus tôt. Il la torturait probablement intentionnellement.
Elle continua à s'attendre qu'il apparaisse jusqu'à ce qu'il soit passé vingt-trois heures, quand Hermione était habituellement endormie. Finalement elle se coucha.
Elle ne put pas dormir.
Elle resta juste allongée là, se demandant pourquoi il n'était pas venu. Peut-être qu'il était de nouveau en voyage. Le journal n'avait rien dit mais peut-être qu'il y était quand même. Peut-être qu'il était sorti avec Astoria à un quelconque événement, Hermione ne pensait pas se souvenir de quoi que soit mentionné dans les pages mondaines. Peut-être qu'ils étaient juste sortis dîner. Est-ce qu'Astoria et lui sortaient parfois dîner ?
Hermione resta dans son lit à se poser des questions jusqu'à ce que l'horloge sur le mur indique qu'il était presque deux heures du matin.
Elle sortit du lit. C'était presque la pleine lune.
Elle alla à la porte et quitta sa chambre, errant dans les couloirs de l'aile nord éclairés par la lune. Le portrait la suivait comme un spectre pâle.
Les doigts d'Hermione glissaient le long du mur alors qu'elle marchait. Elle n'avait jamais de crise d'angoisse à l'intérieur du manoir, mais la sensation du mur sous ses doigts était apaisante.
La lumière de la lune jetait de longues ombres tranchant sur les sols et les murs.
Une pensée frappa abruptement Hermione. Et si Malefoy était mort ? Le saurait-elle seulement ? Probablement pas. Pas avant des jours. Guérisseuse Stroud viendrait et transférerait Hermione à un autre legilimens. Peut-être que Voldemort ramènerait Rogue de Roumanie pour qu'il la féconde à la place.
Et si elle était déjà enceinte ? La pensée lui glaçait le sang. Et si elle était enceinte et Malefoy mort ? Voldemort attendrait-il qu'elle accouche avant de lui arracher ses souvenirs lui-même ? Ou demanderait-il à Stroud d'avorter le bébé pour qu'Hermione puisse être transférée ? Si elle le menait à terme, que se passerait-il ? Voldemort donnerait-il le bébé à Astoria ?
Astoria le tuerait. Elle le torturerait à mort. S'il ressemblait à Malefoy et Hermione, Astoria lui arracherait probablement les yeux et les brûlerait, le laisserait mourir de faim.
Hermione haleta et commença à hyperventiler dans le couloir.
Il n'y avait rien qu'elle puisse faire. Rien. Elle ne pouvait rien faire.
Elle avait passé des mois à souhaiter que Malefoy meure mais à présent cette pensée la remplissait de terreur.
Et s'il était mort ?
Elle continua à respirer de plus en plus fort. Ses mains et ses bras commencèrent à piquer comme si des aiguilles se promenaient sur sa peau. Elle avait l'impression que sa poitrine était compressée, comme si elle était écrasée. Elle n'arrivait pas à se calmer.
Soudain il y eut un mouvement dans l'obscurité. Hermione se figea, étouffa une exclamation et regarda autour d'elle.
Malefoy sortit de la pénombre. Elle était certaine qui n'y était pas un instant plus tôt.
La lumière de la lune faisait ressortir ses cheveux et sa peau pâle, et il avait l'air terrifiant et angélique à la fois.
Elle le regarda, sentant sa panique initiale s'estomper. Il n'était pas mort ou mourant. Le sentiment de soulagement qu'elle ressentit en le voyant…
Elle essaya de ne pas s'attarder dessus alors qu'elle l'étudiait avec attention.
Il y avait quelque chose avec son visage…
La tension en lui semblait légèrement allégée de la dure expression froide à laquelle elle était si habituée. Il avait l'air moins au bord de l'effondrement.
Il avança plus près d'elle. Ses yeux l'examinant de haut en bas alors qu'il la surplombait.
"Granger."
Son nom roula sur ses lèvres comme un ronronnement. Elle sentit un frisson d'incertitude la traverser. Il ne l'avait jamais appelée par son nom, pas une seule fois depuis qu'elle était arrivée. Elle était toujours Sang-de-Bourbe.
Ses yeux se plissèrent.
Il était ivre.
Ses pas demeuraient stables et sa voix n'était pas empâtée, mais… elle en était sûre.
Elle ne bougea pas.
Il s'approcha, jusqu'à ce qu'elle recule, mais il continua à venir plus près. Jusqu'à ce qu'elle soit piégée contre le mur, et qu'il ne soit qu'à quelques centimètres d'elle.
"Oh, Granger." Il soupira, baissant les yeux vers elle. Il leva une main et la plaça en travers de la gorge d'Hermione, mais ne serra pas ; il la laissa juste là. Elle pouvait sentir sa chaleur s'infiltrer dans sa peau.
Elle leva les yeux vers lui. Même ivre, son expression était un masque. Elle ne savait pas ce qu'il comptait faire ensuite. Il glissa légèrement son pouce le long de son cou et elle sentit sa peau se hérisser.
Il soupira de nouveau. "Si j'avais su quelle souffrance tu me causerait, je ne t'aurais jamais prise."
Il ne fit que rester là, tenant la gorge d'Hermione. Elle pouvait sentir son pouls battre contre la main de Malefoy. Elle ne savait pas ce qu'il voulait dire ; si elle était censée s'excuser.
Elle pouvait sentir l'alcool dans son haleine.
"Mais," dit-il après une minute, "à ce stade, je suppose que je mérite de brûler. Je me demande si tu brûlerais aussi."
Son visage fut soudainement proche du sien, elle pouvait sentir le souffle de ses mots contre sa peau.
Ses lèvres s'écrasèrent sur les siennes.
