Chapitre 25
Quand Hermione ouvrit les yeux, il était tard dans la soirée. Tournant la tête, elle vit Malefoy se tenir devant le portrait du mur, lui parlant à voix basse.
La sorcière de la peinture aperçut immédiatement le mouvement d'Hermione et fit un signe par-dessus de l'épaule de Malefoy. Il arrêta de parler et tourna les talons pour la regarder.
Il avait l'air fatigué et singulièrement peu enthousiaste à propos de sa paternité imminente.
Hermione avait l'impression qu'elle allait être malade.
Elle ferma fort les yeux, se roula dans une boule défensive et essaya de ne pas se remettre à pleurer. Elle pouvait entendre le claquement des chaussures de Malefoy alors qu'il traversait la pièce pour approcher de son lit.
Il y eut un long silence où elle pouvait sentir son regard sur elle. Elle garda son menton collé à son épaule, souhaitant qu'il parte.
"Tu n'es pas autorisée à te faire du mal, et à faire quoi que ce soit qui causerait un avortement ou une fausse couche."
Ce n'était pas une déclaration, c'était un ordre. Elle pouvait sentir le flux de chaleur autour de ses poignets.
"Je suis sûr que tu essaieras de le rationaliser comme étant une façon de te protéger pour contourner les injonctions, mais ce n'est pas le cas. Tu n'es pas autorisée à faire quoi que ce soit qui mettrait fin à la grossesse."
Elle pouvait sentir le picotement des larmes au coin de ses yeux et sanglota faiblement.
"Topsy te surveillera en permanence maintenant, pour s'assurer que tu n'expérimenteras pas de malheurs comme trébucher dans les escaliers, ou mâcher une branche d'if. Elle a pris soin de sorcières enceinte par le passé, donc elle est bien au courant de ce que tu peux et ne peux pas manger. Elle a ma permission de te restreindre immédiatement si tu tentes quoi que ce soit."
Hermione ne dit rien. Malefoy resta debout à côté d'elle pendant plusieurs minutes avant de soupirer légèrement. Elle entendit ses pas s'éloigner et la porte se fermer.
Elle resta au lit, alternant entre pleurer et dormir, fermement roulée en boule, entourant ses bras autour de son ventre dans un geste protecteur.
"Je suis désolée. Je suis désolée. Je suis tellement, tellement désolée," murmurait-elle encore et encore. "Je ferais tout pour t'épargner ce monde."
Malefoy réapparut après quatre jours.
"Tu ne peux pas rester à te morfondre au lit pendant neuf mois," dit-il. "Tu as besoin de manger. Tu devrais aller dehors."
Hermione l'ignora, espérant qu'il partirait. À moins qu'il n'ait l'intention de la forcer à sortir du lit, elle n'avait pas l'intention de bouger. Il y eut un long silence. Elle pouvait sentir ses yeux sur elle.
"J'ai quelque chose pour toi," dit-il finalement.
Elle sentit quelque chose de lourd se poser sur les couvertures et ouvrit un œil. Il y avait un gros livre posé à côté d'elle. Un Guide des Soins Efficaces pour la Grossesse Magique et l'Accouchement.
Elle referma les yeux.
"Je ne peux pas toucher tes livres," dit-elle, sa bouche se tordant alors qu'elle parlait d'une voix légèrement tremblante. "Astoria les a fait ensorceler contre les Sang-de-Bourbe."
"Il ne vient pas de la bibliothèque du manoir." Le ton de Malefoy était légèrement amusé. "Il ne te brûlera pas."
Il y eut une pause.
"J'attends de toi que tu sortes du lit demain."
Après qu'il soit parti, Hermione ouvrit de nouveau les yeux et regarda avec tentation vers le livre, posant légèrement un doigt sur la couverture. Il n'y eut pas de sensation de brûlure quand le contact se fit.
Elle le tira plus près, le prenant dans ses bras et le serrant fermement.
Le jour suivant, Hermione se força à sortir du lit et alla jusqu'à la fenêtre. Le livre était flambant neuf ; la reliure de cuir craqua légèrement alors qu'elle soulevait la couverture, et les pages avaient une légère odeur d'huile et d'encre. Il était épais de huit centimètres et imprimé sur du papier scritta. Elle commença par la table des contenus et lut pendant plusieurs heures de suite.
C'était un manuel médical plutôt qu'un guise basique sur la grossesse pour une sorcière lambda. Il était prévenant de la part de Malefoy d'avoir réalisé qu'elle préférait cela.
Elle était profondément plongée dans un chapitre sur la régulation endocrine qui influait l'invasion adéquate trophoblastique quand Malefoy entra de nouveau dans sa chambre.
Elle agrippa les bords de son livre dans un sursaut alors qu'il baissait les yeux vers elle avec une expression contemplative.
"Quand es-tu allée dehors pour la dernière fois ?" demanda-il finalement.
Hermione hésita et avala sa salive. "Le jour où tu es allé en France je suis allée dehors."
Ses yeux se plissèrent. "Pendant combien de temps ?"
Hermione avança légèrement la mâchoire et rougit. "Moins d'une minute."
L'irritation parut dans son expression. "Et avant ça ?"
Hermione resta silencieuse et baissa les yeux.
"Tu n'es pas sortie depuis l'équinoxe, n'est-ce pas ?"
Hermione garda les yeux baissés sans ciller, regardant la page en face d'elle jusqu'à ce que les mots deviennent flous. Malefoy soupira.
"Lève-toi," ordonna-il.
Elle se leva, serrant fermement son livre contre sa poitrine. Il eut un nouveau soupir.
"Tu ne peux pas emmener ça, ça pèse au moins deux kilos. Je ne veux pas que tu le traînes dans tout le domaine. Laisse le ici."
Hermione le serra plus fort. Il leva la main droite et la porta à ses tempes comme s'il avait une migraine.
"Personne ne va le voler ou le prendre si tu le laisses là. Si c'est le cas, je t'en achèterai un autre. Laisse-le."
Hermione le posa avec réticence sur son lit et alla chercher ses bottes dans la garde-robe. Pendant qu'elle se préparait, Malefoy regarda par la fenêtre, étudiant l'horizon. Puis il se tourna vivement et lui jeta un regard avant de marcher à grands pas jusqu'à la porte.
Hermione le suivit lentement.
Il s'arrêta à la porte de la véranda et regarda vers elle. "Nous n'irons pas près du labyrinthe de haies."
Il la mena à travers le jardin des roses et le long des allées bordées d'arbres fruitiers. Le domaine était charmant au printemps. Hermione ne pouvait pas le nier, mais la beauté semblait amère et empoisonnée alors qu'elle la contemplait.
Ni Malefoy ni elle ne parlèrent jusqu'à ce qu'il l'ait escorté de retour dans sa chambre.
Alors qu'il s'éloignait, elle réussit à parler.
"Malefoy." Sa voix vacilla alors qu'elle disait son nom.
Il s'arrêta et se retourna vers elle ; son expression était fermée, ses yeux prudents.
"Malefoy," dit-elle encore. Sa mâchoire tremblait et elle agrippait le bord du lit. "Je ne te demanderais jamais rien…"
Sa bouche se tordit et son regard se durcit. Elle sentit quelque chose en elle se briser de désespoir mais elle se força à continuer.
"Tu peux faire ce que tu veux de moi. Je n'implorerai jamais ta pitié. Mais… s'il te plait, s'il te plait ne fait pas de mal au bébé. Même… si tu as un autre héritier, c'est… c'est toujours à moitié le tien. Ne… ne… ne…"
Sa poitrine commença à s'agiter alors qu'elle luttait pour respirer et ne pas commencer à pleurer. Elle tremblait.
"Ne laisse pas Astoria le blesser…" dit-elle d'une voix brisée. "S'il te plait… S'il te plait…"
Sa voix s'interrompit alors qu'elle commençait à hyperventiler. Elle serra le bord du lit en luttant pour respirer.
Malefoy traversa la pièce et saisit ses épaules.
"Personne ne va faire de mal à ton bébé," dit-il, croisant son regard.
Elle s'éloigna de lui, libérant une de ses épaules. "Ne… Ne fais pas de promesses que tu ne comptes pas tenir."
Son expression vacilla et il attrapa de nouveau son épaule, faisant courir ses mains le long de ses bras. "Tu as ma parole. Personne ne fera de mal à ton bébé. Astoria ne le touchera jamais."
Hermione se mordit la lèvre alors qu'elle levait les yeux vers lui et luttait pour arrêter de respirer trop vite. Ses poumons ne cessaient d'être agités de spasmes contre sa volonté. Son corps entier tremblait alors qu'elle ne cessait de prendre de petites inspirations hachées et de les expirer aussitôt.
"Personne ne lui fera de mal. Calme-toi maintenant," dit-il avec fermeté. "Il faut que tu respires lentement."
Elle s'appuya sur ses mains pendant un moment, reposant la tête contre son torse alors qu'elle essayait de prendre une longue inspiration ; puis elle se figea et s'arracha à lui, appuyant son dos contre le mur.
"Ne… t'amuses pas avec moi," dit-elle la voix tremblante "Je ne veux pas de tes promesses ou de tes attentions dans le but de 'maintenir mon environnement'. Elle sanglota légèrement. "Après tout… tu m'as bien fait comprendre à quel point je serais pathétique de… confondre tes soins obligatoires avec autre chose…"
Elle enroula ses bras autour d'elle et glissa sur le sol, tremblant et fermant la bouche alors que son corps entier tremblait.
"Tu… tu n'as pas besoin de t'inquiéter… je prendrai soin de moi. Tu n'as plus besoin de m'accompagner en promenade."
Malefoy garda les yeux baissés vers Hermione immobile pendant plusieurs minutes, pendant qu'elle pressait ses mains contre sa bouche et essayait de calmer sa respiration. Les mains de Malefoy se tendirent légèrement en avant avant qu'il ne serre les poings, fasse un petit signe de tête et parte.
Elle ne le revit pas pendant trois semaines.
La présence de Topsy se fit constante, bien que l'elfe soit rarement visible. Quand Hermione ne faisait ne serait-ce que s'asseoir dans son lit, l'elfe apparaissait immédiatement et demandait si elle avait besoin de quelque chose.
Pendant ces trois semaines, Hermione commença à avoir des nausées matinales. Elles arrivèrent tôt et avec force. Hermione pouvait à peine supporter de sentir de la nourriture, encore moins essayer de la goûter ou de l'avaler.
Heureusement les odeurs de l'extérieur ne la dérangeaient pas. Quand elle ne relisait pas son livre sur la grossesse, elle partait pour de longues promenades. Elle s'obligea a marcher le long des haies, se rappelant à elle-même que Montague était mort.
Elle commença à avoir des migraines. C'était une douleur lancinante qui débutait par une sensation de vagues partant de l'arrière de son crâne, mais elle semblait empirer légèrement de jour en jour.
Quand elle ne marchait ni ne lisait, elle se roulait en boule dans son lit et dormait.
Alors que sa grossesse continuait à progresser, sa tête commença à la faire tant souffrir qu'elle serrait inconsciemment la mâchoire pour essayer de gérer la douleur constante. La lumière du jour empirait les maux de tête ; les journées ensoleillées la gardaient au lit alors qu'elle essayait de ne pas vomir sous la combinaison des nausées et de la douleur. Au bout de quelques jours, la douleur devint si sévère qu'elle ne put plus lire.
Topsy ajouta de lourds rideaux sombres qui protégeaient la pièce de presque toute la lumière extérieure.
Elle mangeait de moins en moins. Quand elle ne mangea ni ne sortit du lit pendant deux jours, Malefoy réapparut finalement.
Elle l'entendit entrer mais ne retira pas ses bras de ses yeux pour le saluer.
"Tu as besoin de manger," dit-il.
"Vraiment ?" dit-elle d'une voix faible mais sarcastique. "Je n'en avais aucune idée. Le manuel médical n'a jamais mentionné que la nutrition était nécessaire pendant la grossesse."
Elle l'entendit soupirer.
"C'est une grossesse magique," dit-elle amèrement. "Même les Moldues souffrent de nausées matinales, c'est juste pire pour les sorcières, même les Sang-de-Bourbe."
Il y eut une pause et elle l'entendit bouger.
"Y-a-t'il rien que tu puisses manger ? Que penses-tu pouvoir manger ?"
"Des frites de fast-food," dit-elle d'un ton mordant, "Ou peut-être un paquet de chips."
Il y eut un long silence.
"Vraiment ?" dit-il d'un ton dubitatif.
Elle s'esclaffa légèrement, et cela fit palpiter sa tête si douloureusement qu'elle eut l'impression que quelqu'un avait enfoncé une tige de métal à travers la base de son crâne jusqu'au centre de son cerveau. Elle eut un léger sanglot. La douleur incessante et croissante lui donnait l'impression que son cerveau était lentement écrasé et réduit en poussière.
"Même si je pouvais trouver quelque chose qui me paraîtrait mangeable, je doute de pouvoir le garder," dit-elle d'une voix tendue.
Elle pouvait presque l'entendre essayer de réfléchir à quelque chose d'autre à dire. Elle roula sur le dos et berça sa tête dans ses bras.
"Les sorcières ont des enfants depuis des milliers d'années. Statistiquement, les probabilités indiquent qu'il est peu probable que j'en meure," lui dit-elle.
Il y eut une pause.
"Ma mère en est presque morte," dit-il. Sa voix semblait creuse.
Hermione ne dit rien d'autre. Malefoy ne partit pas. Il se tenait toujours debout à côté de son lit quand elle céda à la fatigue de la douleur et s'endormit.
Guérisseuse Stroud arriva quelques jours plus tard. Malefoy resta derrière elle comme une ombre sinistre.
Quand Stroud fit apparaître une table d'examen au centre de la pièce, il se moqua d'elle. "Faites dix pas de plus jusqu'à son lit et lancez vos charmes de diagnostic là-bas," dit-il d'une voix froide.
Stroud souffla légèrement et marcha jusqu'à Hermione qui était roulée en boule.
Stroud jeta à peine un regard à Hermione alors qu'elle jetait un sortilège complexe au-dessus du ventre d'Hermione. Une minuscule orbe d'un jaune clair aveuglant apparut, pulsant si rapidement qu'elle clignotait presque. Cela ressemblait presque à un vif d'or en miniature, un peu plus grand qu'un petit pois.
Hermione se figea et le fixa. La lumière la rendait nauséeuse à cause de la douleur, mais elle ne pouvait pas détacher le regard. Cela illuminait presque toute la pièce.
"C'est la signature magique de votre héritier," dit Stroud à Malefoy.
Les yeux d'Hermione filèrent vers Malefoy ; il avait l'air de quelqu'un qui vient de recevoir un coup de batte de Quidditch sur la tête. Son visage était cendreux et il semblait à moitié étourdi.
"Le clignotement est le battement du cœur. La taille correspond à la croissance du fœtus. Et la luminosité indique le niveau de magie ; qui est exceptionnel, comme je l'avais prédit." Les derniers mots de Guérisseuse Stroud furent dits sur un ton suffisant. "Bien que cela pourrait rendre la grossesse plus traumatique pour elle. C'est souvent le cas pour les enfants puissants."
Stroud jeta un regard vers Hermione et lui fit un sourire hypocrite.
Stroud passa plusieurs minutes à jeter des sorts variés sur l'orbe de lumière et sur Hermione ; finalement elle en lança un sur la tête d'Hermione. Hermione leva les yeux. Les lumières brillantes qui étaient éparpillées dans son cerveau semblaient les mêmes, à l'exception d'une teinte dorée dans la lumière.
Guérisseuse Stroud se tourna vers Malefoy.
"Avez-vous vérifié ses souvenirs récemment ?"
"Non," dit-il. "Elle a déjà souffert d'une crise d'épilepsie quand on a pratiqué la légilimancie sur elle alors qu'elle avait un taux d'hormones élevé. J'attendrai que ses migraines et ses nausées matinales passent. La légilimancie est invasive et traumatique, indépendamment de la familiarité de la signature magique."
Guérisseuse Stroud hocha la tête. "Il est probable que les migraines soient principalement dues aux fugues. Les migraines pendant la grossesse ne sont pas rares, mais le niveau de douleur qu'indique le diagnostic excède ce qui est normal."
L'expression de Malefoy se ferma.
"Y-a-t'il quelque chose que l'on puisse faire ?" demanda-il.
"Prescrire des potions contre la douleur pendant la grossesse n'est pas conseillé. Cela peut résulter en des anormalités ou des fausses couches pendant les premiers stades de la grossesse," dit Stroud. "Vous pourriez essayer des anti-douleurs Moldus, si vous êtes si inquiet, mais normalement les maladies induites magiquement requièrent un traitement magique."
Malefoy regarda Stroud avec scepticisme. Stroud avança le menton. "Si vous ne me croyez pas, ne vous gênez pas pour demander un second avis ou amener une sage-femme pour le confirmer. Le guérisseur de l'esprit vous informe que le processus de corrosion sera probablement extrêmement douloureux. Ce n'est pas comme si d'autres personnes avaient déjà créé des fugues individuelles autour de centaines de souvenirs. La corrosion magique est aussi douloureuse que le mot le suggère. Le niveau de magie de votre héritier accélère probablement le processus, mais nous n'avons aucune idée du temps que ça pourrait prendre. Il est possible qu'une fois que son taux hormonal se soit régulé, l'intensité de la douleur s'atténue. Mais il est tout aussi probable que le processus de corrosion reste ainsi pendant toute la durée de la grossesse. C'est impossible à prédire. Il n'y a vraiment rien que l'on puisse faire à ce propos. Il y a des potions compatibles pour la maintenir hydratée et nourrie qui peuvent lui être administrées si elle arrive à les garder. Cependant, à moins qu'elle ne perdre dangereusement du poids ou ne commence à hurler de douleur, interférer pourrait risquer sa vie ou la grossesse et faire un peu plus que ralentir le processus."
La mâchoire de Malefoy se serra. "Bien."
Stroud partit peu de temps après, mais Malefoy resta, les yeux baissés sur Hermione.
Elle ferma les yeux et essaya de ne pas s'attarder sur à quel point elle se sentait misérable et sur le fait qu'elle pourrait le rester pendant encore trente-quatre semaines. Sa tête lui faisait trop mal pour ne serait-ce que penser. Elle essaya de se convaincre de dormir. La minuscule orbe de lumière apparut, clignotant derrière ses paupières closes et elle se roula plus protectivement autour de son ventre.
Elle sentit le lit bouger et des doigts froids touchèrent sa joue, balayant une mèche de cheveux en arrière puis se posant sur son front. Elle se mordit la lèvre et lutta contre les larmes.
Elle était si lasse de pleurer.
Elle essaya de prétendre que c'était quelqu'un d'autre. C'est Harry. C'est Ron. C'est ma maman, se dit-elle ; elle ne se força pas à échapper au contact.
Après une autre semaine, elle commença à se demander si la grossesse allait la tuer. Malgré la science avancée des soins obstétriques, les interventions magiques dans la grossesse étaient extrêmement limitées. Les grossesses magiques tendaient à neutraliser les influences magiques extérieures ou à y réagir extrêmement mal.
Hermione arrivait à se maintenir un peu hydratée. Topsy lui administrait des potions d'hydratation et de nutrition plusieurs fois par jour, mais Hermione pouvait rarement les garder pendant les quelques secondes nécessaires à son organisme pour les absorber.
Elle ne savait pas si elle souffrait réellement d'hyperémèse gravidique, ou si la plupart de ses nausées et vomissements étaient causés par les migraines. Si elle mangeait quelque chose, elle le vomissait immédiatement, puis vomissait ensuite jusqu'à sangloter de la douleur additionnelle causée par sa tête.
Elle perdit presque tout son tonus musculaire.
Elle gisait simplement au lit dans sa chambre sombre et regrettait de ne pas être morte.
Malefoy venait ; souvent, pensait-elle. Il amena plusieurs guérisseurs de l'esprit qui ne firent que bégayer nerveusement autour de lui, n'offrant aucun conseil utile. Il amena des sage-femmes et des guérisseurs obstétriques qui roucoulèrent devant les niveaux de magie de son héritier et prescrivirent des potions au goût encore plus mauvais qu'Hermione vomit aussi.
Elle suspectait Malefoy de venir parfois quand elle dormait, parce que son nez devenu super-sensible détectait souvent son odeur dans la pièce. Quand il venait et qu'elle était éveillée, elle était à peine plus réactive.
Il s'asseyait au bord du lit et lissait les cheveux d'Hermione, et parfois il prenait son poignet et tirait sa main dans les siennes. La première fois qu'il le fit elle pensa qu'il jouait avec ses doigts, mais un peu à la fois elle se rendit compte qu'il massait sa main ; tapant le bout de sa baguette à divers points de pression, envoyant de petites vibrations dans les muscles. Puis il se penchait et massait légèrement ses doigts et sa paume.
Il faisait ce que faisaient les guérisseurs qui traitaient les tremblements du Doloris, réalisa-elle. Il avait dû mémoriser la technique à cause de la fréquence à laquelle il avait besoin de ce traitement.
Elle ne retira pas sa main.
Elle se dit que c'était seulement parce que cela pourrait empirer la douleur dans sa tête si elle bougeait.
Alors que la fin du mois de mai approchait, sa tête se mit à régulièrement la faire souffrir de plus en plus. Elle devint de plus en plus maigre jusqu'à ce que les menottes puissent glisser jusqu'à la moitié de ses avant-bras. Topsy devint agitée et commença à croiser le regard d'Hermione en la suppliant doucement d'essayer d'avaler plus de potions ou de boire du thé à la menthe poivrée ou au gingembre.
Malefoy commença à rôder. Il devait partir pour 'chasser' et exercer d'autres devoirs auxquels Hermione essayait de ne pas penser, mais il était souvent dans sa chambre. Il ne lui parlait pas. Il croisait rarement son regard, mais il lissait ses cheveux, tenait ses mains et jouait avec les menottes autour de ses poignets. Parfois, quand elle ouvrait les yeux elle le surprenait à fixer son ventre, mais il n'essaya jamais de le toucher.
Elle était enceinte de presque neuf semaines quand elle se réveilla brusquement en panique.
Il y avait quelque chose… quelque chose pour lequel elle devait être prête.
Elle ne pouvait pas se souvenir…
C'était important.
La chose la plus importante. La chose qu'elle ne pouvait pas oublier.
Elle devait être prête.
À tout prix. Elle était censée tenir.
Elle se força à sortir du lit. La douleur de se tenir debout la fit lâcher une exclamation. Elle agrippa sa tête. Elle se força à se lever.
Elle devait…
Elle ne pouvait pas se souvenir. C'était tout près.
Ses jambes tremblaient à cause de l'atrophie musculaire. Elle se força à marcher et essaya de ne pas paniquer.
Elle était censée faire… quelque chose.
Qu'est-ce que c'était ?
Topsy apparut. "Vous avoir besoin de quelque chose ?"
"Non," dit Hermione d'une voix tremblante alors qu'elle dévastait son esprit en essayant de réfléchir. Oh mon dieu, qu'est-ce que c'était ? Son cœur commença à s'emballer alors qu'elle luttait pour se souvenir. Pour réfléchir à travers la douleur aveuglante.
Il y avait des points noirs qui dansaient dans sa vision, devenant de plus en plus grands. La douleur dans sa tête ne faisait qu'augmenter.
Malefoy fut soudainement en face d'elle. Avait-il transplané ? Elle ne l'avait pas entendu.
"Je… ne peux pas… me souvenir…" se força-elle à dire. "Je suis… censée… tenir…"
Sa voix se brisa dans un sanglot alors que la pression dans sa tête devenait si intense qu'elle pensa qu'elle allait s'évanouir. Sa vision oscilla. Elle cligna des yeux, essayant de voir, et quand sa vision s'éclaircit, elle vit que Malefoy avait un couteau dans la main. Elle leva les yeux vers lui, surprise. Son expression était froide et résolue alors qu'il se précipitait vers elle.
Elle tomba en arrière, essayant instinctivement de se protéger de lui.
À l'instant où il allait la poignarder, Malefoy disparut subitement.
Alastor Maugrey se tenait devant elle. Le visage sombre et fatigué. "Une opportunité s'est présentée. Une de celles qui pourrait changer le cours de la guerre."
Avant qu'Hermione ne puisse dire quoi que ce soit, Maugrey était parti et elle tomba.
Non, elle ne tombait pas.
Malefoy la tenait par la gorge et la plaquait au sol.
Il y eut l'impact d'une lame de couteau qui se glissait entre ses côtes.
Elle était au milieu d'une bataille. Tout le monde tombait au sol, suffocant. Harry. Ron. Les Mangemorts. Tout le monde mourait autour d'elle et elle hurlait.
"Combien de fois penses-tu que je peux te poignarder avant que la lumière ne s'éteigne dans tes yeux ?"
Ginny pleurant, "Je n'ai pas fait exprès."
"Quelque chose pour réchauffer mon coeur froid."
Un baiser violent alors qu'elle était plaquée contre le mur.
"Je n'avais pas envie de toi."
La sensation de son poignet, se débattant contre une poigne de fer.
"Tu sembles ravie d'avoir réussi à te prostituer. Contente de savoir que tu as une pièce d'échecs bien placée ?"
Harry se tenait en face d'elle, pâle et enragé, le visage constellé de sang séché, "Si tu crois si peu en nous alors tu n'es pas quelqu'un dont j'ai besoin de l'aide."
Elle était assise à côté de Tonks, qui fixait Hermione avec réserve, la suspicion dans ses yeux. "Combien de gens as-tu tué aujourd'hui, Hermione ? Dix ? Quinze ? Le sais-tu seulement ?"
Minerva McGonagall, s'agrippant à une tasse de thé, la voix tremblante, "Tu n'es pas une pécheresse ; ce n'est pas un destin que tu mérites. Et pourtant, il semble que c'est comme si tu étais déterminée à essayer de te damner si ça signifie la victoire."
Sa propre voix, "Si mon âme est le prix à payer pour les protéger… pour te protéger. Ce n'est… Ce n'est pas un prix. C'est une affaire."
"Tu es à moi. Tu t'es jurée à moi," grogna-il à son oreille.
Severus, la regardant froidement, "Si vous y arrivez, vous avez autant de chance de détruire l'Ordre que de le sauver."
Hermione pleurant. "Je suis désolée. Je suis désolée de t'avoir fait ça."
Finalement, Malefoy se tenait au-dessus d'elle, le visage blanc, les yeux brillants de rage. "Je t'ai prévenue. Si quelque chose t'arrives, je vais personnellement anéantir l'Ordre. Ce n'est pas une menace. C'est une promesse. Considère ta survie autant comme une nécessité à la survie de la Résistance qu'à celle de Potter. Si tu meurs, je tuerai chacun d'entre eux jusqu'au dernier."
C'était comme une sensation de chute alors que le passé se libérait, surgissant à travers son esprit et l'avalant.
