Auteur : Nat, comme toujours.

Disclaimer : Comme d'hab', les personnages ne sont pas miens (hormis la bonne d'enfants, mais bon…)

Warning : Personnages OOC comme toujours, et chronologie absolument pas respectée. Je ne crois pas que tout ce petit monde se soit trouvé tous ensemble au même endroit, mais j'm'en fiche. Voilà. : )

OoOoOoOoO

Les cheveux dorés 2

Une belle journée qui s'annonce

OoOoOoOoO

Assise devant sa coiffeuse, dans la salle d'eau de la chambre d'enfants, Celebrían achevait de se préparer pour la journée. Elle avait terminé sa toilette et attendait patiemment que sa bonne d'enfant finisse de peigner ses longs cheveux d'argent lorsque Elrond déboula dans la pièce – ce ne pouvait être que lui, étant donné qu'Elros était présentement occupé à apprendre au petit Thranduil à construire les meilleurs châteaux de cubes dans leur salle de jeu. Elrond, donc, ignora l'exclamation outrée de la nourrice et se précipita vers le miroir pour y observer ses cheveux sous toutes les coutures, l'air passablement soucieux. Il en laissa même tomber l'ouvrage manuscrit qu'il tenait, ce qui ne manqua pas d'interpeller sa jeune amie. Que l'un des jumeaux s'agitât soudainement pour des raisons obscures, en soit, ce n'était pas vraiment surprenant. Mais qu'Elrond en laissât tomber un livre, voilà qui sortait de l'ordinaire. La fillette tendit le bras pour lui tapoter l'épaule, cherchant à attirer son attention.

« Elrond ? appela-t-elle. Qu'est-ce que tu as ? Tu t'es fait mal à la tête ? »

Le garçonnet sursauta, comme s'il prenait soudain conscience qu'il n'était pas seul dans la pièce. Il eut un brusque mouvement de recul avant de couler un regard méfiant en direction de la bonne d'enfant.

« Non, rétorqua-t-il, sur la défensive. Tout va bien.

-Dans ce cas, intervint sévèrement la nesta des enfants, veuillez sortir je vous prie. Jaillir ainsi dans la salle d'eau pendant qu'une petite demoiselle s'y prépare ! En voilà des manières !

-Mais nesta ! Juste une minute ! Il faut que… que je… bégaya le petit garçon. Il faut juste…

-Que vous faut-il donc ?

-Il faut que je regarde quelque chose ! C'est… important !

-Etes-vous blessé ? s'enquit la bonne.

-Non, mais… »

Elrond adressa à Celebrían un regard qu'il était trop fier pour rendre implorant, mais la fillette sut tout de même le comprendre. Elle voulut plaider sa cause, mais la nourrice ne lui laissa pas le temps de parler.

« Dans ce cas, vous pouvez bien attendre que ma demoiselle Celebrían quitte la salle d'eau pour y entrer à votre tour. Allons, dehors, mon petit seigneur ! »

Elrond essaya malgré tout d'argumenter mais la bonne d'enfants, intraitable, lui fourra son livre dans les mains avant de le pousser hors de la pièce. Elle secoua la tête et revint ensuite s'occuper de sa jeune maîtresse, qui n'avait pas bougé de son tabouret, mais elle n'avait pas passé trois fois le peigne d'ivoire dans ses cheveux clairs qu'un hurlement de fin du monde s'éleva de la salle de jeu.

« NESTAAAAA ! ELROND A PRIS LE PLATEAU DU MUR ET IL A PAS L'DROIIIT ! »

La brave femme exhala un long soupir de lassitude, et le sourire désolé de Celebrían lui répondit par miroir interposé. Elle abandonna le peigne et se hâta d'aller voir quel genre de drame se jouait du côté des garçons, la fillette curieuse sur les talons. La bonne d'enfants s'attendait à y trouver un champ de bataille mais, fait suffisamment rare pour mériter d'être noté, chaque objet de la salle de jeu semblait être bien à sa place – exception faite, évidemment, des cubes avec lesquels Elros et Thranduil avaient édifié un gigantesque château trônant au centre de la pièce. Mais les deux enfants avaient momentanément abandonné leur construction, Elros étant présentement accaparé par son jumeau. Le petit Thranduil, désoeuvré, s'était pelotonné près du rideau séparant la salle de jeu de la pièce à vivre. Retranché derrière sa poupée-Nain, il attendait patiemment la fin de la dispute gémellaire en tirant sur les fils de ses coutures. Celebrían le vit et fronça les sourcils.

« Arrête ça, Thranduil, tu vas encore abîmer ta poupée et Nana ne va pas te la réparer tous les jours.

-Mais les zumeaux veulent pas jouer alors je m'occupe, moi ! »

Les jumeaux, en effet, avaient une fois encore l'air plus prêts à se battre qu'à jouer. De part et d'autre d'un plateau décoratif en cuivre joliment travaillé qu'ils agrippaient tous deux, les frères semi-elfes étaient à deux doigts d'en venir aux mains pour se l'approprier. Elros tirait d'un côté, s'égosillant sur son besoin impérial d'utiliser le plateau, tandis qu'Elrond tirait de l'autre avec une force décuplée par la nécessité urgente d'y observer son reflet. La nesta se précipita pour couper court à la lutte fratricide : séparant les deux belligérants, elle s'empara promptement de l'objet du conflit.

« Veuillez cesser immédiatement ! tonna-t-elle en tenant le plateau hors de portée des deux garnements. Et expliquez-moi clairement d'où vient tout ce chambardement ?! »

Elrond tendait encore les bras dans une vaine tentative désespérée d'attraper l'objet interdit. Elros, lui, tendit un doigt accusateur en direction de son frère.

« C'est lui qui a commencé ! Il a pas le droit de prendre le plateau ! »

Cela, force était pour la nesta d'en convenir. Ce plateau n'aurait jamais dû quitter le mur de la pièce à vivre sur lequel il était originellement accroché. Cependant, la nourrice darda un regard méfiant sur l'aîné des semi-elfes. S'il était habituel pour Elros d'accuser son jumeau dès qu'une réprimande se profilait à l'horizon (et réciproquement), un autre point de son attitude, en revanche, sortait pour le moins de l'ordinaire.

« Et depuis quand dénoncez-vous les bêtises au lieu de les faire, jeune seigneur Elros ? questionna la bonne d'enfant d'un ton suspicieux.

-Depuis qu'elles m'empêchent de jouer correctement ! rétorqua Elros sans se démonter. Rend-moi le plateau, nesta, j'en ai besoin pour faire un palier dans ma tour de cubes ! »

…C'était donc ça. Plutôt que de procéder à la rétrocession du plateau en cuivre, la nourrice préféra le confisquer pour le remettre à sa place sur le mur qu'il était supposé décorer.

« Ce plateau n'est ni un miroir, ni un jouet, argua-t-elle d'un ton mécontent. Et j'aimerais que vous m'expliquiez ce qui vous arrive aujourd'hui ! A commencer par vous, Elrond. Qu'est-ce qui vous tracasse au point que vous vous sentiez obligé de vous mirer dans toutes les surfaces réfléchissantes que vous trouvez ?

-Mais nesta, tu comprends pas ! Je dois regarder parce que… parce que…

-Parce que ? s'impatienta la bonne.

-PARCE QUE MES CHEVEUX VONT TOMBER ! »

Elrond avait explosé. Au dernier stade de la panique, il semblait sur le point de fondre en larmes, et Celebrían se précipita vers lui pour serrer ses mains tremblantes entre les siennes. Thranduil, intrigué par toute cette agitation, s'approcha à petits pas prudents. La nesta, elle, tourna immédiatement vers Elros un regard accusateur – ce ne serait pas la première fois qu'il ferait avaler à son frère de telles couleuvres. Mais le petit garçon, pour une fois, ouvrait de grands yeux si sincèrement inquiets et perdus qu'il ne pouvait être à l'origine de cette nouvelle mauvaise farce. La brave femme para donc au plus pressé : apaiser l'enfant anxieux qui se liquéfiait devant elle, avant de chercher à trouver le fin mot de cette histoire. Elle écarta doucement les cousins Sindar qui tentaient de réconforter leur ami et se pencha sur le semi-elfe pour examiner son cuir chevelu avec attention.

« Je ne vois rien de particulièrement alarmant… commenta-t-elle après quelques instants d'étude minutieuse. Pourquoi voulez-vous donc qu'ils tombent, mon petit seigneur ?

-Mais je ne veux pas qu'ils tombent, justement ! bondit le semi-elfe, affolé. »

Et il agita les bras dans une imitation si parfaite de son jumeau qu'Elros lui-même en sembla un instant déconcerté. La nourrice rectifia :

« Pourquoi croyez-vous qu'ils risquent de tomber, dans ce cas ? Vous mangez bien, vous ne manquez pas de vitamines et vos cheveux me semblent en excellente santé. »

Il fallut plusieurs minutes à Elrond pour se calmer. Enfin, d'une voix mal assurée, il rapporta à la bonne d'enfants son entrevue malheureuse avec Círdan. Tous l'écoutèrent en silence tandis qu'il leur relatait cette sombre affaire, mais Celebrían ne put retenir un hoquet de surprise mêlée d'horreur lorsque le métis évoqua finalement la terrible malédiction qui lui avait été jetée par le vieux charpentier. Elrond l'entendit et les larmes menacèrent à nouveau de couler de ses yeux gris.

« Et maintenant, acheva-t-il lamentablement, je vais perdre mes cheveux ! Mais je voulais même pas être méchant, en plus… Je voulais juste savoir si les dinosaures étaient gentils et si on pouvait en avoir un comme animal de compagnie, comme les petits chiens mais en plus gros et… et… Je veux pas que mes cheveux tombent, nesta ! »

Ce fut le rire, plus nerveux que réellement moqueur, d'Elros qui lui répondit en résonnant dans le silence lourd de la salle de jeu :

« Ahah, tu parles d'une guigne si ça arrive, surtout pour un descendant de Finwë !

-Elros ! se récria Celebrían, outrée, tandis qu'Elrond lançait un regard blessé à son – faux – frère.

-Bah c'est pas grave El'ond, après t'as juste plus de cheveux, c'est tout ! fit le petit Thranduil en tapotant gentiment sur le bras de son aîné dans une tentative de réconfort, un sourire rassurant illuminant sa frimousse de bambin. »

Etrangement, sa tentative de consolation n'eut pas exactement l'effet escompté. Celebrían et Elrond affichèrent la même expression épouvantée et celle d'Elros se décomposa lentement. Il fixa le tout-petit avec consternation.

« Mais t'es idiot ou tu le fais exprès ? »

Pour toute réponse, le bambin vexé lui tira la langue. Et, puisque les grands n'étaient pas capables d'apprécier sa gentillesse à sa juste valeur, il s'en alla bouder avec sa poupée-Nain trois mètres plus loin. La nesta réprimanda Elros pour la forme et reprit les choses en mains. Elle s'agenouilla devant Elrond pour se trouver à sa hauteur et posa fermement ses deux mains sur les épaules frémissantes de l'enfant, l'obligeant ainsi à la regarder dans les yeux.

« Ecoutez-moi bien, mon petit seigneur. Vous n'allez pas perdre vos cheveux, et ce pour une bonne raison : un tel sortilège n'existe pas.

-Mais Círdan a dit que…

-Maître Círdan a dit n'importe quoi, le coupa la nourrice avec autorité. Les anciens Elfes avaient bien assez de tracas sans avoir à se préoccuper d'inventer des sortilèges pour faire tomber les cheveux. Et à quoi cela leur aurait-il servi ? Il m'est avis que maître Círdan a simplement voulu vous jouer un tour pour vous apprendre les bonnes manières, ce en quoi il n'a pas tout à fait tort. »

N'ayant pas de contre argument à lui opposer, Elrond resta silencieux. Il respirait déjà plus calmement quand Elros, dans un soudain éclair de pragmatisme, ajouta :

« 'Puis même si c'était vrai, si tu dois attendre d'avoir la moitié de son âge pour perdre des cheveux, t'es quand même tranquille pour un moment. »

Cette remarque on ne pouvait plus logique acheva de tranquilliser son jumeau. Pour ne pas le laisser inactif et donc susceptible de ressasser ses inquiétudes irrationnelles, la bonne d'enfants l'envoya préparer ses affaires et celles de ses jeunes compagnons pour leur leçon de grammaire à venir. Et elle retourna dans la salle d'eau pour, enfin, finir de coiffer sa petite maîtresse.

De nouveau assise devant le miroir de sa coiffeuse, Celebrían observa pensivement les gestes de sa nourrice qui manipulait doucement sa longue chevelure claire. Elle n'avait pas l'habitude d'y prêter beaucoup d'attention, mais cette histoire de cheveux l'avait interpellée et elle remarquait à présent des détails qui lui auraient semblés sans importance le matin même. Et, maintenant qu'elle y pensait, elle ne pouvait s'empêcher de trouver à sa chevelure tous les défauts du monde. Ses cheveux étaient lisses et plats, sans volume et sans intérêt, et d'une grisaille pâle qui n'aurait rien à envier à une nappe de brouillard. Non, vraiment, ses cheveux n'étaient pas beaux. Elle se prit à jalouser les belles boucles d'or de son cousin et les épaisses chevelures de nuit des jumeaux. Et plus elle les comparait aux filaments ternes qui lui descendaient sans conviction sur les épaules, plus elle avait envie de grimacer.

« Nesta, je veux de jolis cheveux ! exigea-t-elle lorsque, une fois ceux-ci bien peignés, vint le moment de les tresser.

-Tout de suite, ma petite demoiselle. »

La nesta s'exécuta en ornant la coiffure de la fillette d'élégants rubans assortis à sa robe. Celebrían surveilla sa transformation capillaire, remarquant avec satisfaction que les irisations satinées de ces ornements rehaussaient l'éclat de ses cheveux. En tournant un peu la tête dans la lumière, il lui semblait même percevoir des reflets clairs dans leur longueur, comme si l'on avait mêlé des fils d'argent à leur blondeur immaculée…

« Ne gigotez pas tant, je vous prie ! la reprit la bonne d'enfant. …Et voilà, vous êtes toute belle. »

Celebrían s'admira quelques instants encore, jouant avec les reflets des rubans et de ses cheveux dans le miroir, avant de se déclarer satisfaite. La nesta la fit descendre du tabouret et la dirigea vers la pièce à vivre de la chambre d'enfants, où Elrond avait préparé ses affaires de classe. Puis la bonne d'enfants, ayant rassemblé tout son petit monde, dirigea les quatre petits elfes vers la salle d'étude où les leçons leur étaient dispensés par plusieurs maîtres du savoir. Ce jour-là, c'était un cours de grammaire qui attendait les plus grands de pied ferme, et ceux-ci traînaient les leurs dans les couloirs dans l'espoir de retarder le début de leur torture intellectuelle.

Une rencontre inopinée au détour d'un couloir leur offrit un répit inattendu, sous la forme de Dame Galadriel qui s'arrêta un instant en les voyant. La plus belle des Noldor salua chacun des enfants d'un sourire gracieux et embrassa sa fille avant d'échanger quelques mots avec leur nourrice. Celebrían l'admira tout le temps que dura leur conversation, et se retourna pour regarder sa mère s'éloigner dans le couloir lorsqu'elles se séparèrent.

Comme sa nana était belle ! Elle était grande, la plus grande des dames du palais, et elle était toujours si bien habillée ! C'était la plus belle de toutes les nanas du monde. La petite fille le savait, bien qu'elle n'eût que peu de comparatifs disponibles – celles de Thranduil et des jumeaux étaient disparues depuis longtemps, et leur nesta ne comptait pas. Seule comptait Galadriel. Comme ses beaux cheveux d'or brillaient au soleil ou à la lumière des lampes et des chandelles ! Celebrían ne se détourna du reflet doré des longues boucles maternelles que lorsque la bonne d'enfants lui prit la main pour la guider jusqu'à la salle d'étude. La fillette saisit pensivement une de ses mèches argentées pour l'enrouler autour de ses doigts, et son aspect terne la déçut. Elle la rejeta derrière son épaule. Et elle se renfrogna.

Celebrían ne fut pas la plus assidue des élèves pendant la leçon qui suivit. Dissipée et soupirant, elle passa plus de temps à regarder par la fenêtre d'un air mélancolique qu'à écouter son précepteur. Elrond, lui aussi, avait la tête ailleurs : il n'avait de cesse que de se tripoter les cheveux et de se pencher sur le côté pour regarder son reflet dans les vitres des fenêtres. Elros, troublé par l'anxiété évidente de son frère, n'était pas beaucoup plus concentré que ses deux camarades. Seul le petit Thranduil, qui faisait du graphisme avec application, semblait être sérieux. Une grande première qui ne manqua pas d'interpeller leur précepteur.

L'heure de la récréation matinale des enfants arrivée, ceux-ci retrouvèrent Erestor dans leur salle de jeu. Et il ne fallut pas plus d'une poignée de minutes au jeune elfe pour remarquer à son tour l'émoi inhabituel qui régnait parmi eux. Elros se focalisant principalement sur la construction de son château en cube (il espérait lui faire atteindre le plafond) et Thranduil n'étant pas réputé pour tenir les discours les plus cohérents, l'adolescent dut se rabattre sur les explications d'Elrond et de Celebrían. Il commença par interroger le petit garçon, qui lui avoua sans détour le mauvais tour joué par Círdan.

« Notre nesta dit que ce sort n'existe pas et que les Anciens Elfes avaient autre chose à faire, conclut Elrond d'un air morne, mais en vrai elle n'en sait rien, elle, elle n'était pas là-bas pour vérifier. Alors que Círdan y était, lui. »

D'un hochement de tête, Celebrían approuva le raisonnement sans faille de son camarade. Et elle demanda :

« Dis, Erestor, tu étudies l'Histoire, toi, non ?

-Un peu. Ce n'est pas l'enseignement principal de ma formation de scribe, mais nous étudions l'Histoire, oui. »

Les regards des enfants s'éclairèrent à ces mots et Erestor devina immédiatement quel genre de confirmation – ou d'infirmation – les deux petits attendaient de lui. L'espace d'un instant, il envisagea de les détromper en révélant qu'il n'étudiait évidemment pas les sortilèges capillaires supposés des Ages anciens, n'en déplût aux imaginations galopantes de ses jeunes protégés. Mais, en repensant au nombre incommensurable d'ennuis en tous genres que les jumeaux semi-elfes lui avaient causés avec leurs idées saugrenues, il ne put résister à la tentation de confirmer les inventions ridicules du vieux charpentier. L'adolescent savoura un instant le brusque accès d'angoisse qui priva Elrond de ses couleurs, avant de le rassurer.

« Si je me souviens bien, prétendit-il réfléchir à voix haute, ce sort a l'inconvénient de ne fonctionner que lorsqu'il est jeté par une nuit sans lune. Ce qui est logique, quand on y pense, étant donné que la lune n'existait pas quand il a été créé…

-On était le matin, précisa le semi-elfe, et il faisait jour.

-Dans ce cas, conclut Erestor, tu n'as rien à craindre. »

Elrond respira, rassuré. Il retrouva peu à peu ses couleurs, mais la petite Celebrían conserva son expression chagrine. Elle s'avança d'un pas et croisa ses bras sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel l'adolescent était assis.

« Moi aussi j'ai un problème de cheveux, Erestor, confia-t-elle.

-Et en quoi consiste-t-il ? Círdan t'a jeté un sort, à toi aussi ?

-Je ne sais pas. Est-ce qu'il existe un sort pour empêcher les cheveux d'être jolis ? »

Erestor haussa les sourcils et interrogea Elrond du regard, lequel haussa en retour les épaules.

« Que veux-tu dire ?

-Regarde mes cheveux ! soupira dramatiquement la fillette en désignant sa chevelure d'un geste théâtral. Ils sont ni gris ni blanc, et tellement droits comme des baguettes que j'ai l'impression d'avoir des fils à plomb sur la tête ! C'est peut-être pratique pour servir de niveau, mais c'est vraiment pas joli. Alors que ma nana a de si beaux cheveux ! Je crois que ce n'est pas normal que les miens soient si laids. »

Elrond, qui l'écoutait en ouvrant de grands yeux, secoua la tête en signe de dénégation.

« Mais tes cheveux ne sont pas laids du tout !

-Et leur couleur est tout ce qu'il y a de plus normale, appuya Erestor. Tu as des cheveux d'argent comme le seigneur Celeborn, c'est le côté sinda de ta famille. Cette couleur est très courante chez les Sindar. »

Mais cette explication sembla déplaire au plus au haut point à la petite fille, qui se rembrunit encore plus.

« Donc en plus d'être laide, ma chevelure est commune. J'aurais été si jolie si seulement j'avais hérité des cheveux de ma nana ! En plus… »

Elrond tourna vers elle un regard timide et, après une longue hésitation, rassembla son courage pour murmurer quelque chose qui fit rosir ses pommettes et la pointe de ses oreilles… mais qui se perdit dans les lamentations renouvelées de la fillette.

« Qu'est-ce que tu as dit ? le questionna Erestor. »

Mais le garçonnet secoua la tête, soudain aussi muet que son jumeau pouvait être bruyant, et Celebrían, se méprenant, répéta :

« Je dis que j'aurais préféré avoir de jolis cheveux blonds et bouclés, comme ma nana. Ou même comme Thranduil, à la rigueur.

-Pasque je suis joli, moi ! s'exclama joyeusement le petit Thranduil depuis l'autre bout de la salle de jeu.

-Tais-toi Thranduil, ronchonna Elros. T'occupe pas d'eux et regarde plutôt ce que tu fais avec tes cubes, tu vas faire tomber ma tour ! »

De fait, dans un vacarme de chutes en cascade et d'exclamations furibondes, la tour s'écroula. N'écoutant que son grand cœur et son envie de s'opposer à son jumeau, Elrond vola au secours du bambin qu'Elros accusait d'avoir sciemment causé la catastrophe architecturale. Celebrían déprimait sur la prétendue laideur de ses cheveux argentés.

Erestor soupira. La journée promettait d'être joyeuse.

OoOoOoOoO

L'histoire est longue à se mettre en place, mais Círdan revient, pas d'inquiétude !

J'espère que ce chapitre vous a plu ! On se retrouve la semaine prochaine sur la suite de Entre chien et loup, ou sur une bêtise dans la veine de Fëaanoriann, ça fait longtemps. Je ne sais pas encore lequel de ces deux textes je posterai, ça dépendra du degré d'avancement de la bêtise en question. Bonne fin de semaine !