Euh... surprise?

(j'espere que ce chapitre vous plaira malgré l'attente!)


Le lendemain fut une journée placée sous le signe de l'inattendu. Et, si Peter avait su ce qu'elle lui réservait, il aurait probablement réfléchi à deux fois avant de se lever.

La première surprise — plutôt désagréable — fut l'absence de Harry. Lorsque Peter frappa à la porte de sa chambre, ce ne fut pas la voix de son petit ami, mais celle de Friday qui lui répondit :

— Si tu souhaites voir Harry Osborn, je dois t'informer qu'il est parti il y a une heure. Il m'a demandé de te dire qu'il était désolé, que son père lui avait envoyé un message selon lequel ils devaient parler de toute urgence et que cela ne pouvait malheureusement pas attendre.

— Harry est parti ? répéta Peter, incrédule. Mais… pourquoi il ne m'a pas prévenu ? On n'a même pas pris le petit-déjeuner !

— Tu dormais encore, il ne voulait pas te déranger. Et, si je puis me permettre, il semblait assez agité. Selon moi, il n'était pas en état de réfléchir de façon rationnelle.

L'indignation de Peter céda aussitôt la place à une bouffée d'anxiété.

— Comment ça ?

— Son rythme cardiaque était irrégulier, et j'ai détecté une certaine tension dans ses muscles. Il semblait également marmonner tout seul, mais trop bas pour que je puisse l'enregistrer.

— Tu aurais dû me le dire !

— Je suis navrée, Peter. Je n'avais reçu aucune instruction contraire, et Harry Osborn m'a lui-même formellement interdit de te réveiller.

— Eh bien, à partir de maintenant, si j'invite quelqu'un et qu'il part à sept heures du matin en n'étant visiblement pas dans son état normal, je veux le savoir !

— Il me semble que c'est à l'administrateur de Friday que tu devrais adresser ce genre de requête, plutôt qu'à une porte, non ? demanda la voix fatiguée de son père dans son dos.

Peter fit brusquement volte-face. Tony le regardait d'un air intrigué derrière ses éternelles lunettes aux verres fumés, une tasse de café ébréchée à la main. Il portait ses vêtements du dimanche et paraissait las ; toutefois, un léger sourire tordait les commissures de ses lèvres.

Peter s'empressa de glapir :

— Harry est parti, et personne ne m'a rien dit ! D'abord, comment il a fait pour sortir ?

— En utilisant la clé, sûrement. Celle qui était dans la serrure, hasarda son père en se grattant la tête.

— Il ne m'a même pas dit au revoir !

— Je crois qu'il t'a laissé un petit mot dans la cuisine, rectifia Tony. Viens manger quelque chose, ajouta-t-il en posant la main sur son épaule. Personne ne devrait avoir à tenir une conversation avant d'avoir bu au moins un demi-litre de café. Enfin, dans ton cas, plutôt un demi-litre de chocolat chaud, je suis trop vieux pour te retrouver en train de sprinter sur le plafond.

Bien qu'il fut tenté de protester, Peter se laissa entraîner jusqu'à la cuisine, intrigué par les paroles de son père.

Comme celui-ci l'avait indiqué, Harry avait gribouillé sur un post-it, épinglé en évidence sur le frigidaire :

« Hey, Peter. Je dois partir, une urgence familiale. Merci encore de m'avoir invité, j'ai passé une super soirée. Je te rappelle. »

Dessous était dessiné un petit coeur, puis :

« PS : si vous lisez ceci, merci aussi pour votre accueil, M. et Mme Stark. Vous avez le plus merveilleux des fils. Embrassez Morgan pour moi. »

— Je dois admettre qu'il a un certain sens des convenances, fit remarquer Tony pendant que Peter relisait en boucle les mots de son ami. Il a même mis sa housse de couette et sa taie d'oreiller dans la machine à laver, et le reste de la chambre est nickel. Je vais peut-être revoir mon jugement à son propos.

— Un certain sens des convenances ? répéta Peter, offusqué. Quel genre de personne s'en va avant que le réveille sonne, sans prévenir personne, et en récupérant toutes ses affaires au passage ?

— Euh… beaucoup de personnes, mais, ahem, ne parlons pas de ça. Tu veux de la chantilly sur ton chocolat ?

— Oh, euh, ouais, merci beaucoup !

Pendant que Tony préparait deux bols de chocolat brûlant (et se servait une nouvelle rasade de café), Peter pianota fébrilement son téléphone. Harry ne lui avait laissé aucun message ; il s'était comme évaporé, sans lui laisser la moindre opportunité de s'expliquer.

Un mauvais pressentiment s'agita dans sa poitrine.

— Et voilà, un chocolat pour Pete, un ! s'exclama son père, avant de pousser le bol en direction de l'adolescent ; puis, voyant que celui-ci ne réagissait pas : Youhou, Peter, es-tu avec moi dans cette pièce ?

— Désolé, marmonna Peter. Je réfléchissais à un truc. Merci pour le chocolat.

— Tu penses à ton amoureux ?

Le fait qu'il utilise ce mot — et non l'habituel « Osborn » ou l'impartial « ton ami » — permit à Peter de réaliser que, pour une fois, l'attention de son père était pleinement dirigée vers lui, dépouillée de tout jugement.

— Ouais, admit-il, espérant que Tony ne remarquerait pas qu'il avait légèrement rougi. Je n'aime pas ne pas savoir où il est.

— Est-ce que tu veux que je glisse un GPS dans ses chaussettes, la prochaine fois qu'il viendra à la maison ?

— Que… hein ? (Peter secoua aussitôt la tête, repoussant le vague intérêt que lui avait procuré la proposition de son père.) Non ! Ce serait illégal. Enfin, je crois. Non ?

Son père laissa échapper un rire léger, si inhabituel qu'il constitua à lui seul la deuxième surprise de la journée — Peter n'était plus habitué à partager le moindre instant de complicité avec lui, à tel point qu'il sursauta lorsque sa main vint ébouriffer gentiment ses cheveux.

— Je te taquinais, mon bébé.

— M'appelle pas comme ça, riposta Peter, trop faiblement toutefois pour que son père puisse s'imaginer qu'il était réellement vexé.

— Très bien, mon ado préféré.

Tony laissa passer quelques secondes de silence, avant de revenir à la charge :

— Au lieu de ronchonner, pourquoi tu ne me dirais pas ce qu'il se passe réellement, avec Harry ?

Peter prit le temps d'avaler une grosse cuillerée de chantilly avant de répondre, fuyant le regard inquisiteur de Tony :

— J'vois pas de quoi tu parles.

— Peter, je te connais comme si je t'avais fait. On peut même dire que je t'ai fait.

— Ew, j'veux pas penser à ça ! geignit Peter, horrifié.

— Alors je vois bien qu'il y a quelque chose qui vous tracasse, tous les deux, poursuivit un Tony imperturbable. Sinon, pourquoi l'aurais-tu invité sans nous prévenir ? Toi comme moi savons que c'était prématuré. Et pourquoi ça t'inquiète autant, qu'il soit parti ? A moins que tu ne sois du genre petit ami jaloux et possessif, ce dont je doute fortement, il n'y a aucune raison que son départ, même précipité, te mette dans un tel état.

Peter planta à nouveau sa cuillère dans les flancs onctueux de sa chantilly, laquelle ressemblait de plus en plus à une coulée de neige fondue et boueuse. Pendant qu'il prenait tout son temps pour avaler sa bouchée, son esprit tournait à toute vitesse, cherchant un moyen d'esquiver cette conversation. Si son père apprenait que Harry était malade, ne risquait-il pas de l'empêcher à nouveau de le voir ?

Ou, à l'inverse, l'aiderait-il à trouver un remède ?

Non. Tu ne peux pas compter sur lui. Tu ne peux plus, depuis l'Eclipse, lui souffla sa conscience d'un ton impérieux. Tu ne crois pas que tu lui causes déjà assez de soucis ? Laisse-le s'occuper de sa famille. Toi, tu t'occupes de Harry. Inutile de compliquer inutilement les choses…

Finalement, ce fut l'arrivée bruyante de Morgan qui lui permit d'esquiver les questions de son père.

La petite fille débarqua dans la cuisine comme une tornade, vêtue d'un pyjama en pilou jaune poussin et faisant couiner ses chaussons-Hulk sur le carrelage. Ses cheveux étaient décoiffés, formant des petites cornes sur son front.

— Hey, petit démon, l'accueillit Tony en remettant en place les mèches brunes de la fillette. Je t'ai préparé un chocolat chaud, il est sur la table !

Les yeux de Morgan se posèrent d'abord sur son bol, puis sur celui de Peter où survivaient quelques fragments épars de Chantilly. Elle-même n'était pas autorisée à en manger dès le petit-déjeuner (son métabolisme étant beaucoup moins énergivore que celui de Peter), et celui-ci s'attendait à la voir glapir d'indignation et crier à l'injustice, comme elle en avait l'habitude lorsque son frère possédait quelque chose qu'elle n'avait pas.

Ce fut la troisième surprise de la journée : bien qu'elle plissa les yeux et fit la moue, elle ne fit aucun commentaire et grimpa sur son propre siège, avant de plonger sa petite cuillère dans son bol.

— On reprendra notre conversation plus tard, signala Tony à Peter par-dessus la tête de la petite fille, avant de s'adresser à celle-ci : Tu veux des cookies ? Je crois qu'il en reste quelques-uns au chocolat blanc, tes préférés.

— Oui, s'il te plaît papa!

Morgan ingurgita trois grandes lampées de chocolat chaud, puis releva les yeux vers Tony et Peter.

— Où est Harry ? s'enquit-elle d'un air curieux.

— Il est rentré chez lui, répondit Tony. Il avait des choses à faire.

— Oh…

Face à l'air déçu de la fillette, Peter ne put s'empêcher de demander, amusé :

— Pourquoi ? Tu l'aimes bien ?

Elle sembla réfléchir, mais ne tarda pas à hocher la tête :

— Oui ! Le repas était plus rigolo que d'habitude, hier. D'habitude, c'est toujours bizarre, depuis que t'es là.

Peter vit distinctement Tony perdre quelques couleurs, et lui-même sentit son sourire s'affaisser.

Outch.

— Désolé, Mo', murmura-t-il en replongeant le nez dans son bol.

— On ne dit pas des choses comme ça, Morgan, ajouta Tony. Les choses ne sont pas bizarres, elles sont différentes. Personne n'y peut rien, c'est comme ça. Je dirais même qu'elles sont bien mieux, hein, Pete ?

Mais la fillette ne sembla pas l'écouter, car sans transition, elle demanda à Peter :

— Vous allez vous marier, Harry et toi ?

— Euh… je ne sais pas, c'est encore un peu tôt pour le dire, bredouilla Peter. Et je ne pense pas que Tony, je veux dire papa, serait d'accord.

— Peter est encore beaucoup trop jeune pour penser à ce genre de choses, confirma Tony. Laissons-lui le temps de se forger sa propre expérience, avant de le laisser prendre son envol.

— Oh… alors il ne va pas bientôt partir de la maison? Il va rester encore longtemps ? Parce que ça fait une éternité qu'il est là ! C'est un grand, il pourrait vivre ailleurs !

Cette fois-ci, le teint de Tony devint cramoisi. Quant à Peter, il avait l'impression que la chantilly précédemment ingurgitée était restée bloquée au fond sa gorge.

— Morgan !

— Quoi ? Je pose juste la question !

— Peter est ici chez lui ! Je croyais que tu avais compris que…

— Laisse tomber, intervint Peter, voyant que Morgan était devenue aussi rouge que Tony et que des larmes commençaient à s'accumuluer sur ses cils. Pas la peine de vous disputer pour moi.

L'adolescent repoussa son bol et se releva, désireux de fuir l'ambiance de la cuisine, devenue étouffante. Son père chercha à le retenir, mais il fut plus rapide :

— T'en fais pas, j'ai compris, je vais vous laisser tranquilles. Merci pour le chocolat, c'était délicieux.

— Peter, non, attends !

— S'il te plaît, papa, t'énerve pas, ajouta Morgan d'une petite voix qui parut déstabiliser Tony.

— Je vais retrouver Harry. M'attendez pas pour le déjeuner.

Peter claqua la porte de la cuisine dans son dos. Il entendit son père la rouvrir, l'appeler, Morgan pleurer — et leurs cris se mêlèrent en une cacophonie qui lui vrilla les tympans. Aveuglé par ses propres sentiments, il ne sut pas exactement comment il se retrouva dans la rue, chaussé d'une vieille paire de baskets élimées et frissonnant sous les pans trop légers de sa veste ; au moins, il avait eu la présence d'esprit de récupérer son sac à dos dans lequel se trouvait son costume.

Sachant que son père enverrait Happy à ses trousses, il éteignit son téléphone portable et partit à pieds en direction de la maison de Harry. Il marcha de plus en plus vite, jusqu'à se mettre à courir de toutes ses forces, préférant se concentrer sur l'effort plutôt que sur l'expression du visage de Morgan dont l'image était restée imprimée dans son esprit.

Lorsqu'il arriva devant la demeure des Osborn, il était à bout de souffle. Son coeur battait la chamade et un point de côté sciait ses côtes ; mais au moins, il ne pensait plus à Morgan ni à Tony. Son poing s'abattit sur la porte d'entrée — une fois, puis deux, puis trois…

Personne ne lui ouvrit.

Ignorant toute prudence (ou toute politesse), Peter colla son oreille au panneau de bois et retint son souffle. Il entendit l'écho lointain de la voix de son ami, à laquelle répondait celle, plus grave et profonde, de Norman Osborn. Ni l'un ni l'autre ne semblait se soucier de la présence de Peter de l'autre côté de leur porte.

Décidant de tenter le tout pour le tout, Peter ralluma son téléphone et chercha à appeler Harry. Il ne tarda pas à esquisser une grimace : il était tombé directement sur le répondeur.

Il frappa encore, attendit quelques minutes, puis comprit que personne ne viendrait lui ouvrir. Son désespoir augmenta d'un cran et il repartit en sens inverse, sans vraiment savoir où allaient le mener ses pas.

Bientôt, il perdit la notion du temps ; seul le froid qui lui bleuissait le bout du nez lui indiquait qu'il marchait depuis trop longtemps. Il finit par atterrir devant l'immeuble où vivaient Gwen et son père. Il hésita longuement ; il s'apprêtait à faire marche arrière, lorsque la fenêtre de la chambre de son amie s'ouvrit en grand, dévoilant son visage inquiet.

— Pete, c'est toi ? Qu'est-ce que tu fais sur le trottoir ? Entre vite, il fait un froid de canard !

Quelques minutes plus tard, il était assis sur le lit de sa meilleure amie, racontant à celle-ci les derniers évènements qui lui étaient arrivés, tandis qu'elle s'affairait à le recouvrir d'un énorme plaid à carreaux rouges et noirs. Il n'était pas certain qu'il était prudent de parler de la maladie de Harry, mais après tout, Gwen le connaissait par coeur : elle était la seule personne, à cet instant, qui lui paraissait digne de confiance.

— Tu devrais laisser un peu de temps à Harry, conseilla-t-elle lorsqu'il eut achevé son récit, s'asseyant à côté de lui et prenant sa main entre les siennes. Tu le connais : il veut toujours jouer au plus fort, à celui que rien n'atteint, mais là… il a quand même appris qu'il avait la même maladie que celle qui lui a pris sa mère. Je pense qu'à l'heure actuelle, il se pose plein de questions, et il n'y a que son père qui peut y répondre.

— Je sais, admit Peter. C'est juste que c'est dur, tu comprends ? J'ai tellement peur que si on s'éloigne, même si c'est juste pour quelques minutes, il… il…

— Il disparaisse ? acheva Gwen avec douceur.

Peter acquiesça.

— J'ai déjà perdu tellement de gens… mes parents, enfin je veux dire ma mère et Richard Parker, et puis Ben, et ma famille d'accueil, e-et Ned et MJ… et Tony… et même toi ! Je vous ai tous perdus ! Alors je ne peux pas perdre Harry…

— Hey, hey, Pete ! (Gwen secoua gentiment sa main.) Mr Stark et moi, on est toujours là, tu sais ! Et Harry aussi. Il ne va pas partir. Même Ned et MJ… ils n'ont pas disparus, tu peux toujours les retrouver si c'est ce que tu veux ! On est là, et on sera toujours là pour toi !

Elle semblait anxieuse. Peter se força à sourire, s'en voulant de l'inquiéter.

— Ouais, je sais. Excuse-moi pour tout ça, je suis un peu, euh… fatigué. Je veux dire, émotionnellement fatigué.

— Ça se comprend. Tu en fais toujours trop, dit Gwen avec un sourire forcé. Tu devrais prendre des vacances. Un petit tour dans les Caraïbes, à siroter des mojitos sur la plage… tu pourrais même nous prendre dans ta valise, Harry et moi ! Promis, je vous embêterai pas.

Peter eut un léger rire.

— Tu ne nous embêtes jamais, Gwen.

— J'espère.

Sa main serra la sienne, douce et réconfortante. Peter réalisa alors qu'il ne lui avait même pas demandé comment elle-même ressentait la situation, et une pointe de culpabilité lui transperça la poitrine.

— Ça va, toi ?

— Ça va, répondit Gwen du tac au tac.

— T'es sûre ?

— Oui… enfin, je veux dire, je suis aussi inquiète pour Harry, mais tout ça me semble tellement dur à admettre… lui, malade ? Alors qu'il est toujours si… si…

Mais Peter ne sut jamais ce qu'allait dire Gwen, car leurs téléphones émirent une alerte à l'unisson. Ils échangèrent un regard surpris et s'emparèrent de leurs portables.

— Oh, non, laissa échapper Gwen. Non, ce n'est pas possible !

Peter, lui, était incapable d'articuler le moindre mot.

— P-Peter ?

Il lisait la nouvelle en boucle, refusant d'y croire.

— Peter, s'il te plaît…

C'était le Bouffon Vert, encore — mais, cette fois, il n'avait pas frappé au hasard : il s'était attaqué directement aux Avengers.

Ou, plutôt, à ce que l'un des Avengers avait de plus précieux…

Le discours qu'il avait livré aux médias était clair comme de l'eau de roche. Clair, et terriblement cruel.

— Peter, tu ne peux pas…

— Il l'a prise, murmura l'adolescent, trop choqué pour bouger. Il sait qu'Iron Man et Spider-Man se connaissent. Il savait que ça me forcerait à agir.

— Peter, écoute-moi ! C'est un piège, tu ne peux pas y aller !

— Il a pris Morgan !

Peter releva les yeux, et son regard désespéré rencontra celui de Gwen.

— Ton père va s'en occuper. C'est Iron Man, il va forcément faire quelque chose !

— C'est Spider-Man qu'il veut. Tu as lu sa déclaration ? Si Iron-Man, ou un autre Avenger s'en mêle, il s'en prendra à elle.

Peter se redressa d'un bond, comme si on venait de lui administrer une piqûre d'adrénaline.

— Je dois y aller. C'est de ma faute s'il l'a kidnappée. S'il lui arrive quoi que ce soit…

Le Bouffon Vert avait été clair : il ne relâcherait Morgan que si Spider-Man le retrouvait dans un lieu dont il lui transmettrait directement la localisation. Peter n'eut pas à chercher longtemps : de façon assez mystérieuse, il avait déniché son compte Instagram — que Tony lui avait mille fois demandé de fermer — et lui avait envoyé un message privé. Simple, efficace… et particulièrement humiliant.

— Comment tu peux être sûr que c'est lui ? Ça pourrait être une mauvaise blague. Tout le monde connaît le compte Instagram de Spider-Man, même mon père est abonné !

Sans un mot, Peter tendit son téléphone à Gwen. La jeune fille plaqua la main sur la bouche, horrifiée.

Sur l'écran se déployait une photographie qui paraissait prise à l'instant. Le visage mouillé de larmes, Morgan fixait l'objectif de ses grands yeux sombres, similaires à ceux de son frère. Elle ne paraissait pas blessée, mais la peur qui se lisait dans ses prunelles suffisait à broyer le coeur de Peter. Elle apparaissait telle qu'elle était : non pas la fille et l'héritière de Tony Stark, mais une enfant sans défense, terrifiée, qui subissait les pires conséquences qui pouvaient s'attacher à son nom de famille.

Le Bouffon Vert n'avait pas laissé d'autre message, mais le lieu du rendez-vous était limpide : derrière la silhouette de la fillette, on pouvait voir clignoter le logo tapageur d'Oscorp Industries.

— Peter…

— J'y vais.

— Préviens au moins ton père !

— Je ne peux pas prendre le moindre risque ! Si Tony met les pieds là-bas, ce malade risque de toucher à Morgan !

— Si tu ne lui dis rien, c'est moi qui le ferai, menaça Gwen. Cet homme n'est pas fiable, Peter ! Tu ne peux pas aller l'affronter tout seul !

Peter s'apprêta à riposter, mais comprit que son amie n'abandonnerait pas — et, après tout, il valait peut-être mieux que Tony sache qu'il avait la situation en mains.

— Okay, capitula-t-il en éteignant de nouveau son téléphone portable. Je vais à Oscorp Industries. Tony ne va sûrement pas tarder à débarquer ici, il a dû tracer mon téléphone dès qu'il a appris la nouvelle. Quand tu le verras, dis-lui que je m'occupe de tout. Essaie de le retenir au maximum, d'accord ? Juste le temps de récupérer Morgan. Dès que je l'aurai mise en lieu sûr, on ne sera pas trop de deux pour botter les fesses de ce putain de Bouffon Vert.

— D'accord, répondit aussitôt la jeune fille, manifestement soulagée. Je te laisse dix minutes d'avance, mais pas une de plus.

Peter enfila rapidement son costume. Gwen lui ouvrit la fenêtre ; juste avant qu'il ne s'élance dehors, elle le retint par le poignet et plongea son regard dans le sien.

— Fais attention à toi, s'il te plaît.

— Je ferai de mon mieux, lui assura Peter.

Tant que je parviens à sauver Morgan.