Bonjour à toutes et à tous !
Le système pour mettre en ligne les chapitres sur FFnet est à nouveau défectueux. Il retire les espaces non sécables et tout ce qui ne lui revient pas. Je viens de m'en apercevoir et une partie des chapitres déjà postés en font les frais. J'espère que cela ne nuit pas trop à la lecture :C
Bonne lecture quand même !
Silence, ça tourne !
Chapitre 6
Loki devait admettre que, même s'il n'appréciait pas spécialement tourner les scènes de sexe, il avait une conscience professionnelle. Certes, tourner un rapport sexuel était aussi satisfaisant que de cuisiner le meilleur repas du monde sans pouvoir le manger, mais cela ne voulait pas dire qu'on ne pouvait pas essayer de s'améliorer. La comparaison était un peu bancale, mais vous avez l'idée.
Devoir camoufler l'absence d'éjaculation par une gelée comestible était pratique, mais ce n'était pas satisfaisant, et pour la scène de dispute qui tournait à la baise furieuse, Loki voulait que le spectateur ou la spectatrice (mais surtout un spectateur en particulier) en ait pour son argent. Pour y arriver, il allait devoir délivrer une éjaculation réelle.
Peut-être se mettait-il une pression absurde, peut-être avait-il finalement des choses à prouver aussi dans cet aspect de son nouveau métier, toujours était-il qu'il s'était donné un nouvel objectif et qu'il n'était pas du genre à abandonner.
Loki se connaissait et il connaissait son corps. Il savait ce qui le faisait jouir, il savait comment atteindre l'éjaculation lorsqu'il se masturbait seul. Procéder à la même chose sur un plateau de tournage, pendant une relation sexuelle avec une personne qu'on ne désire pas plus que cela, et entouré de professionnels, était une gageure.
Heureusement, Loki avait une idée, une idée qui ferait d'une pierre deux coups, il l'espérait. Avant de quitter le manoir, ce matin-là, il s'inséra un stimulateur prostatique télécommandé dans l'anus. La scène ne nécessitait pas qu'il baisse son pantalon, et la partie extérieure serait donc camouflée par ses vêtements.
Même éteint, l'appareil transmettait les vibrations de la voiture, ce qui rendit le trajet à la fois très plaisant et à la fois très inconfortable. Et avant de sortir de l'habitacle, une fois dans le parking des studios d'Arc reactor, il tendit la télécommande à Tony.
«Pour ton money shot, dit-il en guise d'explication.»
Les yeux du réalisateur s'agrandir démesurément quand il comprit de quoi il s'agissait.
«T'es sûr? demanda-t-il en prenant le petit engin dans ses mains. Tu as vu hier qu'on pouvait se passer d'éjac' complètement. Ne te sens pas obligé-
—Je ne me sens pas obligé, mentit Loki avec conviction. Je veux que le film soit le meilleur possible.»
Tony fit tourner le petit objet entre ses doigts.
«Tu le portes déjà?
—Oui.»
Une ombre passa sur le visage du réalisateur, mais Loki ne put dire ce qu'elle signifiait.
«Je vais éviter de jouer avec, alors.»
Eskil et Crossbones reprirent leurs costumes et leurs positions de la veille, et on reprit le tournage là où il s'était arrêté. Le stimulateur se faisait sentir, mais Loki avait fini par s'habituer.
«On va refaire une bonne moitié de la scène une dernière fois, pour que vous soyez dans le ton et dans l'élan, puis vous vous sautez dessus. Leopold, tu tentes de prendre la dominance, mais Alister ne te laisse pas faire, et tu lui arraches ses vêtements. On est bon pour ça, Hulk? Ok, tout le monde en position, Vision, tout est ok sur la deuxième caméra? Silence plateau! Ça tourne!»
Leopold et Alister reprirent leur dispute interrompue la veille. Ils se hurlèrent des reproches au visage, s'empoignèrent et se dégagèrent une ou deux fois, avant que Leopold s'exclame:
«Pourquoi est-ce que je ne te suffis pas?
—Ce que nous ressentons l'un pour l'autre n'a rien à voir avec mes affaires!
—Oh, parce que te faire enculer par le prince d'Eggenberg, ce sont des affaires, maintenant?
—Si c'est le prix à payer pour le convaincre de prendre des parts dans mon usine!
—Oh, donc, rien à voir avec nous, si tu fais la putain! s'emporta Leopold d'autant plus.
—Tu peux parler, monsieur "je-suce-tous-mes-patrons-depuis-que-j'ai-commencé-à-travailler".»
Leopold vit rouge et se précipita sur Alister. L'aristocrate, qui avait un entraînement militaire bien plus poussé que son secrétaire, l'esquiva et retourna son élan contre lui. D'un geste brusque, il arracha une partie de la chemise de son amant, puis le saisit par la gorge pour l'embrasser de force. D'abord sonné, Leopold répondit bien vite au baiser, en tentant toujours de prendre le contrôle.
Alister ne le laissa pas faire, et avec des gestes brusques, il décrocha les bretelles de son amant et fit tomber son pantalon au sol. Brutalement, il le retourna, et le plia en deux, au-dessus du bureau.
«Je t'aime, Leopold, déclara-t-il sans rien perdre de sa colère. Mais tu dois apprendre à ne pas te mêler de mes affaires.»
D'une main, il défit les boutons de son pantalon pour sortir son sexe, encore mou. Derrière ses testicules, le stimulateur prostatique attendait de jouer son rôle. De son autre main, il doigtait énergiquement le cul de son partenaire, qui s'était préparé avant la scène, afin de détendre les muscles et ne pas risquer un déchirement.
«Dis-le, ordonna-t-il alors que leurs souffles se faisaient de plus en plus erratiques.
—Dire quoi? gronda Leopold.»
La fessée le surprit et il glapit.
«Dis-le! réitéra Alister.
—Je t'aime aussi!»
Nouvelle fessée et nouveau glapissement.
«Et?
—Et je ne me mêlerai plus de tes affaires! T'es content?
—Presque.»
Alister aligna son sexe encore à demi mou avec l'anus de son amant et s'enfonça lentement. Les deux hommes grognèrent.
«Alister, intervint Iron Man. Sors ta bite de Leopold, et vous allez reprendre au deuxième "Dis-le". Puis tu le pénètres franchement. Leopold, pas de problème?
—Pas de problème, patron.»
Eskill obéit et se retira, le sexe désormais bien plus vigoureux. Il finit de faire monter son érection avec quelques mouvements de poignet, puis reprit la scène.
«Dis-le!
—Je t'aime aussi!»
Une autre fessée, et un autre glapissement. Les fesses de Crossbones se teintaient de marques rouges désormais.
«Et?
—Et je ne me mêlerai plus de tes affaires! T'es content?
—Presque.»
Cette fois, le sexe tendu, Alister pénétra l'anus détendu d'un coup sec. Leopold cria, d'un faux plaisir et d'une douleur simulée, tandis que l'aristocrate grognait de satisfaction. Sans attendre, il appliqua un rythme de va-et-vient soutenu en écartant les deux globes de chair pour faciliter la pénétration.
Leopold réclamait plus vite et plus fort, tandis qu'Alister lâchait des obscénités entre deux grognements encore à moitié furieux. Après quelques minutes de ce traitement, l'aristocrate eut pitié de son amant et l'installa à plat dos, plus confortablement sur la table basse, puis, il se remit à la tâche, toujours aussi vigoureusement en tenant les jambes de Leopold aussi écartées que possible. Éperdu de plaisir, Leopold se masturbait, les yeux mi-clos. De longs gémissements et grognements rustres s'échappaient des lèvres des amants.
«Leopold, t'es proche? demanda Iron Man sans interrompre la scène.
—Presque patron. Presque.»
Pour prouver ce qu'il disait, il se masturba plus fort encore, en appuyant bien sur le gland rougi.
«Eskil, t'es prêt, dans 3, 2, 1…»
La vibration lui arracha une exclamation. Il avait fini par oublier le petit objet qui fouillait ses entrailles, à la recherche du point P, la fameuse prostate, et celui-ci se rappelait à lui en fanfare.
Il devait rester dans le personnage, mais il ne pouvait pas non plus chasser de son esprit que Tony tenait son orgasme dans les mains. Que c'était lui qui allait le faire jouir. Et pourtant, il ne ressentait pas tant de jouissance que cela. Baiser le cul de Crossbones ne lui plaisait pas tellement, mais savoir que Tony contrôlait la télécommande du sextoy qu'il avait enfoncé dans son propre anus, ça, ça le faisait décoller.
Sous lui, Crossbones parvint à extraire de sa bite quelques millilitres d'un sperme blanchâtre, en criant le nom de son personnage et Eskil continua à violenter son cul ouvert. Le stimulateur changea de programme, lui faisant pousser un râle puissant. Il sortit sa queue et éjacula violemment dans le trou béant de Crossbones, puis sur son ventre, son sperme se mêlant au sien, déjà refroidi.
«Je ne peux pas te promettre de ne plus coucher avec le prince, Leopold, dit Alister en reboutonnant son pantalon. Mais je peux te promettre que personne n'a la place que tu as dans ma vie.»
Réconciliés, ils s'embrassèrent langoureusement.
«Coupez! Vous avez été magistraux, les gars! Bougez pas, on va faire quelques plans sur le ventre et le cul de Crossbones. Pas besoin de son, donc vous pouvez discuter.
—Vraiment Eskil, tu as du talent en la matière, le flatta Crossbones alors que les deux caméras se rapprochaient de lui. À se demander ce que tu vaux quand tu n'es pas sur un plateau.
—Tu peux demander à mes ex, répliqua Loki taquin. Mais pas sûr d'avoir un avis objectif.
—Oh, tu sais, je suis un chercheur dans l'âme, et j'aime me faire ma propre opinion.
—Je viens de te démonter le cul et tu en redemandes déjà? ricana Loki, et à la tête que tira Crossbones, il ajouta: je crois que nous sommes malheureusement du même côté du trou.»
Iron Man camoufla mal son ricanement derrière une toux.
«Moi aussi j'aime les défis, répliqua Crossbones pour ne pas perdre la face.
—Et je n'aime pas les forceurs, conclut Loki. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je voudrais faire un brin de toilette.»
Loki quitta le plateau, alors que Crossbones se faisait filmer le cul sous toutes les coutures, afin que le spectateur et la spectatrice puisse profiter de cet anus dégoulinant de sperme.
Sa présence n'était pas requise pour la scène suivante, car elle concernait Artemis et ses soumises, en particulier Judith. Plutôt que de bousculer les autres sur le plateau déjà étroit, il préféra rester dans sa loge pour réviser son texte de l'après-midi, où il devait jouer sa première rencontre avec le prince Eggenberg, joué par celui qui se faisait appeler le Baron.
Il n'avait rencontré ce personnage qu'une seule fois pour le moment, très brièvement et ce n'était pas triste. L'individu était imbu de lui-même, et selon ce que Loki avait trouvé en ligne à son propos, il basait une grande partie de cette confiance en soi sur un appareillage massif, digne des légendes du milieu. Loki n'avait pas hâte de laisser ce sceptre s'approcher de son derrière.
Il ne revit pas Crossbones de la journée et cela le satisfit au plus grand point. Par contre, le Baron était aussi infatué que le souvenir qu'il avait laissé. Comme tout le monde sur les productions ARC reactor, il était bon acteur, mais il était aussi un être humain insupportable. De la part d'un homme qui avait pour loisir de faire tourner les autres en bourrique, cela signifiait beaucoup.
Un mal pour un bien, cependant, cela permit à Loki de se remettre en selle. Il se trouvait assagi depuis qu'il avait emménagé au manoir, entouré qu'il était de personnes qu'il n'avait pas envie d'importuner. Il s'en donna à cœur joie avec le Baron, si bien qu'à la fin, l'homme semblait prêt à exploser. Il s'appliqua à ridiculiser chaque exigence fantaisiste de son partenaire si bien que la moitié du plateau riait sous cape, pendant que l'autre moitié riait ouvertement.
Pendant un instant, Loki se demanda s'il était très intelligent d'antagoniser un homme qui allait le sodomiser avec l'équivalent de la circonférence d'un poignet de femme, mais il décida que le jeu en valait la chandelle pas si métaphorique.
«Tu avais une sacrée répartie aujourd'hui, le félicita Tony dans la voiture.
—C'est bien plus proche de la personne que je suis habituellement, concéda Loki. Les amis de mon frère avaient fini par me surnommer "Langue d'argent", parce qu'ils ne pouvaient pas décemment m'appeler "langue de pute" devant les adultes.
—Pas cool, compatit Tony. Est-ce qu'ils méritaient que ta langue se déchaîne contre eux?
—Pour mon moi de quinze ans, à mille pour cent. Aujourd'hui, je pense qu'ils n'en valaient pas la peine. Mais on ne réécrit pas l'histoire.
—Pourquoi tu retiens ton insolence maintenant?
—Je ne le retiens pas, nia Loki immédiatement. La preuve. Crossbones me soûlait, et le Baron est un imbécile. Ils méritaient tous les deux de se faire envoyer sur les roses.
—Sur les roses, comme tu y vas!
—Moque-toi, Tony, mais ma mère n'a pas élevé un ordurier.
—Mais pourquoi aucune irrévérence au manoir? Ou même les jours précédents? Tu te retenais?
—Avec Crossbones?
—Avec tout le monde.
—Je n'en ressentais pas le besoin. J'apprécie tout le monde, ou presque. Je ne me retiens pas avec Wade, par ailleurs, souligna Loki.
—Personne ne peut avoir de discussion sensée avec Wade sans avoir envie de l'étrangler, ce n'est pas que toi.
—Même Wade ne me donne pas envie de l'étriller comme j'ai envie d'étriller le Baron, sourit Loki. Son humour n'est pas fin, certes, mais cela reste de l'humour, et il ne tente pas de profiter de la faiblesse des autres. Au contraire, c'est ce qui fait de lui un bon dom pour Peter. Il rentrait aujourd'hui, c'est ça?
—Oui. Au fait, reprit Tony soudainement mal à l'aise. Je dois te rendre ça.»
Il sortit de sa poche la télécommande du stimulateur de Loki, lui-même lavé et rangé dans un pochon dans sa poche. Tony rougissait légèrement et évitait son regard. Loki y vit une magnifique opportunité.
«Quand le film sera fini, tu accepterais un rendez-vous avec moi? demanda-t-il de but en blanc.»
D'abord, Tony ouvrit la bouche pour refuser directement, mais Loki s'empressa d'ajouter:
«Tu ne peux pas nier qu'il y a quelque chose entre nous. Je ne suis pas le seul à le sentir.
—C'est affreusement cliché, répliqua Tony.
—Tu préférerais que je dise quelque chose comme: on veut tous les deux baiser comme des bêtes et plus si affinité?
—Et qu'est-ce qui te rend si confiant sur le fait que tu m'attires? objecta Tony sans perdre la rougeur de ses joues.
—Le fait que tu t'isoles pour te masturber après presque toutes mes scènes? lâcha Loki nonchalamment.»
Cette fois, Tony devint rouge brique. Sentant la limite à ne pas franchir se rapprocher — après tout, il s'agissait d'un sujet bien plus intime que le tournage d'une scène entièrement simulée — Loki tenta de calmer le jeu.
«Je ne te demande rien pour le moment. Juste de considérer de m'accorder un rendez-vous une fois mon contrat terminé. C'est tout.
—Oui. D'accord. Quand le tournage sera terminé. C'est toi qui choisis ce qu'on fera.
—Je pense que tu peux garder la télécommande, alors, sourit Loki. Savoir que c'est toi qui appuies sur le bouton est aussi efficace que la vibration elle-même.»
Tony hocha la tête et rempocha la petite télécommande. Sans rien ajouter, les deux hommes sortirent de la voiture.
Ils tombèrent sur une scène insolite. Wade était en effet rentré et trônait sur un fauteuil dans le grand salon. Peter était à côté du fauteuil, à genoux par terre. Il avait les bras liés dans le dos, tout habillé, et était coupé du monde par un imposant casque antibruit, un masque de nuit sur les yeux et un morceau de ruban adhésif très épais noir le bâillonnait. Enfin, détail le plus alarmant, Peter pleurait. Ses épaules tremblaient sous ses sanglots, et même s'il n'émettait presque aucun son, il était difficile de confondre cela avec un rire. Le masque de nuit semblait mouillé à plusieurs endroits, et il reniflait régulièrement pour pouvoir reprendre son souffle.
«Qu'est-ce qui se passe? s'affola Loki, perturbé par cette vision soudaine.»
C'était une chose de savoir que ses amis et collègues vivaient selon des règles inorthodoxes, c'en était une autre que d'en être le témoin direct.
«Je suis furieux, répondit simplement Wade sans montrer la moindre trace de colère. Et je ne te félicite pas, Tony. Tu étais chargé de veiller à ce que Peter respecte ses horaires de travail.
—Quoi? Mais, c'est ce que j'ai fait! se défendit le propriétaire du manoir. Je lui ai fait éteindre son PC tous les soirs en rentrant.
—Et il le rallumait systématiquement une fois le repas terminé, dans ton dos. J'ai prévenu Jarvis aussi pour la prochaine fois.
—Merde, marmonna Tony catastrophé.»
Seulement, Loki ne comprenait pas la gravité de la situation, ni la sévérité de la punition.
«J'ai rencontré Peter à l'hôpital, expliqua Wade avec une pointe de tristesse dans la voix. Après mon accident, celui qui m'a donné la gueule que j'ai aujourd'hui, disons que mon mental en a pris un coup, et ma sœur a réussi à me convaincre de consulter un psychiatre de l'hôpital. On s'est connus dans la salle d'attente. À l'époque, Peter était photographe et graphiste en freelance. Pour joindre les deux bouts, il accumulait les petits boulots mal payés, au point où il ne faisait plus rien d'autre de sa vie. Il s'est mis à prendre des risques pour des photos, et ce qui devait arriver arriva. Il s'est blessé très gravement, a atterri à l'hôpital et c'est là qu'il a tenté de mettre fin à ses jours. Pour ne pas être un fardeau et soulager sa tante d'une dette hospitalière.»
Wade baissa les yeux vers son soumis, toujours privé de ses sens et pleurant sans bruit.
«Je vous passe les détails, mais s'il est toujours parmi nous aujourd'hui, c'est grâce à la réaction de l'infirmière de garde. Et voilà qu'on consulte un psychiatre différent dans le même hôpital et donc nous voilà à fréquenter la même salle d'attente. Peter a une relation au travail hyper toxique. Il a l'impression de n'avoir de valeur que par ça, et malgré tout notre travail et les progrès réalisés depuis quelques années, il n'est toujours pas complètement sorti de cette illusion. Je te l'accorde, la punition peut paraître disproportionnée, surtout qu'avec son hyperactivité, ne pas bouger pendant quelques minutes est une torture, alors ne parlons pas d'une demi-heure. Mais pendant cette demi-heure, il a pour consigne de se remémorer tous les moments où il a été utile, où il s'est senti valorisé autrement que par son travail salarié. Des exemples, il en a plein, il faut juste le pousser un peu pour qu'il s'en souvienne.»
Loki hocha la tête, sonné par cette découverte. Il appréciait particulièrement le jeune homme, qui pourtant était plus âgé que lui, mais qui était attachant et fatigant comme un enfant un peu trop énergique.
«Bon, se décida Wade. C'est pas le tout, mais j'ai une petite araignée à consoler.»
Il se leva et prit son soumis dans les bras pour le porter jusqu'à leur chambre commune. Loki et Tony se retrouvèrent seuls dans le grand salon.
«C'était… éclairant, dit lentement Loki.
—Quand j'ai engagé Peter, j'ai promis à Wade de respecter son temps de travail à la seconde près. Une habitude que je n'avais pour personne, encore moins moi-même. J'avais tendance à pousser tout le monde à travailler encore et encore, jusqu'à n'en plus pouvoir. Je le faisais moi-même, alors pourquoi pas les autres.
—Mais les autres n'ont pas le choix si c'est le patron qui leur demande.
—Exactement. Ça m'a fait réfléchir, et petit à petit, j'ai commencé à changer mes habitudes et mes exigences.
—Un mal pour un bien, je suppose, conclut Loki amèrement.
—Je ne suis toujours pas parfait. Surtout pendant la période de montage, ou pour bricoler des trucs avec mon matériel. J'ai tendance à rester éveillé jusque très tard, et Scott, Ant-Man, n'est pas mieux que moi. Mais on s'améliore, d'autant que quand il a la garde de sa môme, il est plus regardant sur les horaires. Même en termes de sécurité, c'est préférable que les gens soient reposés quand on leur demande des scènes d'action. Dans tous les sens du terme. En parlant de sécurité…»
À nouveau, Tony perdit un peu de sa confiance en lui et de sa superbe. Son regard rejoignit le sol, pendant qu'il cherchait ses mots.
«Le Baron est particulièrement… impressionnant, dit-il.
—Oh, oui, j'ai pu m'en apercevoir en ligne, répondit Loki en comprenant immédiatement où il voulait en venir. Et non, je n'ai jamais reçu quoi que ce soit d'aussi volumineux.
—Si jamais ça ne rentrait pas, on a toujours les moyens de tricher. Mais pour que ça ait une chance de rentrer, il faut un entraînement. La scène avec le Baron n'est pas prévue avant un moment, mais je voulais être sûr que tu continuais les entraînements.
—Ne t'inquiète pas, le rassura Loki. J'ai bien conscience qu'un membre pareil pourrait me déchirer gravement et ce n'est pas mon projet. La scène où Alister et Eggenberg baisent se passe en extérieur, c'est ça?
—Un soir, sur la propriété du prince. Mais ne t'inquiète pas, on ne va pas vous mettre en plein Central Park. Je possède une propriété qui donne sur le Mont Rainier, dans l'état de Washington.
—Tony, c'est à l'autre bout du pays!
—ARC Reactor a un avion.
—Et c'est bientôt l'hiver! Il neige déjà par endroit!»
Tony ne put pas répondre, car les Fitz-Simmons arrivèrent dans la pièce, occupés à se bouffer le nez à propos d'un tournage.
«Je t'avais bien dit que c'était louche, gronda Jemma. On a eu de la chance d'en sortir aussi vite!
—Oui, tu avais raison, grommela Leo, mauvais joueur. Mais comment je pouvais savoir que le type était pas net?
—En m'écoutant peut-être? rétorqua Jemma les mains sur les hanches.
—Que s'est-il passé? demanda Loki, curieux par nature.
—On a accepté un tournage qui n'offrait pas beaucoup de garanties, répondit Leo piteusement.
—Tu as accepté, insista Jemma, toujours furieuse. Un type voulait un film cuckold, sauf qu'il a menti pour nous faire venir, il a fermé la porte à clef et nous a fait du chantage. Pendant que la caméra tournait!
—Est-ce que j'ai besoin de faire intervenir Black Widow? demanda Tony très sérieusement.
—Heureusement non, soupira Jemma. On a réussi à le dissuader. Ça a pris du temps, mais on a réussi.»
Elle se laissa tomber sur le canapé lourdement et mit son visage dans ses mains. Leo s'assit à côté d'elle et la prit dans ses bras.
«J'ai eu tellement peur, avoua-t-il dans un souffle et Loki se rendit compte avec le changement de lumière sur son visage qu'il était très blême.
—Ok, ça mérite un gros câlin collectif, déclara Tony d'une voix forte. Venez par là tout le monde.»
Loki n'avait jamais expérimenté de câlin collectif dans sa vie. Ce n'était pas le genre de sa famille, même si son frère était le plus tactile de tous, et il n'avait jamais eu tellement d'amis proches. Ce n'était pas très agréable, avec toutes ses articulations qui pointaient dans tous les sens, les épaules, les coudes, les genoux, gênaient l'embrassade, mais c'était fortement réconfortant.
Ce monde nouveau, que Loki découvrait, n'était pas rose. Tout le monde n'y était pas accueillant ni ouvert d'esprit. Néanmoins, il ne s'était jamais senti autant à la bonne place que dans ce câlin inconfortable avec des amis.
Ils se séparèrent quand Wade et Peter refirent leur apparition. Peter avait l'air lessivé des personnes qui venaient de déverser un trop-plein émotionnel intense, et il regardait vers le sol, tandis que Wade le poussait gentiment vers l'avant, la main à plat dans son dos.
«Je vous présente mes excuses, Monsieur Stark, dit-il d'une voix enrouée, mais étonnamment audible. Je n'essaierai plus de travailler dans votre dos, surtout quand vous faites votre possible pour m'en empêcher.
—J'accepte tes excuses, Peter, déclara gentiment Tony d'un ton presque paternel. Mais c'est à toi-même que tu fais du mal, et je ne suis pas sûr que tu te sois pardonné toi-même.»
Peter déglutit sans lever les yeux. Wade se pencha vers son oreille pour lui murmurer des paroles de réconfort tendrement.
«Tout le monde ici t'aime, Peter, renchérit Jemma. Et personne ne veut te voir malheureux.»
Quelques larmes s'échappèrent des yeux du jeune homme. Loki croisa le regard de Tony, et comprit qu'ils avaient la même idée.
«Deuxième câlin collectif! s'exclama le réalisateur d'un ton absurdement enjoué.»
Cette fois, ce fut une pile de membres qui s'entrechoquèrent, et l'ambiance se détendit considérablement. Peter eut même un rire mouillé. Ils ne furent interrompus que par Jarvis qui vint les prévenir que, tout de même, il se faisait tard, et qu'ils allaient devoir passer à table.
Décidément, envoyer chier son père avait été la meilleure décision de la vie de Loki.
«Alors? Des nouvelles?
—Je t'ai dit que j'avais du nouveau, non? s'agaça Amora. Assieds-toi et commande-toi un verre. Qu'est-ce que tu prends?
—Une pinte. Un truc pas trop dégueu de préférence.
—Va pour une pinte. Je te l'ai promis, j'ai du nouveau.»
Thor se pencha au-dessus de la table, comme un conspirateur. Amora leva les yeux au ciel.
«Sois un peu plus discret, tu veux? On ne manigance aucun assassinat. Je ne sais pas… Tiens, fais comme si on était à un rendez-vous amoureux, type, on s'est rencontré sur Tinder.»
Ce fut au tour de Thor de lever les yeux au ciel. Il fallait être aveugle pour ne pas s'apercevoir qu'Amora visiterait bien son lit. La jeune femme était très jolie et très entreprenante.
«Qu'as-tu trouvé? demanda-t-il après avoir pris une posture plus décontractée.
—Je pense que je sais où il travaille. Enfin, disons que j'en suis proche. Encore quelques jours et j'en aurai la confirmation. Mais il n'est pas loin. Il n'a pas complètement disparu. J'ai une faim de loup. Ça te dirait de prendre quelque chose à manger?»
La soirée fut bien plus plaisante que Thor ne l'avait imaginé. Une fois qu'il eut compris qu'Amora cachait derrière sa verve acerbe une intelligence subtile et une véritable curiosité pour le monde, il fut en mesure d'apprécier pleinement sa compagnie. Alors, quand il proposa de la raccompagner et qu'elle proposa de prendre un dernier verre, il la suivit chez elle.
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