Me voilà de retour avec un nouveau chapitre, un peu plus court que le précédent !
Je remercie ceux qui prennent le temps de lire cette petite fanfiction.
Très honnêtement, je l'écris surtout pour me changer les idées, mais aussi parce que j'adore écrire du point de vue de Furina !
Comment Furina va-t-elle s'adresser aux metteurs en scène ? Réponses dans ce chapitre !
Furina écarta les deux immenses portes menant aux coulisses d'un geste brusque. Les doubles battant vinrent rencontrer le mur avec fracas. Toutes les têtes présentes dans la pièce se tournèrent aussitôt à cette entrée pour le moins… remarquée ! Des sourires étirèrent leurs lèvres lorsqu'ils virent la petite silhouette de leur Archon se dessiner sur le seuil. Tous pensèrent que ce fracas était dû à la fâcheuse habitude qu'avait leur divinité à se faire remarquer.
Les sourires des metteurs en scène et autres acteurs fondirent aussi rapidement que les dernières neiges au soleil de printemps lorsqu'ils notèrent l'expression irritée sur le visage de Furina. D'une façon ou d'une autre, elle était fâchée, et ils avaient bien peur d'en avoir été les responsables, à cause de leur pièce. S'ils voulaient une bonne critique, tout allait se jouer sur cet entretien. Et essayer de faire sortir les idées péjoratives de la tête de Furina était aussi utile que d'essayer de raisonner un chien enragé après la vue d'un chat narquois. Les chances étaient donc minces… Mais non pas impossibles !
"J'exige de parler à vôtre metteur en scène !" s'écria Furina, hors d'elle, alors qu'elle s'avançait toujours plus dans la pièce, un index dressé en signe d'avertissement.
La jeune femme se planta devant l'attroupement, bras croisés sur sa poitrine et menton dressé.
"Je… C'est moi, Dame Furina…" déclama une voix timide au beau milieu du groupe.
Plusieurs personnes s'écartèrent pour laisser place à un homme d'une forte corpulence. Il avait un air quelque peu innocent, et semblait sincèrement effrayé par la vue de Furina. Un sourire satisfait étira brièvement les lèvres de la jeune femme.
"C'est bien. C'est comme ça qu'ils doivent se tenir en présence d'une divinité !" se réjouit-elle en son for intérieur.
Le metteur en scène retira son haut de forme et commença à le triturer sauvagement entre ses doigts nerveux. Furina passa en revue la façon dont son interlocuteur était affublé. Il portait une tenue digne des plus riches aristocrates de Fontaine, à savoir un veston tout juste sorti de chez le tailleurs, qui cachait une chemise sans aucun pli de travers, un pantalon de soie et des chaussures de cuir.
"Je… J'imagine que la pièce ne vous a pas plu…" se désola-t-il, sincèrement navré.
"Non, effectivement. Je salue tout de même quelques idées intéressantes, cela dit. Il faut savoir reconnaître le positif, même dans la plus médiocre des représentations. Les décors étaient mignons, et faire jouer des acteurs doté d'un œil Divin pour faire évoluer les personnages sous l'eau était bien pensé. Néanmoins…"
Furina déglutit de travers, tandis qu'elle sentit de nouveau cette curieuse boule lui tordre l'estomac. Elle avait la désagréable sensation que quelqu'un s'amusait avec ses boyaux pour les enrouler dans tous les sens, alors que son cœur se mettait à battre plus vite, comme en situation de danger.
"Qui diantre est responsable de cette fin… miteuse ?" questionna la jeune femme, déstabilisée par les sensations dont était victime son corps.
Le metteur en scène ouvrit les lèvres dans l'espoir de répondre, mais une voix ferme s'éleva tout à coup quelque part dans la salle :
"C'est moi."
Furina se stoppa net, tandis qu'elle avait l'impression que son souffle se bloquait dans sa gorge. Lentement, comme si effectuer le moindre geste lui causait une peine immense, elle se tourna vers l'origine de la voix. Une silhouette, qu'elle n'avait pas remarquée à son arrivée, se trouvait un peu à l'écart du reste de la troupe. Appuyée contre le banquet que les acteurs et techniciens s'étaient offert pour célébrer leur première, la jeune femme qui avait pris la parole n'était pas inconnue à l'Archon Hydro. Il s'agissait d'Ondine, la Princesse de la pièce. Ou plutôt de son actrice.
Cette dernière déposa son petit four à contre cœur, tandis qu'elle s'approcha de Furina sans jamais défaillir. Bras croisés sur sa poitrine, elle se stoppa à quelques centimètres de la jeune femme. Maintenant qu'elles étaient si proches, Furina nota que ses yeux, si bleus, ressemblaient à deux miroirs à travers lesquels elle pouvait contempler sa propre silhouette. Son nez et ses joues étaient constellés de taches de son qui accentuait son charme.
Cette jeune femme était encore plus magnifique vue d'aussi près.
"Quelque chose vous aurait-il déplu ?" demanda l'interprète d'Ondine.
"Oh… Euh… C'est que…"
Pour la première fois depuis qu'elle s'était adaptée à jouer le rôle de sa vie en tant qu'Archon Hydro, Furina se sentait déstabilisée. Était-ce à cause des yeux de miroir de son interlocutrice ? Ou bien de la curieuse sensation qui s'était accentuée à l'approche de l'actrice ?
Face à Furina, la jeune femme aux iris opaline avait haussé un sourcil, bras croisés sur son torse. Ce n'était pas de la colère que la jeune humaine pouvait lire sur les traits faciaux de l'interprète d'Ondine, mais plutôt une pointe d'amusement.
"Ce n'est pas commun, voilà tout" déclama finalement Furina, quelque peu mal à l'aise, ne sachant plus vraiment sur quel pied danser.
Un curieux sourire en coin trouva sa place sur les lèvres de l'actrice. Subitement gênée, Furina sentit ses pommettes devenir rouges, son cœur battre la chamade dans sa poitrine et son estomac se tordre de nouveau. Elle revivait les exactes mêmes sensations que lors de la scène de baiser entre Ondine et Nixe dans la pièce d'Opéra, justement…
"C'est…" essaya de se justifier la fausse Archon.
"Dégoûtant ?" termina l'actrice avec un haussement de sourcil.
Le souffle de Furina se bloqua quelque part dans le sillon entre sa poitrine et sa gorge. Non. Ce n'était pas le mot qu'elle voulait employer. En fait, elle ne savait même pas quel terme utiliser, car aucun ne lui semblait assez fort et juste pour décrire le sentiment qui l'habitait au souvenir des lèvres des deux jeunes femmes les unes contre les autres.
En proie à la panique, chose qui ne lui était pas arrivée depuis sa première prise de parole devant le peuple de Fontaine il y a environ trois cents ans en arrière, la jeune femme lança un regard en direction de la foule amassée derrière leur actrice principale. Elle savait également Monsieur Neuvillette présent dans son dos, qui suivait l'échange entre les deux femmes d'un œil très certainement intrigué, bien que son visage fermé était parfois difficile à analyser.
Réalisant que toutes ces personnes ici présentes attendaient très exactement une réaction de sa part, Furina dut puiser dans son énergie mentale pour surmonter la curieuse peur qui la clouait sur place, pour enfin trouver le courage de répondre, bras croisés sur sa poitrine et le menton dressé :
"Oui, tout à fait. Voilà, c'est ça. Dégoûtant ! Deux femmes ensemble ! Non mais vraiment ! C'est du grand n'importe quoi !"
Voilà. C'était cette image-là dont le peuple était habitué. Celle de l'Archon Hydro hautaine dont les idées passaient au-dessus de tout et tout le monde. Mais, ce soir, pour la première fois… elle aurait voulu ne plus jouer ce rôle, et simplement redevenir Furina et expérimenter un peu plus ce personnage avec lequel elle n'avait pas joué depuis fort longtemps.
Un murmure se répandit dans la foule derrière l'actrice aux yeux de miroir. Quelque chose chez cette dernière, par ailleurs, avait drastiquement changé. Ses yeux devinrent luisants, sa mâchoire se crispa, et ses bras, toujours croisés sur sa poitrine généreuse, se refermèrent avec gravité. Enfin, elle se pinça la lèvre inférieure, tandis que ses iris se posèrent quelque part derrière Furina, comme absents.
"C'est… vraiment ce que vous en pensez, Dame Furina ?" demanda alors la voix fatiguée de l'interprète d'Ondine.
"Parfaitement ! répliqua aussitôt la fausse Archon Hydro, sans se départir de son air suffisant. Croyez-le, ma critique va être salée. Très, même ! Cette représentation de ce soir pourrait très bien être votre seule et unique !"
Des hoquets de surprise parcoururent l'assemblée de comédiens et autres gens du spectacle en attendant ces mots crus et ce verdict tranchant, sans appel. L'actrice, quant à elle, n'avait plus desserré les lèvres, et n'osait même pas redresser les yeux pour affronter le jugement divin de leur Archon adorée.
Furina sentit quelque chose se briser en elle. Pour la première fois de sa vie, elle aurait souhaité abandonner son rôle d'Archon. Non plus pour elle-même, mais bien pour réconforter ces gens. Les mots qu'elle avait prononcés n'étaient pas les siens, mais… Comment le leur dire sans trahir sa mission divine ? La jeune humaine fit tout son possible pour cacher ses émotions intérieures derrière son masque de Foçalor, comme elle le faisait très bien depuis des centaines d'années.
"Maintenant, si vous voulez bien m'excuser… je dois me retirer pour écrire ma critique !"
Avec un sourire faussement ravi, elle adressa un signe de tête victorieux à l'ensemble de la troupe de théâtre puis détourna les talons pour ne plus supporter l'expression de tristesse peinte sur les traits de l'actrice, tout particulièrement. Furina avait compris que parmi toutes les personnes présentes dans cette salle, elle avait été celle qu'elle avait particulièrement blessé, ce soir. La jeune femme avait terriblement honte de son attitude, aussi avait-elle décidé de prendre la fuite dès que la première ouverture à sa portée s'était présentée.
Furina passa à côté de Monsieur Neuvillette sans le voir. Ce dernier lui adressa un coup d'œil sévère et ne la suivit pas, à son plus grand bonheur. Sans doute souhaitait-il rester en compagnie de la troupe pour s'excuser de son odieux comportement. Quelque part, l'Iudex était toujours présent pour réparer les pots cassés par Furina.
Une fois qu'elle se fut assez éloignée et certaine qu'on ne la regardait plus, Furina s'adossa contre un mur, une main à l'endroit du cœur. Ce dernier ne cessait de tambouriner dans sa cage thoracique, et l'image de l'actrice meurtrie par ses dures paroles la hantait. La fausse Archon Hydro sentit progressivement un sentiment de honte naître dans sa poitrine. C'était souvent le cas lorsqu'elle se savait loin des yeux du monde. Furina, la vraie, parvenait à dépasser le masque impassible qu'elle avait collé à sa figure depuis des années et des années d'immortalité pour revenir à la charge et lui rappeler que malgré le rôle qu'elle devait jouer en public, elle n'avait pas le droit de s'oublier elle-même. Et ce soir… Ce soir, la fausse Furina avait profondément blessé des gens.
Il y a des fois où Furina aurait sincèrement aimé que Foçalor ne la remarquât pas. Être la favorite d'une divinité n'apportait que des problèmes.
Furina semble être en grand conflit avec elle-même.
Comment va-t-elle parvenir à digérer tout ça ?
Et surtout, quels sont ces curieux sentiments qui la prennent depuis la fin de l'Opéra ?
Réponses dans le prochain chapitre !
