Auteur : Natanael, qui ne devrait pas s'ennuyer. Ça lui éviterait de massacrer ses personnages préférés. Parce que quand Nat s'ennuie, elle écrit.
Disclaimer : Arda et tout ce qui y a trait est la propriété exclusive du maître Tolkien. Je ne possède que ma bêtise et ce qui en découle. Et Athanael. Mais ce n'est pas comme s'il était important.
Warning : Comme d'habitude, quand Nat se paie un délire, elle martyrise la réputation de ses personnages fétiches. Par conséquent, tout est OOC. Et la conspiration pour la destruction du mythe du seigneur Elfe classe continue de sévir !
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La pâte à crêpes
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Dans la chambre des Maisons de Guérison attribuée aux jumeaux semi-Elfes lorsque leur sang humain leur faisait l'immense honneur de pouvoir tomber malade comme de vrais mortels, aucun bruit ne se faisait entendre. Enfin, aucun bruit suspect. De temps à autres, un léger soupir d'ennui ou un bruit de page que l'on tourne se glissait sous la porte, informant les guérisseurs que les deux frères n'étaient pas encore assez remis de leur grippe pour provoquer des catastrophes ou pour essayer de s'entretuer à coups de draps, d'oreillers et de plateau de médicaments. Toutefois, en cette période de convalescence qui précédait habituellement le retour à la vie active des deux calamités sur pattes officielles de la cité, mieux valait prendre toutes les précautions possibles. On ne pouvait jamais savoir avec certitude quand Elros se sentirait suffisamment d'attaque pour entraîner son frère dans un de ses tristement célèbres mauvais coups. Mais heureusement, il y avait certains signes avant-coureurs pour indiquer aux gens accoutumés aux façons de faire des jumeaux que le calme n'allait pas tarder à être rompu.
Dans la longue liste de ces signes avant-coureurs se trouvait notamment la situation actuelle des deux enfants. Elros, assis sur le bord de son lit et balançant ses jambes dans l'espoir de le faire grincer, soupirait de plus en plus fort afin de partager son ennui mortel avec son double, lequel se trouvait allongé sous ses couvertures et plongé dans la lecture d'un livre de vieux contes pour enfants apporté par Celeborn quelques jours plus tôt. Comme la méthode employée s'avéra peu concluante, l'aîné des jumeaux se racla la gorge. En réponse, Elrond tourna sa page.
« Elie ? Tenta Elros.
-Mmmh ?
-J'm'ennuie.
-Mmh. »
Le silence retomba. Elros attendit un instant, au cas où son frère réaliserait après coup qu'il lui avait parlé (ça lui arrivait souvent). Quand le cadet Peredhel tourna une autre page, le gamin réalisa que son jumeau n'avait rien réalisé. Il soupira un peu plus fort et retenta :
« Elrond ?
-Mmmh ?
-Je m'ennuie.
-Mmh, mmh. »
Pas plus de réaction. Elros s'autorisa un petit discours mental sur combien Elrond pouvait être agaçant quand il lisait sans faire attention à son environnement, puis il décida d'opter pour une autre approche. Il se leva, se rapprocha du lit de son frère et se glissa sous ses couvertures. Le lit était suffisamment grand (ou les Peredhil suffisamment petits) pour qu'ils puissent s'y tenir tous les deux sans être gênés. Mais cela n'empêcha pas Elros de se coller à son cadet et de le regarder fixement pour voir s'il allait lui demander de retourner d'où il venait. Peine perdue. Les yeux gris d'Elrond allaient et venaient de la gauche vers la droite, avec une régularité déconcertante, tandis qu'il poursuivait imperturbablement sa lecture. L'espace d'un instant, le métis hyperactif songea à masquer la page du livre avec sa main. Au moins, avec cette méthode, il était sûr d'attirer l'attention du lecteur. Mais il était aussi sûr de le vexer et de se retrouver poussé hors du lit. Finalement, Elros se redressa sur un coude, planta son regard dans celui de son jumeau et l'appela un peu plus fort que les fois précédentes.
« Elrond !
-…Quoi ? » Fit l'interpellé d'une voix morne, sans quitter son livre des yeux.
Tout content d'avoir enfin pu tirer un mot de la carpe lui tenant lieu de frère, Elros essaya de montrer de l'intérêt pour sa présente occupation. Même s'il s'en fichait royalement parce qu'il n'en avait pas, lui, d'occupation. Enfin. Peut-être pouvait-on considérer un dialogue avec un jumeau muet comme une occupation ?
« Qu'est-ce que tu lis ?
-Un conte. Répondit Elrond sur le ton de l'évidence.
-…Je m'en doutais. Tu lis lequel ?
-Le vilain petit canard. »
Elros fronça les sourcils une seconde, cherchant dans sa mémoire de quoi pouvait bien parler cette histoire de canard. Il finit par trouver et s'exclama, étonné :
« Celle du caneton dont tout le monde se moque parce qu'il n'est pas comme les autres canards et qui devient un cygne à la fin ? …Encore ? Mais tu la connais par cœur, cette histoire ! Tu l'as déjà lue quinze fois !
-C'est la dix-septième. Précisa Elrond. Et je l'aime bien, moi, cette histoire.
-Et moi, je m'ennuie.
-Mmh.
-Elrond, je m'ennuie.
-…Ah.
-Elrond, je te dis que je m'ennuie !
-Eh bien ennuie-toi si tu veux, mais ne m'ennuie pas, moi !
-Tu es cruel.
-Mmh… »
De nouveau, le silence retomba. Elros aussi, mais sur le matelas. Il soupira pour la énième fois. Ce qu'il pouvait détester ces périodes de convalescence ! Etre malade, ça, il aimait bien parce que tout le monde s'occupait de lui. Même s'il avait quarante de fièvre, des frissons partout et une toux à en cracher ses poumons. Tous les médecins étaient à leurs petits soins, à son frère et à lui, surtout le gentil Athanael, guérisseur attaché à la maison royale. Gil-Galad passait prendre de leurs nouvelles plusieurs fois par jour et leur apportait des petits gâteaux et des lembas tartinés de miel ou de confiture. Thranduil et Celebrían ne quittaient pas leur chevet de l'après-midi, et la petite fille leur décrivait ce qui se passait dans le château pendant que son cousin babillait joyeusement sans savoir lui-même ce qu'il racontait. Círdan aussi venait souvent les voir, et il leur contait plein d'histoires fantastiques à propos des étoiles, des Valars et du pays béni. Galadriel leur chantait une berceuse tous les soirs et Celeborn avait un jour ramassé de la neige dans un seau pour qu'ils puissent faire des petits elfes de neige sans avoir à sortir de leurs lits. Même Oropher était à peu près gentil dans ces moments-là. Si tant est qu'Oropher puisse être gentil, naturellement.
Mais maintenant qu'ils étaient presque guéris, tout le monde les avait oubliés. Gil-Galad passait de temps à autres, mais il n'apportait plus de gâteau. Les guérisseurs redevenaient méfiants, Galadriel ne chantait plus, Círdan avait épuisé son stock d'histoires abracadabrantes et Celeborn n'avait plus donné signe de vie depuis qu'il avait offert un livre à Elrond. Seules les visites de Celebrían et de Thranduil ne changeaient pas. Encore heureux, ronchonna intérieurement le demi-Elfe. Il n'aurait plus manqué que ses deux amis ne viennent plus le voir. Qu'est-ce qu'il s'ennuierait, avec sa carpe de frère pour seule compagnie ! …Remarque, il s'ennuyait déjà.
D'ailleurs… Eh, mais ! Il s'ennuyait !
« Elie… Je m'ennuie…
-C'est la sixième fois que tu le dis. Commenta simplement Elrond.
-Mais je m'ennuie vraiment !
-…Sept.
-Elrond ! »
Au moment où Elros levait la main pour frapper son frère sur la tête, la porte de leur chambre s'ouvrit et laissa entrer un Elfe aux cheveux blancs, aux yeux bleu pâle et au visage doux et efféminé. Aussitôt, Elros se redressa, tout sourire.
« Athanael !
-Bonjour Elros. Répondit le guérisseur en lui rendant son sourire. Que fais-tu dans le lit de ton frère ?
-Je m'ennuie.
-Non, c'est moi qu'il ennuie ! S'écria Elrond. Athanael, dis-lui de partir et de se taire ! Il m'empêche de lire !
-Mais je m'ennuie !
-Ben ennuie-toi tout seul et en silence !
-T'es cruel !
-Allons, allons, calmez-vous ! Intervint Athanael, sentant la dispute se profiler à l'horizon. Elros, retourne dans ton lit. »
Le gamin fit la moue, peu enclin à quitter le lit chaud et douillet de son jumeau pour retourner dans ses draps froids. Le guérisseur fronça les sourcils, l'air menaçant.
« Elros, si à trois tu n'es pas dans ton lit, je te donne cette délicieuse décoction d'écorces de bouleau que tu aimes tant… »
La moue du petit garçon se transforma en grimace de dégoût et il se dépêcha de retourner sous ses propres couvertures. L'Elfe aux cheveux blancs esquissa un sourire et s'approcha du cadet des fils d'Eärendil. Elrond daigna enfin lever les yeux de son livre, au grand dam d'Elros, et adressa un regard blasé à l'adulte.
« Il est énervant, hein ?
-Elrond, ne dis pas ça de ton frère.
-Enervant toi-même !
-Elros, c'est valable aussi pour toi. »
Les deux métis se tirèrent la langue, provoquant un soupir résigné de la part du maître des Maisons de Guérison. Ce dernier parut réfléchir un instant, puis son visage s'éclaira. Aussitôt, Elros eut le pressentiment qu'il n'allait plus s'ennuyer très longtemps. Quand Athanael avait cette expression lumineuse, c'était généralement qu'il venait d'avoir la bonne idée du siècle pour occuper ses jeunes patients. Elrond dut avoir la même impression, puisqu'il referma son livre de contes.
« Dites-moi, les enfants, si vous êtes suffisamment en forme pour vous chamailler, peut-être l'êtes vous aussi suffisamment pour tester avec moi la nouvelle recette de crêpes qu'Erestor a trouvé hier à la bibliothèque ? C'est mon jour de repos, aujourd'hui, et… »
Le reste de sa phrase fut perdu dans une exclamation de joie d'Elros et une quinte de toux d'Elrond. Athanael fronça les sourcils.
« Elrond, il faudra que je te masse la poitrine avec une pommade à l'eucalyptus, ce soir. Et je vais te préparer une tisane dans un instant.
-Pas la décoction d'écorces de bouleau ! Geignit le petit demi-Elfe.
-Non, ça, c'est contre la fièvre. Mettez vos chausses et vos gilets, les garçons, nous allons dans mon officine et il ne faudrait pas que vous repreniez froid. …Et qu'est-ce que vous avez tous contre ma décoction d'écorces ?
-Elle est pas bonne, ta décoction. Fit Elros en se levant.
-Elle n'est peut-être pas bonne, mais elle guérit. Mais si tu veux, la prochaine fois, je ne t'en donnerai pas. »
Elros ne répondit rien et s'habilla rapidement. Son double en fit de même et, quelques secondes plus tard, les deux enfants marchaient calmement aux côtés du médecin Elfe dans les couloirs menant à son officine. Ils croisèrent plusieurs autres guérisseurs ou apprentis, qui eurent tous la même expression méfiante en voyant les deux terreurs de la cité en liberté. L'un d'eux alla même jusqu'à demander à Athanael s'il était sûr de ce qu'il faisait. Athanael accéléra son pas avec un haussement d'épaule exaspéré. Elros en déduisit que leur ami le guérisseur faisait partie des rares personnes à encore les considérer comme inoffensifs, et cela lui fit plaisir. Un sourire satisfait naquit sur ses lèvres. Il allait faire de très bonnes crêpes avec son frère pour montrer à tout le monde qu'ils pouvaient faire des choses sans tout casser dans un rayon de trois furlongs, et Athanael serait fier d'eux. Et il allait donner des crêpes à Celebrían parce qu'elle était jolie et gentille, mais pas à Thranduil parce qu'il était petit, et blond, et insignifiant, et le fils d'Oropher. Et après, il mangerait toutes les autres avec Elrond. De satisfait, son sourire devint gourmand. De bonnes crêpes avec de la confiture de myrtille et du sirop d'érable… Mmm, un délice ! C'était sûr, avec un programme comme celui-ci, il n'allait plus s'ennuyer de la journée !
Bientôt, les deux petits garçons et l'Elfe aux cheveux blancs entrèrent dans le lieu sacré qui servait de laboratoire au meilleur guérisseur de Gil-Galad, l'antre secrète où il concoctait les remèdes miracles qui guérissaient toutes les blessures et les maladies. Elrond s'arrêta sur le pas de la porte, une admiration sans borne lisible dans ses yeux gris passant en revue tous les bocaux, flacons et fioles qu'Athanael avait rangés sur des étagères accrochées aux murs. Elros, beaucoup plus intéressé par le faux squelette en bois qui trônait dans un angle entre deux tables de travail, se précipita dessus avec un cri de joie. Il fut stoppé dans son élan par une exclamation affolée du propriétaire dudit squelette.
« NE LE CASSE PAS ! ! ! Cria Athanael. Oropher a déjà dû me le réparer deux fois cette année, et il est d'une humeur exécrable en ce moment. Je voudrais éviter de me le mettre à dos plus que de nécessaire.
-Deux fois ? S'étonna Elrond. On n'y a jamais touché, pourtant.
-J'ai des apprentis très maladroits, cette décennie. Expliqua le guérisseur en déplaçant un livre volumineux posé sur une de ses tables. Voyons… Erestor m'a recopié la recette sur un parchemin, mais qu'en ai-je fais ? Il n'est pas sorti de cette pièce, c'est sûr et certain. Pour le reste…
-Athanael ? Appela Elros du haut de la table sur laquelle il s'était juché pour comparer sa taille avec celle du squelette. Tu lui as donné un nom, à ton Elfe en os de bois ? »
Athanael rit doucement à l'expression utilisée et hocha la tête.
« Oropher l'a baptisé Gladellon. Ah, voici la recette. Il faut des œufs, du lait, de la farine, du beurre, du sel. Je vais chercher tout ça, ne bougez pas et ne touchez à rien. Surtout toi, Elros.
-Pourquoi moi ? »
Athanael ne répondit rien et s'en alla aussi vite qu'il avait parlé. Elros fit signe à son frère de venir s'asseoir près de lui sur la table et lui fit part de son programme de la journée. Elrond l'écouta pensivement, en acquiesçant parfois d'un signe de tête. Lorsque son aîné acheva son petit exposé, il fit remarquer :
« Ce n'est pas très gentil de priver Thranduil de crêpe.
-Thranduil non plus n'est pas très gentil. Se renfrogna Elros.
-Il est petit. Et on va tomber malades si on mange toutes les crêpes.
-Mais non.
-Si. Tu vas voir. J'ai toujours raison. »
Elros haussa une épaule en levant les yeux au plafond. La seconde d'après, la porte de l'officine d'Athanael s'entrouvrit, laissant voir une petite tête aux yeux verts, auréolée de mèches dorées et bouclées. La petite tête eut un large sourire avant de disparaître, et une voix enfantine s'exclama dans le couloir :
« Ils sont là, 'Rían ! Je les ai trouvés ! »
Aussitôt, les jumeaux sautèrent à bas de leur table. La porte s'ouvrit de nouveau, cette fois-ci en grand, cédant le passage à une fillette aux longs cheveux argentés suivie d'un petit bout d'Elfe haut comme trois pommes. Il traînait derrière lui une poupée qui avait jadis représenté un Nain, du temps où elle n'avait pas encore été éborgnée et mutilée. La fillette se précipita sur les jumeaux, l'air inquiète.
« Qu'est-ce que vous faites là, les garçons ? Questionna-t-elle. On a eu peur quand on a vu que vous n'étiez plus dans vos lits ! Heureusement qu'un des guérisseurs nous a dit qu'il vous avait vus avec maître Athanael ! Pourquoi vous êtes là ? Est-ce qu'on a le droit d'être ici ? Où est maître Athanael ?
-Alors, dans l'ordre. Répondit Elros. On attend Athanael qui est parti chercher des ingrédients. Vous vous inquiétez pour rien. Les guérisseurs sont trop bavards. On est là parce qu'on va faire des crêpes avec Athanael parce que je m'ennuyais. On a le droit d'être ici, si on touche à rien. Je sais pas où est Athanael, mais il va revenir bientôt. D'autres questions, Celebrían ? »
La petite fille ouvrit la bouche et la referma. Elle venait de remarquer le squelette derrière les jumeaux. Elle l'observa une seconde sans rien dire, puis son air inquiet s'accentua un peu.
« Dîtes, le squelette… C'est pas un vrai, hein ? »
Elros s'apprêta à répondre, mais il eut soudain une idée aussi lumineuse que celles d'Athanael. Un regard en coin à son frère lui permit de constater, grâce au sourire espiègle de ce dernier, qu'il avait eu exactement la même idée.
« Bien sûr que si, c'est un vrai. Rétorqua Elrond avec autorité. Il s'appelait Gladellon, et c'était un grand guerrier.
-Ah… Ah bon ? Murmura Celebrían, de moins en moins rassurée.
-Oui, confirma Elros. Il a combattu dans beaucoup de batailles. Mais un jour, il a reçu une flèche empoisonnée dans l'œil, alors qu'il occupait les Orcs pour que ses amis puissent les attaquer par derrière.
-Athanael a essayé de le soigner, reprit Elrond d'un ton mélodramatique. Mais le poison était trop fort. Le pauvre Elfe, il est mort dans la nuit, sans voir la Soleil…
-En même temps, avec un seul œil… Commenta pensivement Elros. Si tu nous crois pas, regarde sur la tête, près de l'œil gauche : la flèche a laissé un trou dans l'os. »
Celebrían s'avança lentement jusqu'au squelette et regarda attentivement ce que lui avait décrit le garnement aux cheveux bruns. Elros et Elrond échangèrent un sourire complice, et le petit blondinet à la poupée-Nain les foudroya du regard. Celebrían se retourna vers les garçons, toute pâle.
« C'est vrai… Chuchota-t-elle. Il a un trou à côté de l'œil.
-Alors tu vois ! Clama Elros, victorieux.
-C'est même pas vrai ! Cria soudain le blondinet. Le trou, c'est mon ada qui l'a fait quand il l'a réparé parce son couteau est tombé dessus ! Et le kletette, il est en bois, d'abord !
-On dit squelette, Thranduil. » Rectifia Elrond.
Le petit blond leva un regard de défi vers le semi-Elfe, tandis que Celebrían passait progressivement de pâle de peur à rouge de colère.
« Le kletette.
-Squelette.
-Kletette.
-Squel…
-Vous n'êtes que des idiots ! Tous ! S'écria la fillette, furieuse, alors qu'Elros éclatait de rire. Et toi, arrête ton rire de crécelle ! » Ajouta-t-elle en se tournant vers l'aîné des garçons.
Celui-ci en avala presque sa salive de travers. Il s'apprêtait à répliquer qu'elle ne savait même pas ce qu'était une crécelle lorsque Athanael revint, les bras chargés des divers ingrédients nécessaires à leur fabrication de crêpes. Il haussa un sourcil en découvrant deux elflings de plus qu'il n'en avait laissés dans son officine, mais son expression étonnée se mua bien vite en un sourire accueillant.
« Thranduil, Celebrían, vous venez faire des crêpes avec nous ? »
Comme par magie, le simple mot "crêpes" suffit à effacer toute animosité entre les enfants, et les quatre petits se précipitèrent vers le guérisseur avec des cris de joie. Celui-ci déposa son chargement sur une table qu'il n'avait pas encore recouverte de plantes séchées, de pots et de grimoires, puis il alla chercher un saladier, quelques bols, un couteau et des cuillères dans un placard contenant tous les ustensiles qu'il utilisait habituellement pour la fabrication de ses remèdes. Le temps qu'il revienne vers la table, Elros et Elrond en avaient approché une chaise pour permettre au petit Thranduil d'être à la bonne hauteur et de voir ce qu'ils faisaient. Lorsqu'ils furent tous installés autour de la table, Athanael donna à Celebrían un bol marqué de petites entailles et lui demanda de mesurer la quantité de farine. Après quoi, il se dirigea vers un foyer aménagé dans le mur opposé et alluma un feu afin de faire fondre le beurre qu'il avait apporté. Il mit également une casserole d'eau à chauffer. Pendant ce temps, Elrond et Elros cassèrent quatre œufs et les versèrent dans le saladier, avant de partir à la pêche aux bouts de coquilles qui leur avaient échappés. Thranduil, perché sur sa chaise, pouponnait son Nain en lui expliquant que ses amis fabriquaient des crêpes et que ça serait très bon avec du miel et du sucre, mais que lui n'en aurait pas parce qu'il était un Nain et qu'il n'aimait pas les Nains.
Lorsque le dernier petit bout de coquille d'œuf fut repêché, Elros se tourna vers Athanael et annonça :
« Ça y est, on a fini avec les œufs. Qu'est-ce qu'il faut faire, maintenant ?
-Celebrían a-t-elle bien mesuré la farine ? Interrogea le guérisseur, tout en surveillant son beurre qui fondait lentement.
-Oui, j'ai mis jusqu'au quatrième trait, comme vous l'avez dit. Répondit la fillette aux cheveux d'argent. Il faut mettre la farine avec les œufs ?
-En effet. Mais pas tout d'un coup, mets-en juste un petit peu, laisse les garçons mélanger, puis rajoutes-en un peu, et ainsi de suite. Quand la pâte sera trop épaisse pour que vous puissiez touiller, prévenez-moi.
-D'accord ! Clama Elros. C'est moi qui touille ! »
L'aîné des Peredhel attrapa une cuillère et la brandit victorieusement. Celebrían lui adressa un sourire amusé et prit à deux mains son bol de farine. Son sourire se transforma bien vite en une expression embêtée. Elrond, qui s'était reculé pour laisser plus de place à son frère, le remarqua.
« 'Rían ? Questionna-t-il. Ça va pas ?
-C'est lourd. Expliqua la petite fille. J'ai peur de renverser…
-Je vais le faire. »
Le garçon brun lui prit le bol des mains et versa un peu de son contenu dans le saladier. Elros mélangea énergiquement jusqu'à ce que toute la farine soit absorbée par les œufs. Elrond rajouta un peu de farine, Elros touilla avec acharnement. La troisième fois, le bol de farine échappa au semi-Elfe et la moitié de son contenu se renversa dans le saladier.
« Eeeh ! S'écria Elros. Pas trop ! Il va y avoir plein de grumeaux, maintenant ! »
Pour toute réponse, son frère reposa promptement le bol sur la table et se couvrit la bouche des deux mains en tâchant de réfuter une nouvelle quinte de toux. Celebrían le regarda une seconde avant de reprendre doucement le bol.
« C'est moins lourd, maintenant. Je vais le faire. Merci, Elie. »
Elrond hocha la tête et se remit à tousser. Athanael détacha son regard de son beurre et observa avec attention le petit métis. Thranduil, la tête penchée sur le côté, fit remarquer :
« Il est encore malade, El'ond. J'aime pas ça. Il faut le soigner.
-Oui, confirma Athanael. C'est ce que je ferai dès que mon eau sera chaude. Il doit me rester quelques sachets de tisane d'eucalyptus, je n'aurai pas besoin d'en refaire. Ah, mon beurre est fondu. Celebrían, as-tu fini avec la farine ?
-Presque !
-Ça commence à être dur à mélanger. Commenta Elros.
-Ça sera plus facile quand j'aurai ajouté le beurre. Attention, la casserole est brûlante. Ne bougez pas, les enfants ! »
L'Elfe aux cheveux blancs ôta sa casserole de beurre du feu et revint près de la table des cuisiniers en herbe. Il ajouta un peu de beurre à l'épaisse pâte qu'Elros remuait encore tant bien que mal alors que Celebrían achevait de vider son bol de farine. A côté d'eux, Thranduil interdisait à son Nain de tomber malade, parce que les gens font un drôle de bruit qui fait peur quand ils toussent. Elrond lui adressa un regard blasé.
« C'est une poupée, Thranduil. Il peut pas tomber malade.
-Mais je sais ! Je joue ! »
Elrond haussa une épaule désabusée et se prit d'intérêt pour une étrange poudre rouge qui traînait dans un pot sur une table voisine. Elros, qui connaissait son jumeau aussi bien que lui-même, savait qu'il pensait que les bébés sindars avaient vraiment des jeux bizarres. A moins que ce n'était que Thranduil qui était bizarre… C'était possible aussi.
« Athanael ? C'est quoi ta poudre rouge ? » Interrogea soudain Elrond.
Le maître guérisseur versa ce qui lui restait de beurre dans le saladier avant de se tourner vers le cadet des jumeaux. Un léger sourire étira ses lèvres.
« Ça ? C'est de la poudre d'élanore rouge.
-Celle qu'on utilise pour faire des feux d'artifice ? Demanda Celebrían. Ada m'a dit ça, un jour.
-Celeborn a raison. On peut faire des feux d'artifice en la mélangeant avec d'autres choses. Mais moi, je l'utilise pour en faire des cataplasmes en cas de blessures infectées. C'est un très bon aseptisant.
-C'est quoi un cepisan ? Fit le petit blondinet.
-Aseptisant. Corrigea Athanael. Un désinfectant, si tu préfère. Tu sais, ce que je mets sur tes coupures quand tu te blesses.
-Ça pique. J'aime pas ça.
-Mais tu n'aimes rien, mon pauvre Thranduil ! » Railla Elros.
Vexé, le tout-petit détourna la tête. Athanael alla retirer sa casserole d'eau chaude du feu et récupéra sur une de ses étagères une boîte contenant ses sachets de tisanes. Elros le vit froncer les sourcils de plus en plus alors qu'il en passait le contenu en revue, et l'entendit murmurer d'un air ennuyé :
« Il n'y en a plus ? Je pensais pourtant qu'il m'en restait…
-De quoi ? Questionna le plus âgé des enfants.
-Des tisanes à l'eucalyptus pour ton frère. C'est embêtant… Ah, peut-être que Rindil me les a empruntées. Je vais lui demander. Vous pouvez ajouter le lait à la pâte, les enfants. Je reviens dans un instant, ne faites pas de bêtise.
-Il faut mettre combien de lait ? S'enquit Celebrían.
-Un litre. Le contenu de la bouteille. Je l'ai posée sur la table voisine pour vous laisser plus de place. Versez progressivement. »
Celebrían acquiesça et chercha la bouteille des yeux. Elros regarda le guérisseur quitter la pièce, puis se mit lui aussi à la recherche de leur litre de lait. Il finit par voir une bouteille de verre soufflé contenant une certaine quantité d'un liquide blanc et onctueux, et sourit. Il le désigna du doigt.
« Là. Ça doit être du bon lait, vous avez vu sa couleur ? Les crêpes vont être délicieuses. »
Son amie aux mèches d'argent hocha la tête et alla chercher la bouteille. Thranduil, peu intéressé par la consistance et la couleur du lait, se laissa glisser au bas de sa chaise et rejoignit Elrond, toujours figé devant son pot de poudre rouge. Le petit sindar glissa sa main dans celle de son aîné et leva la tête vers lui, ses bouclettes dorées lui tombant à demi sur les yeux.
« A quoi tu penses ? Demanda-t-il au bout d'un moment, voyant que le plus grand garçon n'avait pas l'air de lui prêter attention.
-…A rien. Répondit Elrond.
-On pense jamais à rien. A quoi tu penses ? Insista Thranduil.
-Je me demandais juste ce qu'il faudrait ajouter à la poudre pour faire des feux d'artifices.
-Pourquoi tu veux faire des feux d'artifice ?
-Je ne veux pas faire de feux d'artifice, je me pose une question. C'est tout. »
Elros et Celebrían, qui venait d'achever de vider leur bouteille de lait dans la pâte à crêpe, se tournèrent en même temps vers les deux autres garçons.
« En voilà une idée qu'elle est bonne ! Sourit Elros. Elrond, mon frère, tu es un génie.
-Ah bon ?
-Et oui ! Dur a croire, hein ?
-Eh oh ! »
Le regard clair de Celebrían passa de l'un à l'autre des jumeaux, vaguement préoccupé.
« Vous ne pensez quand même pas à essayer… ? Commença-t-elle prudemment.
-Mais si ! Coupa le premier fils d'Eärendil. Ça va être drôle ! Et Athanael ne se fâchera pas si on y arrive. Il est trop gentil pour ça.
-Mais on a pas fini les crêpes. Contra Celebrían.
-'Faut juste les faire cuire, et on est trop petits pour le faire tout seuls.
-Il reste le sel à mettre. Ajouta Elrond.
-Je vais le faire. »
Joignant le geste à la parole, Elros attrapa le petit pot de sel fin qu'Athanael avait apporté, en prit une poignée et la jeta dans la pâte qu'il remua. Elrond soupira et secoua la tête.
« Tu en as mis trop, ça va pas être bon.
-Mais si.
-Mais non. Elros, j'ai rai…
-Raison, je sais ! Tais-toi, Elrond ! »
Sans plus prêter la moindre attention à son frère, le jeune Peredhel se précipita sur le volumineux livre qu'Athanael avait déplacé quelques minutes plus tôt et l'ouvrit à la première page. Voyant ses amis échanger des regards teintés d'incompréhension, il expliqua :
« Je cherche la recette des feux d'artifice. Si on peut faire des feux d'artifice avec des poudres de plantes, on peut sûrement en trouver la recette dans un livre que les gens qui connaissent les plantes utilisent. Athanael est un maître des herbes, alors je suis sûr qu'il a quelque chose sur les feux d'artifice dans ses livres.
-Elros, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tenta de le raisonner Celebrían. Il va encore nous arriver des bricoles…
-Tu sais, réfléchit Elrond, si on prépare juste le feu d'artifice sans l'allumer, on ne risque rien.
-Tu es sûr ?
-Non. Mais ça paraît logique. C'est comme préparer une pâte à crêpe sans faire cuire les crêpes : c'est pas dangereux alors on peut le faire. Tu ne crois pas ?
-Bon. Concéda la petite fille. On fait comme ça, alors.
-On fait comme ça. Répéta Elros. Bon, je cherche. Vous m'aidez ?
-Commence par voir s'il y a une table des chapitres, comme dans les livres de contes. Suggéra Elrond. Ça ira plus vite si on sait à quelle page trouver la recette.
-Tu crois qu'il y a une table des chapitres là-dedans ?
-Je ne sais pas, essaye. »
L'aîné des semi-Elfes retourna le volumineux ouvrage, envoyant dans l'air un nuage de poussière proportionnel au poids du grimoire. Le petit garçon se mit à tousser et à agiter les bras, essayant de faire se disperser le nuage. Thranduil l'observa d'un air méfiant durant quelques secondes avant de demander :
« Toi aussi, tu es encore malade ? »
Ne jugeant pas indispensable de lui répondre, Elros l'ignora superbement. Une fois la poussière dispersée, il ouvrit le livre aux dernières pages et les parcourut rapidement des yeux. Elrond et Celebrían se penchèrent à sa droite et à sa gauche aussi concentrés et silencieux que lui. Au bout d'un moment, leurs trois visages s'éclairèrent du même sourire à quelques dixièmes de secondes de décalage. Elrond, le premier à réagir, tendit la main et posa son doigt sur une ligne.
« Là. Fit-il. Page 217. »
Sans un mot, Elros tourna frénétiquement les pages du grimoire jusqu'à atteindre celle qui les intéressait. Il s'exclama d'un ton de conquérant :
« Nous y voilà ! Alors, il nous faut… Euh… C'est quoi ces noms barbares ? »
Sur la page de parchemin jaunie par des années d'utilisations courait l'écriture penchée d'un ancien scribe ayant un jour consigné dans ce volume les antiques formules utiles à tout herboriste Elfe. Malheureusement pour les quatre elflings, presque tous les noms de plantes nécessaires à leur fabrication de feux d'artifice leur étaient… parfaitement inconnus. Celebrían et les jumeaux échangèrent des regards embêtés.
« Bon, ben… On oublie les feux d'artifice, alors ? Proposa finalement la fillette.
-Hors de question ! Réagit aussitôt Elros. Puisqu'on peut pas suivre la recette… On va tout essayer !
-Quoi ?
-On va essayer. Au hasard. Et si ça marche pas, on essaye autre chose.
-Ça marchera jamais, Elros. Commenta Elrond en soupirant.
-T'en sais rien.
-Si. Je sais que ça ne marchera jamais.
-Comment tu peux savoir que ça marchera pas si tu n'essayes pas d'abord ? »
Pour toute réponse, Elrond se contenta d'un vague haussement d'épaule. Il s'éloigna de la table supportant le grimoire et alla s'asseoir sur la chaise après avoir jeté un coup d'œil sceptique à la pâte à crêpe. Le petit Thranduil le rejoignit et posa sa poupée-Nain sur les genoux du Noldor avec un sourire immense.
« Bráin veut jouer avec Gladellon. » Déclara-t-il d'une petite voix en tournant le visage de la poupée vers celui du semi-Elfe.
Elrond haussa un sourcil, se demandant sans doute depuis combien de temps Thranduil avait-il nommé cette abomination qu'il n'avait de cesse de traîner partout en l'abîmant de plus en plus. Puis il secoua la tête.
« Athanael ne veut pas qu'on casse son squelette.
-Bráin veut pas le casser, il veut jouer avec ! Se défendit le Sindar aux cheveux d'or.
-C'est Bráin ou c'est Thranduil, celui qui veut jouer avec Gladellon ? »
Le sourire trop innocent pour être honnête du fils d'Oropher répondit pour lui. Elrond soupira, rendit la poupée-Nain à son petit propriétaire et se leva. Thranduil glissa sa main dans la sienne et les deux elflings s'en allèrent en direction du squelette. De son côté, Elros ne perdit pas de temps pour profiter du fait que son frère était trop occupé par Thranduil pour le sermonner et l'empêcher de s'amuser. Il attrapa le premier flacon à lui passer sous la main et le vida entièrement dans le pot de poudre rouge. Celebrían le regarda faire avec de grands yeux effarés. Avant qu'elle ne puisse faire le moindre commentaire, Elros lui plaça d'office entre les mains un pot contenant une mixture étrange, un peu pâteuse, et lui ordonna de le vider dans celui de la poudre rouge. Après une légère hésitation, la fillette s'exécuta. Un bon nombre des récipients du pauvre Athanael connurent le même sort tragique avant que l'aîné des fils d'Eärendil ne se saisisse d'une bouteille de grès remplie d'un liquide blanc et crémeux. Ce fut cet instant précis qu'Elrond choisit pour lever la tête du squelette qu'il faisait semblant de disséquer pour amuser Thranduil. Le cadet des jumeaux fronça les sourcils.
« C'est du lait, ça, Elros. Observa-t-il. Ne le gaspille pas.
-C'est pas du lait. Le lait, je l'ai mis dans les crêpes.
-C'est du lait. Insista Elrond. Athanael est arrivé avec cette bouteille dans les mains tout à l'heure.
-Mais non ! Je te dis que j'ai mis le lait dans les crêpes ! S'entêta son double.
-Et moi je te dis que…
-De toute façon, je crois qu'on a mis assez de choses. Intervint Celebrían. Regardez, le pot va déborder si on ajoute encore un quelque chose. »
Effectivement, le pot de poudre rouge n'était pas loin de laisser son contenu s'étaler sur toute la table. Elros l'observa d'un air satisfait avant de décréter qu'il lui fallait à présent vérifier si sa préparation marchait correctement. Malgré les mises en garde trop blasées pour être convaincantes de son frère, il s'approcha du foyer où Athanael avait fait fondre son beurre et saisit un bout de bois qui en dépassait. Il revint vers sa mixture et en approcha la flamme de son bâton.
Ce qui se passa ensuite, nul n'en est vraiment certain. Il y eut un bruit semblable à celui d'un ballon de peau qui explose, accompagné d'une grande lumière et de beaucoup de vent. Tellement de vent, d'une telle force, que le toit de l'officine s'envola littéralement, ainsi que ses murs, dispersant son contenu aux quatre coins de la cité. Les quelques Elfes qui se promenaient à proximité du bâtiment purent voir des bouts de livres, de tables, des flacons, des plantes carbonisées et d'autres choses non identifiables se faire projeter en l'air et retomber plus ou moins vite et plus ou moins loin. Parmi ce bric-à-brac volant se trouvèrent quatre elflings hurlants, aux vêtements déchirés, qui allèrent s'aplatir dans un buisson des jardins royaux qui eut la bonne idée d'amortir leur chute. Lorsqu'ils se relevèrent, sonnés et encore sous le choc de l'explosion, ce fut pour voir Erestor, adossé contre le tronc d'un arbre, les regarder par-dessus son livre, sourcils haussés. Elros, comme toujours, fut le premier à reprendre contenance. Il adressa son plus beau sourire à l'adolescent et lui lança un enthousiaste et retentissant :
« Bonjour Erestor ! Belle journée pour apprendre à voler, n'est-il pas ? »
Les sourcils d'Erestor grimpèrent d'un cran en direction du haut de son front. Puis il renonça à comprendre les bizarreries de ces enfants étranges et se replongea dans sa lecture. A cet instant, les restes désarticulés de Gladellon le squelette s'écrasèrent aux pieds du petit Thranduil. Le bambin le regarda, sa poupée-Nain à la barbe roussie toujours dans les mains, avant de remarquer :
« Oh. Tout cassé, le kletette.
-Squelette, Thranduil. Squelette.
-Douce Elbereth ! Se récria Celebrían. Nous avons tué Gladellon !
-Non ! S'exclama Elros, dramatique. Il est peut-être encore en vie !
-Je crois pas, y'a plus de pouls et le cœur ne bat plus… Observa Elrond, tenant un bout de bras –du moins le supposait-il- dans la main et l'oreille posée sur la cage thoracique du squelette.
-'Faut lui faire un massage cardiaque ! Lança Elros.
-Euh… Ça n'a pas de cœur, un squelette… Remarqua la fillette.
-Du bouche à la bouche, alors ? Proposa le petit Thranduil.
-Non, je crois que c'est fini, là. Fit tristement sa cousine. Y'a plus rien à faire. Quelle fin tragique…
-Il est mort. Ajouta sombrement Elros. Elrond, à toi.
-Heure du décès : …euh… dans l'après-midi. Cause du décès : leçon de cuisine. Une minute de silence en souvenir de ce brave squelette qui nous a quitté si prémarétu… prétarum… si vite.
-…On va l'enterrer, maintenant, le kletette ?
-Squelette, Thranduil.
-Slekette.
-…C'est presque ça. »
OoOoOoOoO
…Comme l'a dit Morgane-Norval, il est inutile de chercher de qui tiennent Elladan et Elrohir. Je crois que c'est assez explicite. ^.^' Sinon, je me suis étonnée moi-même en réussissant à écrire 13 pages words sur ce truc totalement inintéressant. Oui, je sais, ce texte est incroyablement long comparé à son intérêt. Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit un truc qui traîne autant en longueur alors qu'il ne s'y passe rien. Peut-être parce que j'aime bien mettre en scène des enfants faisant des bêtises… Allez savoir. Nat a ses raisons que la raison ignore…
Ps : Gladellon signifie grosso-modo Elfe-bois. Et Peredhil n'est pas une faute de frappe, c'est le pluriel de Peredhel (qui signifie semi-Elfe). Enfin, je crois. Si je me trompe, dites-le moi.
Et petit épilogue pour la forme, après le sermon et la punition d'usage par les adultes :
OoOoO
« …Dis, Elrond ?
-Quoi, encore ?
-Si le machin que je voulais mettre dans mon feu d'artifice, c'était vraiment du lait…
-…Oui ?
-Alors le truc qu'on a mis dans les crêpes, c'était quoi ?
-…Euh… »
