Auteur : Natanael. Oui, j'aime les Elfes. Surtout Elrond et Thranduil. "C'est bien ça le problème", vous diront-ils.

Disclaimer : Tous les personnages cités ci-dessous et le monde dans lequel ils évoluent sont la propriété exclusive du grand maître Tolkien. Je ne suis qu'une admiratrice lambda, et une massacreuse de réputation de personnages à mes heures perdues.

Warning : Ben… Pour ceux qui connaissent l'auteur, ils savent à quoi s'attendre. Les autres… Ils le découvriront bien assez vite. Sachez qu'il est encore temps de fuir si vous tenez à l'image dorée de vos héros.

Note :

/!\ CECI N'EST TOUJOURS PAS UN NOUVEAU CHAPITRE ! /!\

C'est juste la suite du texte précédent. Le nouveau chapitre viendra la semaine prochaine.

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Les cachots

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Les quatre enfants ne bougèrent pas, comme cloués sur le palier, s'interrogeant brusquement sur la nécessité existentielle de visiter les cachots –sûrement morbides– du palais de Gil-galad. Elros fut le premier à se secouer, rejetant d'un mouvement d'épaules ces questions contre-productives.

« Bon. Fit-il d'un ton décidé. Puisqu'on en est là, autant y aller. »

Et il s'engagea résolument dans l'escalier à la suite de leur gardien. Resté en arrière, le petit Thranduil le regarda disparaître en frottant d'une main son nain contre sa joue. Puis il se tourna vers sa cousine et lui tendit sa main libre avec un sourire candide.

« Tu viens, 'Rían ? Ça peut être chouette !

-Oh, oui ! Certifia Elrond d'un ton un peu acide. Et avec un peu de chance, nous découvrirons les restes dévorés par les rats d'un pauvre gars oublié là depuis des lustres…

-C'est quoi dèlustre ?

-Tu… tu crois ? » Frissonna Celebrían en saisissant la main de son petit cousin.

Elrond haussa les épaules en signe d'ignorance –ou de désintérêt total– et descendit à son tour vers les cachots. Les deux Sindar le suivirent sans prendre le temps d'hésiter, craignant autant de descendre dans les prisons que de rester seuls devant l'ouverture obscure et béante des escaliers. Après une descente qui leur parut aussi longue qu'un repas diplomatique avec Gil-galad, les quatre enfants débouchèrent sur un sombre boyau, bordé sur la gauche d'une rangée de torches fumantes accrochées à un mur d'une couleur douteuse et sur la droite d'une rangée de petites cellules garnies de grilles de fer et de menottes enchaînées au mur. Sur le sol de terre battue, d'une régularité peu satisfaisante, de larges flaques d'une eau boueuse dessinaient d'étranges motifs, aux allures parfois trop suggestives. Aucun son ne se faisait entendre, hormis l'agaçant écoulement de l'humidité suintant du plafond. Celebrían s'agrippa à la petite main de Thranduil, qui observait avec une curiosité perplexe les menottes enchaînées au mur. Elrond se recula d'un pas et remonta sur la première marche de l'escalier pour éviter les gouttes qui tombaient du plafond. Elros pour sa part étudiait les lieux d'un air de connaisseur.

« J'aime bien les petites moisissures dans les angles des cellules. Déclara-t-il d'un ton excessivement détaché. Ça donne un petit côté…

-Glauque. Souffla Elrond.

-Non, pas vraiment. Je dirai plutôt que ça donne envie de quitter l'endroit un peu précipitamment.

-C'est glauque et ça donne envie de fuir à toutes jambes. Insista le cadet des jumeaux.

-En marchant ! Rectifia Elros en foudroyant son frère du regard.

-En courant ! » Appuya Elrond en lui rendant son regard meurtrier.

Erestor se racla la gorge, espérant rappeler leur récente promesse de paix fraternelle aux fils d'Elwing. Les deux garçons sursautèrent et Elros se rapprocha aussitôt de son double, deux sourires angéliques plaqués sur leurs visages. Satisfait, Erestor se détourna d'eux, sans remarquer les grimaces lourdes de sous-entendus que s'échangeaient à présent les semi-elfes. L'adolescent jeta un bref regard au plafond après qu'une goutte d'une eau probablement impropre à la consommation se soit écrasée près de ses chaussures, puis annonça :

« Bien. Vous avez donc vu à quoi ressemblent les cachots. Qu'en pensez-vous ?

-Ils font peur… Répondit la petite Celebrían en frissonnant.

-Tout à fait inesthétique. Ajouta Elrond.

-Et franchement affreux ! Lança Elros.

-…C'est ce que je viens de dire, El'.

-Je veux enterrer mon nain, moi.

-Tiens, ça faisait longtemps… » Commentèrent les frères Noldor du même ton sarcastique.

Le petit Thranduil leur tira la langue. Erestor soupira, de toute évidence désespéré par le manque de retenu des enfants dont il avait la charge. Il secoua la tête et reprit :

« Et maintenant que vous avez vu les cachots, conformément à notre accord, nous allons remonter et retourner dans la nurserie où vous recommencerez à jouer gentiment. …Et oui, Thranduil pourra enterrer son nain. »

Le sourire du tout-petit devint radieux. Du même mouvement, les trois garçonnets se tournèrent docilement vers l'escalier, mais Celebrían les rappela soudain.

« Ah non ! S'exclama-t-elle, à la surprise générale. Ça ne fait pas encore dix minutes, on reste là ! »

Erestor, Thranduil et les jumeaux échangèrent des regards étonnés par son comportement inhabituel et atterrés à l'idée de rester plus longtemps dans un lieu aussi sinistre.

« Mais je croyais que tu avais peur des cachots ? Tenta Erestor, espérant décider la fillette à partir.

-Oui, mais j'aime bien avoir peur quand il y a des grands avec moi. Répondit doucement la petite fille. Et puis, tu as promis qu'on resterait dix minutes. Est-ce qu'on peut visiter les cachots ? S'il te plaît, Erestor ? »

Celebrían adressa de nouveau son irrésistible regard implorant au jeune elfe et celui-ci soupira une fois de plus, désarmé.

« Bon. Mais rapidement, alors. »

L'ampleur de la gratitude de la fille de Celeborn n'eut d'égal que la largeur de son sourire. Erestor tourna les talons et s'éloigna dans le boyau après avoir fait signe aux enfants de le suivre, en prenant garde à ne pas marcher dans les flaques de boue. La petite elfe trottina à sa suite, tirant derrière elle un Thranduil à la mine boudeuse. Sans doute le bébé blond aurait-il préféré pouvoir enfin enterrer son Nain. Elrond, toujours debout sur sa marche d'escalier, observa d'un œil maussade le sol inégal et humide de l'étroit couloir. Elros le regarda avec un demi-sourire et prit doucement sa main dans la sienne.

« Tu viens, Elie. Je suis là. »

Elrond ne lui répondit que par un regard encore plus noir que d'ordinaire. Il descendit toutefois de sa marche et avança lentement dans le couloir, faisant attention à ne pas mettre les pieds dans les rigoles d'eau sombre. Les deux frères marchèrent côte à côte sans se lâcher, essayant de rattraper Erestor et les cousins Sindar.

« Elie ?

-Quoi ?

-T'as peur.

-…Non.

-Si. T'as peur. Je le sens.

-…

-Elie ?

-Tais-toi, El'. »

Un léger ricanement échappa à Elros. Moins d'une minute plus tard, les deux garçons avaient rattrapé leurs amis et le petit groupe se trouva être de nouveau au complet. Après quelques instants de marche silencieuse ponctuée par le flic-floc des gouttes tombant du plafond, l'aîné des sang-mêlés se décida à poser une question qui lui trottait dans la tête depuis qu'il avait mis les pieds dans les prisons.

« Dis, Erestor ? Interrogea-t-il. A quoi ils servent, les cachots ?

-A emprisonner les gens. Répondit l'elfe aux cheveux noirs sur le ton de l'évidence. A quoi d'autre veux-tu qu'ils servent ?

-Alors pourquoi est-ce qu'il n'y a personne dedans ? Demanda Celebrían d'une petite voix, redoutant la réponse qu'elle pourrait obtenir.

-Parce que nous n'avons personne à emprisonner pour le moment, tout simplement. Rétorqua Erestor en haussant les épaules. D'autres questions ?

-Erestor ? Appela alors Elrond. Est-ce qu'il y a déjà eu des gens enfermés dans ces cachots ? »

L'adolescent ouvrit la bouche pour lui répondre, mais aucun son n'en sortit et il ne la referma pas. Le jeune garçon s'immobilisa, réfléchissant à la question du métis. La voix fluette d'Elrond s'éleva de nouveau, un peu solennelle dans le silence gris de la prison.

« Parce que, si on y réfléchit… Les elfes, c'est nous. On ne s'enferme pas nous-mêmes dans des cachots, ce serait idiot. Les hommes, c'est nos alliés. Eux non plus, on ne peut pas les enfermer dans les cachots, ce serait doublement idiot. Et les orcs… C'est des orcs. On les tue, on ne les enferme pas dans des cachots. Ça, ce serait carrément stupide. Donc Elros pose la question : à quoi servent les cachots ? »

Erestor ne répondit pas tout de suite. Il s'abîma dans une profonde réflexion durant quelques instants avant de secouer la tête.

« Je… demanderai à Ereinion dès ce soir. On retourne dans la nurserie, maintenant ? »

Les enfants acquiescèrent en silence et le petit groupe fit demi-tour. Ils marchèrent sans un mot vers les escaliers et les avaient déjà presque atteints lorsque Elros s'autorisa un dernier commentaire.

« Elles sont quand même vraiment petites, ces cellules. Je suis certain qu'on ne peut pas entrer tous dedans.

-Tous les cinq, non. Evalua son cadet. Mais sans Erestor, on peut. »

Elros lui renvoya un regard incrédule.

« T'es sûr ?

-Sûr. Affirma Elrond sans l'ombre d'une hésitation.

-Je crois pas, moi.

-Elros, j'ai raison. Alors si je te dis qu'on peut y tenir tous les quatre, c'est qu'on peut y tenir tous les quatre.

-On parie ? »

Les deux frères échangèrent un regard de défi. Et avant qu'Erestor ne puisse dire ni faire quoi que ce soit, Elros ordonna en désignant la cellule la plus proche :

« Thranduil, entre là-dedans. »

Le tout-petit eut une expression horrifiée et se cacha à demi derrière la robe noire d'Erestor.

« Je veux pas ! Geignit-il. Et pourquoi moi, d'abord ?

-Parce que tu es le fils d'Oropher, et blond, et petit, et insignifiant. Riposta tout naturellement Elros, appuyé par un hochement de tête de son jumeau. Tu entres, maintenant ? Celebrían aussi, s'il te plaît. »

Le bambin secoua énergiquement la tête de gauche à droite, et Elros fronça les sourcils. Il s'avança vers le petit elfe avec l'intention évidente de l'empoigner par sa tunique pour le balancer dans la cellule sans autre forme de procès. L'espace d'une seconde, Erestor envisagea sérieusement d'intervenir et de menacer tout le monde de privation de dessert si les choses venaient à mal tourner, mais Celebrían fut plus rapide que lui. Elle tira son cousin par la main en direction de la minuscule prison grillagée.

« Viens, Thranduil. Plus vite on saura si oui ou non on tient tous dans cette cellule, plus vite on partira d'ici. Et plus vite tu pourras enterrer ton nain. »

Le dernier argument avancé par la fillette dû faire mouche, parce que le bébé sinda ne songea même plus à protester. Il entra docilement dans la cellule et alla s'asseoir près des menottes qui traînaient sur le sol, dos au mur suintant. La fille de Galadriel le rejoignit, aussitôt imitée par Elrond. Le garçon brun étudia un instant la porte de la cellule, qui s'ouvrait vers l'intérieur, avant de faire remarquer :

« Elle va gêner.

-Je vais la fermer. Répondit son frère. Pousse-toi, j'arrive ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. L'aîné des Peredhil se glissa à son tour dans la petite cellule, piétinant allègrement les pieds de son jumeau au passage, et referma la porte dans un grincement sinistre. Les quatre enfants se tenant tous dans la petite prison, il fut alors forcé de constater d'une voix ennuyée :

« Ah. Tu avais raison…

-Elros. J'ai toujours raison. Répliqua Elrond.

-On sort, maintenant ? Proposa Celebrían. Je me sens serrée, ici !

-Oui, oui, tout de suite… »

Elros tendit le bras pour attirer la porte de la cellule et l'ouvrir, mais celle-ci ne bougea pas. Le semi-elfe insista, la porte résista. Derrière lui, les trois autres commençaient à s'impatienter. Pris d'une brusque angoisse, le garçonnet se mit à crier :

« Erestor ! J'arrive pas à ouvrir ! »

Aussitôt, l'adolescent bondit sur la grille pour tenter de faire jouer la serrure. Il s'y escrima pendant plusieurs minutes. Mais il eut beau tirer, pousser, menacer et supplier, celle-ci refusa de s'ouvrir.

« C'est fermé… » Murmura-t-il.

Et tous comprirent ce que cela signifiait : les quatre enfants étaient prisonniers des sinistres cachots du palais de Gil-galad. Immédiatement, ils se mirent à pleurer, hurler et appeler au secours. Erestor se recula de deux pas et agita les mains, essayant d'avoir l'air apaisant malgré l'inquiétude lisible dans ses prunelles sombres.

« Attendez, attendez ! S'exclama-t-il. Pas de panique ! Arrêtez tout ! SILEEENCE ! »

Dans un dernier hoquet, les sanglots des petits cessèrent.

« Il y a forcément une clé quelque part. Je vais aller la chercher. Dans le pire des cas je la demanderai à Ereinion, mais je ne vous laisserai pas moisir ici. C'est compris ? Alors vous attendez sagement que je revienne. Je ne serai pas long. Attendez. Je reviens dans un instant. »

Et sans attendre de réponse, le jeune garçon s'élança vers l'escalier dans un tourbillon de robes noires et disparut à la vue des enfants. Lorsque le bruit de ses pas précipités se fut évanoui, Celebrían se remit à pleurer doucement. Elrond attrapa sa main et la serra, espérant consoler un peu son amie, tout en retenant ses propres larmes pour essayer de paraître fort et courageux.

« C'est ta faute. Renifla-t-il en accusant son frère du regard.

-Ma faute ? S'étrangla Elros. Pourquoi ma faute ?

-Parce que c'est toi qui as voulu venir ici ! S'énerva son cadet. C'est toi qui m'as fait visiter ces maudits cachots ! C'est toi qui as parlé de la taille des cellules ! C'est toi qui as voulu vérifier si ce que je disais était vrai ! C'est toi qui as fermé la porte de la grille ! Et… Et… ET PARCE QUE C'EST TOUJOURS TA FAUTE ! ! ! »

Elros ouvrit la bouche pour lui répliquer quelque chose de peu avenant, mais un brusque claquement métallique lui coupa la parole. D'un même mouvement, Celebrían et les jumeaux se tournèrent vers le fond de la cellule, d'où était venu le bruit. Ils purent y voir le petit Thranduil riant aux éclats et s'applaudissant lui-même, visiblement très fier de sa nouvelle trouvaille. Prisonnière d'une des menottes qui lui enserrait à présent la taille, la poupée-nain du petit elfe se trouvait désormais enchaînée au mur. Les trois autres enfants haussèrent un même sourcil interrogateur.

« Au cachot, le nain ! » Leur expliqua le blondinet tout sourire.

Ses trois aînés échangèrent un regard désabusé.

« J'espère que ça va lui passer… Vous croyez qu'il changera en grandissant ? Demanda Celebrían à voix basse.

-Je crois surtout qu'il a finalement trouvé une utilité aux cachots. » Fit remarquer Elros, toujours pragmatique.

Elrond hocha la tête sous les gloussements ravis du bébé sinda.

« Il va vraiment falloir qu'on lui supprime cette poupée-nain… »

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Fin du repost ! Le prochain chapitre sera le nouveau. Mercredi si j'ai le temps, samedi si je ne l'ai pas eu. A bientôt !