Auteur : Natanael. Oui, j'aime les Elfes. "C'est bien ça le problème", vous diront-ils.

Disclaimer : Tous les personnages cités ci-dessous et le monde dans lequel ils évoluent sont la propriété exclusive du grand maître Tolkien. Je ne suis qu'une admiratrice lambda, et une massacreuse de réputation de personnages à mes heures perdues.

Warnings : Ben… Pour ceux qui connaissent l'auteur, ils savent à quoi s'attendre. Les autres… Ils le découvriront bien assez vite, je le crains.

Note : Ça y est, c'est enfin un nouveau chapitre !

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Les cachots

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Erestor se tenait devant les grandes portes de la salle du Conseil, les mains agitées de tics nerveux, les cheveux en bataille et l'œil hagard. Il avait cherché partout.

Il avait commencé par se renseigner, sans préciser la raison de sa requête, auprès du capitaine de la garde. Ce dernier lui avait simplement répondu que si les clés des différentes cellules des cachots ne se trouvaient pas sur les serrures, ce devait être parce que Gil-Galad les avait prises pour une raison quelconque. Lui, du moins, n'en avait pas eu l'usage depuis des années et n'avait pas d'autre idée quant à leur emplacement actuel. Puis il lui avait aimablement signifié qu'il avait des recrues à entraîner et que l'heure n'était plus aux questionnements existentiels de ce genre.

Cette réponse n'avait pas du tout arrangé la situation de l'adolescent. Préférant retarder autant que possible la confrontation avec le Haut-roi, Erestor avait, après moult hésitations, pris la décision de s'introduire en douce dans les appartements de son suzerain. Le jeune noldo profita donc de ce que le souverain des elfes siégeât à un interminable conseil avec les autres grands seigneurs de la cité pour se glisser furtivement dans ses chambres, bien qu'il n'y fut pas autorisé. Mais il avait eu beau fouiller, fouiller et re-fouiller tous les endroits susceptibles d'accueillir une clé (et même des endroits beaucoup moins susceptibles d'en accueillir), il lui avait fallu se rendre à l'évidence : la clé du cachot n'était pas là.

Le jeune elfe brun était ressorti des appartements de Gil-galad sans se faire pincer par un domestique et il s'était écroulé contre le mur, la tête entre les mains. Puisqu'il n'avait pas pu trouver les clés de la cellule chez le roi, ni dans le poste de garde… il ne lui restait plus que trois options. Soit il se résignait à interrompre le conseil, soit il demandait l'aide de Celebrimbor le forgeron pour décrocher la grille, soit il l'arrachait lui-même. Comme il n'était pas particulièrement robuste, cette troisième option n'était même pas à prendre en compte. Quant à Celebrimbor… Erestor n'avait jamais vraiment compris sur quel pied il fallait danser avec le petit-fils de Fëanor, et il devait bien avouer que le solide forgeron l'impressionnait beaucoup. …Trop. …Beaucoup trop. Restait donc l'interruption du conseil des grands seigneurs de la cité. Ce qui n'était pas vraiment une option valide en soit. Surtout si c'était pour expliquer que les enfants liés à la moitié des seigneurs en question se trouvaient présentement enfermés dans un cachot.

Pendant quelques instants, Erestor avait très sérieusement envisagé de fuir le château par une fenêtre, d'abandonner ses études et son travail, et de quitter la ville le plus discrètement possible. Mieux vaudrait être très loin lorsque Galadriel et Oropher découvriraient le sort de leur progéniture. L'adolescent avait rapidement estimé ses chances de survivre seul dans la nature sauvage. Peut-être que les elfes sylvestres accepteraient de l'héberger le temps que les choses se calment par ici… Mais, hélas, ce projet était tout bonnement irréalisable.

Avec un soupir, le sombre noldo s'était remis sur ses pieds. Il s'était dirigé d'un pas nerveux vers la salle du Conseil de Gil-galad, résolu à interrompre cette importante réunion. Quitte à subir tôt ou tard les foudres de ses employeurs, il ne pouvait décemment pas laisser les enfants croupir dans cet affreux cachot, aussi insupportables et désobéissants qu'ils pouvaient être.

… Et si cette fois-ci il ne perdait pas son emploi, il s'engageait solennellement à donner chaque mois un vingtième de son salaire en offrande à Illuvatar.

A présent, Erestor se trouvait donc planté devant les grandes portes de la salle du Conseil. Il inspira et expira profondément plusieurs fois, essuya ses mains moites sur sa robe noire et entreprit de se recoiffer un peu –autant pour se donner une apparence convenable que pour retarder l'échéance. Enfin, il se décida à frapper à la porte. Ses trois coups secs résonnèrent bruyamment et, très vite, la voix étouffée du Haut-roi l'enjoignit à pénétrer dans la pièce. Malgré sa gêne grandissante, le jeune garçon s'exécuta sans attendre.

Ils étaient tous là, ou peu s'en fallait. Galadriel et Celeborn, Círdan le charpentier et Athanael le guérisseur, quelques autres seigneurs et dames qu'Erestor connaissait vaguement de vue et qu'il savait liés aux aspects financiers, artisanaux et commerciaux de la cité, Oropher et Gil-galad… Seul manquait Celebrimbor, mais comme il n'était réellement affilié à aucun des enfants, ce n'était qu'une piètre consolation. Et tout ce beau monde le fixait comme s'il venait de… eh bien, comme s'il venait d'interrompre un conseil au sommet de la plus haute importance. Ce qui se rapprochait d'ailleurs plus ou moins de la réalité des faits.

De plus en plus mal à l'aise, l'adolescent se retint de déglutir et se redressa, encore plus pincé que d'ordinaire. Il ne savait pas du tout comment aborder de façon diplomatique la question de cette fichue clé de cellule. Et le silence jeté par son arrivée impromptue s'éternisa. Heureusement, le gentil Athanael remarqua son trouble et eut la délicatesse de voler à son secours.

« Erestor ? Appela le maître des maisons de guérison. Aurais-tu un problème ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire pour toi ? »

L'interpellé hocha la tête avec raideur. Il gratifia le guérisseur d'un demi sourire avant de se tourner vers Gil-galad.

« Majesté, si je puis me permettre d'interrompre un instant votre réunion… »

Le noldo souverain lui fit un signe de la main, souriant d'un air affable. Il avait l'air d'être d'excellente humeur. C'était un avantage.

« J'étais précisément en train de songer que nous pourrions peut-être prendre une pause dans nos discussions, et tu es l'excuse qu'il me fallait. Tu arrives à point nommé, mon garçon. Dis-moi : que veux-tu donc ? »

Erestor se crispa imperceptiblement. Il y était, à présent.

« Seulement la permission d'obtenir la clé de la deuxième cellule des cachots, majesté. » Répondit poliment le sombre garçon.

Quelques uns des nobles présents échangèrent des regards étonnés ou agacés, et quelques mots furent murmurés. Galadriel darda un regard inquisiteur sur le visage inexpressif du plus jeune elfe. Mais Gil-galad haussa un sourcil amusé et glissa une phrase à l'oreille de Círdan, son voisin, qui approuva avec le sourire. Et le roi de se tourner à nouveau vers le gardien des elflings pour plaisanter :

« Les clés sont toutes sur les serrures des cellules, mon garçon, et tu es tout à fait autorisé à y enfermer un des monstres dont tu as la charge. A dire vrai, tu as même ma bénédiction. »

Si Celeborn leva les yeux au plafond et si Athanael et Galadriel se contentèrent d'un sourire réjoui, les autres adultes s'esclaffèrent tous bruyamment. Le malheureux Erestor grimaça un rictus poli et nerveux qui aurait pu passer pour un sourire s'il n'avait pas semblé si rigide.

« Elle n'y est pas, majesté. Fit l'adolescent, assez fort pour couvrir l'hilarité des nobles. Je veux dire, la clé. »

Les rires décrurent, et les oreilles se tendirent. Gil-galad ne se départit pas de son air ravi.

« Ah ? Le capitaine doit l'avoir prise. Vas lui demander.

-J'y suis déjà allé, il m'a dit que vous deviez l'avoir.

-Ce serait étonnant. Je ne crois pas avoir mis les pieds dans les cachots depuis des années. Contra le roi. Es-tu sûr qu'elle n'est pas sur la serrure ?

-Sûr et certain, majesté. Affirma Erestor.

-Voilà qui est embêtant… »

Le Haut-roi des elfes se départit de son sourire pour une expression pensive. Il réfléchit durant quelques secondes dans un silence redevenu total. Et, soudain, il fronça les sourcils.

« Erestor ? Pourquoi as-tu besoin de cette clé ?

-C'est-à-dire que… »

Il hésita. Galadriel se dressa tout à coup, prise d'une brusque angoisse.

« Erestor, où sont les enfants ? »

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« Mais aïïïïe ! Couina la voix d'Elros.

-Mais n'insiste pas, tu vas te faire mal ! » Lui répondit celle de son frère.

Debout tout près de la porte de la cellule, Elrond regardait son jumeau d'un air consterné. Il tenait toujours la main de Celebrían et caressait machinalement de son pouce les doigts de la petite fille effrayée, qui avait recommencé à sangloter. Assis par terre contre le mur, Thranduil pleurait parce que Celebrían pleurait. Quant à Elros…

« Je t'avais dit que ça passait pas. Reprit le cadet des Peredhil. Pourquoi tu ne m'écoutes jamais ?

-Mais j'ai écouté ! Je voulais juste voir si tu avais raison… »

…Elros s'était coincé la tête entre les barreaux de sa cellule en essayant vainement de passer à travers.

« Elros, j'ai toujours raison.

-…Ça va, j'ai compris. »

Elrond s'apprêta à ajouter un commentaire sarcastique sur la position ridicule de son double, mais une bruyante cavalcade retentissant dans l'escalier lui coupa la parole. Sous les yeux ébahis des enfants, Celeborn et Galadriel jaillirent du colimaçon en dévalant les marches quatre à quatre, l'air dévorés d'anxiété. Le vieux Círdan les suivait de près et ne put retenir un large sourire en découvrant les garnements royaux enfermés dans leur minuscule cellule de prison. Venaient ensuite Oropher qui rongeait son frein autant qu'il lui était possible et Athanael qui se massait les tempes. Gil-galad fermait la marche, tenant par l'oreille un Erestor on ne pouvait plus déconfit.

Dès qu'elle vit ses parents, Celebrían lâcha la main d'Elrond et se jeta sur la grille, de grosses larmes inondant ses joues roses.

« Nana ! Ada ! » Larmoya la fillette en tendant les bras à travers les barreaux.

Aussitôt, Galadriel s'agenouilla sur le sol à la propreté douteuse pour serrer sa fille contre elle et la rassurer, fusse à travers une grille de cachot. Il fallut plusieurs minutes à la belle dame des noldor pour apaiser la petite et lui faire sécher ses larmes. Durant ce temps, Thranduil avait lui aussi calmé ses pleurs : terré au fin fond de sa prison, le bambin surveillait attentivement les allées et venues de son père devant la rangée de cellules et fronçait ses sourcils blonds à chacun des gestes énervés de son géniteur. De son côté, Gil-galad avait consentit à libérer l'oreille rougie du malheureux Erestor et s'occupait à présent à le sermonner vertement, pour le grand plaisir d'un Círdan à deux doigts de l'hilarité. Celeborn et Athanael, pour leur part, demeuraient perplexes devant la situation pour le moins… inattendue d'Elros. La tête toujours bloquée entre deux barreaux, le garçonnet tenta de leur expliquer comment il en était arrivé là.

« Mais y'avait rien à faire, ici, et moi je commençais à m'embêter vraiment ! Et puis on se marchait sur les pieds avec Elrond, et Celebrían avait peur et Thranduil pleurait pour rien, argumenta le fils d'Elwing en agitant les mains. Alors j'ai eu l'idée de me glisser entre les barreaux pour sortir et aller aider Erestor à trouver la clé. J'avais pas pensé que j'allais rester coincé comme ça ! »

Elrond adressa un regard blasé à Celeborn.

« Je lui ai dit qu'il n'allait pas passer. Mais il m'écoute jamais, cet idiot.

-Voyons, Elrond, fit le prince sinda d'un air sévère, tu ne dois pas dire…

-Idiot toi-même ! » Clama Elros en lui coupant fort impoliment la parole.

Et il tenta à tâtons de décocher un coup de pied à son frère, mais ce dernier esquiva l'attaque. Athanael dût intervenir en réclamant un minimum de retenue de la part des deux garçons, et ceux-ci se rappelèrent soudain leur promesse de paix fraternelle à Erestor. Heureusement, l'adolescent était trop occupé à se faire tancer par le Haut-roi pour leur accorder la moindre attention, et leur écart de conduite passa inaperçu.

Enfin, le souverain des elfes se désintéressa du jeune garçon aux robes noires et s'intéressa un peu plus aux enfants emprisonnés. Sa première idée fut d'essayer les clés des autres cellules, mais la tentative se révéla peu concluante : dès les premières clés testées, Oropher s'aperçut que chaque serrure était unique.

« Quelle idée de faire des clés différentes pour chaque cellule ! Pesta le Haut-roi.

-C'est pratique dans la mesure où ça permet d'éviter les évasions de masse. » Lui répondit Oropher en remettant les clés inutiles sur leurs serrures d'origine.

Le vieux Círdan caressa sa barbe blanche et haussa un sourcil amusé.

« Ah, connaisseur ? » Lui lança-t-il.

Le seigneur sinda ne daigna pas lui répondre. Tous deux inspectèrent avec attention les gonds de la porte grillagée et tentèrent de la soulever. Ils forcèrent même avec un levier pour faire contrepoids, mais elle ne bougea pas d'un pouce et il leur fallut bien vite se rendre à l'évidence : démonter la cellule à mains nues était tout simplement impossible. Elrond, qui avait observé leurs différentes tentatives, choisit cet instant précis pour faire preuve d'optimisme en demandant :

« On est bloqués à mort, c'est ça ? »

Le menton de Celebrían se remit à trembler et les larmes perlèrent à nouveau au coin de ses yeux clairs. Galadriel afficha aussitôt un sourire confiant, assurant qu'ils allaient très vite trouver une solution. Et Celeborn attira l'attention d'Elrond sur son maladroit jumeau, dont il tentait de décoincer la tête avec l'aide d'Athanael. Et tandis qu'Elros piaillait qu'il avait mal au cou et qu'il fallait faire attention à ses oreilles, Gil-galad, Oropher et Círdan réfléchissaient à un moyen rapide d'ouvrir cette maudite porte de cellule. Finalement, ils envoyèrent Erestor quérir le forgeron Celebrimbor pour que celui-ci évalue la situation –avec un peu de chance, il pourrait même trouver une solution satisfaisante.

La demie heure qui s'écoula entre le moment où Erestor s'engagea en courant dans l'escalier et celui où il redescendit ce même escalier en compagnie du forgeron, si elle mît à rude épreuve les nerfs de la petite Celebrían et ceux de la plupart des adultes présents, eut au moins l'avantage de laisser à Celeborn, Athanael et Elrond assez de temps pour décoincer la tête d'Elros de ses barreaux. Le fait qu'ils furent parvenus à le faire sans lui arracher les oreilles leur valut les remerciements expansifs du garçonnet. Il alla même jusqu'à planter un baiser sur la joue de son jumeau.

L'arrivée de Celebrimbor fut presque aussi remarquable que celle des autres grands seigneurs. Le petit-fils de Fëanor avait visiblement suivi Erestor de très mauvaise grâce, s'il fallait en croire ses bougonnements mécontents à propos d'une interruption d'un travail urgent. Mais il ne tarda pas à se dérider. A vrai dire, il éclata même de rire en découvrant les quatre terreurs de la cité elfique enfermées dans leur minuscule cellule. Et lorsque Gil-galad eut finit de lui raconter toute l'histoire, il se tourna vers Erestor pour le féliciter chaudement. Le sombre jeune noldo, d'ordinaire impassible, s'en trouva si gêné qu'il ne savait plus où se mettre. Le prenant en pitié, Athanael lui proposa d'aller lui chercher une bonne tisane pour le remettre de ses émotions. Le Haut-roi n'émettant aucune objection, le guérisseur disparut dans l'escalier.

Après son départ, Celebrimbor étudia pensivement les barreaux de la cellule. Il fit claquer sa langue, secoua la tête et déclara :

« L'artisan qui a conçu ces cachots devait être talentueux. C'est de l'excellent travail, vraiment. Mais je ne vais rien pouvoir faire pour vous.

-Tu veux juste nous laisser moisir ici, c'est ça ? Soupira Elros, l'air exagérément déprimé.

-Exactement.

-Eh, il blaguait ! Se récria Elrond

-Moi aussi. Plus sérieusement, ce sont des nains qui ont forgé ces cellules. J'ignore quels sortilèges ils ont utilisé lors de leur conception et je n'ai pas suffisamment étudié leur art pour être certain de pouvoir les reconnaître. Il serait plus prudent de faire appel à des forgerons de leur peuple pour les défaire. »

A ces mots, Gil-galad se prit la tête dans les mains et Oropher le foudroya du regard.

« Forgées par des nains, ces cellules ? De mieux en mieux… »

Tandis que Gil-galad rétorquait qu'il engageait qui il pouvait et que Celeborn tentait d'arrondir les angles, Galadriel se redressa. La belle dame épousseta sa robe à présent souillée et prit les choses en main. Laissant son époux calmer les agitations de son parent aux tendances racistes, elle remercia Celebrimbor et chargea Círdan de leur trouver, quelque part dans la cité, un artisan nain capable de libérer les enfants. Ce ne fut qu'une fois les deux elfes partis qu'elle remarqua les regards peu convaincus de sa fille et des jumeaux.

« Ça ne va pas marcher, Nana. Souffla tristement Celebrían en secouant la tête, faisant valser ses mèches argentées.

-Mais si, ma chérie, tout ira bien.

-Non, insista Elros, ça peut pas marcher bien. »

La grande elfe noldo considéra les trois enfants et leurs mines défaites.

« Pourquoi me dites-vous que cela ne marchera pas, mes agneaux ? S'enquit-elle.

-Le nain ne voudra jamais travailler pour nous. L'informa Elrond d'un ton docte.

-Et pourquoi donc ?

-Ben… »

Le garçon se décala, Elros se colla aux barreaux et Celebrían aussi recula un peu, libérant la vue derrière eux jusqu'au mur. Mur au pied duquel Thranduil, assis à même le sol, pouponnait sa poupée-nain éborgnée et mutilée en chantonnant. Poupée-nain, par ailleurs, toujours menottée.

« …Ah. » Fit simplement Galadriel.

Derrière elle, Gil-galad et Celeborn entreprirent de se lamenter sur la catastrophe diplomatique majeure qui commençait à se profiler à l'horizon. Oropher se contenta de se frapper le front contre les barreaux en se demandant ce que par Mandos il avait bien pu faire à Illuvatar pour écoper d'un pareil rejeton.

« Il faut libérer cette poupée et la cacher avant l'arrivée de l'artisan nain, soupira enfin Celeborn. Où sont les clés des menottes ?

-Aucune idée, répondit Gil-galad. Peut-être dans le poste de garde, mais rien n'est moins sûr.

-Nous devons absolument trouver la clé de ce nain. Ou demander à Celebrimbor de détruire cette menotte.

-Il ne pourra pas, la porte de la cellule est fermée.

-Nom d'un Balrog, vous commencez à m'échauffer les oreilles avec vos nains et votre cellule de Morgoth !

-Oropher, surveillez votre langage, les enfants écoutent ! »

Les jumeaux, qui écoutaient effectivement, hochèrent la tête de concert. Celebrían, elle, s'était plaqué les mains sur ses oreilles (elle détestait quand son oncle s'énervait). Le petit Thranduil, qui avait lui aussi prêté attention à l'échange, se leva alors tout sourire.

« Mais moi je l'ai, la clé du nain ! »

Tous les regards se tournèrent vers le bébé sinda qui brandissait une clé rouillée.

« De quoi ? Questionna Elros.

-Elle était par terre à côté, j'étais assis dessus ! »

Les sourcils d'Oropher se froncèrent tellement qu'ils manquèrent de se rencontrer au dessus de son nez.

« Vous auriez pu le dire plus tôt, Thranduil !

-Mais non, il était au cachot, le nain ! S'entêta le blondinet.

-Thranduil Lasgalen ! Vous…

-Il est petit, il joue, intervint Galadriel. Mais à présent le jeu est terminé, et il va gentiment délivrer son nain, n'est-ce pas Thranduil ?

-Oui ! »

Le tout-petit s'accroupit devant son nain menotté et essaya d'introduire la clé dans la serrure. Mais il n'y parvint pas.

« Elle marche pas, la clé. Lança-t-il. Il reste au cachot, mon nain.

-Attends. »

Celebrían alla le rejoindre et tenta elle aussi d'ouvrir la menotte. Mais sans plus de succès que son jeune cousin.

« La clé est trop grosse, elle n'entre pas dans la menotte, informa-t-elle les adultes.

-Tu veux que j'essaye aussi ? Proposa Elros.

-Nan, toi, tu vas la casser. L'arrêta Elrond. Et puis 'Rían vient de dire que la clé est trop grosse pour… »

Le cadet des semi-elfes s'interrompit. Il regarda la clé avec plus d'attention. Il demanda :

« Mais, vous êtes sûrs que c'est la clé du nain, ça ? »

Erestor, qui s'était jusque là fait très discret, fut le premier à comprendre. Il tendit la main à travers les barreaux.

« Celebrían, donne-moi cette clé. Elros, Elrond, reculez-vous. »

Le gardien des enfants fit entrer la clé rouillée dans la serrure de la cellule. Tous les elfes présents retinrent leur souffle, priant les Valar de leur témoigner un peu de pitié et de… soudain, un cliquetis métallique retentit. Et la porte de la cellule pivota vers l'intérieur, ouverte. Une même exclamation de joie et de victoire s'échappa de toutes les gorges. Le premier, Elros bondit hors de la cellule.

« LIIIIIIBRE, ENFIN ! » Cria-t-il en s'envolant vers les escaliers.

Gil-galad le cueillit au passage. Il le saisit par le bras au moment où Celebrían se jetait dans les bras de sa mère. Elros, coupé dans son élan, leva des yeux étonnés vers son royal cousin.

« Dis donc, jeune homme. Si j'en crois les explications de ce pauvre Erestor, c'est encore toi qui es la cause de tout ce chambardement ?

-Non, eut le culot de répliquer le garnement. C'est Elrond qui…

-Menteur ! Se défendit Elrond en sortant à son tour de la cellule. Gil, c'est lui qui a voulu visiter les cachots ! C'était son idée !

-C'est bien ce que j'avais cru comprendre. Elros, tu me feras le plaisir de te rendre dans votre chambre de méditation et d'y rester jusqu'à l'heure du goûter. Cela te laissera le temps de réfléchir à tes bêtises et leurs conséquences.

-C'est pas juste !

-Et je t'accompagne pour être sûr que tu n'emportes aucun jouet avec toi.

-T'es méchant, Gil ! Je sors d'une prison, et toi, tu veux me jeter dans une autre ! »

Sans prêter attention aux récriminations du jeune métis, Gil-galad l'entraîna dans les escaliers. Celeborn et Galadriel les suivirent, le prince sinda portant sa fille dans ses bras. Elrond et Erestor s'apprêtaient à leur emboîter le pas lorsqu'ils s'aperçurent que Thranduil était resté figé devant la menotte qui retenait sa poupée captive.

« Tu viens, Thranduil ? L'appela Elrond. On s'en va. »

Mais le bébé aux boucles dorées continuait de regarder fixement sa poupée-nain, les larmes aux yeux.

« Bah elle est où, ma clé du nain ? Geignit-il.

-Y'en a pas. On part, viens avec nous.

-Naaaaan ! Couina le tout-petit en tapant du pied par terre. Je veux la clé du nain ! Je veux mon naaaaiiiiin !

-Il suffit, Thranduil. Intervint Oropher. Cessez de vous donner en spectacle et sortons d'ici.

-MON NAAAIIIIN ! »

Le bambin blond refusant de sortir du cachot, son père finit par s'y glisser pour l'attraper et l'en ressortir, hurlant. Ses cris résonnèrent dans l'escalier tandis qu'Oropher en entamait la montée d'un pas rapide, son fils gigotant dans ses bras.

Elrond et Erestor échangèrent un regard perplexe.

« …Je croyais qu'il ne l'aimait pas, cette poupée ? S'étonna l'adolescent.

Le garçonnet haussa une épaule désabusée.

« Oh, tu sais, moi, j'ai renoncé à comprendre. »

OoOoOoOoO

Voilà, voilà.

Oui, je sais, j'avais laissé cette fic de côté pendant trèèèèès longtemps. Mais je n'ai finalement pas pu résister à l'envie d'écrire une suite (d'autant plus qu'elle était prévue depuis des années, en fait). De plus, si tout va bien, il y aura encore un chapitre sur le thème des cachots et de l'emprisonnement des poupées-nains. ^^ Bah oui, on ne peut décemment pas la laisser comme ça, cette pauvre poupée !