Hello!
Avec un peu de retard, voici le chapitre du jour!
Attention, je spoile légèrement donc ne lisez pas si vous aimez les surprises: je suis passée par pas mal d'émotions en écrivant tout ça et j'ai vraiment hésité à modifier toute la suite du scénario pour préserver nos coeurs à tous haha. Mais c'est ainsi que sont les choses; i'm so sorry.
J'en profite pour vous remercier pour votre enthousiasme face au couple Peter/Harry! De base, je voulais seulement qu'ils nouent une amitié ambigüe mais la romance était finalement ce qui leur allait le mieux (et je me serais sentie hypocrite, sinon, de faire miroiter du crush sans jamais rien concrétiser).
Par ailleurs, je suis un peu fatiguée haha donc ne vous étonnez pas si mon rythme ralentit un peu prochainement!
Bonne lecture!
Petit avertissement: on entre dans la partie descendante de notre histoire *pleure*
Les agissements de l'homme en vert tournaient en boucle sur les journaux télévisés. Plusieurs surnoms lui furent attribués, mais celui qui remporta les suffrages fut celui de « Bouffon Vert », en référence à ses accessoires tous droits sortis d'une boutique de Halloween — outre ses grenades-citrouilles, il possédait des boomerangs, des bombes-fantômes et chevauchait un planeur en forme de chauve-souris. Ses objectifs étaient flous ; tout ce qu'on savait de lui, c'était qu'il saccageait des bâtiments de la ville au hasard, et qu'il réclamait à grands cris l'intervention de Spider-Man.
Malgré le déploiement exceptionnel des forces de l'ordre dans l'ensemble de la ville, personne ne parvenait à l'arrêter. Certaines personnes sollicitaient une action groupée des Avengers, mais plusieurs membres hauts-placés de l'Etat avaient catégoriquement refusé, arguant que cela ne ferait qu'envenimer les choses.
« C'est une histoire qui doit être réglée par les forces de l'ordre officielles, pas par une troupe d'olibrius en collants qui n'ont pas peur de tout détruire sur leur passage ! »
Pour l'instant, le Bouffon Vert n'avait pas fait d'autres victimes qu'une dizaine de blessés légers — quelques coupures, hématomes et commotions sans gravité. Mais ce n'était qu'une question de jours avant que quelqu'un ne succombe aux attaques aveugles de l'homme en vert…
⁂
La menace du Bouffon Vert qui planait sur New-York eut le mérite d'apaiser la situation entre Peter et Tony. Un couvre-feu avait été implicitement décrété en ville, les adolescents rentraient chez eux dès la fin des cours, si bien que Peter et Harry ne se voyaient plus qu'au lycée. Ils profitaient de chaque instant seul à seul pour cueillir un sourire, une brève étreinte ou un baiser auprès de l'autre — cependant, ils limitaient ces moments d'intimité afin de ne pas déranger ou exclure Gwen de leur relation.
Ainsi contraint de passer ses heures libres loin de Harry, Peter n'avait plus vraiment d'occasion de décevoir son père. Toutefois, l'ambiance à l'appartement des Stark restait pesante : Morgan ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait plus se promener aussi librement qu'avant, Pepper multipliait les réunions de crise au sein de Stark Industries et Tony s'efforçait de faire comme si un fou en skate-bord volant ne se promenait pas dans les rues de la ville où était installée sa famille.
— C'est Spider-Man, qu'il veut, décréta un soir Peter. Si seulement tu me laissais seulement aller lui parler…
— Non, répondit instantanément Tony.
Puis, afin d'être sûr et certain que sa réponse soit claire :
— Certainement pas. Nope. Niet.
Et enfin, pour enfoncer le clou :
— Jamais.
Peter croisa les bras, contrarié.
— Ça pourrait tout régler ! Si ça se trouve, il veut juste discuter !
— Oui, et si ça se trouve, il veut tester ses armes explosives sur toi. Tu m'excuseras de ne pas vouloir prendre le risque.
Peter avait toutes les difficultés du monde à obéir à son père, d'autant plus que l'absence de Spider-Man commençait à susciter les critiques du public. On se demandait où il était, pourquoi il n'intervenait pas ; certains n'hésitaient pas à affirmer qu'il avait pris la décision d'abandonner les New-Yorkais, et le hashtag « OùEstSpiderMan » était en tendance presque tous les jours sur les réseaux sociaux.
Celui qui apparaissait comme un sauveur, désormais, n'était autre que Norman Osborn.
Après un nouveau discours dans lequel il avait félicité les autorités pour leur courage et leur réactivité, il avait proposé de déployer les forces de l'ordre à plusieurs points stratégiques de la ville. Le Bouffon Vert avait cherché à détruire ces lieux quelques jours plus tard, réalisant ainsi ses prédictions, mais avait rapidement fui sous les coups de feu de la police. Norman Osborn était même intervenu en personne pour sauver des ruines d'un cinéma une employée qui s'y était retrouvée piégée après une nouvelle du Bouffon Vert ; il avait héroïquement surgi des décombres, tenant dans ses bras l'employée sanglotante, promettant aux caméras braquées sur lui qu'il ne laisserait personne succomber aux assauts du monstre. L'évènement avait été immortalisé dans tous les journaux du lendemain.
La cote de popularité de Norman Osborn avait explosé, tandis que celle de Spider-Man — et, plus largement, des Avengers — s'était proportionnellement émoussée.
— N'écoute pas les gens, lui répétait Tony. Même s'ils avaient le quart de tes capacités, ils n'oseraient pas mettre un pied hors de chez eux. Et quoi que veuille ce Géant Vert…
— Bouffon Vert, avait corrigé Morgan. C'est un Bouffon !
— Ça ne me réjouit pas d'entendre ce mot dans la bouche d'une enfant de six ans, mais soit : quoi que veuille ce Bouffon Vert, il finira bien par se lasser. Et s'il continue de prononcer le mot « Spider-Man », autorisation ministérielle ou pas, je me chargerai personnellement de le faire taire.
— Ouaaais, fais-le exploser p'pa !
— Ahem, Morgan, et si tu allais jouer dans ta chambre ?
Le seul qui paraissait aussi affecté que Peter par la situation, c'était Harry.
— Un truc cloche avec mon père, dit-il à Peter une après-midi, profitant de l'absence de leur professeur de littérature pour rester avec lui dans un recoin isolé de la cour de récréation — en dépit de leurs protestations, Gwen avait inventé une excuse pour les laisser seuls et s'était éclipsée.
Ils s'étaient installés sur un carré d'herbe, Peter assis par terre et Harry allongé contre lui, se servant de ses jambes comme d'un oreiller. Il fixait pensivement le ciel, le reflet des nuages se fondant sur ses prunelles bleues.
— Il a enfin ce qu'il veut : tout le monde l'adore et le voit comme un héros, tout ça parce qu'il n'y a que lui qui a l'air de faire peur à ce crétin de Bouffon Vert. Il devrait être fou de joie, faire la fête, parader dans toute la ville. T'imagines : il a déjà un pied à la mairie de New-York ! Mais à la place, il passe tout son temps libre enfermé dans son bureau. Et il ne travaille même pas : il laisse les lumières éteintes, c'est à se demander ce qu'il fabrique !
— Il se repose peut-être, suggéra Peter. Ou alors, il essaie de préserver ses rétines. Les flashs des appareils photos, ça doit être pénible, au bout d'un moment.
Il s'abstint de préciser qu'il le savait d'expérience.
— Tu devrais lui offrir des lunettes de soleil. Tony en a toute une collection, je pourrais t'en passer une paire.
— Il n'y a pas que ça, insista Harry. Il ne mange plus, il a dû perdre dix kilos, et sans toute cette couche de maquillage qu'on lui met pour les interviews, il a vraiment une sale tête. Je te jure, quand on se croise, c'est limite si je ne me demande pas qui est ce mec et ce qu'il fout chez nous.
Il soupira :
— Je ne sais pas pourquoi, mais y a un truc qui me dérange. Tu crois que c'est grave ?
— Tu t'inquiètes seulement pour lui, rétorqua doucement Peter. Il n'y a rien de mal à ça.
Harry grimaça :
— Pourquoi est-ce que je m'inquiéterai pour lui ?!
— Euh… eh bien, parce que malgré ce que tu veux faire croire, derrière cette façade ténébreuse, il y a un coeur qui bat ?
— Arrête, tu vas me faire rougir, riposta Harry, mais le frémissement de ses lèvres trahit son amusement.
Il reprit néanmoins vite son sérieux :
— Je sais qu'il trafique quelque chose. La dernière fois que je l'ai vu dans cet état…
Il détourna les yeux. Peter attendit patiemment qu'il trouve la force d'achever sa phrase, la gorge soudainement serrée :
— … c'était quand il cherchait un remède pour ma mère.
Son coeur se comprima et sa main, naturellement, chercha celle de Harry, mais celui-ci fut plus rapide : il saisit la sienne et la serra si fort que Peter pouvait sentir les pulsations de son coeur contre la pulpe de ses doigts.
— Si on ne découvre pas très vite ce qu'il manigance, il va se passer un truc affreux.
— Tu ne peux pas essayer de le lui demander directement ? hasarda Peter. Parfois, les solutions les plus simples sont les meilleures.
(Cette affirmation ne s'appliquait évidemment pas à lui-même.)
— Il me mentira, c'est sa spécialité, répliqua Harry. Inutile de lui demander quoi que ce soit : si on veut savoir ce qu'il a derrière la tête, c'est à nous d'enquêter.
— A nous ? répéta Peter, surpris.
— Bien sûr, répondit farouchement Harry. Toi et moi, on est liés, maintenant, pas vrai ?
Il se redressa légèrement, dardant un regard plein de défi et de tendresse dans celui de Peter.
— Tout ce qui me concerne te concerne aussi, et inversement.
— Oh…
Malgré la gravité de la situation, Peter ne put retenir un sourire.
— D'accord, concéda-t-il. Dans ce cas, j'accepte de mener l'enquête avec toi.
Harry sourit à son tour.
— Merci, Pete, t'es le meilleur.
Il releva le visage et l'embrassa, se moquant des sifflements narquois des lycéens éparpillés autour d'eux — il se contenta de leur montrer son majeur, sans s'éloigner d'un millimètre d'un Peter rouge écrevisse.
⁂
Son teint était toujours d'un rose soutenu lorsqu'il téléphona à son père.
Tony répondit à la première sonnerie :
— Hey, tout va bien ? Tu as besoin de quelque chose ? Attends, je vais voir s'il y a un Avenger à proximité de ta localisation… bordel, où est Captain quand on a besoin de lui ?
— Non, non, tout va bien ! s'empressa de répondre Peter. Je t'appelle parce que, euh… je voulais te demander quelque chose ?
Il y eut un bref silence, durant lequel il fut persuadé d'entendre son père pousser un soupir de soulagement.
— Okay, ça me va. Désolé. Qu'est-ce que tu veux, bonhomme ?
— Euh… eh bien, je sais que je suis techniquement puni, mais tu as aussi dit que j'avais le droit de voir Harry alors euh… eh bien…
Sa voix ressemblait de plus en plus à couinement de souris. Il se racla la gorge et reprit, essayant d'avoir l'air plus assuré :
— Je voulais savoir si je pouvais passer la soirée chez lui ? S-s'il te plaît ?
A l'autre bout du fil, il y eut un nouveau silence — infiniment plus long que le précédent. Peter avait l'impression d'être au bord d'un précipice et d'avoir posé un pied dans le vide. Il était sur le point de reculer, de s'excuser et de raccrocher, lorsque Tony reprit enfin la parole :
— Effectivement, je t'ai dit que je ne t'interdirai pas de le voir, et je me tiendrai à cette décision… à condition que toi aussi, tu respectes ta part du marché.
— Je ne prendrai rien, lui assura Peter, si soulagé qu'il se mit à sourire dans le vide. Ni alcool, ni drogue, ni rock'n'roll. Merci, p'pa !
— Attends, je n'ai pas fini, le coupa Tony. Je disais : à condition que tu respectes ta part du marché, que tu gardes ton téléphone avec toi, qu'il soit toujours allumé pour que je puisse te joindre n'importe quand, et que tu sois rentré avant neuf heures du soir.
— Oui, mon colonel !
— Je suis sérieux, Peter. Je suppose que Harry a un chauffeur privé qui se chargera de vous rapatrier chez lui, afin d'être certain que vous rentrerez en un seul morceau ?
— Euh… eh bien… non ?
Il entendit clairement son père soupirer.
— Et après, Osborn s'amuse à donner publiquement des leçons de morale sur la sécurité des New-Yorkais… enfin bref, je vais prévenir Happy. Il vous attendra à la sortie du lycée pour vous conduire chez Harry. Et ce n'est pas négociable.
— Mais Tony, tout le monde va se moquer de nous si on nous voit avec une nounou !
— Pour préserver ses sentiments, je ne répèterai pas ce que tu viens de dire à Happy, mais s'il te plaît, Peter, souviens-toi de tout ce qu'il a fait pour toi. Il ferait n'importe quoi pour ta sécurité, et je pense qu'il mérite un peu plus de reconnaissance de ta part.
Peter rougit à nouveau, pris en flagrant délit de mauvaise foi.
— Désolé, tu as raison, je n'aurai pas dû dire ça. Pas de souci pour Happy, ça sera super cool de le revoir. Merci Tony, à ce soir !
— A ce soir, Peter. Je compte sur toi pour tenir ta promesse.
⁂
En dépit de ses appréhensions, Peter fut sincèrement heureux de retrouver Happy. Il éprouva cependant un sentiment étrange en le voyant faire face à Harry, comme s'il forçait deux univers totalement opposés à entrer en collision : d'un côté, le chef de la sécurité taillé comme un iceberg, dont le visage exprimait un mélange de suspicion et de préoccupation ; de l'autre, l'adolescent espiègle et désinvolte, qui dévisageait son interlocuteur avec une curiosité dépourvue de la moindre gêne.
— C'est donc vous, le fameux Harold Hogan. Enchanté, je suis Harry, lança-t-il tout sourire, ignorant le haussement de sourcils de son interlocuteur. L'ami, camarade et chevalier servant de Peter ici présent, ajouta-t-il en s'inclinant avec théâtralité.
— Mhmh, répondit Happy.
— Happy n'est pas très bavard, intervint Peter. Mais il t'adore déjà, hein, Hap ?
— Montez, se contenta de répondre l'homme en déverrouillant les portières de la voiture.
Une fois qu'ils furent installés sur la banquette arrière, Harry entremêla ses doigts à ceux de Peter avec une certaine défiance. Peter vit Happy leur jeter un regard furtif à travers le rétroviseur intérieur, mais il s'abstint de tout commentaire. A la place, il demanda, d'un air dégagé qui ne trompait personne :
— Alors, ahem, Harry, ça fait longtemps que tu connais Peter ?
— Depuis la rentrée. Je suis dans la même classe que Gwen et lui, dit Harry.
— Bien, et, tu, euh, tu t'entends bien avec tout le monde dans votre classe ? C'est quoi, ta matière préférée ? Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? Si tu avais le choix entre sauver un chaton et Peter, qui est-ce que tu choisirais ?
Il se racla la gorge et ajouta nonchalamment :
— Sans vouloir te donner l'impression de subir un interrogatoire, évidemment.
— Happyyyyy, geignit Peter, atrocement gêné, mais Harry répondit sans sourciller :
— Je m'entends surtout avec Gwen et Peter, les autres élèves sont plutôt du côté crétin de la force. J'adore les sciences et plus tard, j'aimerais devenir chercheur. Et je choisis de sauver les deux, Peter et le chaton. Peter en priorité, bien sûr, mais si je ne sauve pas le chaton, il ne me le pardonnerait jamais, pas vrai ?
— Bien, bien, marmonna Happy. Et tu as déjà eu beaucoup de petits copains avant Peter ?
— HAPPYYYYYY, geignit Peter plus fort.
— Aucun qui n'ait compté, lui assura Harry.
Loin d'en paraître soulagé, le visage de Happy se rembrunit.
— J'espère que tu ne diras pas ça de Peter, si jamais vous vous disputez, un jour.
— Jamais, répondit aussitôt Harry.
— Mmhm.
— Quoi qu'il se passe, jamais je ne dirai du mal de lui, Mr Hogan, insista-t-il. Je peux vous le promettre sur la vie de toutes les personnes que j'aime, si vous y tenez !
— Ta parole me suffira.
⁂
Happy se gara devant la majestueuse demeure des Osborn, attendit que Harry sorte et lui fit signe de patienter. Il verrouilla ensuite les portières et se tourna vers Peter, l'air grave.
— Oh, non, pas ça, geignit encore l'adolescent. Non, non, Happy.
— Je n'ai pas encore ouvert la bouche ! protesta l'homme.
— Je sais très bien ce que tu vas me dire, et je n'ai pas besoin de l'entendre, vraiment, je t'assure, tu peux me laisser sortir.
Ignorant ses protestations, l'homme entama d'une voix sourde :
— Ton ami et toi avez l'air de bien vous entendre, et je suppose que vous avez sûrement très envie de vous connaître plus, ahem, intimement, les hormones et tout ça, mais il faut que tu saches que tu n'y es pas obligé, jamais, quoi qu'on te dise, mais si tu y tiens vraiment, bien sûr, personne ne te l'interdira…
— Happy, je te jure que je vais casser cette portière.
— … Auquel cas, j'ai quelque chose dans la boîte à gants qui pourrais t'être utile, sinon ils en distribuent gratuitement en pharmacie…
— Nooooon !
La poignée de la porte céda sous les assauts de ses doigts et il bondit hors de la voiture. Resté sur le trottoir, Harry le fixa quelques instants avant d'éclater de rire.
— Bah alors, qu'est-ce qu'il t'a dit pour que tu sois aussi rouge ?
— Rien. Rien du tout, prétendit Peter en faisant un signe de la main à Happy. Bye, Hap !
Happy pointa son index sur la boîte à gants, l'air interrogateur. Voyant que Peter s'échinait à secouer négativement la tête, il haussa les épaules et redémarra.
⁂
Une fois dans la maison, les deux adolescents ne perdirent pas de temps et se rendirent directement dans le bureau de Norman Osborn. La porte était verrouillée, mais Harry n'eut aucune difficulté à en forcer la serrure.
Le duo se figea sur le seuil du bureau. Une tornade semblait avoir ravagé la pièce : des liasses de feuilles recouvertes de chiffres jonchaient le sol, des livres étaient retournés, un liquide verdâtre éclaboussait les murs et on avait brisé plusieurs miroirs, dont les éclats tranchants scintillaient dans l'obscurité.
— Bordel, souffla Harry. J'avais raison, il a complètement pété un boulon.
Il s'agenouilla, ramassa une feuille et l'approcha de son nez.
— C'est des calculs. Putain, qu'est-ce qu'il fout ?
Peter fit plusieurs pas en avant, cherchant autour de lui le moindre indice qui aurait pu les aider à comprendre les activités de Norman Osborn. Des morceaux de miroir s'émiettèrent sous ses pieds ; il les chassa de la pointe de la chaussure.
— On dirait qu'il ne supportait plus son reflet, remarqua-t-il.
— Ça n'a aucun sens, il adore montrer sa tête partout !
De plus en plus intrigué, Peter ouvrit plusieurs tiroirs au hasard. L'un d'eux, rempli de coupures de journaux soigneusement découpées, attira son attention. En les examinant de plus près, il constata qu'elles étaient tous consacrées à la même personne : Emily Osborn, la mère de Harry.
Tous les articles faisaient son éloge. Elle était décrite comme la tête pensante d'Oscorp Industries : celle à qui l'entreprise devait toute sa gloire ; la femme de l'ombre, aussi talentueuse qu'indispensable à la réussite de son époux. On retraçait son histoire, ses inventions, ses idées révolutionnaires pour améliorer la qualité de vie des New-Yorkais. Puis les dates entre chaque article devenaient de plus en plus éloignées, et ces derniers n'évoquèrent bientôt plus que sa maladie incurable. Les dernières coupures de journaux étaient froissées, déchirées par endroit, mais il semblait que Norman Osborn n'avait pas pu se résoudre à les jeter.
Le regard de Peter s'arrêta sur une photo d'Emily Osborn, prise à la volée dans l'un des innombrables laboratoires d'Oscorp Industries, et il ne put s'empêcher de la contempler avec curiosité, cherchant en elle le moindre détail qui aurait pu lui rappeler Harry. S'il avait hérité des cheveux roux foncé et des yeux bleus de son père, son sourire était indéniablement celui de sa mère : il retrouvait sur ses traits toute la malice qui faisait le charme de l'adolescent.
Gêné tout à coup d'espionner ainsi le passé de Harry, il reposa les coupures de journaux et recommença son exploration — qui, au regard de l'état de la pièce, s'apparentait plutôt à de la spéléologie. Derrière lui, Harry s'était assis en tailleur et continuait de parcourir les feuillets abandonnés au sol, les sourcils froncés.
— On ne trouvera jamais rien, soupira-t-il finalement après un grognement de frustration. Il nous faudrait des jours pour tout fouiller !
— Peut-être que… je pourrais essayer quelque chose, s'aventura Peter, pris d'une subite illumination.
Harry leva vers lui un regard plein d'espoir.
— A quoi tu penses ?
— J'ai un bon instinct, comme une sorte de, euh, sixième sens, tu vois ? Avec un peu de chance, ça pourrait nous aider. Il… il faut juste que tu me laisses quelques minutes. Tu me fais confiance ?
— Bien sûr, répondit instantanément Harry. Toujours. Mais franchement, Pete, même le meilleur instinct du monde ne retrouverait pas son chemin là-dedans.
— Laisse-moi faire.
Peter inspira profondément et se concentra de toutes ses forces sur ses sens d'araignée. Ceux-ci se cantonnaient d'ordinaire au danger, mais justement… n'y avait-il rien de dangereux, dans tout ce fatras ? L'esquisse d'une invention périlleuse mise au point par Norman Osborn ? D'une formule chimique dont les effets seraient potentiellement dévastateurs ?
Il se laissa aiguiller par les battements de son coeur, se fiant aux frissons qui remontaient lentement le long de son échine et glaçaient peu à peu ses veines.
Après plusieurs allers-retours infructueux, il se planta face au seul miroir de la pièce qui était encore intact et, guidé par une impulsion inexplicable, glissa son doigt dans une mince encoignure qu'il avait deviné dans le coin inférieur gauche de son reflet.
Le miroir s'ouvrit dans un délicat chuintement.
— Putain, Peter, comment t'as su ?
Harry l'avait rejoint d'un bond, les yeux pleins de surprise et d'admiration.
— T'es vraiment incroyable !
— C'est rien, bafouilla Peter. Juste, euh, l'intuition ?
Il y avait une petite enveloppe pliée à l'intérieur du miroir ; les deux adolescents l'attrapèrent d'une main hésitante et la fixèrent, aussi intrigués l'un que l'autre.
Dessus était tracé, d'une écriture appliquée :
« Pour Harry. »
— On l'ouvre ?
Les battements de coeur de Peter étaient plus assourdissants que jamais, un mauvais pressentiment serrait sa gorge.
— On l'ouvre, murmura-t-il malgré tout.
Ensemble, ils déchirèrent l'enveloppe et déplièrent la lettre nichée à l'intérieur. Les premières lignes étaient les suivantes :
« Harry, mon fils.
Peu importe ce que tu ressens contre moi : de la rancoeur, de la colère, peut-être même de la haine.
Ce qui importe, c'est que je t'aime. Tu es mon enfant. Mon sang, et le sang de la seule femme qui ait jamais compté sur cette Terre à mes yeux.
Emily et toi avez toujours été mon univers, mon oxygène, ma raison de vivre. C'est pour vous que je me suis battu, que j'ai fait d'Oscorp Industries l'entreprise qu'elle est aujourd'hui.
Je sais que je n'ai pas réussi à sauver ta mère, et je m'en voudrai chaque jour, chaque minute, chaque seconde du reste de ma vie.
Mais toi, je te sauverai, Harry. Même si je dois y laisser ma santé, ma raison ou ma vie, je ne laisserai pas la maladie t'emporter comme elle a emporté Emily. »
— Je ne comprends pas, souffla Harry. De quoi il parle ?
Il était blanc comme un linge. Peter réalisa que ses propres mains tremblaient ; le sang se ruait à ses oreilles et faisait vaciller ses pensées. Son esprit ne trouvait pas le moindre sens aux mots qui suivaient :
« J'ai tout fait pour que tu apprennes cette vérité le plus tard possible. Je ne voulais pas qu'elle empoisonne ta jeunesse, ton insouciance, ta joie de vivre — mais un jour où l'autre, la réalité finit toujours par nous rattraper. J'aurais aimé t'épargner pour toujours…
La maladie de ta mère est héréditaire. Tu la portes en toi et, si je ne fais rien, tôt ou tard elle viendra t'arracher à moi.
Je ne peux pas te perdre, mon fils.
Pardonne-moi de ne pas te l'avoir dit plus tôt.
Et pardonne-moi le monstre que je suis devenu pour te sauver. »
