Hello ! Un chapitre un peu plus long aujourd'hui, le prochain sera plus court (on équilibre rien du tout). Merci à Alexise-me pour sa review !


« Comment tu peux être sûre qu'il est de moi ? »

Elle pose ses mains sur le volant, rejette sa tête sur l'appuie-tête, ferme les yeux. Je guette sur son visage un truc, un signe, quelque chose qui me montrerait que c'est une immense blague. J'ai marché, ah ah. J'ai même couru. Mais c'était une vanne, Cullen. Une grosse vanne. Une vanne pas drôle mais une vanne quand même.

« Tu t'es jamais demandé comment les filles faisaient pour savoir ? »

Je fais une moue. Les histoires de filles, très peu pour moi. Je verrai quand j'aurai une meuf. Enfin, je suppose. Ça m'a toujours paru bizarre et, malgré les cours d'éducation sexuelle délivrés au lycée, j'ai toujours abordé ces questions avec la discrétion qui s'impose.

Autrement dit je ne me sens pas concerné.

Va peut-être falloir que je vire ma cuti.

« Tu…

- Douze jours de retard. J'ai calculé en fonction de mes cycles. Tu sais ce que c'est un cycle, pas vrai ? L'utérus, l'endomètre, les règles, tout ça ? »

Je dois avoir l'air perdu parce qu'elle précise :

« Les dates concordent.

- Les dates…

- Putain, Cullen ! Je suis pas du genre à tromper mon mec et t'es le seul gars avec qui j'ai pu coucher il y a un mois !

- Black est…

- À New-York pour encore trois semaines, oui ! »

Je le savais. Je le savais que cette soirée allait mal se terminer. Alice l'avait prédit. Ma sœur a toujours eu un talent fou pour prédire l'avenir. J'aurais dû l'écouter.

« Rien ne dit qu'on ait vraiment couché ensemble, cette nuit là. J'ai zéro souvenir de cette nuit là, toi non plus !

- Ben là on en a la preuve ! » me rétorque-t-elle en soulevant son pull pour me montrer son ventre.

Je ne vois rien, à part ses abdos bien dessinés. C'est que du muscle, la Swan, on peut pas lui enlever ça. Du muscle et de la souplesse. Plutôt appétissant. C'est vrai que si j'ai eu l'occasion de toucher, j'ai pas dû m'en priver.

Je m'égare.

« Attends attends attends. Toi même t'as dit qu'on était tellement bourrés que j'ai même pas dû réussir à bander !

- En tout cas, on l'était suffisamment pour ne pas mettre un préservatif correctement. »

Elle semble résignée. C'est bizarre, j'ai l'impression de ne pas réagir.

Je suis un peu sonné. Cette nuit-là, c'était un immense bordel. On avait la maison à nous et on s'est pas privés d'en profiter. Je me souviens de m'être réveillé le lendemain avec Swan dans mon lit qui panique et me dit que cette soirée n'a jamais existé, que quoi qu'il se soit passé il ne s'est rien passé, et qui file rejoindre la chambre d'Alice avant que j'aie eu le temps d'émerger de mon mal de crâne pour lui poser des questions.

Et le pire dans tout ça, c'est que je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé, parce que j'étais trop cuité pour me rappeler.

Juste un flash d'embrasser Swan avec enthousiasme et d'aimer ça.

« Tu vas faire quoi ? »

Elle me regarde. Il y a de la colère dans ses yeux ou je ne m'y connais pas.

« C'est tout ce que tu as à me dire ? »

Cette voix… Elle est aigre et acérée. Elle ferait presque mal à entendre.

« Je vois pas trop ce que je pourrais dire d'autre. »

Je me défends comme je peux. Elle vient m'exposer ses problèmes dans l'idée que je vienne les résoudre ? Putain, mais j'en sais rien, moi !

Je repense à Alice et ses discours grandiloquents sur le corps des femmes et leur choix et blablabla.

« De toute façon, c'est toi qui décides. Quoi que je dise, c'est toi qui décides. »

Dans la bouche d'Alice ça sonnait mieux. Genre discours libérateur féminin et toutes ces conneries.

Dans ma bouche ça sonne juste comme un mec qui veut pas prendre ses responsabilités.

Mais je suis sincère : elle fait ce qu'elle veut. Même si je me vois clairement pas père dans moins de huit mois, même si j'espère vraiment qu'elle prendra l'option qui sera la moins compliquée pour nous.

Pas forcément la plus facile. Mais la moins compliquée.

Swan ferme les yeux, souffle. Elle paraît épuisée. Je remarque ses cernes, bien dessinés sous ses yeux. Sous l'éclairage de la veilleuse au-dessus du rétro, sa peau laiteuse paraît plus fragile autour des paupières. C'est comme si Bella Swan avait une faiblesse. Ça me fait bizarre. Et je crois que je commence à percevoir l'énormité de ce qui nous attend.

« Alors ? »

J'ai besoin d'une réponse.

« À ton avis ? J'ai regardé les cliniques à Seattle. Y en a une qui prend sans rendez-vous pour ce genre d'urgence. » grince-t-elle entre ses dents.

Elle a raison. Elle peut pas foutre en l'air ni sa bourse ni sa vie (sans mauvais jeu de mots). Avec Alice et leur équipe de pom-pommettes, elles ont été sélectionnées pour le Cheerleading Worlds qui a lieu dans trois mois. Il y a un prix intéressant à gagner, un prix qui pourrait l'aider à terminer ses études. Je la vois mal renoncer à ça.

Les Swan sont plutôt fauchés. Charlie est flic et, comment dire… Forks n'est pas la ville où l'avancement des fonctionnaires de l'État est le plus facile. Il a élevé seul ses deux enfants : sa femme a disparu avec un autre, il y a quinze ans, et n'a plus jamais donné signe de vie (ni de pension alimentaire). En bref, les Swan mangent souvent des pâtes nature en fin de mois, Emmett donne des cours de natation en parallèle à ses études et Swan touche une bourse de cheerleading pour continuer la fac. Ainsi, ils espèrent pas trop peser sur les économies du foyer.

Pas vraiment le bon profil pour être mère à vingt ans.

« Pourquoi tu me le dis, si… si t'as déjà pris ta décision ?

- Je voulais juste que tu le saches. »

Ah.

« Je trouvais ça plus correct. »

Swan a un sens aigu des responsabilités. C'est pas pour rien qu'elle est acrobate de haut niveau. Le devoir guide ses pas sur la route sacro-sainte de la réussite.

Elle a beaucoup de défauts mais je dois lui reconnaître ça : elle fait ce qu'elle pense devoir faire. Et elle dit toujours ce qu'elle pense.

« Tu y vas quand ?

- J'irai samedi. »

Elle pince les lèvres. J'attends la suite. Elle a quelque chose à me demander, ça se voit comme une verrue au milieu de sa figure.

« J'aurai besoin que tu m'accompagnes à Seattle. »

Elle n'a pas dû en parler à Alice, alors. Sinon c'est ma sœur qui l'aurait accompagnée.

Elle n'en a parlé à personne.

Et là, tout de suite, j'ai un peu mal pour elle. Pour nous, même. Nous sommes seuls avec ça.

« Samedi j'ai une compète de…

- T'es pour moitié responsable de cette merde. »

Je ferme les yeux. Faut qu'on arrête d'être susceptible pour rien. Sinon on n'arrivera jamais à rouler jusqu'à Seattle : j'ai déjà envie de la flanquer dans le fossé.

Je sais que je suis responsable mais putain ! C'était leur soirée pour fêter la fin de leurs partiels de janvier, et c'est moi qu'on engueule ?

Je me force à respirer.

« Samedi je peux pas. Mais je peux sécher les cours vendredi après-midi si tu veux. »

J'irai nager le matin. Et Emmett comprendra pour l'entraînement. Au pire il me torturera samedi.

Je peux le supporter : Emmett ne me fait pas peur.

Sa sœur est bien pire quand elle s'y met.

Swan relâche son souffle.

« Ok. Faisons ça. »

Je claque la portière en sortant.