Hello,
Je vous souhaite bonne lecture. Merci toujours à Alexise-me.
« Je conduis. »
Swan lance des éclairs avec les yeux :
« T'as le permis depuis moins d'un mois et tu penses réussir à conduire jusqu'à Seattle ?
- J'ai fait beaucoup de conduite accompagnée, t'inquiète.
- Ouais. C'est ce qu'Alice a dit. »
Saleté de balance de grande sœur. Ouais, j'ai passé mon permis quatre fois avant de l'avoir. La veille de mon examen j'ai failli emboutir un arbre. J'ai cru que j'allais jamais l'avoir. Et après ?
Je l'ai eu, au moins. Elle peut toujours crâner c'est moi qui suis le plus en forme pour conduire. Alors que j'ai ma réponse toute prête pour Swan :
« Au moins je peux regarder la route sans me mettre à vomir. T'avais la tête dans les chiottes quand j'ai sonné chez toi. Si j'étais toi, je la ramènerais pas trop.
- Je suis capable de conduire en état d'ébriété et je connais tous les radars sur la route.
- Tu me les indiqueras. Et au pire, je risque une amende ou un retrait de permis. Ose me dire que ça ne te réjouirait pas.
- J'aimerais autant que mon père ne me trouve pas dans la voiture d'un délinquant. Ou en cellule. »
Je sors ma botte secrète :
« Si tu me laisses pas le volant, je dis à Emmett que tu as mis un dislike sur sa dernière vidéo fitness. »
Elle ouvre de grands yeux. C'est bien, elle prend mes menaces au sérieux.
« C'est faux, proteste-t-elle. Je les regarde même pas, ses vidéos…
- Je te rappelle qu'Alice ne ferme jamais votre compte Youtube et que ma main peut riper très vite sur un pouce rouge. »
Elle grogne, circonspecte, puis lâche ses clefs de voiture dans ma main. Elle n'a pas envie de se coltiner un sujet de dispute avec Emmett. Je peux la comprendre.
« T'inquiète. Je te promets de fermer ma grande gueule. »
Elle soupire de nouveau. Je l'ai rarement vue comme ça : d'habitude, elle m'emmerde un peu plus. Là, elle lâche l'affaire très vite.
Elle doit être vraiment à l'ouest, comme moi.
J'ouvre la portière qui grince tellement que j'ai l'impression d'en avoir les dents qui résonnent.
« Je suis étonné que ta caisse ait passé le contrôle technique. Rose a pas l'habitude de laisser des épaves reprendre la route. »
Swan rigole.
« Mais j'y suis pas passée. Jacob me l'a retapée gratis. »
Jacob Black. Son mec. Un Quileute de la Réserve d'à côté, une sorte de grande tige avec du muscle qui doit avoir deux neurones à tout casser. Il doit être plus con que moi, c'est dire… Je l'ai vu passer récupérer Alice et Swan une fois. Il a moins d'épaules que moi et ça m'a fait plaisir. Pas que je me compare, hein, mais bon, faut avoir conscience de ses atouts.
Et puis il a un peu une tête à claques.
« Il est au courant pour… tout ça ? »
Je mets le contact, heureux de m'occuper les mains pour ne pas voir son visage. Je commence à manœuvrer dans l'allée des Swan quand elle me répond :
« Bien sûr que oui ! Il a super bien réagi. Je l'ai trompé avec un puceau de dix-sept ans même pas foutu d'enfiler un préservatif. Il a tout oublié, moi aussi. Fort heureusement pour notre mémoire, je suis tombée enceinte. Qui pourrait se vexer ?
- J'ai compris. Question con.
- Ouais. Et t'avais dit que tu fermais ta gueule jusqu'à ce qu'on soit à Seattle. »
J'acquiesce.
Au bout de dix secondes de silence, c'est déjà trop lourd.
Je tripote le bouton de l'autoradio. L'appareil crachote : on capte rien. La forêt de Forks a une légère tendance à couper les ondes. Comment font les flics pour communiquer ?
J'arrive enfin à trouver une station. Je jette un coup d'œil à Swan : elle regarde dehors, je ne vois pas son visage.
Le temps passe. Au bout d'une demi-heure de route et de deux coupures pubs, je me tourne vers elle : elle est trop silencieuse.
Ses épaules tressautent, elle a mis sa capuche comme pour se cacher.
Merde.
J'ai l'impression qu'elle pleure.
J'aime pas voir les filles pleurer. C'est plus fort que moi, j'y arrive pas : j'ai toujours envie de consoler une fille en larmes. Même si c'est une garce qui m'a torturé pendant toute mon enfance. Enfin, une bonne partie de mon enfance.
« Ça va ? »
Pas de réponse.
« Hey… »
Elle tourne son visage vers moi.
Ah oui d'accord. Ça, c'est des sanglots.
Je me range sur le bas côté sans même mettre le clignotant. Les freins crissent sur le gravier qui borde la route. Heureusement qu'il n'y a personne derrière nous, j'aurais pu créer un bon carambolage.
Frein à main.
« Bella… »
Je crois que je ne l'ai jamais appelée comme ça. Son prénom sonne bizarrement dans mes oreilles, avec ma voix. Ça me perturbe.
Elle pleure. Ça lui fripe le visage comme une vieille datte sèche, alors que c'est très humide. Ses yeux sont rouges, elle a la morve au nez. Elle passe sa manche sur son visage, étale la morve et les larmes.
Ça me fend le cœur, même si c'est cradingue.
« Dis-moi.
- Je peux pas le faire. »
C'était un chuchotement mais j'ai très bien entendu. Même si j'aurais aimé ne pas l'entendre.
« Quoi ? »
J'ai très bien compris mais je veux être sûr.
Si ça se trouve, ça va changer. En deux secondes, elle a le temps de changer de nouveau d'avis…
« Je peux pas. »
Elle répète. Je ne comprends toujours pas.
« C'est trop dur, je peux pas. Je peux pas… »
Et elle pleure de plus belle.
Et moi je suis perdu.
