Hello !
On est toujours en pleine crise. N'hésitez pas à me dire ce qui vous plaît.
Merci à Alexise-me pour sa review ! Bonne lecture
Le moteur tourne toujours et son ronronnement dans l'habitacle chaud me donne l'impression que sa voiture est un gros chat.
Par dessus il y a les pleurs de Swan.
Je me sens mal, très démuni.
J'ai envie d'appeler Emmett pour en parler. Je me dis qu'Emmett saura quoi faire. Il est plus vieux, il a l'habitude de gérer les situations stressantes. C'est peut-être mon coach mais c'est presque un grand frère pour moi.
Et puis je me rappelle qu'Emmett est le frère de la tarée qui me sert de passager.
Mauvaise idée.
Appeler Ben ? Pour lui dire quoi ? Que j'ai mis une fille enceinte et qu'elle veut le garder ? Non. Il ne comprendrait pas que je lui aie rien dit.
Et l'autre qui pleure toujours.
Je fouille mes poches, les retourne, trouve une vieille serviette froissée où le logo d'un café quelconque dessine une petite tache noire.
« Une serviette en papier ? »
Elle a un air dédaigneux, hautain presque. Je me retiens de lui dire que quand on est autant couvert de morve on fait pas la fine bouche. Je grommelle :
« J'ai rien d'autre. »
Je réfléchis quelques secondes pendant qu'elle se mouche. Et l'illumination me frappe en plein visage.
Je sais quoi faire.
Pour la première fois depuis mercredi, je sais quoi faire.
Je redémarre et je me dirige vers le Volturi's Caffé.
« On va où ? Je veux pas aller à Seattle, je t'ai dit et…
- Au Volturi's.
- Hein ?
- Je suis un sportif et j'ai déjà vécu des crises comme ça.
- T'as déjà été enceinte ?
- T'es en manque de sucre, je réponds. Je suis en manque de caféine. »
Swan ne dit plus rien. Elle renifle.
Je me gare bientôt sur le parking défoncé du Volturi's Caffé. Le pub est tenu par trois frères que je soupçonne appartenir à une mafia quelconque. C'est une sorte de planque d'Italiens qui ont fui l'Europe il y a quelques siècles. Enfin, leurs ancêtres ont fui, et ils ne sont plus trop italiens depuis : American first ! Ils ont gardé le folklore et tout ce qui va avec mais ils sont prêts à voter Trump aux prochaines élections, j'en mets ma main à couper : ils aiment pas trop les étrangers.
Bref. Ils sont bizarres mais ils font le meilleur café de la banlieue de Forks.
« Je ne suis jamais allée au Volturi's. »
Pas étonnant. Elle doit préférer aller au deuxième meilleur café du comté, le Wolf. Un cloaque de la réserve où tous les peaux-rouges se retrouvent le vendredi pour un peau-wow : ils acceptent des peaux blanches parmi eux. Alice m'en a parlé un nombre incalculable de fois : ils se racontent des légendes de fou et boivent de la bonne bière.
Je crois que c'est là que Swan a rencontré son mec.
« Tu vas goûter au meilleur café des États-Unis. Ça va te changer de la pisse de la cafète.
- Ça fait trois ans que j'ai quitté le lycée. J'ai eu le temps de goûter un autre café que celui de la cafète. »
Elle retrouve son mordant.
Je crois que je ne me rends toujours pas vraiment compte de ce qui est en train de se jouer. C'est qu'au moment où le serveur s'enfuit après nous avoir donné nos commandes que je repars à l'attaque.
« C'est passé ?
- Quoi ? »
J'hésite. Mes mots trébuchent. Je tripote les clefs de sa voiture posées sur la table. Ça m'occupe les mains mais ça ne diminue en rien mon stress : elle me regarde avec des yeux durs et froids, encore un peu humides et rouges, les mains posées contre sa tasse de café.
« Tu sais, ton… ton envie de ne pas aller à Seattle. »
Elle me fixe.
Swan n'a jamais eu le regard aussi déterminé. Déterminé et perdu.
« Non.
- Ah. »
Elle me laisse un temps, heureusement.
« Donc attends je dois comprendre je…
- Je le garde. »
Oh putain de merde.
« Tu…
- Ne t'avise surtout pas de m'engueuler. Je sais qu'on va au devant de grosses emmerdes, mais je sais pas, je ne peux pas. C'est tout ce que je sais. »
Je la regarde.
« Tu sais ou tu sais pas ? Faudrait choisir. »
Ses yeux me fixent :
« Je ne ferai pas quelque chose que je ne veux pas faire et je t'interdis de me demander de le faire ! »
Elle s'énerve.
« Putain mais ça te coûtait quoi d'aller le faire… »
J'ai du mal avec la fin de la phrase. Et si les yeux de Swan pouvaient tuer, j'aurais été mort trois fois. Kalachnikové la gueule.
« T'as dit que c'était mon choix. Tu m'as dit que tu me soutiendrais. Tes belles paroles, c'était du vent ? »
Je tremble. J'arrive pas à penser.
« C'est une connerie. »
Elle ne réagit pas. Elle boit un peu de capuccino : ses yeux brillent, mais elle ne va pas pleurer, je le sais. Elle ne pleure jamais quand je lui tiens tête. C'est une question de fierté, je suppose.
« C'est égoïste. »
Elle me regarde droit dans les yeux :
« Pardon ?
- T'as pas le droit. Tu l'as dit, on l'a fait ensemble. Mon avis compte. C'est une connerie, de le garder. »
Elle grogne :
« Vas-y, développe ton point de vue. J'ai hâte de t'entendre. »
Sa voix est glaciale mais je ne me démonte pas. Si je ne lui dis pas ce que je pense, j'aurais des remords toute ma putain de vie.
« J'ai dix-sept ans, t'as à peine la vingtaine. Aucun de nous n'a fini ses études. On est sportifs de haut niveau, ça va ruiner ton année !
- Contente de savoir que ça ne ruinera pas la tienne.
- Bien sûr que si ça va ruiner la mienne ! Ça va ruiner ma vie, même ! Tu crois que je suis prêt à avoir un gosse ?
- Et moi ? Tu crois que c'est ce que je voulais ?
- Si tu veux un enfant, demande à Black, je continue. Moi je suis pas dans l'affaire ! Putain, on n'a pas encore le droit de boire de l'alcool dans cet État et tu voudrais un enfant ? Avec moi, en plus ? »
Elle crache presque :
« Mais le problème, c'est que c'est toi le père, pas Jacob, et c'est maintenant que ça se passe, pas dans dix ans. C'est la vie, c'est comme ça. Crois pas que ça m'enchante, moi aussi j'aurais aimé que ça se passe autrement. »
J'ai la gorge serrée. Ses paroles sont justes, comme toujours. Elle a raison, au fond. C'est juste que c'est trop.
« Je peux pas te suivre sur ce coup là. »
Je m'attends à ce qu'elle me jette le contenu de son gobelet à la figure mais non.
Elle se lève.
« T'es vraiment qu'un sombre connard. »
Elle rafle les clefs de sa caisse et quitte le Volturi's. Je ne lui cours pas après, je tiens à la vie. Là, tout le temps que je peux prendre loin de sa présence étouffante, je prends.
J'entends sa voiture vrombir en démarrant. Je ressens rien, pas même une petite colère contre elle : elle m'a laissé seul, au milieu de nulle part, sur la nationale qui relie Forks et Seattle, et je m'en fous.
Je vais au bar régler nos consommations.
Aro, le barman, me jette un regard compatissant :
« Dur dur, hein ? »
Que répondre à ça ? Que cette meuf n'est même pas ma meuf ? Qu'elle est enceinte de moi et que je n'ai aucun souvenir de la nuit où nous avons provoqué cette connerie ? Qu'on n'est même plus dans le domaine de l'accident mais dans celui de la pure bêtise ? Que je n'ai aucun souvenir d'avoir perdu ma virginité et que j'ai l'impression d'être la vierge Marie, mais en version mec, un peu en mode bientôt parent sans avoir copulé ?
Moi j'ai pas eu d'ange pour me faire l'annonce.
J'ai une hystérique qui m'a laissé en plan au beau milieu de nulle part et j'arrive toujours pas à me dire que je vais devenir papa.
« Ouais. »
C'est ça, la meilleure réponse.
Je paye et je quitte le Volturi's.
Sur le parking, je sors mon téléphone et appelle Ben pour qu'il vienne me chercher. Il ne décroche pas et je laisse un message sur son répondeur.
J'ai envie de chialer.
