Hello !
Je sais que ça avance lentement mais j'aime bien ce côté tranquille. Mais vous inquiétez pas, ça avance.
Merci à Alexise-me !
Bonne lecture !
J'ai nagé quatre heures.
Quand je suis ressorti, il était tard. Les étoiles clignotaient : dans ce coin isolé de Forks, les lampadaires n'arrivent pas à projeter leur lumière assez loin, alors le ciel reste visible et je peux respirer à pleins poumons l'air nocturne.
J'ai pédalé calmement pour rentrer chez moi, les bras le long du corps, me confiant à ma bonne étoile pour éviter un accident. La fatigue m'assommait.
J'étais sûr de dormir, vu comment je m'étais donné dans l'eau.
J'ai passé le reste de la nuit à me tourner et retourner dans mon lit.
Résultat, à six heures du mat, j'ai sauté dans mes baskets et je suis allé courir.
J'ai exactement cinq heures avant ma compétition. Largement le temps de faire ce que j'ai prévu.
Mes pieds me portent jusqu'à la propriété des Swan : sous la semelle de mes baskets les aiguilles de pin craquellent. L'air froid et saturé d'humidité de février me brûle les poumons.
Les clefs de ma Volvo sont dans ma poche. J'ai pris une décision cette nuit et il faut que je m'y tienne.
J'ai dix-sept ans et je vais assumer mes conneries. Je vais surtout assumer d'avoir fait un gosse avec la pire chieuse de l'univers. Ça fait beaucoup, je trouve. Il me faudrait presque une médaille. Je demanderai à mon père, tiens… Une fois que j'aurais affronté Charlie Swan, s'entend. Et Emmett Swan, pendant qu'on y est.
De toute façon, face à Bella Swan, son père et son frère sont des petits joueurs.
Quand je toque à la porte battante de la maison Swan, je n'ai qu'une envie : partir en courant. Mais j'ai l'impression d'être exactement là où je suis censé être, alors je m'astreins à patienter jusqu'à ce que quelqu'un vienne m'ouvrir.
Je vais me comporter en homme, pour la première fois de ma vie.
« Eh ben dis donc, Edward ! T'as couru depuis chez toi ?
- Bonjour shériff. Oui, ça fait du bien.
- T'es en nage dis-moi ! Pour un triple médaillé en crawl, c'est pas commun ! »
Le shériff rit à sa propre blague et se décale pour me laisser entrer.
Il a les épaules carrées mais toujours un peu voûtées, comme si sa force s'amenuisait quand il était chez lui. Quand il est au poste, il a l'air sérieux et droit, fier comme sa fille. La première fois que j'ai dépassé les limitations de vitesse, je me suis retrouvé devant lui : je sais d'où Swan tient ses yeux noirs.
« Il est bien tôt pour une visite de courtoisie, continue le shériff.
- Je suis désolé, shériff. Je devais passer récupérer ma caisse : j'en ai besoin cet aprèm.
- T'inquiète, j'ai compris. Un café ? »
Je le suis dans le salon.
La maison des Swan est plutôt agréable. Elle est vachement plus petite que la mienne mais chaleureuse comme il faut. On sent qu'Esmée Cullen n'est pas passée par là : l'ambiance est plus virile que chez moi. Un ballon de football trône sur la table basse, des plaids troués recouvrent les fauteuils. La pauvreté se glisse dans les détails.
Mais tout est propre et bien tenu, comme si on repoussait la misère à grands coups de balai.
« Si t'es venu pour Emmett, je te rappelle qu'il n'habite plus ici, me dit Charlie en revenant de la cuisine, une tasse de café pisseux à la main. Tiens.
- Merci. »
Je bois une gorgée. Dégueulasse.
« C'est pour votre fille que je suis venu. »
Il me jette un regard aigu :
« Elle est pas un peu vieille pour toi ? »
Je rougis : comme je suis toujours rouge de ma course, j'espère que ça ne se voit pas.
« Je dois discuter avec elle. Un truc pour… les cours. »
Charlie hausse les épaules :
« Tu m'en diras tant. Bella est la plus intelligente de la ville et elle reste coincée avec moi, alors qu'elle aurait pu faire de brillantes études. J'ai empêché Emmett de se sacrifier pour elle : il voulait travailler dès ses quinze ans pour lui payer l'université. Je n'ai pas voulu : c'est à moi d'assumer. Mais parfois je le regrette un peu… »
La fragilité de Charlie me laisse pantois. Dire que bientôt Swan risque de lui annoncer quelque chose d'encore plus délicat…
« Heureusement que Jacob est un bon gars et qu'ils sont très amoureux. Au moins, elle est pas loin de lui : c'est toujours ça de pris. Il réussira peut-être à l'emmener loin d'ici pour qu'elle fasse les études qu'elle mérite. »
Je me sens mal. J'ai du mal à déglutir. Le café refroidit dans ma tasse et je ne sais pas quoi dire.
Mes parents n'ont jamais eu de souci d'argent. Ils ont toujours essayé de payer des trucs en douce à la fille de Charlie quand elle venait à la maison : ils nous emmenaient faire du shopping et lui achetaient des vêtements de marque en faisant croire qu'ils se trompaient de taille pour Alice. Ça fait belle lurette qu'elle n'est plus dupe de leur générosité et qu'elle refuse qu'ils lui payent quoi que ce soit. Elle a même menacé ma mère de ne plus venir nous voir s'ils continuaient à vouloir la gâter. Autant vous dire que j'ai été très déçu que mes parents se rangent à ses arguments : j'aurais été ravi qu'elle ne vienne plus.
Elle ne serait jamais venue pour fêter leur semestre fini.
Tout aurait été différent.
Mais la merde arrive et il faut faire avec.
« Bella ? Ton ami est là. »
Et je vois Swan descendre l'escalier, en t-shirt bâillant et pantalon de survêt trois tailles trop grand.
« Cullen. »
