Hello !
on retrouve bella et edward au bord de la route. Bon dimanche !


« Que les choses soient bien claires, je ne t'écoute que parce que tu as promis de me séquestrer dans ta Volvo si je ne le faisais pas. »

Elle a les yeux les plus noirs que j'aie jamais vus. Faut pas croire, je la connais bien, Swan. Je l'ai beaucoup observée : il faut toujours surveiller son ennemi. Quand j'étais petit et qu'elle venait à la maison, je la regardais en face, frontalement, à table : elle ne supportait pas ça. Avec Alice, elles s'alliaient pour me laisser débarrasser seul et bloquer la porte du lave-vaisselle. De vraies pestes. Elles m'enfermaient dans ma chambre et me maquillaient de force.

En grandissant, j'ai appris à la mater du coin de l'œil, en douce, sans avoir l'air d'y toucher. C'était beaucoup moins dangereux. Et puis, j'ai pris du muscle au lycée et me martyriser a été une autre histoire.

En plus elles sont toutes les deux parties à l'université à Seattle et je les ai moins vues. Parce qu'elle manque de thunes Swan fait un semestre sur deux. L'autre moitié de l'année, elle bosse comme entraîneuse cheerleader pour le lycée où je suis.

C'est pour ça qu'elle est là alors qu'Alice est repartie à Seattle.

Swan est toujours dans mes pattes. Heureusement que je suis pas quaterback. Ça me crèverait le cul de la voir encore plus.

Remarque, elle pourrait servir de ballon tellement elle est petite. Petit gabarit, petit poids. Je le sais parce qu'il a fallu que je la balance deux trois fois dans la piscine en plein hiver pour commencer à avoir la paix. Alors je sais combien elle pèse.

Pas lourd.

« Cullen… T'as quelque chose à me dire ? »

Là, c'est donc les yeux les plus froids que j'aie vus. En très peu de temps j'ai découvert beaucoup de nuances dans les yeux de Swan.

« Je sais que j'ai merdé. »

Elle ne répond rien : elle semble attendre des excuses. Comme si j'étais le seul fautif dans cette histoire ! Je ne dis rien et elle fulmine. On continue de marcher sur le bord de route. Le temps est froid. La condensation dessine dans l'air des gouttelettes qui se posent contre mes bras nus et me font frissonner. Swan a enfilé un vieux sweat par dessus son t-shirt et des baskets déglinguées. On a l'air paumés.

C'est ce qu'on est, en même temps. Paumés.

« J'ai merdé, je reprends, mais c'est ta faute, aussi : t'y as pas été de main morte.

- Quoi ? »

Elle s'arrête presque, comme si l'indignation l'empêchait d'avancer.

« Parce que tu crois que moi, on me l'a annoncé en douceur ?

- Arrête de faire ta diva et laisse-moi finir, Swan. »

Elle fronce les sourcils, prête à répliquer mais elle doit voir que je suis sérieux, alors elle se remet à avancer. Je marche à côté d'elle : pour un pas que je fais elle en fait deux sur ses petites jambes musclées.

Swan, c'est un champ de mines à elle toute seule. Faut pas la brusquer. Elle serait capable de tout faire merder.

« Tu m'as tout sorti d'un coup et tu m'as à peine laissé le temps de digérer. T'as voulu direct que je réagisse comme tu le voulais. Mais je suis pas toi, moi. Je suis pas un fantasme qui fait exactement ce que tu veux !

- Ça c'est sûr, grommelle-t-elle.

- Je lis pas dans ta putain de tête. Comment j'aurais pu deviner que t'allais vouloir le garder, finalement ? Avoue que l'annonce peut créer un choc. »

Je laisse un silence pour chercher mes mots. Elle attend.

Pour la première fois de ma vie je la vois faire preuve de patience.

« T'es partie en furie sans prendre en compte que j'avais besoin de temps pour digérer.

- Tu te fous de moi ? »

Ok. Pour la patience, je me corrige. Elle est incapable de se taire bien longtemps : sa voix est aiguë et désagréable. Je me laisse pas démonter : il faut que je dise ce que j'ai à lui dire, et tant pis s'il y a encore d'autres pots cassés.

« Tu m'as lâché comme ça que tu comptais garder le bébé ! J'ai pas eu le temps d'y réfléchir ! Comment tu voulais que je réagisse ? Que je sois tout content ? Putain mais je suis pas ton mec ! J'ai jamais envisagé d'avoir un gosse avec toi. Et je sais que j'ai merdé et que j'ai dit de la merde mais reconnais que tu m'as jamais laissé l'occasion de faire autrement ! Toi tu la fermes jamais ta putain de gueule et je peux jamais en placer une sans que tu prennes tout pour toi ! »

Elle reste coite. Ça doit être la première fois que je lui gueule dessus. Alors je continue, en roue libre, je shoote dans des pommes de pin, les mains fourrées dans mes poches pour me retenir de la secouer, la toucher, lui caresser le bras :

« Tu m'as tout balancé, là, comme ça, et après démerde-toi, prends-le bien et me lâche pas ! Moi non plus j'ai personne à qui en parler ! J'ai pas osé, je me traîne ça tout seul, et t'es la seule avec qui je pouvais débriefer et tu m'as laissé en plan ! C'est dégueulasse pour moi et y en a jamais eu que pour ta gueule ! »

Je trébuche sur mes mots, j'ai du mal, mais je continue coûte que coûte :

« Et puis toi ! On a un passif, bordel ! Tu veux garder un gosse de moi ! T'es sûre de toi ? Parce que tu m'as jamais laissé être autre chose qu'un petit con, le frère de ta meilleure pote, tu m'as jamais traité autrement ! Comment tu peux croire que tu vas avoir un enfant ? De moi ? »

Elle reste bouche bée, étonnée par les mots qui grondent en moi et qui jaillissent comme la lave d'un volcan :

« Tu me traites comme de la merde depuis dix ans et tu serais prête à avoir un enfant avec moi ? Mais t'es complètement tarée, ma pauvre !

- J'ai pas le choix ! »

Ça y est, elle se réveille. La colère lui va bien : elle lui colore les joues et rend ses yeux brillants. Elle a meilleure mine qu'hier. Ça me rassure de la retrouver telle que je la connais : énervée, chiante, irritante, mais lucide et solide. Moi j'ai l'impression de m'effondrer de l'intérieur, alors ça me fait du bien de voir que l'un de nous deux est un peu solide, là tout de suite.

« Je ne peux pas, d'accord ? Je ne peux pas faire ça ! Alors il reste l'autre option. C'est tout. C'est pas comme si j'avais pas fait tout ce qu'il fallait. On a merdé, Cullen, et c'est comme ça.

- Pourquoi tu m'en as pas parlé, au lieu de te carapater à l'autre bout de l'État ? Pourquoi t'es incapable de me parler simplement ? Gentiment ?

- Parce que tu crois que toi, t'es gentil avec moi ? »

On touche au cœur du problème. On s'est arrêtés au bord de la route dans la grisaille ambiante. Forks est perpétuellement gris, comme si le soleil n'allait jamais complètement se lever. D'habitude, j'aime bien : j'ai l'impression de nager dans la forêt.

Mais aujourd'hui j'aimerais vraiment que le soleil se lève. Pour de vrai.

Je respire l'air de la forêt à grandes goulées, comme si je me noyais. Elle tire les fils de sa capuche, en mord le bout.

On se connaît sans se connaître. On va avoir un gosse ensemble. Et j'ai compète dans trois heures.

« On va jamais y arriver, Swan, j'annonce, défaitiste.

- Va pourtant falloir qu'on y arrive, Cullen. »