Hello !
Merci pour vos reviews ! Elles m'ont fait très plaisir !
Pour rassurer tout le monde oui Bella et Edward termineront ensemble. je prétends pas être originale. Bonne lecture !
Je regarde mon plafond, étonné d'y trouver comme d'habitude cette fissure dégueulasse qui le lézarde. Il fait froid dans ma chambre parce que comme un con j'ai laissé la fenêtre ouverte quand je suis parti courir il y a deux heures.
Je repense à Swan et à notre conversation.
On a décidé de laisser passer la nuit. Je lui ai donné mon numéro de portable. Elle m'appellera quand elle le voudra. Si elle le veut.
Je crois que ça lui plaît, cette liberté d'action. C'est elle qui a la main maintenant.
Je la revois se mordiller les lèvres quand je l'ai abandonnée sur le seuil de sa baraque. Elle était toujours sous le porche quand je suis monté dans ma Volvo et que j'ai repris la route. Je sais pas si elle me regardait, mais en tout cas elle avait pas l'air d'avoir envie de rentrer chez elle.
Quand même ta maison te semble un danger, c'est que vraiment t'es trop déraciné. Je connais ça.
Putain. Faut que j'arrête de penser à elle et à sa détresse presque palpable autour d'elle.
Faut que je me vide la tête : j'ai compète dans une heure. Je suis rentré chez moi, j'ai pris une douche, fait mon sac et me suis affalé comme une loque sur mon lit défait pour mater le plafond, occupation intéressante s'il en est. Faut que je bouge.
Je me lève, j'attrape mon sac. Je saute des marches dans l'escalier et ça fait un boucan de tous les diables.
« Edward ! » glapit Alice.
Sa tête apparaît en haut de la cage d'escalier
« Tu fais le bruit d'un éléphanteau !
- Contrairement à toi, c'est juste le bruit et pas mon énorme cul qui me rattache à ce noble animal. »
Elle me fait un doigt d'honneur bien senti et retourne dans sa chambre.
Je file attraper un sandwich dans la cuisine : les jours de compétition, ma mère me prépare mon repas, comme quand j'avais six ans et qu'elle me préparait mon goûter. Et cette attention me touche : est-ce que je devrais préparer un repas pour mon enfant, un jour ?
On n'a même pas encore parlé de ce qu'on fera du bébé. Je ne sais pas si Swan veut le garder ou le donner à un couple qui voudrait adopter. Pour l'instant, ce qui est sûr, c'est qu'elle n'avorte pas.
Ça va être bizarre.
C'est déjà bizarre.
Je crois que même l'avortement était abstrait dans ma tête. Mais là, ça va être concret : Swan va est enceinte d'un truc qui est à moitié elle, à moitié moi, et totalement différent de nous.
« Prends donc une pomme, mon chéri. »
J'obéis à ma mère qui vient d'entrer dans la cuisine. Je m'approche d'elle et la câline un peu, juste pour le plaisir, parce que quitte à être un enfant autant l'être jusqu'au bout.
« Tu vas bien ? »
Elle s'inquiète, je le sens. Je lui fais plus trop de câlins depuis le collège. Mais là j'en ai besoin. Je grogne un « moui » mais elle lâche pas l'affaire.
« D'abord tu sèches les cours hier, puis tu nous fuis. Mon loulou, tu es sûr que ça va ?
- Ouais.
- Tu sais que tu peux tout me dire. »
Pas ça. Pas tout de suite.
Je ne réponds rien : je connais ma mère. Elle est trop forte. Elle devine toujours quand je lui mens. La meilleure façon de s'en sortir, c'est de rien dire.
Elle me caresse la nuque, me masse presque, sa main ferme et douce contre mes cervicales. Je ressens tout l'amour qu'elle me porte et qui d'habitude me gêne, mais là, j'ai comme une faiblesse dans les jambes et son amour trop encombrant me fait du bien.
« Je compte sur toi pour la médaille d'or, mon grand. »
Elle sourit et se hisse sur la pointe des pieds pour m'embrasser sur la joue.
Je sors, monte dans ma caisse. Je dois passer prendre Emmett : la semaine dernière il a pété sa moto, il ne peut plus vraiment se déplacer tout seul.
« Alors, prêt à écraser tout le monde ? »
Je ne réponds rien et il ne m'en tient pas rigueur. À force, on se connaît. Il sait que je me concentre pour la compétition qui m'attend.
Enfin, d'habitude, je me concentre. Là je pense à sa sœur et il n'a pas besoin de le savoir.
Je pense à ses pirouettes avec Alice, leurs pyramides, leurs roulés-boulés dans tous les sens. Je pense à son corps qui se tortille et s'envole presque quand leur équipe fait des figures compliquées et qu'ils l'ont placée en haut parce que c'est elle la meilleure. Les spectacles de gym, j'en bave depuis qu'Alice en fait. J'ai toujours été impressionné par la voltige qu'elles se permettent parfois : on a l'impression qu'elles ne pèsent rien quand elles s'envolent.
Swan va plus pouvoir faire ça pendant un petit bout de temps.
Le parking de la piscine est déjà blindé quand on arrive. Je me gare sur l'herbe, un peu plus loin, dans la gadoue.
« Putain, Eddie, râle Emmett, t'aurais pu te garer à un autre endroit. Ça va ruiner mes pompes. »
Je réponds rien. Je n'ai qu'une hâte : être dans l'eau pour oublier Swan et son putain de ventre.
Finalement, une fois dans les vestiaires, le stress commence à effacer le visage de Swan. Mon bonnet tire mon crâne et force mes idées à se planquer dans un coin. L'odeur de chlore caractéristique de toutes les piscines envahit mes poumons et chasse enfin les odeurs résineuses de ce matin.
Je m'échauffe doucement sous les conseils d'Emmett. Le public bavarde, s'installe, bruyant. Mes muscles se délient. En tournant la tête, je vois Ben et Angela s'installer dans les gradins.
Leur présence me réconforte.
Quand les sifflets retentissent, je sors de l'eau et vais me poster sur le plongeoir. Mike me sourit : avec son pince-nez et ses lunettes de piscine qui lui déforment les tempes, on dirait un vieux requin mal luné qui essaie en vain d'avoir l'air sympa. Je pense à Bruce, le requin veggie du monde de Nemo.
« Médaille d'or, mec !
- Médaille d'or, ouais. »
On nage ensemble sur une épreuve, le quatre cents quatre nages. On discute de tout et de rien pendant que les filles s'échauffent. Elles nagent après nous mais on enchaîne tout. La piscine résonne : tous ces bruits m'abrutissent et claquent dans mon crâne.
« Les mecs ! On se concentre ! »
On se rapproche d'Emmett qui donne les dernières consignes. J'ai l'impression qu'on est un banc de pingouins, tous en maillot à sautiller sur place pour ne pas refroidir.
« Mike, fais gaffe à tes roulades. Tes coulées, tu les fais bien ou je te remets chez les poussins pour qu'ils t'apprennent à couler correctement ! Jason, gaffe à tes plongeons : jambes tendues, souplesse ! Edward, t'as intérêt à te rattraper pour tous les entraînements que t'as ratés ces derniers temps ! »
Je hoche la tête, concentré. Je comprends à peine ce qu'il continue à déblatérer : mes yeux restent fixés sur le carrelage brillant d'eau.
Quand c'est enfin mon tour de plonger, je nage si vite que j'ai l'impression d'être un poisson. C'est moi, le requin. Je me purge de toute l'impuissance qui m'étreint depuis quatre jours. Je descends si vite mes cent mètres papillon que fais prendre de l'avance à mon équipe et que c'est sûr et certain que la médaille est pour nous.
Quand je sors de l'eau, Ben et Angela m'acclament comme si j'étais le héros de Forks.
Et ça me fait chaud au cœur. Parce qu'au fond, finalement, je suis peut-être le héros de Forks.
Je suis peut-être paumé, dans un bled de merde que personne ne peut placer sur une carte, avec une sœur casse-couilles et des parents qui comprennent pas que je ne suis pas comme eux, j'ai peut-être engrossé une fille que je connais pas vraiment alors qu'une autre fille me plaît sans que j'aie le courage d'aller lui parler, vraiment lui parler, je suis peut-être à côté de la plaque, trop grand, trop pataud, sans projet d'avenir mais bientôt avec un gosse sur les bras, mais il y a des choses qui vont bien.
Il y a des choses qui iront toujours bien.
