Hello !
Voici la suite. J'aime bien Rosalie, ça a toujours été un de mes persos préférés. à bientôt !
« Qui ? »
Je respire. Tout le monde connaît Bella Swan dans le coin. Charlie est un super flic et Swan et son équipe de pom-pomettes sont déjà passées dans un reportage sur la chaîne régionale.
Mon secret s'apprête à ne plus en être un. Mais bon, de toute façon, faudra bien le dire un jour…
« Isabella Swan. »
Son nom entier paraît toujours saugrenu quand je le dis. Faut croire qu'elle est Swan avant d'être Bella. Bella, c'est un surnom, c'est pour les gens qu'on aime, les gens dont on recherche la compagnie.
Je ne sais pas si je peux dire que j'aime Swan. Disons que je ne peux plus la détester, ça c'est sûr…
« Bella Swan ? La coach des cheerleaders du lycée ?
- Celle-là même. »
Rose siffle un long coup, comme si elle était impressionnée.
« Et ? Vous allez faire quoi ? »
Je tique. Elle parle en vous. C'est pas « Elle va faire quoi ? », c'est « Vous allez faire quoi ? ».
C'est concret, c'est inévitable.
Je suis dans la merde jusqu'au cou.
« Elle veut le garder. »
Ma voix s'éraille mais Rosalie ne flanche pas.
« Y a pire dans la vie que d'être père à dix-sept ans.
- J'en aurai dix-huit dans deux semaines… »
Elle hausse les épaules. Elle se rend pas compte de ce que ça implique, je crois…
Alors, pour me faire plaindre, peut-être, ou plutôt pour qu'elle comprenne, pour que je me vide, sûrement, je largue tout , en vrac, parce que c'est elle et qu'elle est droite et honnête :
« Je sais pas si tu te rends bien compte, Rose. On parle de Swan, là. Swan, je peux pas : elle est chiante, excitée, allumée du ciboulot. Avec Alice, c'est les pires pestes que je connais depuis que je suis petit. Et c'est pas le pire ! Son père va me tuer quand il va l'apprendre, son frère va faire disparaître mon cadavre grâce à ses relations dans les milieux clandestins de Seattle. Et elle, elle va me saigner jusqu'au bout parce que j'ai été incapable de garder mon braquemart dans le slibard. Mes parents vont me massacrer et mon père va hésiter à me deshériter. Ma mère sera déçue et je supporte pas ça, de décevoir ma mère. Un gosse, ça va ruiner mes études, mon avenir, ma vie, quoi, et t'imagines la gueule du mioche ? Je serai jamais un bon père, je sais même pas si je veux des enfants et… »
Je m'essouffle tout seul. Les yeux de Rosalie sont froids quand ils se braquent sur moi.
Si j'espérais l'apitoyer, c'est clair que c'est raté.
Elle se lance sans hésiter, d'une voix mélodieuse et glaciale, et soudain c'est la Reine des Glaces qui se trouve devant moi :
« Tu sais, j'avais pas vingt ans et j'étais déjà orpheline, battue par mon père et incapable de porter plainte contre lui, alors que j'aurais pu essayer de protéger mes sœurs, mais je pouvais pas, parce que c'était mon père et que je voulais pas qu'on soit séparées dans des foyers différents. J'ai eu la tutelle de mes sœurs le jour de ma majorité. Alors là j'ai porté plainte contre mon père et il s'est cassé avant que les flics arrivent. Il est jamais revenu. J'ai attendu tout ce temps pour être sûre de garder mes sœurs auprès de moi alors que je gagnais même pas de quoi me payer de quoi bouffer. Je peux comprendre que ta situation te paraisse insurmontable mais franchement c'est du pipi de chat par rapport à ce qui pourrait t'arriver. »
Je m'attendais pas à ça.
Rosalie a vécu bien pire. Et moi, comme un con d'égocentrique, je prends ma situation comme la fin du monde.
Rosalie enfonce le clou.
« Au fond, t'as ta famille, et je peux t'assurer que je la connais et qu'elle est vachement bien. T'as tes potes, t'as Bella Swan : tu seras pas père célibataire. Y a des gens qui souffrent de ne pas avoir d'enfants et toi du premier coup t'y arrives. Au fond, t'es chanceux, mec.
- J'irais pas jusque là, je réponds. Mais je crois que t'as raison. Je vais arrêter de me plaindre. C'est juste…
- C'est juste que ça change tout, ouais. »
Elle sourit. Mon Dieu qu'elle est belle quand elle sourit !
« Dis-toi que ta pote, là…
- C'est pas ma pote, je ronchonne.
- C'est encore pire pour elle. Dis-toi que se taper un jeunot et tomber enceinte dès la première fois, c'est pas donné à tout le monde. En plus, elle est maquée, non ?
- Ouais. Avec un certain Jake. »
Je suis pas jaloux mais j'aime pas ce type. Je sais pas, un truc dans le bodybuildé qui me déplaît, je crois. J'ai vu des photos et il fait pas réel : trop beau, trop musclé, trop bronzé pour être honnête. Le genre de gars qui a l'air sympa et sexy en même temps, qui cumule tous les avantages et a juste pour but de faire baver les filles et rager les mecs.
« Imagine pour elle : elle a trompé son mec et elle a la preuve de sa tromperie sous son t-shirt. C'est pas quelque chose qui arrive à tout le monde. »
J'arrive pas à savoir s'il y a de la tristesse dans sa voix ou de la colère. En tout cas, une émotion étrange.
Elle me laisse pas creuser.
Elle se relève, époussette son bleu de travail au niveau du cul. Ses mains couvertes de graisse restent délicates sur ses fesses.
« Si vraiment t'es dans la merde et que tu cherches à trouver un coin tranquille, sache que mon garage t'est toujours ouvert. J'accueille tous les chats perdus de Forks. »
Je détourne les yeux, me relève de même.
« Pourquoi t'es si gentille avec moi ? »
Ses yeux me scrutent. Une réponse se dessine sur ses lèvres mais elle la retient avant qu'elle sorte en serrant les dents, comme si elle ne voulait pas me dire la vérité, pas tout de suite, pas maintenant, peut-être jamais. Je devine qu'elle se contrôle et je fais semblant d'avoir rien vu.
« J'ai toujours aimé les histoires tordues, finit-elle par dire. C'est comme les voitures, ça me donne envie de les réparer. Allez, bouge ton cul. »
Je la suis dans le garage. Elle a toujours semblé sûre d'elle !
Quand je quitte le garage cinq minutes plus tard, j'ai qu'une envie : aller nager pour oublier.
Oublier que demain c'est lundi et que la vie reprendra son cours. Oublier que Rosalie est mère célibataire sans jamais avoir enfanté. Oublier que Tanya est sortie avec Mike, qu'Alice est sûrement déjà repartie à Seattle sans me dire au revoir, que Ben ne me posera aucune question, comme si notre amitié était incapable de résister à une question trop honnête. À moins qu'il se'n foute, de moi, finalement.
Je me gare devant la piscine fermée. Emmett n'est pas là : bien sûr, c'est jour de match. Il doit y avoir des prolongations au bar pour fêter ça.
Je grimpe au-dessus de la barrière. J'ai pas de maillot : les caméras me suivent de leur regard curieux et impénétrable. Je vais pas me la jouer nudiste.
Je crochète la porte, pousse le battant.
L'odeur de chlore me fouette au visage.
Je m'assois au bord du bassin, les pieds dans l'eau, les mains à plat sur le carrelage humide.
Et dans le clapotis unique je m'apaise enfin.
