Hello ! merci pour vos reviews, merci à Guest pour son merci et merci à Arthémys ! j'espère que la suite vous plaira !


« Je termine à dix-neuf heures, après l'entraînement. Tu peux venir me chercher ? »

J'acquiesce et Swan saute de la voiture.

Je me suis garé à l'autre bout du parking, près du gymnase. Je sais pas par quoi elle commence sa journée mais je me suis dit que se séparer auprès d'un lieu sportif était évident.

Et puis j'avais pas envie de montrer à tout le lycée que je promène Isabella Swan dans ma caisse.

Je remonte tranquillement vers le bâtiment A, là où y a cours. Je commence avec espagnol et vraiment j'ai pas envie.

« Ed !

- Salut Tanya ! »

Elle me saute au cou. Je l'ai jamais vue aussi rayonnante.

« Ta virée avec Mike t'a plu, on dirait ?

- La Push est une des plus belles plages de la côte ouest ! On a fait un feu sur la plage et y a même des Quileutes qui sont venus griller quelques marshmallows avec nous ! »

Des Quileutes. Où que j'aille j'ai toujours Swan qui se rappelle à moi.

J'aimerais pas être à sa place quand Jacob Black apprendra qu'elle l'a trompé avec moi.

« Rose m'a dit que t'étais passé la voir hier. Apparemment, t'avais besoin de discuter. »

Apparemment, Rose n'a rien dit à Tanya.

On avance de concert vers nos casiers. Je triture le cadenas du mien. J'ai encore oublié le code.

« Ouais. C'est un peu compliqué dans ma vie en ce moment. »

Tanya fait une moue.

« T'as toujours été à la masse, Edward, ça date pas d'hier. »

La sonnerie retentit avant que j'aie eu le temps de retrouver mon code. Putain. Je vais encore devoir suivre le cours d'espagnol sans manuel.

Tanya a raison. En vrai, à part la natation, y a jamais eu grand-chose qui me branche. Ce qui est inquiétant, d'ailleurs, parce que j'ai du mal à envisager une carrière dans l'eau. Emmett me tuerait s'il l'apprenait, mais vraiment, j'ai pas envie d'être nageur professionnel et d'avoir éternellement les orteils fripés.

Peut-être que j'ai pas envie que le seul truc qui me plaise devienne une contrainte.

« T'as cours de quoi, là ?

- Maths avancées. À toute ! »

Elle m'embrasse rapidement sur la joue et se casse dans le couloir D.

Putain. Y a quelques jours j'aurais sauté au plafond de ce baiser sur la joue. Là, c'est pas que ça me fait rien, mais... C'est pas si fou que ça.

Le cours d'espagnol se traîne tellement que j'en profite pour me taper une petite sieste sur mon bureau. Ça rate pas, je me prends trois remarques cinglantes de la prof. Mais comme elle a pitié de moi parce que, selon elle, mon seul atout dans la vie, c'est mes branchies, elle ne me colle pas. J'écope juste de deux insultes à peine déguisées.

Elle peut pas me coller. Les mecs en sport-études, on a des horaires aménagés pour nos entraînements et nos sanctions sont la plupart du temps annulées. C'est injuste mais c'est comme ça. Et comme je suis l'espoir du lycée pour les compètes de natation, elle peut pas se permettre de trop m'emmerder.

Entre deux cours je croise Mike et Ben. Mike est beaucoup trop content de lui : ça a dû être vachement bien avec Tanya. J'ai envie de le frapper, je sais pas pourquoi.

« On mange ensemble ce midi ? »

Comme tous les putains de midi depuis trois ans. Que ce couillon pose encore la question, ça me fume.

« Ça va, mec ? »

Ben s'inquiète.

« Ouais. »

J'ai pas envie de développer, surtout devant Mike, et je me sauve en cours d'histoire.

Il me rejoint peu de temps après.

« Alors ? »

C'est même pas une question, bordel. Il largue ses affaires sur le bureau à côté du mien et tire la chaise voisine pour s'installer.

« Tu sais que tu peux tout me dire. »

Je sais bien. Mais là c'est pas à moi d'en parler. Je sais pas vraiment ce que je dois faire. J'ai l'impression de cacher quelque chose à mon meilleur pote et en même temps, je me vois mal le mettre au courant d'un truc que la principale intéressée a encore annoncé à personne.

C'est sur, j'ai parlé à Rose, mais c'est différent. C'est Rosalie. Mais Ben…

« Je peux pas en parler.

- Ah. »

Une pause. Le prof entre et claque dans ses mains pour demander le calme.

« C'est si grave que ça ? »

Son chuchotement est parfaitement audible et nous attire un regard sévère. Ben sourit comme pour s'excuser et ouvre son manuel. Je suis obligé de suivre avec lui : j'avais oublié que j'avais laissé aussi mon livre de bio dans mon putain de casier. Je me rapproche :

« Je sais pas. »

C'était grave mercredi dernier. Là, on est passé au-dessus de la gravité. Je plane un peu. Je sais plus trop.

C'est fou comment rien n'a changé et pourtant tout semble différent. Les cours s'enchaînent toute la matinée sans que rien ne varie, et pourtant j'ai l'impression que le monde s'est écroulé.

À midi, je m'enfuis. Pas la force d'affronter la foule ni les copains. J'attrape un sandwich à la cafét' et je me casse.

Je me retrouve comme par hasard au gymnase : mes pas m'y ont mené sans que j'aie rien remarqué. Mais bon, ça peut pas être pire... Et puis ce matin, y a eu un bon feeling avec Swan. Enfin, bon... Disons qu'on s'est pas tapés dessus. On s'est pas insultés non plus.

Elle est encore là, à terminer un cours, je pense. Elle encourage ses troupes à faire des étirements. Quand elle me voit, elle annonce que le cours est terminé et qu'ils peuvent y aller. Le temps que tout le monde se casse, je me suis assis dans les gradins et j'ai attaqué mon sandwich au poulet.

Elle me rejoint.

« Qu'est-ce que tu fous là ? »

Elle a une légère pellicule de sueur sur la peau, ça brille. On dirait qu'elle s'est mis du fond de teint à paillettes mais c'est plus joli. La lumière vient frapper son épaule quand elle s'assoit à côté de moi et j'ai l'impression que des petits strass sont incrustés dans sa peau.

Je grommelle :

« J'avais besoin de calme. »

Elle hésite un moment, puis hoche la tête.

« Et tu t'es dit…

- Tu m'as dit que tu donnais des cours ce matin. J'ai pas envie de voir mes potes. »

Swan remplace Keller, la remplaçante de gymnastique qui est partie en congé maternité. Elle a vu avec la direction : elle coache les pom-pomettes et s'occupe des juniors et des seniors en gym pour son deuxième semestre.

Le dirlo va péter une durite quand elle partira elle aussi en congé mat'. À croire que toutes les profs sont tombées enceintes la même année.

« Tu m'as pris un sandwich ? »

Bien sûr que non. J'ai envie de lui répondre que je suis pas son chien mais je réplique :

« Je sais pas si t'aimes le poulet. »

Elle rigole.

« Pire excuse de l'année. »

Elle se relève et s'étire. Elle paraît bien sereine, tout de même. Ma mère m'a dit, une fois, que les filles géraient mieux les crises que les garçons. J'y ai jamais trop cru. Mais là, je me dis qu'elle avait raison.

Ou alors c'est que Swan est plus âgée. On s'y connaît mieux à vingt-et-un ans qu'à dix-sept.

« T'as piscine ce soir ?

- Ouais. À dix-neuf trente, deux heures. Ton frère va me tuer.

- Ça, c'est sûr. »

Et ça la fait rire. Et puis elle redevient sérieuse.

« Je dis tout à mon père mercredi. J'aimerais que tu sois là. »

Je déglutis.

« Tu veux pas lui confisquer son arme de service, avant ?

- Tu dramatises beaucoup trop. »

Elle rigole encore. Ça lui va bien, ce petit rire. J'ai une sorte de fierté de l'avoir fait rire.

« Mais je peux mettre des balles à blanc dans son chargeur. »

Elle s'éloigne et je peux pas m'empêcher de remarquer qu'elle chaloupe un peu. C'est parce que je la regarde, c'est ça ? Elle se retourne vers moi au moment où j'ai les yeux sur son cul.

« Interdiction de mater, Cullen. C'est pas que tu vas être le père de mon gosse que t'as tous les droits.

- Laisse au condamné ses derniers plaisirs, Swan. Et franchement, ton cul est plus agréable à regarder que ton visage. »

Elle m'adresse un magnifique doigt.

Ce qui, vu notre passif, s'avère un véritable progrès dans notre relation.