Hello !
La suite (ok, c'était y a un mois, mais bon, j'espère que vous me pardonnerez).

à bientôt !


« Bonjour shériff.

- Edward. »

Ses yeux me fusillent. Swan m'a promis qu'elle avait planqué son arme mais j'ai du mal à me croire en sécurité : à mon avis, il est capable de me tuer à mains nues. Il est pas hyper musclé ni aussi jeune que moi mais c'est un sanguin, ça se voit.

Il me tuera avant même que j'aie conscience qu'il me saute dessus.

« Votre fille… »

J'hésite. Il me regarde toujours avec ses yeux inquisiteurs et accusateurs, un curieux mélange qui me fait me dandiner sur place.

« Elle vous a dit que je devais venir ?

- Elle m'a dit qu'on avait des choses à se dire. »

Il se décale, me laisse entrer. J'ai l'impression de pénétrer dans l'antre d'un ours mal léché.

C'est mieux rangé que la dernière fois que je suis passé chez eux : Swan a dû faire le ménage pour être sûre de déjà se mettre son père dans la poche.

« Assieds-toi. »

J'obéis au shériff, pose mon cul sur le canapé. Il aboie dans l'escalier :

« Bella ! Ton ami est là ! »

J'entends une porte qui claque, des pas pressés. Elle arrive, les joues rouges, déjà gênée.

« Salut.

- Salut. »

Hier, quand je suis venu la chercher chez elle, y avait déjà Charlie Swan sous le perron. Il m'a vu, il sait que j'emmène sa fille au lycée. Si ce revirement dans nos relations l'a interpellé, il ne m'a rien dit.

On est tous assis, un peu guindés. Swan se tord les mains, inquiète.

« Alors ?

- Alors ?

- Me prends pas pour un con, Isabella. »

Elle frémit.

« Ça fait quelques jours que ce grand nigaud vient te chercher. Soit il a perdu un pari avec le diablotin qui lui sert de sœur et il est obligé de te servir de chauffeur, soit il se passe quelque chose entre vous. Je comprends pas, tu l'aimais bien, Jake, non ? »

Swan se masse les tempes. Je n'ose rien dire.

« C'est plus compliqué que ça, papa chéri.

- Tu m'appelles jamais papa chéri, Bella. Qu'est-ce que tu me caches ? »

Putain mais il est bon, Charlie ! Un vrai détective !

Il va deviner tout seul si ça continue comme ça. À moi de prendre les devants.

« Chef, c'est… Votre fille et moi, on…

- Vous (il hésite) vous êtes… ensemble ? T'es pas un peu jeune pour… Bella a vingt-et-un ans, t'es encore au lycée et…

- On n'est pas ensemble, papa. C'est plus compliqué que ça.

- Mais putain dites-moi ! Je m'imagine le pire ! Trafic de drogue, excès de vitesse, dopage de sportifs ? »

Swan soupire. C'est à elle de le dire.

« Je suis enceinte. »

Ça tombe comme un couperet. Charlie est bouche bée.

« Et… Jacob…

- Je suis enceinte d'Edward. »

Le regard vif du shériff se plante sur moi mais Swan continue, presque sans respirer :

« Tu te souviens de la soirée pour l'anniversaire d'Alice et notre fin de semestre ? On était chez les Cullen. J'ai un peu trop bu, Edward aussi, et on s'est retrouvés dans le même lit.

- Épargne-moi les détails, grogne Charlie. Savoir que tu as trompé Jake, qui est la crème de la crème, ça me fout déjà un coup, alors…

- Jacob n'est pas parfait, bordel ! »

Elle s'énerve. Je dirais pas que je suis ravi de voir que pour une fois c'est pas contre moi, mais c'est vrai qu'elle est sexy quand elle gronde. D'habitude je suis trop occupé à éviter les piques qu'elle envoie, mais là je peux l'observer à loisir.

« Ok, tu l'aimes bien parce que vous pouvez parler foot et basket et que c'est le fils de ton meilleur pote, mais c'est pas le mec parfait, loin de là !

- Au moins, il ne t'a pas engrossée sans te prévenir ! »

Sa voix a monté mais Swan ne se laisse pas faire : elle explose. Elle lui crie dessus, j'ai jamais vu ça :

« Il aurait dû être là, ok ? Il est pas venu alors qu'il avait promis qu'il viendrait ! Alors oui, j'étais triste et j'ai bu plus que de raison ! Mais putain ! Il aurait dû être là ! Tu sais pas tout, bordel ! »

J'essaie de me faire tout petit maintenant que l'attention du shériff est sur sa fille. Bon, avec mon mètre quatre-vingt-huit, c'est mal barré, mais faut essayer.

« Tu n'as pas à juger de ma relation avec Jacob ! C'est pas ce que font les pères ! Un père, ça soutient sa fille, quelle que soit la connerie qu'elle a faite ! »

J'espère que mon père à moi sera sensible à ce genre de discours.

« J'ai pas élevé ma fille pour qu'elle tombe enceinte du premier venu ! »

Charlie est lui aussi debout. Je me lève pour pas être en reste. Swan est blessée, ça se voit à ses yeux qui se remplissent de larmes. Je sais pas trop quoi faire alors je m'approche d'elle.

« Un mineur, en plus ! Tu sais ce que tu risques ? »

Il ne m'était jamais venu à l'idée de porter plainte contre Swan pour détournement de mineurs. Jamais. À croire qu'au fond, ça me convient bien d'être coincée avec elle…

Charlie fait deux pas vers sa fille :

« Tu sais que je risque de perdre mon boulot si ça dérape tout ça ? Et tes études ? T'y as pensé, à tes études ?

- Bien sûr que j'y ai pensé ! Putain, papa, c'est pas de ma faute !

- Pas de ta faute ? » il éructe.

Je n'hésite plus et me place devant Swan pour faire barrage à son père.

Ça le calme instantanément.

« Tu me crois capable de faire du mal à ma fille ?

- Je ne crois rien. »

Je la protège, c'est tout. Je sais pas pourquoi et je me poserai les questions plus tard. Mais la voir pleurer et être mal parce que son père la traite mal, ça me dérange. Alors je fais rempart : qu'au moins ma haute taille serve à quelque chose.

Charlie recule de deux pas, se coince la tête dans les mains, se frotte les tempes comme l'a fait sa fille dix minutes avant. Il soupire lourdement et part dans la cuisine.

Je me tourne vers Swan.

« Hum… Ça va ? »

Elle est au bord des larmes. Je fouille dans mes poches à la recherche d'un mouchoir, puis dans le salon. J'avise une boîte de mouchoirs, en prend trois, les lui tends. Elle se mouche grossièrement.

« Merci. »

Charlie est de retour dans le salon, une bière décapsulée à la main. Il me jette un regard noir et va s'asseoir.

« Y a des bières dans le frigo, Cullen. »

Belle manière de me foutre dehors. Je pense qu'ils ont des choses à se dire. J'acquiesce, pars dans la cuisine.

Je prends une bière dans le frigo et un soda pour Swan. Je sais pas si elle suit la sacro-sainte règle de pas d'alcool pendant la grossesse. Au pire, je lui passerai la mienne, de bière, et je boirai le coca.

J'ose pas revenir tout de suite dans le salon : j'ai bien compris qu'ils avaient besoin d'un peu de temps. J'entends leurs voix, un peu étouffées par l'épaisseur des murs. Je regarde la cuisine, le reste de gratin dans le four, la vaisselle qui sèche, les cartes postales et les photos aimantées sur le frigo. Y a une ambiance sereine ici, pas étonnant que maman aime autant passer de temps en cuisine. Je sais pas si Swan cuisine. Alice aime pas trop ça, mais c'est vrai que j'ai déjà entendu Swan et maman parler cuisson de biscuits.

Bon. J'y retourne.

Quand j'arrive dans le salon, Swan a l'air d'aller mieux. Je lui tends le coca, elle me remercie et l'ouvre. Je m'assois à côté d'elle alors qu'elle s'enfile la canette en un temps record.

« Alors… »

Charlie a l'air plus calme. J'ignore ce qu'ils se sont dit, mais il a déjà digéré, ça se voit. Les flics sont comme ça, de toute façon : si tu rumines, l'enquête avance pas.

« C'est quoi la suite du programme ?

- Je l'annonce à mes parents ce soir. Seul. »

J'ai pas envie que Swan soit là. Je pense, non, je sais que mon père le prendra moins bien que Charlie. Me faire engueuler, pourquoi pas, mais avoir du public, c'est au-dessus de mes forces. J'espère que ma mère me protégera.

Elle a toujours eu un faible pour les cas désespérés.

« Et puis on comptait en discuter tous ensemble samedi, histoire de vous laisser le temps de digérer tout ça. Maman vous invitera pour un café, je pense.

- Vous avez tout prévu…

- Nous aussi, il a fallu qu'on digère, papa. »

Swan pose sa main sur celle de son père.

« Et je le dirai à Jacob dès qu'il reviendra.

- Il est à…

- Je me vois mal le lui annoncer par téléphone. Mais de toutes façons, j'ai pas les moyens ni le temps d'aller le voir à New-York. De toute façon, il revient la semaine prochaine. »

Charlie plisse les yeux.

« Et Billy ?

- Tu lui dis rien. S'il te plaît. Attends un peu.

- Il va m'en vouloir. Tu me mets mal vis-à-vis de mon ami.

- Je suis mal vis-à-vis de mon mec. »

Ils soupirent tous les deux. Je sais pas quoi dire, comme toujours.

Swan parle à son père comme j'aimerais parfois parler au mien. C'est l'âge qui fait ça ? Ou les caractères ? Est-ce que moi, j'oserais gueuler contre mon père comme elle l'a fait ?

Charlie reprend :

« Ok. Donc…

- Il est prévu pour mi-septembre. Je peux donc continuer à travailler jusqu'aux vacances d'été : tant que je ne fais pas d'acrobaties, je peux coacher les filles du lycée. En revanche, adieu le Cheerleading worlds. »

C'est la partie qui fait le plus mal, je le sens.

J'ose pas lui toucher la main ou le bras ou l'épaule ou n'importe quel membre neutre, pour lui montrer que je compatis. Elle me paraît si fragile, tout à coup, j'ose pas trop. Et puis je me dis qu'elle est pas en sucre, qu'apparemment j'ai fait bien pire que lui toucher la main et je me lance. Je lui presse l'épaule, gentiment. Elle me jette un regard surpris puis reprend :

« Je sais que ça chamboule un peu tous nos programmes mais…

- Tu étais destinée à faire de si belles choses ! Tu vas rester coincée ici et…

- Papa. »

Cette fois, il lève les yeux vers elle : elle lui a pris ses mains, les serre.

« Tu as toujours rêvé d'un avenir brillant pour moi, mais qui te dit que cet avenir n'est pas brillant ? Rien n'est figé ! C'est juste repoussé d'un an.

- Un enfant, ça change tout, Bella. Ta mère n'a pas supporté.

- Je ne suis pas maman. Et tu le sais. »

La mère de Swan s'est cassée alors que Swan et Emmett étaient encore petits. Elle les a abandonnés tous les trois. Maman s'est toujours senti une âme de mère de substitution.

« Tout va être différent.

- Et j'ai le meilleur père au monde pour gérer ça. »

Ouais. Peut-être qu'il faut que je demande à Swan de venir pour me protéger de mon père avec son ventre inexistant, sa colère spectaculaire et ses mots qui frappent juste et désamorcent les situations que je trouve incontrôlables.

« Tu vas être maman. Ça fait bizarre…

- Tu seras le meilleur grand-père des États-Unis. Et ce sera formidable, même si ça commence super mal. »

Elle dit doucement, comme une berceuse, et qu'est-ce qu'elle est jolie quand elle dit ça :

« J'ai confiance, papa. Je sais pas si c'est les hormones, mais j'ai confiance. Ça va bien se passer. »

Elle a confiance en nous. Ça me réchauffe de l'intérieur : on sera des parents pas parfaits, ok, mais ça va bien se passer.

Je vais être papa.