Après plus d'un an d'interruption de publication, je reprends.
Par rapport à « Vers l'avenir », on est quelques années auparavant (environ 7 ans par rapport au début de l'arc 3 de « Vers l'avenir »). Avant le départ de toute la bande pour Pégase.

Pour un bref résumé des chapitres précédents : Sur Terre, Rosanna et compagnie ont trouvé et sauvé une famille de Unas, les cachant jusqu'au retour de l'Utopia qui les a emmenés, partant à la recherche de leur monde d'origine. Sur une suggestion de Tom, Zen'kan les a accompagné.

Lors de leur enquête pour localiser le monde d'origine de la famille, ils ont rencontré et libéré une cinquantaine de Unas esclaves. Parmi eux, deux ont décidé de rester avec eux – Doka, un ancien esclave qui ne se voit pas être autre chose que serviteur, et Arak, l'ancien hôte d'un Goa'uld. Les ont rejoint Koda, jeune femelle, membre de la même tribu que la famille de Unas qu'ils ont aidés, et qui, ayant toujours rêvé de visiter les étoiles, est là en tant que « stagiaire » censée observer et apprendre avant de rentrer partager ses découvertes avec les siens.


Journal de bord du capitaine Giacometti. Jour 238, an 18.

Notre mission de ramener les Unas chez eux ayant été menée à bien, l'Utopia va reprendre son objectif de base, qui consiste, comme chaque année terrestre, à venir vérifier la situation de Rosanna Gady et des autres Ouman'shii et d'en faire rapport à la grande régente Delleb.
Notre mission secondaire, qui consiste à emmener, selon les accord helvéto-ouman'shiis, des scientifiques en résidence, va également pouvoir être accomplie.
Si tout se passe bien, l'
Utopia devrait être à même d'appareiller pour Pégase dans deux jours.
Nous devrions donc être de retour quatre jours avant la fin du délai imparti par la grande régente.

Tom Giacometti, fin d'enregistrement.

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La séparation avait été triste, comme toujours, mais cette année, elle n'avait pas été amère. Pour la première fois depuis longtemps, c'est satisfait que Tom avait regardé la porte de la soute se refermer sur sa famille, venue lui dire au revoir.

Ça n'avait pas été de tout repos, mais il avait réussi à jeter quelques ponts entre lui et son frère, comblant un peu de ce vide abyssal qui semblait auparavant les séparer si irrémédiablement.

Laissant à Jiu et à l'équipage le soin de les mettre sur la trajectoire de sortie du système solaire, il partit faire une ronde d'inspection, s'assurant que tout allait bien et que tout le monde était bien installé.

En dehors d'un malheureux scientifique atteint d'un aussi rarissime que violent mal de l'espace, qu'il escorta personnellement jusqu'à l'infirmerie, tous les passagers allaient bien, tantôt s'installant dans leurs cabine, tantôt profitant de la vue devant un des hublots. Quant à son équipage, chacun connaissait son poste, et les voyages terrestres étaient habituels. Il n'y avait donc pas à s'inquiéter.

Les mains dans les poches, il se mit donc en quête de Liam'kan.
Il trouva le guerrier assis sur une banquette face à un hublot dans une salle de repos, reprisant un accroc à la manche de son manteau.

« Vous savez qu'on a du personnel compétent chargé de l'entretien des vêtements ? » s'enquit-il en guise de bonjour.

Se levant pour le saluer, Liam'kan opina.

« Oui, mon capitaine, mais il est bon qu'un soldat sache entretenir son matériel, et une compétence doit être occasionnellement pratiquée pour ne pas être perdue. »

Que répondre à ça ? Il avait parfaitement raison.

« Je ne vais pas vous déranger longtemps. J'aimerais juste votre avis sur mon frère. »

Le guerrier lui jeta un regard amusé.

« Je serais ravi de vous faire un rapport sur... notre jeune frère, mon capitaine. »

Serrant les dents, Tom se retint de prendre la mouche. Même si entendre un autre appeler Zen, « son frère » le hérissait, c'était vrai. Zen'kan, restait, tout comme lui, un fils de Silla – même s'ils refusaient tout deux de se qualifier ainsi.

« Quel genre de rapport désirez-vous ? » s'enquit Liam'kan.

« Un sincère. »

Le guerrier opina.

« Zen'kan est mentalement faible, déviant, très probablement taré, et son éducation humaine ne fait qu'amplifier ses défauts. »

Inspirant à fond, Tom se retint de tout commentaire. Il avait demandé une réponse sincère, et il avait été servi.
Liam'kan lui jeta un regard.

« Vous êtes très différents, tous les deux, et pourtant il suffit de vous regarder pour constater combien vous êtes semblables dans votre anormalité. »

Cette fois, il s'autorisa un petit grondement d'avertissement. Loin d'être impressionné, le guerrier poursuivit avec l'ombre d'un rictus.

« Il ira loin, ce petit. Je ne sais pas où, mais il ira loin. Moi, comme la plupart de nos frères, je n'ai pas cette... malfonction que vous partagez. Je ne fais que faire ce qu'on me dit de faire, en me satisfaisant de suivre les ordres. Mais vous, mon capitaine, pas du tout. Quoique le destin vous jette au visage, vous allez là où bon vous semble, peu importe ce que quiconque en pense. Vous êtes... libre ? Oui, c'est ça. Vous avez la force – ou la folie – nécessaire pour être libre. Et, Zen'kan ne s'en rend pas encore compte, mais il est comme vous. Et je suis curieux de voir où ça va le mener. »

Avec un rauquement, Tom acquiesça.

« Vous savez que je pourrais vous faire mettre au trou pour avoir osé tenir de tels propos à mon encontre ? »

Le guerrier opina. « Mais vous ne le ferez pas. Vous accordez de la valeur à la vérité. »
« Et vous n'avez fait que dire la vérité, c'est un fait. » concéda-t-il.

Le silence revint. Que rajouter ? Le guerrier avait accompli sa mission avec succès, malgré quelques problèmes en cours de route, et lui avait fait un rapport aussi concis qu'honnête. Le saluant du menton, Tom s'éloigna donc.

« Mon capitaine ? »

L'appel l'arrêta à deux pas de la porte.

« Oui, soldat ? »
« Merci de m'avoir proposé à Markus Lanthian pour veiller sur notre frère. »

Surpris des remerciements, Tom se retourna pour détailler le guerrier qui ricana, un peu gêné.

« J'essaie les méthodes terriennes. Pour changer un peu... »
Roulant des yeux, Tom se remit en route.

« Ça vous réussit plutôt bien. » nota-t-il, alors que la porte s'ouvrait devant lui d'une simple pensée.

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Deux tasses d'infusion à la main, Jiu s'approcha de Soleil qui, avachi sur une chaise de mess, fixait avec désespoir Doka tentant de réaliser un gâteau sous la houlette de Menu.

« Tenez. » offrit-il, posant une des tasses devant l'adorateur, qui bondit sur ses pieds.

« Monsieur ! »

« Repos. » répondit-il, s'asseyant en face de l'homme qui se laissa retomber sur son siège, soudain très droit. « Buvez, vous avez l'air d'en avoir besoin. » poursuivit le capitaine en second, désignant la tasse.

L'homme obéit.
« Comment se passe la formation de Doka ? » demanda Jiu.

Le matelot soupira.

« C'est... compliqué. Il est de bonne volonté. De très bonne volonté, mais il ignore tout de notre manière de vivre. Il y a... tellement de choses qui me paraissent parfaitement logiques et naturelles, et qui ne le sont pas du tout pour lui, que tout prend des heures à lui expliquer. »

Jiu opina.

« Ça doit être très dur pour lui aussi. J'étais adolescent quand j'ai appris à utiliser des appareils électriques. Je ne sais même pas combien de fois j'ai failli mourir électrocuté. Et ce n'était pas sur un vaisseau ! Je parle de panneaux solaires, de chauffes-eaux ou d'ordinateurs portables. Sur ma planète d'origine, nous n'avions pas de telles technologies, mais on connaissait tout de même le métal, et certains systèmes mécaniques, notamment pour les machines agricoles. J'ai mis des années à m'habituer à tout ça. » nota-t-il, désignant le vaisseau qui les entourait. « Je ne pense pas que je m'en serais sorti beaucoup mieux que lui, si on m'avait alors propulsé directement à bord de l'Utopia. »

Le matelot opina, songeur. « Il est facile d'oublier quel privilège c'est de naître et de vivre au côté des seigneurs, sur leurs vaisseaux. »

Jiu ne s'aventura pas à répondre à cela. Dans Pégase, avoir accès à la technologie venait toujours avec un lourd prix à payer.

« Monsieur ? »
« Oui ? »

« Comment s'en sortent les deux autres ? » s'enquit Soleil.

« Mmmh. De ce que j'en sais, le principal problème d'Arak est la barrière de la langue. Même si la technologie est différente, les vaisseaux spatiaux sont tous conçus selon les mêmes principes, alors il n'est pas trop perdu. Quant à Koda... »

Faute d'une fin convenable à sa phrase, il eut un geste vague.

La jeune femelle Unas, au moins aussi enthousiaste et volontaire que Doka, avait le double défaut de ne pas parler un mot de commun, et de venir d'une civilisation encore à l'âge de pierre. Au moins était-elle maline, et prompte à s'adapter à chaque nouvelle découverte.

Mais cela ne l'empêchait pas d'épuiser rapidement tout volontaire ou désigné volontaire chargé de la former à la vie à bord.

Soleil lui offrit un sourire compatissant. Cela faisait des semaines qu'il s'occupait presque seul de Doka. Il comprenait cette souffrance.
Jiu fit la grimace.

« Je sais que ce n'est pas une mission facile que je vous ai confiée. Vous faites un excellent travail. Continuez comme ça. » nota ce dernier, se relevant.

Avec un sourire rayonnant, l'adorateur se redressa, se pliant à angle droit pour le saluer avec moult remerciements, lui faisant craindre un instant qu'il ne s'assomme sur le plateau de la table.

Rassuré quand à l'intégrité crânienne du matelot, Jiu s'éloigna, le clignotement discret de son communicateur lui rappelant la foule de tâches qui l'attendait.

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« Wow, wow, wow ! Stop ! Qu'est-ce qu'il se passe encore, ici?! » beugla Liu, débarquant en glissant presque dans la pièce convertie en laboratoire de xénobiologie, en queue du vaisseau.

Son entrée en scène pour le moins remarquable eut le bénéfice de momentanément stopper l'action, tous les regards se tournant vers elle.

« Ah, Madame, vous tombez bien ! » s'exclama un des scientifiques terriens, s'avançant vers elle, l'air certain que justice serait rendue – en son sens.

« Quelqu'un m'explique ce qu'il se passe ? » siffla-t-elle, l'ignorant royalement pour plutôt fixer les deux gardes de sécurité, qui braquaient leurs armes sur Arak – lequel tenait toujours par le col un autre Terrien. « Et vous, posez-le ! » grinça-t-elle à l'intention du Unas qui, s'il n'avait pas compris le sens de ses paroles, en avait capté l'intention.

Lentement, les talons de l'homme retrouvèrent le sol.

Baissant son arme, Niobanne se tourna vers elle pour lui faire un rapport.

« La situation est confuse, quartier-maître. Les deux Terriens ont semble-t-il attiré ici le Unas au prétexte de lui donner de la nourriture, et ils ont ensuite tenté de le restreindre pour lui faire subir des expérimentations. »

« Pas du tout ! Pas du tout ! » intervint l'homme qui l'avait déjà interpellée.

Glaciale, Liu se tourna vers lui.

« Je vous écoute. »

« L'extraterrestre est entré dans le laboratoire tout seul. Il s'est mis à manger divers échantillons, dont certains sont uniques et d'autres extrêmement toxiques. Nous voulions juste nous assurer qu'il va bien, même s'il a détruit des recherches d'une valeur inestimables ! » protesta ce dernier.

Liu soupira.

« Pourquoi ne pas avoir appelé la sécurité et l'infirmerie, alors ? »
L'homme eut un geste vague en direction des deux gardes. Liu eut un rictus mauvais. C'était Ubris qui les avaient prévenus, et pas lui. L'IA l'avait contactée simultanément.

« Ubris. Demande sa version à Arak, s'il te plaît. »

« A vos ordres. » répondit l'intelligence artificielle, traduisant en goau'ld pour le Unas. « Il dit que ça fait plusieurs fois que les humains se promènent dans les couloirs avec une plante qui est une friandise rare sur son monde natal. Il a essayé de leur demander s'il pouvait en avoir un peu, et les humains l'auraient invité à les suivre. Il a cru qu'ils lui offraient de se régaler des nombreuses plantes et créatures comestibles ici présentes. Il les a d'ailleurs trouvées meilleures que la nourriture servie au mess. »

« De quelle plante parle-t-il ? » s'enquit-elle.

« Celle qui se trouvait dans le pot renversé, à gauche de la chaise. » répondit Ubris en traduisant.

Liu vint examiner la poignée de tiges pelées qui dépassait du terreau répandu.

« Elle a quoi de spécial ? » demanda-t-elle aux deux Terriens.

« C'est une solanacée d'une espèce encore inconnue. Les taux d'alcaloïdes atropiques dans les tissus de la plante sont de dix mille à douze mille fois plus concentrés que dans les solanacées terriennes les plus toxiques. C'est une découverte extraordinaire !» répondit l'homme, pédant.

« Je n'y connais rien en plantes, et encore moins en plantes terrestres, ça veut dire quoi ? »
« Que cette bouture contenait assez de toxines pour tuer par ingestion trois fois tout l'équipage. » répondit le second biologiste d'une voix blanche.
Jetant un regard à Arak qui attendait, renfrogné, Liu soupira.

« Il a l'air d'aller bien. Ça met combien de temps à agir ? »

« Justement, c'est une toxine à action rapide. Il devrait déjà être mort ! C'est pour ça qu'on voulait faire des prélèvements ! » s'agaça le premier scientifique.

Les Terriens avaient manqué de délicatesse, mais si ce qu'ils disaient était vrai, elle comprenait pourquoi.

« Ubris, explique à Arak que ce serait bien qu'il accepte d'aller à l'infirmerie faire quelques examens. La plante qu'il a mangée est extrêmement toxique, et nous voudrions nous assurer qu'il va bien. »

« Il refuse. » nota platement l'IA, au cas où le grondement mauvais du Unas n'aurait pas suffi. « Il dit que cette plante n'est pas dangereuse, car c'est une friandise qu'on donne aux enfants. »
Si ça ne tenait qu'à elle, elle aurait simplement renvoyé tout le monde dans ses quartiers et fin de l'histoire. Mais elle avait des devoirs en tant que quartier-maître, d'autant plus sur un vaisseau comme l'Utopia.

« Elle n'est peut-être pas dangereuse pour lui, mais elle l'est pour les humains. On ignore encore tout de la physiologie unas. Savoir ce qui le rend, lui, résistant, pourrait être la clé à des découvertes ultérieures. Traduis, s'il te plaît. »

Ubris obéit, et après quelques échanges tendus entre l'IA et le Unas, ce dernier accepta de se laisser examiner – à condition qu'aucun des deux Terriens ne soit présent.

Le problème résolu, Liu chargea les deux gardes d'accompagner le Unas et appela du personnel de nettoyage pour aider les scientifiques à remettre de l'ordre dans leur laboratoire saccagé.

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« Euuuuarghhh... »

Le râle de Liu s'écrasant face la première sur son matelas le fit sourire.

« Dure journée ? » s'enquit Tom.

« M'en parle pas... » marmonna-t-elle sans même relever la tête.

Il vint s'asseoir au bord du lit, lui secouant amicalement l'épaule.

« Courage, demain, on débarque tout ce petit monde. »

« Ouaiiiiss... »

Avec la grâce d'un poisson échoué, elle se retourna sur le dos, contemplant le plafond.

« J'en peux plus... Tout le monde est sur le nerfs, les passagers arrêtent pas de se prendre le bec, l'équipage fait n'importe quoi, et je suis censée tenir toute cette ménagerie en laisse pour encore vingt-six heures ! »
Il eut un sourire compatissant.

« C'est le travail du quartier-maître. »
Elle lui jeta un regard pitoyable.

« Je peux démissionner ? »
« Négatif. »
« Pfffff... »

Il lui serra le bras.

« Si ça peux te consoler, pendant que tu joueras les mamans pour toute la clique, moi, je vais me taper Delleb et ses habituelles récriminations envers Rosanna. Comme si me crier dessus allait magiquement me donner le pouvoir de changer les choses... »

Son amie soupira encore, fixant toujours le plafond, puis lui jeta un regard.

« En vrai, j'échange volontiers. »
Il ricana.

« Si seulement ! Si seulement ! » opina-t-il.