Elle s'éveilla le lendemain, le corps lourd et l'esprit embrumé, comme si une gueule de bois imaginaire l'avait frappée. La nuit avait été agitée, peuplée de rêves indistincts et de fragments d'angoisse qu'elle n'arrivait pas à recoller. Iruka, inquiet de la savoir seule dans son appartement, lui avait proposé de passer la nuit à l'orphelinat. Elle avait accepté sans hésiter.
L'odeur familière de pain grillé et de café fraîchement préparé la guida jusqu'à la cuisine. Là, les lève-tard traînaient encore, somnolents autour de la table. Elle se servit une tasse de café noir, comme à son habitude, et alla s'installer à sa place habituelle, près de la fenêtre. Le regard perdu dans la lumière douce du matin, elle savourait la chaleur réconfortante de sa boisson. Ceux qui la connaissaient savaient qu'il ne servait à rien de lui adresser la parole avant qu'elle n'ait terminé sa tasse. Les enfants, respectueux de ce rituel, se contentèrent de murmurer entre eux.
Elle s'étira longuement, cherchant à dissiper la raideur de la nuit, mais fut interrompue par une petite voix stridente.
— Onee-san ! Pourquoi t'as menti ? s'écria Rika, l'une des plus jeunes pensionnaires, les poings sur les hanches.
Sakura arqua un sourcil. Il était bien trop tôt pour supporter les questions incessantes de la fillette.
— Menti sur quoi, Rika ? soupira-t-elle, lasse.
— Sur ton petit copain ! lança la gamine, indignée.
Sakura faillit s'étouffer avec sa gorgée de café, qu'elle recracha dans un hoquet incrédule.
— Qu'est-ce que tu racontes encore ? répondit-elle, agacée, en posant brusquement sa tasse.
— On l'a tous vu à la télé, tu sais. Pas la peine de nous le cacher ! dit fièrement Rika, un sourire malicieux illuminant son visage.
— De quoi tu parles ? Je vais demander à Iruka d'arrêter de te lire des contes de fées, ça te monte à la tête, s'exaspéra Sakura, regrettant déjà d'avoir passé la nuit ici.
Mais Rika, imperturbable, continua avec l'enthousiasme des enfants persuadés de tenir une vérité absolue.
— Le bisou ! Je parle du bisou ! s'écria-t-elle, les yeux brillants d'excitation.
— Quel bisou ? demanda Sakura, excédée, sentant une migraine poindre.
Rika, triomphante, pointa la télévision du doigt. L'écran diffusait encore des rediffusions du tournoi, et Sakura sentit son cœur rater un battement en voyant les images. Là, en pleine lumière, devant des milliers de spectateurs et des caméras, Sasuke Uchiha l'embrassait.
Un flash-back surgit dans son esprit, vif et douloureux. Reviens-moi, je t'en prie. Sa voix tremblante résonna dans sa mémoire, la laissant sans souffle. Elle porta machinalement une main à ses lèvres, comme pour vérifier si la sensation était encore là.
Rouge pivoine, elle bondit pour éteindre la télévision, incapable de supporter une seconde de plus ce gros plan impitoyable sur son visage.
— Alors, c'est ton petit copain, non ? Pourquoi tu nous l'as pas dit ? bouda Rika, les bras croisés.
Avant que Sakura ne trouve une réponse — ou une échappatoire —, Yumi entra dans la pièce. Elle attrapa la fillette par les aisselles et la souleva sans effort.
— Allez, Rika, fiche-lui la paix pour une fois, dit-elle avec une pointe d'amusement.
Sakura lança un regard reconnaissant à Yumi, mais son malaise ne s'estompait pas. Elle attrapa sa veste, l'enfila rapidement et sortit dans la cour.
Elle avait besoin d'air. De silence. De s'éloigner des regards curieux et des questions incessantes. Sans réfléchir, elle s'avança vers le vieux pin qui dominait la cour de l'orphelinat, comme un vestige d'un autre temps. L'arbre, massif et familier, semblait l'attendre. Elle posa une main sur son tronc rugueux, ferma les yeux un instant, puis commença à grimper, ses gestes sûrs et fluides rappelant les jeux de son enfance.
Elle atteignit une branche robuste, s'y installa et laissa ses jambes se balancer dans le vide. Le vent léger faisait bruisser les aiguilles autour d'elle, et elle se concentra sur les chants des oiseaux qu'elle avait dérangés. Au loin, les bruits assourdis de la ville montaient, confus et indistincts.
— Sakura !
La voix fit éclater le calme comme une pierre dans un lac. Elle se raidit. Cette voix, elle la connaissait trop bien.
Elle baissa les yeux et reconnut une silhouette qu'elle n'aurait jamais imaginé voir ici.
— Kakashi-senseï ? Sa voix trahissait sa surprise. Qu'est-ce que vous faites là ?
Il haussa les épaules avec ce détachement qui lui était propre.
— Je me disais que je te devais quelques explications pour hier. Tu t'habilles, on va faire un tour.
Sakura descendit lentement, le cœur serré. La conversation qu'elle avait eue avec son professeur la veille n'avait cessé de tourner dans son esprit toute la nuit. Sans un mot, elle alla enfiler une veste et le rejoignit au portail, où Rin l'attendait également.
Le trajet jusqu'à l'Aerotram se fit dans un silence pesant. Ils prirent place dans la cabine, et le véhicule démarra, glissant au-dessus des toits et des collines. Une heure entière s'écoula, ponctuée seulement par le bruit régulier des rails et le bourdonnement lointain des moteurs. Sakura, mal à l'aise, sentait chaque seconde s'étirer. Elle voulait parler, poser des questions, mais les mots lui manquaient.
Quand ils descendirent enfin, Kakashi les conduisit jusqu'à un terrain vague. Il s'arrêta soudain, le regard perdu dans le paysage. Rin, perchée sur son épaule, se figea.
Elle fronça les sourcils en observant les lieux. Le ruisseau serpentait toujours à travers la clairière, mais tout le reste semblait avoir disparu : aucune maison, aucun jardin, seulement des herbes folles et des débris épars.
— C'est ici qu'on s'est rencontrés pour la première fois, dit Kakashi, d'un ton presque nostalgique.
Sakura le fixa, perplexe.
— Je venais à peine d'intégrer la Garde à l'époque. J'étais jeune, trop jeune peut-être. Et toi, tu n'étais pas plus haute que trois pommes.
Il esquissa un sourire, mais son regard trahissait une gravité inhabituelle.
— De quoi vous parlez ? murmura Sakura, déconcertée.
Kakashi tourna lentement la tête vers elle, et son sourire disparut.
— Ton père. C'était le chef de mon unité. Le colonel Ren Seimei.
Le souffle de Sakura se bloqua dans sa poitrine. Rin, perchée non loin, détourna les yeux, comme si elle cherchait à se fondre dans le décor.
— Qu'est-ce que tu sais sur le clan Seimei, Sakura ? demanda Kakashi, calmement.
— Euh… Elle peinait à rassembler ses souvenirs. C'est un des premiers clans à avoir développé une aptitude et à se lier avec des Childs, non ?
— C'est tout ? insista-t-il, une pointe de lassitude dans la voix.
— Ils ont disparu il y a des années, conclut-elle, incertaine.
Kakashi soupira, un soupir lourd de désillusion.
— C'est lamentable, ce qu'on vous enseigne à l'école. Bon, reprenons. Ce n'est pas un des premiers clans. C'est le premier clan. Certains pensent même que ce sont eux qui ont ouvert le tout premier portail.
— Quoi ? Mais c'est impossible ! s'écria Sakura, incrédule.
— Et pourquoi pas ? Tu sais comment le premier portail a été ouvert, toi ?
Il laissa planer un silence avant d'ajouter, plus sombre :
— Deuxièmement, ils n'ont pas disparu. Ils ont été exterminés.
Sakura sentit un frisson lui parcourir l'échine.
— Ton père était leur dernier représentant. Le Conseil avait décidé de garder une branche en vie, au cas où… pour préserver le gène.
— Préserver le gène ? répéta Sakura, déstabilisée.
Kakashi croisa son regard, grave.
— Tu as vu ton Child, Sakura. Seul un Seimei peut invoquer une entité d'une telle puissance. Et si tu veux mon avis, c'est parce que c'est un Seimei qui a ouvert le premier portail. Et seul un Seimei pourra le refermer.
— Vous délirez complètement, balbutia-t-elle, reculant d'un pas.
Mais Rin, d'un bond agile, se plaça devant elle.
— Il a raison.
Sakura fixa son familier, abasourdie.
— Seul un Seimei peut fermer le portail, poursuivit Rin. C'est pour ça que tes parents avaient rejoint la Rébellion.
— La Rébellion ? répéta Sakura, la voix tremblante. Mes parents étaient membres de la Rébellion ? Mais… c'est un mouvement terroriste ! C'est eux qui ont provoqué l'Invasion qui les a tués !
Elle porta les mains à sa tête, essayant de donner un sens à ce chaos.
Kakashi s'assit en face d'elle, le regard toujours aussi calme.
— Oublie tout ce qu'on t'a appris. Tout ce qu'on t'a fait croire sur notre monde et celui des démons.
Il sortit un thermos de son sac et lui versa une tasse de thé fumant.
— Ce que je vais te raconter, très peu de gens le savent. Certains choisissent de l'ignorer. D'autres, comme tes parents, ont tenté de changer les choses.
Et il commença à parler.
Il y a plusieurs siècles, Abe no Seimei, un érudit que l'on qualifierait aujourd'hui de visionnaire ou d'excentrique, avait décidé de consacrer sa vie à une quête insensée : percer les mystères de la physique quantique pour découvrir une source d'énergie si prodigieuse qu'elle mettrait un terme aux souffrances de l'humanité. À cette époque, la Terre n'était plus qu'une ombre d'elle-même, épuisée, vacillant au bord de l'extinction.
Un soir, dans la solitude de son laboratoire, alors qu'il croyait toucher au but, Seimei entreprit une expérience décisive. Mais rien ne se déroula comme prévu. Au lieu de libérer l'énergie salvatrice qu'il espérait, il ouvrit un portail. Une faille lumineuse et palpitante s'ouvrit devant lui, irradiant une beauté étrange et hypnotique. Incapable de résister à l'appel, il s'y engouffra.
Ce qu'il découvrit de l'autre côté dépassait l'entendement. Un monde luxuriant, où la nature semblait danser en harmonie avec des créatures fabuleuses. Ici, le chaos n'existait pas. Fasciné, il décida de rester. Il apprit la langue de ce peuple singulier, goûta à leurs mets, s'imprégna de leurs rites et vénéra leurs dieux.
Parmi ces divinités, l'une, intriguée par la présence de cet étranger, chercha à le rencontrer. C'était une entité ancienne, un dragon majestueux couvert d'écaille vert émeraude, dont le regard contenait à la fois l'éternité et une curiosité presque enfantine. Lorsque leurs regards se croisèrent pour la première fois, une connexion inexplicable s'établit. L'homme et le dieu, si différents, se comprenaient sans mots.
Le dieu, touché par l'intelligence et la fragilité de Seimei, lui fit découvrir les merveilles les plus secrètes de son royaume. Chaque jour révélait une splendeur nouvelle : des forêts où les arbres chantaient au vent, des rivières dont l'eau scintillait comme des étoiles, des montagnes si hautes qu'elles semblaient percer le ciel. Seimei, émerveillé, prolongeait son séjour encore et encore, incapable de retourner à la grisaille de la Terre.
Un jour, le dieu l'emmena dans un lieu sacré, un jardin si vaste et si parfait qu'il semblait contenir l'essence même de la création. Au centre trônait un arbre gigantesque, dont les branches s'élançaient vers l'infini, ornées de fruits d'une beauté irréelle.
— Voici l'Arbre Père, murmura le dieu. Il est la source de toute vie, le gardien de notre harmonie.
Seimei contempla l'arbre avec une révérence muette. Ses fruits, étincelants comme des joyaux, attiraient son regard.
— Pourquoi pleures-tu ? demanda le dieu, inquiet.
— La femme que j'aime est gravement malade, répondit-il. J'aurais tellement aimé qu'elle voie cela avant de mourir.
Le dieu resta silencieux, puis demanda :
— Si tu l'aimes, pourquoi l'as-tu quittée ?
— Parce qu'elle est mariée à un autre, murmura Seimei. Notre amour est interdit. Je pensais qu'en m'éloignant, je pourrais l'oublier… mais je n'y parviens pas.
Le dieu, profondément touché par son désarroi, lui proposa quelque chose.
- Emmène ta femme ici. L'arbre pourra sûrement la soigner.
Un vent d'espoir traversa Seimei. Après des années de quête désespérée, une solution semblait enfin à portée de main. Il retourna sur Terre, retrouva son amante, et l'amena devant l'Arbre Père. Pendant dix jours et dix nuits, il pria avec ferveur, mais l'Arbre resta silencieux. La jeune femme, affaiblie, finit par lui demander d'abandonner, de la laisser partir. Brisé, Seimei accepta, décidant de mourir avec elle.
Le dieu dragon, qui n'avait jamais ressenti autant d'amour, ne comprit pas pourquoi l'Arbre refusait sa grâce. Dans un acte désespéré, il vola un fruit et le donna à la jeune femme. Elle guérit immédiatement. Le dragon, malgré la colère qu'il savait encourir, ne regretta rien.
Seimei le remercia infiniment, mais déclara qu'il devait désormais rester sur Terre, près de celle qu'il aimait, même si leur amour resterait interdit. Le dieu comprit et les ramena près du portail.
- Laissez-moi deviner: Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant? Le coupa lasse Sakura.
- Tu ne me crois pas? S'amusa Kakashi.
- Vous vous êtes écoutés deux minutes Senseï? Je vous ai déjà dit qu'il fallait arrêter de lire vos livres à l'eau de rose, ça vous retourne le cerveau. Lui répondit-elle sarcastique.
— C'est de là-bas que je viens. Intervint Rin.
Sakura, agacée, tourna vers elle un regard incrédule.
— Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi… soupira-t-elle. Tu es en train de me dire qu'il existe un monde où tout est en harmonie grâce à un arbre magique, et que Seimei a choisi de revenir ici pour l'amour d'une femme qui en a préféré un autre?
Kakashi, imperturbable, reprit d'un ton égal :
— Ils étaient amants. Comme nous avons besoin d'air pour respirer, ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre.
Il marqua une pause, laissant ses mots s'infiltrer dans l'air entre eux, avant d'ajouter avec un clin d'œil :
— Tu comprendras quand ça t'arrivera.
Sakura croisa les bras, sceptique, mais garda le silence. Kakashi poursuivit :
— En revenant, la jeune femme a commencé à développer ce qu'on appelle aujourd'hui une aptitude. Cela ne passa évidemment pas inaperçu et la rumeur sur l'existence d'un autre monde se répandit rapidement et de nouveaux explorateurs arrivèrent. Certains y virent une mine d'or à exploiter pour notre monde, mais la plupart voulait conserver ce monde tel qu'il était. Il était hors de question que l'homme gâche un autre univers par sa cupidité. Cependant, la description du monde qu'on leur avait fait, était différente de ce qu'ils avaient sous leurs yeux. L'accueil ne fit pas aussi bon pour eux qu'il avait été pour Seimei et son amante.
Rin prit un ton grave et compléta l'histoire de son propre chef.
- L'Arbre n'avait pas accepté la trahison du dieu. Fou de rage de ne pas avoir été écouté, il corrompit ses terres qu'il avait si longtemps choyé et y répandit le chagrin et la colère, ces émotions dont il avait si longtemps préservé ses enfants. Les animaux se mirent à changer et certains se transformèrent en ce que vous appelez aujourd'hui démons et les premiers conflits apparurent.
Sakura frissonna malgré elle. Kakashi reprit le récit.
- Chez les hommes, le rapport de force changea. Cupides et avides, ils utilisèrent l'agressivité du monde d'en face comme excuse pour commencer une guerre n'ayant pour but que d'exploiter l'énergie qui nous manque terriblement sur Terre. Cette guerre dans laquelle nous nous battons encore aujourd'hui et qui semble n'avoir aucune fin.
Sakura réfléchit un instant, s'imprégnant des informations qu'elle venait d'obtenir.
- Si je vous suis bien. L'amante de Seimei est la première personne à avoir déclenché une aptitude. Mais c'est Seimei qui s'est lié à un Child le premier?
Rin acquiesça.
- Seiryu. C'était son nom, le traître originel.
- Le Child originel. La corrigea Kakashi.
- Que sont les Childs? Demanda Sakura, toujours perplexe.
- C'est vous, dans l'autre monde. Répondit simplement Rin. Ils sont une partie de vous et vous êtes une partie d'eux. Tu l'as ressenti avec Kagutsuchi, n'est-ce pas? Vous ne faites qu'un.
Les mots de Rin résonnèrent en Sakura comme un écho lointain. Elle se souvenait de la sensation étrange, presque viscérale, lorsqu'elle avait invoqué Kagutsuchi pour la première fois. C'était comme puiser dans une partie d'elle-même qu'elle ignorait jusqu'alors, une force dormante, brute et indomptable.
Kakashi reprit, son ton légèrement plus professoral :
— C'est pour cela que tout le monde ne peut pas invoquer un Child. Seules les personnes possédant un alter-égo dans l'autre monde en sont capables. C'est une connexion unique, quelque chose qui transcende les lois de notre réalité.
— Et les familiers ? demanda-t-elle, intriguée.
Rin hésita avant de répondre :
— C'est… différent. Je ne peux parler que pour moi. Mon histoire commence ici, dans ce jardin.
Un voile de nostalgie passa dans ses yeux.
— J'étais jeune, comme toi. Ma famille faisait partie de la Résistance, mais j'étais fatiguée de la guerre. Un jour, je suis tombée sur une brèche qui donnait sur ton jardin. Chaque jour, je venais t'observer, toi, cette enfant si innocente. Parfois, tu jouais avec moi à travers la barrière.
Sa voix se brisa légèrement.
— Puis, un soir, j'appris que ma famille préparait une attaque. Des titans, des créatures incontrôlables, allaient être envoyés dans votre monde. J'ai supplié qu'on renonce, mais personne ne m'a écoutée. Quand j'ai su que l'attaque était imminente, je me suis précipitée pour te prévenir, toi et tes parents. Mais c'était trop tard.
Elle baissa les yeux.
— Ta maison était déjà en flammes. Les hurlements des titans résonnaient dans la nuit, et je t'entendais crier depuis ta chambre.
Rin ferma les yeux, revivant cette nuit tragique.
— Je me suis précipitée vers toi. Tu étais recroquevillée sur ton lit, en larmes, incapable de bouger. Pourtant, un bouclier, né de ton désespoir, te protégeait déjà. J'ai brisé les flammes pour te rejoindre et t'arracher à cet enfer.
Elle inspira profondément, cherchant à contenir son émotion.
— Sur le perron, ta mère était là, ensanglantée, vacillante, mais déterminée à te sauver.
Rin s'interrompit, ses yeux brillant de larmes qu'elle refusait de laisser couler. Sakura, pétrifiée, la fixait, incrédule. Elle se souvenait. La chaleur suffocante des flammes, la silhouette floue d'une femme qui tendait la main…
— Ton père était déjà mort, reprit Rin dans un souffle. Et elle savait qu'elle allait le rejoindre. Elle m'a confié ta vie. Elle m'a demandé de te protéger, de devenir ton familier.
Elle baissa les yeux sur elle-même, esquissant un sourire amer.
— Alors j'ai accepté. Je me suis transformée… en renard. Et ma vie d'avant s'est effacée. Tout ce qui me restait, c'était toi. Protéger ton existence était devenu ma seule raison d'être.
Rin releva la tête, un éclat de tendresse dans le regard.
— Les souvenirs me sont revenus lorsque nous avons visité la Fondation Inuzuka.
Sakura, troublée, laissa échapper une question qui semblait jaillir du plus profond de sa mémoire :
— Mon doudou… Comment il s'appelait ?
Rin parut décontenancée un instant, avant de sourire doucement.
— Boubou. Tu n'arrivais pas à dire "Doudou", alors tu l'appelais Boubou.
Sakura écarquilla les yeux, abasourdie. Une vague de souvenirs flous et chauds l'envahit. Elle les regarda, Rin et Kakashi, cherchant un indice de plaisanterie dans leurs expressions. Mais ils étaient graves, sincères.
— Vous ne plaisantez pas… murmura-t-elle, la gorge serrée.
Kakashi secoua lentement la tête.
— Non, Sakura. Malheureusement, tout cela est vrai.
Il prit une inspiration, sa voix s'alourdissant sous le poids des révélations.
— Pour survivre, nous exploitons l'énergie d'un univers parallèle qui s'effondre lentement. Les premiers à avoir franchi le portail ont acquis des aptitudes extraordinaires, qui se sont transmises à leurs descendants. Mais cette exploitation a ouvert la voie aux démons, qui ont traversé les portails et semé la mort chez nous.
Il serra les poings, une colère sourde teintant ses mots.
— Plutôt que d'arrêter le pillage, les dirigeants ont préféré fonder la Garde pour contenir les démons. Une solution qui leur permettait de maintenir leur richesse et leur pouvoir. Les clans Yamanaka, Nara, Akimichi et Hyuuga sont devenus les plus puissants parce qu'ils ont été les premiers à comprendre comment exploiter cette énergie.
Sakura, encore sous le choc, osa poser une autre question :
— Et le clan Seimei ?
Kakashi baissa la tête, comme pour peser ses mots.
— Ton arrière-grand-père, Akira Seimei, a découvert la vérité. Rongé par la honte, il s'est battu pour fermer le portail principal. Mais les autres clans, aveuglés par leur soif de pouvoir, l'ont fait assassiner. Ils ont détruit le clan, mettant cela sur le dos de la mafia, effaçant son honneur et le réduisant à une ombre. Ils n'ont laissé que ton grand-père qui a décidé de vivre dans l'exil, loin de la politique et du chaos.
Il planta son regard dans celui de Sakura.
— Ton père a découvert cette vérité et a rejoint la Rébellion, où il a rencontré ta mère. Ils t'ont eue ici, dans cette maison, mais ils ont gardé ton existence secrète, par peur des représailles.
Kakashi inspira profondément, son regard s'assombrissant comme une ombre menaçante qui glisse sur un ciel clair.
— Hier soir, en libérant ton Child devant la planète entière, tu as attiré l'attention. Si moi, j'ai fait le lien, d'autres le feront aussi. Mais tous ne chercheront pas à te protéger.
Sakura plissa les yeux, un mélange de défi et de méfiance dans son regard.
— Qu'est-ce que vous attendez de moi ? demanda-t-elle, la voix tendue, presque cassante.
Kakashi haussa légèrement les épaules, un geste aussi désinvolte que calculé.
— Rien du tout. Je ne te demande pas de rejoindre la Rébellion. Mais je ne t'en empêcherai pas non plus, si c'est ce que tu choisis.
Sakura fronça les sourcils, son irritation palpable.
— Alors pourquoi me parler de tout ça ?
Un silence s'installa, lourd, pesant. Kakashi la fixa, ses yeux perçant comme s'ils cherchaient à sonder son âme.
— Parce que tu dois savoir dans quoi tu viens de mettre les pieds, répondit-il enfin, d'un ton presque glacial. Tu t'en es bien sortie hier à l'interrogatoire, mais le général… il est loin d'être idiot. Tôt ou tard, il fera le lien.
Sakura tressaillit à ces mots, une froideur soudaine envahissant son être.
— Le clan Uchiha est impliqué, n'est-ce pas ? murmura-t-elle, sa voix à peine audible.
Kakashi se passa une main dans les cheveux, un geste qui trahissait un mélange d'agacement et de réflexion.
— Hmmm… C'est compliqué, répondit-il après un moment. La femme du général, Mikoto, la mère de Sasuke, faisait partie de la Rébellion. Mais d'après ce que je sais, son mari n'était pas au courant.
Il marqua une pause, comme s'il pesait chaque mot.
— Cela dit, j'ai du mal à croire qu'elle soit la seule Uchiha impliquée. Leur clan est bien trop influent pour rester en dehors de tout ça. Quoi qu'il en soit, considère-les comme des ennemis plutôt que des alliés. Cela t'évitera de commettre des erreurs… fatales.
Sakura esquissa un sourire, amusé, en repensant à la relation entre son professeur et son camarade.
— C'est pour ça que vous avez pris Sasuke sous votre aile, pas vrai ? À cause de sa mère ?
Kakashi détourna légèrement le regard, visiblement gêné.
— Peut-être… admit-il, sa voix teintée d'un malaise rare chez lui.
Il se leva brusquement, mettant fin à la conversation d'un geste presque abrupt. Il attrapa son thermos et le rangea dans son sac, le claquement du métal résonnant comme un point final.
— Rejoins-moi à mon bureau demain soir, dit-il en se tournant vers elle. Il faut qu'on t'apprenne à parer les aptitudes psychiques.
Sakura sentit son estomac se nouer à cette déclaration. Kakashi lui adressa un sourire énigmatique, presque cruel dans sa sincérité.
— Avec ce que tu sais maintenant, tu ne ressortiras pas vivante d'un prochain interrogatoire.
Elle déglutit, une sueur froide glissant le long de sa nuque.
Une fois Kakashi hors de vue, Sakura se tourna vers Rin, ses yeux brillant de colère contenue.
— Depuis la fondation, tu savais tout ça et tu ne m'as rien dit ?! s'emporta-t-elle, sa voix tremblant d'émotion.
Rin, perchée sur son épaule, esquissa un rire nerveux.
— Ce n'est pas si simple, Sakura. J'ai dû faire beaucoup de recherches entre-temps pour comprendre. Tout n'était pas clair au départ.
Mais Sakura, sourde à ses explications, détourna les yeux. Elle marcha droit devant elle, sans but précis, comme si avancer pouvait apaiser la tempête en elle.
— Moi, je te dis tout, Rin. Tout ! Tu sais tout de moi. Et maintenant, j'apprends que tu viens d'un monde détruit par le mien, que c'est ma mère qui t'a liée à moi, t'obligeant à rester loin des tiens...
Sa voix se brisa, et des larmes commencèrent à couler sur ses joues.
— ...Tout ça, et tu n'as jamais rien dit.
Rin soupira doucement et sauta de l'épaule de Sakura pour atterrir devant elle. Elle leva des yeux emplis de douceur vers la jeune fille.
— Personne ne m'a obligée à faire ce choix, Sakura, murmura-t-elle.
Sakura renifla, mais ne répondit pas. Rin continua, cherchant ses mots.
— Comment t'expliquer... Quand je t'ai vue pour la première fois, à travers cette brèche, j'ai su que c'était toi.
— Moi ? répéta Sakura, incrédule.
— Oui, toi. Mon âme sœur.
Le mot resta suspendu dans l'air, vibrant de sens.
— Ton âme sœur ? s'étrangla Sakura, ses larmes redoublant. T'es en train de me dire que tu es tombée amoureuse de moi alors que j'avais trois ans ?
— Non, non, pas dans ce sens-là, protesta Rin, secouant la tête. C'est plus profond que ça. Comme deux âmes connectées.
Elle marqua une pause, le temps que Sakura absorbe ses paroles, avant d'ajouter :
— Je t'ai dit que vos Childs sont comme vos alter-égos dans l'autre monde. J'ai beaucoup réfléchi à tout ça. Ta mère... Elle n'avait pas de Child, elle n'était donc pas lié à une divinité.
Sakura fronça les sourcils, confuse.
— Et alors ?
— Je pense que c'est moi, son alter-égo, répondit Rin, un sourire timide aux lèvres.
Le silence qui suivit était presque assourdissant. Sakura fixait Rin, ses yeux écarquillés par la stupeur.
— Tu veux dire que... tu serais une version de ma mère, dans ton monde ?
Rin hocha la tête avec enthousiasme, comme si tout cela était parfaitement logique.
— Oui ! Sinon, comment expliquer ce lien si fort entre nous ?
Sakura cligna des yeux, son esprit tentant désespérément de remettre de l'ordre dans ce chaos.
— Une version de ma mère... répétait-elle comme pour s'en convaincre.
Elle finit par soupirer, épuisée par le flot incessant de révélations.
— Franchement, je ne suis plus à une surprise près aujourd'hui...
Son estomac gronda soudain, brisant le moment de tension.
Rin éclata de rire.
— On devrait peut-être trouver à manger, non ? Tu sais où on est, au moins ?
Sakura regarda autour d'elle, réalisant qu'elle ne reconnaissait rien dans cette partie reculée de la ville.
Jeudi au lycée
Depuis le début de la semaine, Sakura avait pris l'habitude d'arriver en avance au lycée, espérant croiser le moins de monde possible. Désormais, elle se couvrait les cheveux et portait des lunettes, autant pour se dissimuler que pour s'éloigner du regard des autres. Ses exploits lors du tournoi avaient transformé sa vie en un véritable calvaire. Entre les inconnus qui lui demandaient des selfies ou des autographes et les fans de Sasuke qui la fusillaient du regard à chaque détour de couloir, sa vie d'étudiante ordinaire s'était envolée.
Elle passait désormais la majeure partie de son temps recluse dans la bibliothèque, se perdant dans les livres d'histoire pour y traquer les incohérences, comme une échappatoire à son chaos intérieur. Elle ne rejoignait les cours qu'une fois les couloirs désertés, bien après la sonnerie, un comportement qui lui valait de plus en plus de remarques du corps enseignant.
Ce midi-là, fidèle à son rituel, Sakura s'installa dans un coin isolé de la bibliothèque, espérant échapper aux regards curieux. Mais c'était sans compter sur Ino et Hinata, qui décidèrent de la rejoindre, portant un plateau-repas chacune.
— Bon, les filles, on s'organise comment pour samedi ? lança Ino, visiblement excitée.
— Samedi ? répéta Sakura, sans lever les yeux de son livre.
— Pour le bal, voyons !
Sakura tourna calmement une page, son ton toujours aussi neutre.
— Je ne compte pas y aller.
Ino fronça les sourcils, interloquée.
— Comment ça, tu ne comptes pas y aller ? demanda Hinata, la surprise dans la voix.
Sakura posa son livre, ses doigts jouant distraitement avec un coin de la couverture.
— Eh bien, je n'irai pas, expliqua-t-elle, comme si c'était une évidence. Petit un, je refuse de me retrouver au milieu des journalistes que j'évite tant bien que mal depuis samedi. Petit deux, je n'ai pas de tenue appropriée, et encore moins les moyens de m'en offrir une. Et petit trois, pas de cavalier à l'horizon.
Ino écarquilla les yeux, abasourdie.
— Pas de cavalier ? Comment ça, pas de cavalier ? Il ne t'a pas invitée ?
Sakura releva enfin la tête:
— Non… Qui ne m'a pas invitée ?
Ino haussa un sourcil, un sourire en coin.
— Tu le sais très bien, répondit-elle avec un clin d'œil, faisant rougir Sakura. Ne me dis pas que tu ne lui as pas reparlé depuis le tournoi ?
Sakura baissa les yeux, triturant nerveusement les pages de son livre.
— Non… Enfin… Je… Raaah ! Mais tu sais à quoi ressemble ma vie depuis samedi ? explosa-t-elle soudain, recouvrant son visage de ses mains. Je ne peux même plus aller faire mes courses tranquillement sans qu'on me demande un autographe ou une photo pour la mamie de quelqu'un ! Tu crois que j'ai le temps de penser à aller le voir et lui demander pourquoi il ne m'a pas encore invitée, alors qu'il m'a embrassée devant la terre entière ?
Elle marqua une pause, reprenant son souffle, avant de laisser échapper un rire amer.
— Il regrette, c'est évident, murmura-t-elle, le regard lointain. Il ne veut pas être vu avec moi.
Hinata posa une main réconfortante sur son épaule, mais Sakura secoua la tête.
— Ce n'est pas grave, dit-elle avec un sourire forcé. Je dois me concentrer sur mes études et essayer de finir cette année en un seul morceau.
Elle se replongea dans son livre, mettant fin à la conversation. Ino et Hinata échangèrent un regard, puis décidèrent de la laisser seule.
Dans le vestiaire des hommes, après le cours de simulation, Ino fit irruption, claquant violemment la porte du casier de Sasuke sous son nez.
— Ino, au cas où tu ne saurais pas lire, ton vestiaire est de l'autre côté, grogna-t-il, visiblement agacé.
— Assieds-toi, ordonna-t-elle, le regard noir.
Sasuke se tourna vers Naruto, qui faisait le guet près de la porte, un sourire narquois sur le visage. Comprenant qu'il n'avait aucune échappatoire, il soupira et obéit.
— Qu'est-ce que tu attends pour l'inviter, sombre crétin ? lâcha Ino, furieuse, en lui administrant une claque derrière la tête.
— Aïe ! Mais ça fait mal ! s'indigna Sasuke. Qu'est-ce qui te prend ?
— Réponds ! répliqua-t-elle, en lui assénant une deuxième tape, plus légère mais tout aussi significative.
Sasuke détourna le regard, passant une main nerveuse dans ses cheveux.
— Elle m'évite depuis samedi… J'ai essayé de lui parler, mais elle passe son temps à courir à la bibliothèque. Elle ne veut pas me blesser, alors elle fuit, conclut-il, visiblement abattu.
Ino le fixa, incrédule.
— Tu ne t'es pas dit qu'elle ne te fuyait pas toi, mais le monde ?
Sasuke arqua un sourcil, tandis que Naruto levait les yeux au ciel.
— L'égo des Uchiha… soupira-t-il.
— Quoi ? s'énerva Sasuke.
— Vous vous prenez toujours pour le centre du monde, répliqua Naruto. Tu n'as pas pensé que tu pourrais, je sais pas, aller à la bibliothèque, toi aussi ?
Sasuke détourna les yeux, visiblement gêné.
— Oh… T'as peur de te prendre un râteau, c'est ça ? ricana Naruto.
Ino croisa les bras, exaspérée.
— Les mecs… souffla-t-elle en s'avançant vers la porte. Sasuke, elle n'attend que ça, que tu l'invites, dit-elle avant de sortir.
En sortant à son tour de la salle, Sasuke la vit enfin dans le couloir. Elle avançait d'un pas décidé, une pile de livres serrée contre elle, en direction du bureau de Kakashi. Son cœur s'accéléra. Il n'avait pas prévu de la croiser maintenant, mais l'occasion était trop belle pour la laisser filer. Inspirant profondément, il se lança.
— Sakura, attends !
Elle s'arrêta, se retournant vers lui avec un sourire chaleureux, doux et désarmant. Ce sourire qui, à chaque fois, le prenait de court. Il sentit la chaleur monter à ses joues, son esprit se vidant aussitôt.
— Oui, Sasuke ? demanda-t-elle, intriguée.
Il resta figé, incapable de trouver ses mots. Une bataille intérieure faisait rage. Reprends-toi, bon sang. Ce n'est pas la première fois que tu lui parles !
— Je… hmm… Tu lis quoi, en ce moment ? finit-il par lâcher, ses yeux se posant sur les livres qu'elle tenait contre elle.
Sakura haussa un sourcil, visiblement perplexe.
— Des livres d'histoire, répondit-elle lentement, comme pour s'assurer qu'elle avait bien entendu. Si c'est tout ce que tu voulais savoir, je dois aller voir Kakashi. À demain, Sasuke.
Elle tourna les talons, reprenant son chemin. Il resta planté là, la mâchoire serrée, furieux contre lui-même.
— Merde… murmura-t-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux.
— Sakura ! appela-t-il soudain, sa voix plus ferme cette fois.
Elle s'arrêta de nouveau, se retournant, son regard plongeant dans le sien avec une curiosité mêlée d'attente.
— Oui, Sasuke ?
Il sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine, mais il refusa de céder à la panique. Cette fois, il irait jusqu'au bout.
— Accompagne-moi au bal, lâcha-t-il d'un trait, ses yeux rivés aux siens.
Sakura cligna des yeux, surprise.
— Pardon ?
— Sois ma cavalière samedi, insista-t-il, la détermination perçant dans sa voix.
Un silence suspendit le temps. Puis, doucement, ses lèvres s'étirèrent en un sourire sincère, ses joues prenant une teinte rosée.
— D'accord, répondit-elle, simplement, sa voix teintée d'une douce chaleur.
Avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit, elle s'avança, déposa un baiser léger sur sa joue, puis s'éloigna vers le bureau de Kakashi. Il resta immobile, sa main effleurant la joue où elle l'avait touché, un mélange de soulagement et de stupéfaction sur le visage.
C'est à ce moment que Naruto arriva, passant un bras nonchalant autour de ses épaules.
— Tu vois ? Ce n'était pas si compliqué, le taquina-t-il avec un sourire en coin.
Sasuke détourna le regard, mais un sourire discret se dessina malgré lui.
Le jour du bal
— Ino, tu ne crois pas que c'est un peu trop ? tenta Sakura, cherchant à ne pas froisser son amie.
Elle se tenait sur un podium au centre d'une vaste salle d'essayage, entourée de miroirs qui reflétaient son image sous tous les angles. Ino, infatigable, lui passait des robes de créateurs, des pièces qu'elle avait portées lors de shootings ou d'événements mondains. Sakura en était déjà à sa troisième robe, et pourtant, aucune ne lui semblait convenir.
— Qu'est-ce qui ne va pas, cette fois ? demanda Ino, les sourcils légèrement froncés, mais sa voix restait douce, cherchant à apaiser les doutes de son amie.
— Je ne sais pas… C'est osé, non ?
Elle baissa les yeux vers la robe qu'elle portait. Rouge carmin, d'un velours somptueux, elle était taillée pour captiver les regards. Le bustier push-up soulignait un décolleté plongeant qui dévoilait sa poitrine, certes modeste, mais mise en valeur avec élégance. Une fente audacieuse remontait au-dessus de la mi-cuisse, révélant la courbe de ses jambes sculptées par des mois d'entraînement. La robe était indéniablement magnifique, mais terriblement sexy, trop sexy.
— Tu ne te trouves pas jolie dedans ? demanda Ino en croisant les bras, son regard scrutant la réaction de Sakura dans le miroir.
— Si, si… admit Sakura, mal à l'aise. Elle n'avait pas l'habitude de porter ce genre de vêtements, encore moins de se voir sous ce jour. La robe épousait parfaitement ses formes, sublimant ses muscles et la finesse de sa silhouette. Mais… je ne veux pas attirer trop l'attention.
Ino haussa un sourcil, puis esquissa un sourire indulgent.
— Je vois… murmura-t-elle, son ton empreint d'une patience amusée. Bon, ça va être compliqué, parce que tu es l'une des vedettes de la soirée. Même dans un sac poubelle, tu vas attirer l'attention, ma chère.
Elle se détourna pour fouiller dans une armoire débordante de tissus somptueux, ses doigts glissant sur les étoffes à la recherche de la pièce parfaite. Soudain, elle poussa un petit cri de triomphe.
— Ah-ha ! Trouvée ! Regarde celle-là ! Elle t'ira parfaitement, s'exclama Ino avec un sourire malicieux. Un petit chignon relevé, des sandales à talons assorties… et tu vas le mettre à tes pieds.
Sakura sentit ses joues s'empourprer, incapable de détourner les yeux de la robe.
— Ino… souffla-t-elle, gênée mais émerveillée.
Elle devait bien admettre que cette robe était sublime.
À l'heure convenue, Ino posa délicatement une cape bleu marine sur les épaules de Sakura, le col bordé de fourrure douce, une barrière contre le froid mordant de janvier. Elle ajusta un dernier pli avec un sourire satisfait avant de la pousser gentiment vers la porte.
Dehors, Sasuke attendait, adossé nonchalamment à une voiture noire. Il portait un long manteau sombre qui tombait avec élégance, ses mains glissées dans les poches. Le vent léger jouait à peine avec ses mèches sombres, qu'il n'avait manifestement pas pris la peine de coiffer. Sakura soupira intérieurement. Il était séduisant, comme toujours, sans effort, sans artifices. Contrairement à elle, qui avait passé des heures à se préparer, hésitant entre mille détails, elle espérait être à la hauteur. Qu'il ne regrette pas de l'avoir invitée.
À ses côtés se tenait un jeune homme qui lui ressemblait étrangement. Sa peau était plus pâle, ses cheveux coupés courts, mais la ressemblance était indéniable. Lorsque le regard de ce dernier croisa celui d'Ino, son visage s'illumina, et il s'avança vers elle avec une assurance tranquille.
— Sakura, je te présente Saï, annonça Ino avec un sourire radieux. Il a été diplômé l'an dernier, mais il était aussi à la Senju.
— Enchanté, Sakura, dit Saï en inclinant légèrement la tête, ses lèvres frôlant la main d'Ino dans un geste qui fit rougir la jeune femme. J'espère qu'on aura l'occasion de discuter pendant la soirée.
Il guida Ino vers une voiture qu'ils partageaient, la laissant légèrement troublée. C'était la première fois que Sakura voyait son amie réagir ainsi.
Sasuke, lui, attendit patiemment que la voiture de son cousin s'éloigne avant de s'avancer. Il tendit la main vers Sakura, attrapant la sienne avec une délicatesse inattendue. Ses lèvres effleurèrent ses doigts, un geste qui la fit rougir jusqu'aux oreilles. Lorsqu'il se redressa, un lys blanc apparut dans sa main, sa fleur préférée.
— Comment… ? souffla-t-elle, sa voix teintée d'étonnement.
— Ino m'a donné l'information, répondit-il simplement, devinant sa question. Elle te plaît ?
— Beaucoup. Merci, murmura-t-elle, un sourire sincère illuminant son visage.
Il détourna les yeux, un léger rose colorant ses joues. Il toussota pour masquer son trouble.
— On devrait y aller, ajouta-t-il, sa voix redevenue calme. Sinon, on va être en retard.
D'un geste fluide, il l'invita à passer devant lui, ouvrant la portière avec une élégance naturelle. Il plaça une main protectrice au-dessus de sa tête pour éviter qu'elle ne se cogne, un geste qui la fit rougir de nouveau. Tandis qu'il la rejoignait dans la voiture, elle ne put s'empêcher de repenser à cette conversation où elle avait conseillé Naruto sur la manière de séduire Hinata. Sasuke semblait avoir pris des notes.
Le véhicule, entièrement autonome, démarra en silence, les conduisant vers l'hôtel de ville. Ce bâtiment ancien, joyau d'architecture, était aussi l'un des plus beaux de la région. Sakura, le cœur battant à tout rompre, préféra concentrer son regard sur le paysage qui défilait par la fenêtre. Sasuke, en revanche, ne la quittait pas des yeux, absorbé par chaque détail de son profil, chaque mouvement de ses mains qui serraient nerveusement le lys.
Lorsqu'ils arrivèrent, il descendit en premier, contournant la voiture pour ouvrir la portière avec une grâce instinctive. Il lui tendit la main, qu'elle accepta avec un sourire discret, et l'aida à sortir. Leur démarche se synchronisa naturellement, leurs pas résonnant doucement sur le tapis rouge déroulé devant eux.
Autour d'eux, les flashs crépitaient, une tempête de lumière blanche qui donnait à la scène une aura presque irréelle. Sasuke sentit la main de sa cavalière se raidir légèrement sur son bras, signe de son malaise face à cette effusion d'attention.
Sans un mot, il rompit le rituel familial. Pas d'arrêt pour poser devant les photographes, pas de sourires forcés pour satisfaire les attentes de son père. D'un geste sûr, il l'entraîna à l'intérieur, ignorant les regards avides et les appels de journaliste qui les suppliaient de s'arrêter pour une photo.
Sakura, toujours accrochée à son bras, le remercia en son fort intérieur et instinctivement se rapprocha de lui, se sentant en sécurité en sa présence.
Le hall s'ouvrit devant eux, majestueux, comme une scène d'opéra figée dans le temps. Un immense lustre de cristal suspendu au plafond projetait des éclats
de lumière dorée dans chaque recoin, enveloppant l'espace d'une chaleur lumineuse. Les plafonds, ornés de fresques et de dorures minutieuses, rappelaient les fastes d'un autre siècle, tandis que l'escalier central, imposant et théâtral, s'élevait comme un trône, dominant la scène. Une mer de silhouettes élégantes fourmillait déjà autour de la salle, échangeant saluts mesurés et poignées de main calculées, dans ce jeu mondain où chaque sourire était une promesse voilée, chaque regard une ambition dissimulée.
Ils n'avaient parcouru que quelques pas avant qu'une voix retentisse derrière eux.
— Sasuke ! Mon cher, une minute, je vous prie.
Un membre du conseil. Sasuke serra imperceptiblement la mâchoire, conscient qu'il ne pouvait esquiver cette interruption.
— Attends-moi en haut, murmura-t-il à Sakura, son regard s'adoucissant pour elle seule. Je n'en ai que pour quelques minutes.
Elle hocha la tête et relâcha son bras, grimpant les marches avec précaution. Ses talons claquaient doucement sur le marbre poli, un bruit presque noyé dans le murmure constant de la foule. Elle retint un soupir exaspéré. J'aurais dû m'entraîner chez Ino avec ces maudits talons.
Arrivée au sommet, un majordome s'avança pour lui ôter sa cape. Elle lui adressa un sourire éclatant, un masque de politesse qui dissimulait mal sa nervosité. Le tissu glissa de ses épaules, et elle se redressa, cherchant à adopter une contenance digne, bien que son regard ne cessât de balayer la salle, guettant une silhouette familière.
Pendant ce temps, en bas, Sasuke tentait de se libérer de son interlocuteur. Naruto surgit à point nommé, comme une bourrasque inattendue.
— Hé, Sasuke ! Ton père m'a demandé de te trouver. Il veut te voir. C'est urgent.
Sasuke s'inclina légèrement, une maîtrise froide dans son attitude.
— Monsieur le conseiller.
— Oui, bien sûr, je vous laisse à vos obligations, répondit l'homme avant de s'éloigner, enfin.
Sasuke soupira, soulagé.
— Merci, j'ai cru qu'il n'allait jamais partir…
Mais Naruto ne répondit pas. Il était figé, les yeux écarquillés, fixant un point au sommet de l'escalier. Intrigué, Sasuke se retourna, et son souffle se suspendit.
Elle était là.
À l'orée de l'escalier, baignée par la lumière diffuse du lustre, elle semblait irréelle, presque sculptée dans l'éclat fragile d'un rêve. Ses cheveux, relevés en un chignon délicat, laissaient échapper quelques mèches qui encadraient son visage avec une grâce négligée. Les bretelles, délicatement incrustées de diamants, se croisaient dans le creux de son dos, traçant un chemin irrésistible jusqu'à la cambrure gracieuse de ses reins. Le col drapé, savamment dessiné, dévoilait subtilement le galbe naissant de sa poitrine, tandis qu'une fente, discrète mais savamment placée, révélait la ligne élancée de sa jambe à chaque pas. Le mouvement de la robe, à la fois fluide et précis, ajoutait à l'ensemble une sensualité maîtrisée, presque hypnotique. Son regard, intense, d'un vert éclatant, se fixa sur lui. Il y lisait une impatience à peine voilée, une prière muette. Viens vite. Elle n'avait pas besoin de mots pour exprimer ce qu'elle ressentait : un mélange d'embarras et d'inconfort, prisonnière de cette scène où elle n'avait pas sa place sans lui. Ses lèvres, légèrement pincées, et le pli subtil de ses sourcils ajoutaient à l'urgence silencieuse de son appel.
Sasuke sentit son cœur s'emballer. Elle, qui semblait pourtant souveraine dans sa posture, était là, vulnérable, attendant qu'il vienne la délivrer de ce moment. Sans réfléchir, il gravit les marches quatre à quatre, incapable de supporter une seconde de plus cette distance entre eux.
Arrivé à ses côtés, il lui tendit son bras.
— Ne me laisse plus seule comme ça, murmura-t-elle, mi-sévère, mi-embarrassée. Y a des gens bizarres qui essaient de me parler, et je ne sais jamais quoi répondre.
Un sourire fugace étira ses lèvres.
— Promis.
Il attrapa délicatement sa main et y déposa un baiser, un geste empreint d'une tendresse qui la fit rougir légèrement.
— Prête ? demanda-t-il, son regard accroché au sien.
Elle détourna les yeux, troublée, avant d'acquiescer dans un souffle.
— Il le faut bien… murmura-t-elle, sa voix presque timide. Ils avancèrent ensemble, prêts à affronter la soirée et les regards, chacun puisant dans la présence de l'autre la force de faire face à ce monde de faux-semblants.
Il ne put réprimer un sourire amusé en voyant sa réaction lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle. Elle s'arrêta net, les yeux écarquillés, submergée par la magnificence des lieux. Le plafond, une vaste verrière, dévoilait un ciel nocturne artificiel où flottaient des lampions suspendus, scintillant comme des étoiles. Au centre de la pièce, l'orchestre, installé sur une estrade circulaire, jouait une mélodie solennelle. Les notes s'élevaient avec une grâce aérienne, enveloppant l'atmosphère d'une élégance intemporelle.
Les tables, agencées avec une précision presque mathématique, étaient ornées de bouquets floraux délicats et de vaisselle étincelante. Sakura fronça légèrement les sourcils en découvrant l'impressionnante collection de couverts disposés devant chaque assiette. Pourquoi autant ? pensa-t-elle, amusée. Une simple paire de baguettes aurait suffi.
Les immenses fenêtres bordant la salle s'étendaient du sol au plafond, offrant une vue spectaculaire sur les jardins illuminés. Les fontaines, allumées pour l'occasion, exécutaient un ballet aquatique hypnotique, leurs jets d'eau dansant au rythme des musiciens. Tout autour, la lumière dorée des lustres se mêlait aux reflets des cristaux, conférant à l'ensemble une aura presque irréelle.
Ils furent rapidement rejoints par Naruto et Hinata. Naruto portait un smoking noir, sobre mais rehaussé d'un col orné de spirales stylisées, une discrète allusion à son héritage Uzumaki. À ses côtés, Hinata resplendissait dans un kimono pastel orné de motifs délicats représentant des cerisiers en fleurs.
— Sakura, je voulais te dire… Tu es incroyable dans cette robe ! complimenta Naruto, son enthousiasme débordant. Pas vrai, Hinata ? Enfin, tu es magnifique aussi, hein, encore plus que Sakura à mes yeux ! se rattrapa-t-il, visiblement embarrassé.
Hinata éclata de rire, amusée par son cafouillage, et déposa un baiser sur sa joue.
— Il a raison. Tu es splendide, confirma-t-elle d'une voix douce.
Sakura, mi-gênée, mi-amusée, leva les mains en signe de protestation.
— Arrêtez, vous allez me faire rougir, plaisanta-t-elle avant de faire un tour sur elle-même, la robe fluide épousant ses mouvements avec une grâce naturelle.
— C'est vrai qu'elle est belle, ajouta-t-elle en riant doucement.
Une voix familière s'éleva derrière elle.
— Je te la donne.
Sakura se retourna pour découvrir Ino, un sourire espiègle aux lèvres, accompagnée de son cavalier.
— Quoi ? Mais Ino, je ne peux pas accepter ! protesta Sakura, visiblement embarrassée.
— Oh, arrête, elle te va tellement mieux qu'à moi. Je ne pourrais plus jamais la porter après ça, plaisanta Ino avec une légèreté désarmante.
Sakura soupira, mais un sourire sincère éclairait son visage.
— Merci, Ino.
Naruto, toujours aussi énergique, s'adressa au cavalier d'Ino.
— Sai ! Ça fait un moment qu'on ne s'est pas croisés ! Tu étais en mission ?
Sai, serein comme à son habitude, répondit :
— Oui, à la frontière. Mais je ne pouvais pas manquer cette soirée, ajouta-t-il en jetant un regard tendre à Ino avant de déposer un baiser sur ses cheveux.
Le geste fit rougir la jeune femme, qui détourna le regard avec un sourire timide. Sakura, en revanche, sentit un frisson la parcourir lorsqu'elle aperçut un homme familier au loin. Le père d'Ino qui l'avait interrogé quelques jours plus tôt. Le souvenir, encore vif, de sa présence dans sa tête la fit détourner rapidement les yeux. Elle se concentra à nouveau sur Hinata, trouvant dans cette présence familière un réconfort bienvenu.
Un grand homme blond s'approcha alors d'eux, son allure dégageant une autorité naturelle tempérée par une douceur bienveillante. Sa ressemblance frappante avec Naruto ne pouvait passer inaperçue.
— Naruto, tu ne me présentes pas ? demanda-t-il, sa voix calme teintée d'un amusement discret.
Naruto, surpris mais ravi, s'exécuta avec enthousiasme.
— Bien sûr ! Sakura, je te présente mon père, Minato Namikaze. Papa, voici Sakura Haruno.
Sakura le dévisagea, troublée par une étrange familiarité dans sa voix. On dirait Naruto, mais en plus posé, plus... solaire.
— Enchantée, Monsieur Namikaze, dit-elle en s'inclinant poliment.
— Oh, appelle-moi Minato, répondit-il avec un sourire désarmant.
Il la fixa un instant, son regard semblant percer au-delà des apparences.
— J'ai été impressionné par ton combat dans l'arène. Un Child de cette envergure, ça n'apparaît pas tous les jours, ajouta-t-il avec une admiration sincère.
Sakura rit nerveusement, portant son verre à ses lèvres. Encore ? pensa-t-elle. C'était au moins la dixième personne à lui faire cette remarque. Plus ça allait, plus elle regrettait d'avoir libéré son Child devant un public si large.
— Merci, Monsieur… Minato, se reprit-elle maladroitement.
Minato s'inclina légèrement avant de se tourner vers Sasuke.
— Content de te revoir, Sasuke. Repasse à la maison un de ces jours. Tu sais que tu y es toujours le bienvenu.
Sasuke hocha la tête, un sourire rare mais sincère effleurant ses lèvres.
— Merci.
Minato se tourna ensuite vers Hinata, une lueur joviale dans les yeux.
— Hinata, m'accorderas-tu une danse ce soir ? demanda-t-il avec une galanterie qui fit rougir la jeune femme.
— Oui, ce sera avec plaisir, répondit-elle d'une voix douce.
Sakura, en revanche, sentit une vague de panique monter en elle. Une danse ? pensa-t-elle, sous le choc.
Elle se pencha vers Sasuke, murmurant à son oreille.
— Il va falloir danser ? chuchota-t-elle, sa voix trahissant son inquiétude.
Sasuke tourna la tête vers elle, un sourcil arqué, mi-amusé, mi-interrogatif.
— Évidemment, Haruno, répondit-il d'un ton faussement détaché. Il y a un problème ?
— Non, pas du tout, répondit-elle en riant nerveusement, bien que son esprit s'emballât déjà. Pourquoi je n'y ai pas pensé avant ?!
Sasuke, bien qu'il n'en dise rien, perçut son malaise. Un sourire imperceptible joua sur ses lèvres.
La musique s'interrompit brusquement, cédant la place à la voix solennelle du maire, qui invita les convives à rejoindre leurs tables. L'air sembla se figer un instant, puis un mouvement d'ensemble balaya la salle. Sakura sentit son cœur s'emballer, chaque pas vers sa place alourdissant son appréhension. Elle serra instinctivement le bras de Sasuke, cherchant dans cette proximité une ancre face au tumulte de ses pensées.
Il baissa les yeux vers elle, captant son trouble. Avec une légèreté teintée d'ironie, il murmura :
— Tout va bien se passer. Mon père n'est pas aussi terrible qu'il en a l'air. Je te promets qu'il lui arrive même de faire des blagues.
Un sourire en coin accompagna sa remarque, et Sakura, malgré elle, laissa échapper un faible rire.
— Ce n'est pas lui qui m'inquiète, chuchota-t-elle, ses mots à peine audibles. C'est ton frère.
Un éclat amusé traversa le regard de Sasuke.
— Itachi ? Il est dans un bon jour aujourd'hui, crois-moi. Je parie même qu'il te fera un sourire.
Elle leva les yeux au ciel, mais l'esquisse d'un sourire effleura ses lèvres.
Il la guida jusqu'à la table réservée à sa famille, où les places semblaient avoir été méticuleusement assignées. Ils s'installèrent côte à côte. En face d'eux, Fugaku Uchiha, imposant et silencieux, s'assit avec une gravité presque cérémonieuse. Il fut bientôt rejoint par ses cousins, chacun responsable d'une aile de la Garde, leur présence ajoutant une couche supplémentaire de solennité. Itachi vint se placer à la droite de Sakura, lui adressant un sourire poli et il fit un clin d'oeil à Sasuke, message subtil lui disant qu'il ne ferait rien qui lui gâcherait sa soirée. Lorsque le dernier invité prit son siège, elle se tendit immédiatement: Ibiki Morino, chef de la police: l'homme, au visage buriné par des années de service et par un métier où l'empathie n'avait pas sa place, s'installa à côté de Fugaku Uchiha, juste en face d'elle. Quelques mots discrets furent échangés entre les deux hommes, mais ce fut suffisant pour que Sakura sente son estomac se nouer. Le bref regard qu'il lui adressa raviva un torrent de souvenirs qu'elle aurait préféré laisser enterrés.
Ça allait être une très longue soirée.
Le ballet des serveurs commença, parfaitement réglé. Les entrées furent déposées avec une précision presque mécanique, les verres se remplirent dans un silence feutré, et le repas débuta dans un concert de conversations croisées. Les adultes discutaient stratégie militaire, échangeant des analyses sur des manœuvres récentes, tandis qu'Itachi amusait ses cousins avec ses anecdotes pleines de malice. Mais Sakura restait tendue, incapable de s'intégrer à l'atmosphère.
Ibiki Morino. Ce nom résonnait dans son esprit comme un coup de gong. Elle se souvenait trop bien de cet homme. C'était lui qui avait abattu la Vipère cette nuit-là. C'était lui qui l'avait menottée, sans un mot de plus, et conduite au poste comme une criminelle.
Elle revoyait la salle d'interrogatoire, glaciale et oppressante. Elle avait passé une nuit entière à subir son regard acéré et ses questions implacables. Pas de nourriture, pas de repos. Juste une guerre psychologique qu'elle avait endurée avec une résilience farouche, jusqu'à ce qu'un juge intervienne. Libérée au matin, son statut de mineure et son dossier scolaire irréprochable lui avaient offert une chance inespérée.
La juge, touchée par son histoire, lui avait imposé des travaux d'intérêt général, assortis d'une condition stricte : réussir l'examen de la Senju. Si elle intégrait le prestigieux lycée, sa peine serait effacée. Tout faux pas, en revanche, la ramènerait devant la justice. Elle avait appris plus tard qu'Ibiki avait tout fait pour contester cette décision, mais en vain.
Cet homme n'était pas son allié. Et ce soir, elle devait supporter sa présence, son regard impassible, à quelques centimètres d'elle.
Une main effleura discrètement la sienne sous la table. Sasuke. Il avait perçu son agitation et tentait de la rassurer. Elle leva les yeux vers lui, croisant son regard calme et attentif. Il prit une gorgée d'eau, ses yeux se posant brièvement sur le chef de la police. Puis, contre toute attente, ce dernier l'interpella.
— Félicitations, Sasuke. Terminer premier du tournoi deux fois d'affilée, ce n'est pas donné à tout le monde. Encore une victoire, et tu égaleras le record de ton frère.
Ibiki prononça ces mots avec un ton mesuré, tout en prenant une bouchée de son entrée.
— Merci, monsieur. Je ferai de mon mieux pour honorer mon clan, répondit le brun, d'un ton froid et distant.
Ibiki esquissa un sourire en coin, soufflant avec une pointe de moquerie :
— Pour cela, il faudrait peut-être mieux choisir tes cavalières.
La remarque, tranchante et calculée, fit tomber un silence glacial sur la table. Sakura écarquilla les yeux, stupéfaite qu'il ose l'humilier ainsi, devant les hauts gradés de la Garde. Sasuke reposa son verre avec une violence maîtrisée, prêt à répliquer. Mais avant qu'il ne puisse parler, Sakura posa fermement une main sur son bras, lui intimant de se taire. Son regard noir se fixa sur Ibiki, et elle lui sourit, glaciale.
— Allez au fond de votre pensée, Morino, je vous en prie, lança-t-elle d'une voix douce, presque mielleuse.
Le culot de Sakura fit lever un sourcil à Itachi, tandis que Fugaku fronçait légèrement les sourcils, intrigué.
Ibiki prit une inspiration lente, savourant l'attention générale, avant de lâcher, d'un ton acerbe :
— Tu crois que parce que tu portes une jolie robe, des bijoux étincelants, et que tu t'assois avec l'élite, on oubliera d'où tu viens ? Une poule peut chanter autant qu'elle veut, elle a toujours les pattes plongées dans la merde où elle est née.
Sasuke, à ses côtés, se tendit, prêt à exploser. Mais Sakura raffermit son emprise sur son bras, le contraignant à rester immobile. Elle s'avança légèrement, son sourire glacial toujours figé sur ses lèvres.
— Ça vous rend fou, n'est-ce pas ? lâcha-t-elle, sa voix calme et provocatrice. Qu'une fille comme moi mange à la même table que vous. Vous êtes jaloux, pas vrai ?
Elle vit un éclair de colère traverser le regard d'Ibiki, une faille minuscule mais révélatrice. Elle poursuivit, implacable :
— Vous n'arrivez pas à l'accepter, qu'une poule, comme vous dites, ait déclenché une aptitude et en plus, invoqué un Child tellement puissant qu'il pourrait raser la moitié de cette ville d'un seul coup.
Sa déclaration, tranchante comme un couperet, fit l'effet d'une bombe. Les gradés autour de la table se figèrent, sidérés par ses paroles. Sasuke et Itachi la regardèrent, partagés entre stupéfaction et admiration. Mais Sakura ne s'intéressait pas à leurs réactions. Son objectif était clair : pousser Ibiki dans ses derniers retranchements, le faire vaciller devant ceux qu'il respectait tant. Elle voulait lui rendre la monnaie de sa pièce.
Elle s'installa confortablement dans son fauteuil, se mettant en position de pouvoir face à lui, et le fixa de son regard moqueur.
— Fais attention à ce que tu dis, Black Thorn, gronda Ibiki entre ses dents. Un mot de ma part et on te renvoie dans le trou d'où tu viens.
— Oh vraiment ? se moqua-t-elle ouvertement. Vous croyez vraiment que, dans la situation où se trouve l'humanité, la Garde se priverait d'un Child comme le mien ? Moi, je ne pense pas… Par contre, vous ? Elle claqua sa langue pour accentuer son argument. Il y en a 36 qui attendent à la porte pour prendre votre place.
Sasuke esquissa un sourire moqueur. Elle venait de le clouer sur place. Ibiki se leva, furieux, et frappa violemment ses poings contre la table, attirant l'attention des autres tables voisines.
— Vous devriez rentrer chez vous, Morino, ordonna froidement Fugaku Uchiha, les yeux rivés sur Sakura. Vous êtes fatigué, la semaine a été rude pour vous. Vous êtes excusé.
Le chef de la police, sidéré par cette éviction brutale, jeta sa serviette de colère sur la table et quitta l'assemblée sans demander son reste. Sakura laissa échapper un long soupir de soulagement avant de prendre une bouchée de son plat, qu'elle n'avait pas encore touché.
— C'est délicieux, souffla-t-elle, ravie de pouvoir enfin profiter du dîner.
Le silence qui régnait autour d'elle était lourd, presque palpable. Sasuke la regardait comme s'il la voyait pour la première fois, une lueur d'admiration dans le regard. Itachi, lui, était sidéré par le culot de cette jeune femme, et il comprit enfin pourquoi son frère était tombé sous son charme. Il en aurait fait de même s'il n'avait pas déjà jeté son dévolu sur une autre personne. Quant au général de la Garde, il l'observait attentivement, à la fois intrigué et inquiet. Cette petite était dangereuse. Il allait devoir s'en occuper rapidement.
— Bon appétit, lança Fugaku d'un sourire, invitant le reste de la tablée à reprendre leur repas là où ils l'avaient laissé.
La suite du repas se déroula dans une atmosphère plus détendue. Sakura s'était enfin relâchée, riant même aux blagues d'Itachi, qui prenait un malin plaisir à exhiber les maladresses de son frère. Sasuke, quant à lui, avait cessé de se défendre et esquissait même un sourire à l'évocation de certaines anecdotes de son aîné. L'ambiance, bien que toujours empreinte d'une certaine formalité, s'était adoucie au fil des conversations.
Lorsque le moment du dessert arriva, le maire se joignit à leur table. Il avait passé le repas à saluer les chefs de clan, prenant soin de ne négliger aucun d'eux, et il semblait désormais prêt à s'engager dans la dernière partie de la soirée.
— Alors, Monsieur le Maire, comment se passe votre soirée ? demanda Fugaku Uchiha, sa voix empreinte de cette politesse froide et mesurée qui lui était coutumière.
— Excellente, répondit le maire avec un sourire affable. Mais, Mademoiselle Haruno, n'oubliez pas que vous me devez une danse. Le bal va bientôt commencer.
Sakura sentit le rouge lui monter aux joues, surprise par cette invitation qu'elle avait totalement oubliée. Ses yeux glissèrent instinctivement vers le centre de la salle, où l'orchestre prenait place, ajustant ses instruments avec une précision cérémonieuse. L'ouverture du bal était imminente.
— Euh… Oui, bien sûr, tout à fait, balbutia-t-elle, sa voix trahissant une légère hésitation.
Elle s'efforça de conserver une contenance, mais l'angoisse commençait déjà à nouer son estomac.
— Je… Je vous prie de m'excuser, murmura-t-elle précipitamment. Il faut que je me rafraîchisse un instant.
Sans attendre de réponse, elle se leva, esquissant un sourire d'excuse, et quitta la table avec une hâte mal dissimulée. Ses pas résonnèrent sur le parquet ciré alors qu'elle se dirigeait vers le couloir, ses pensées s'entrechoquant en un chaos informe.
L'idée de se retrouver sous les regards scrutateurs de l'assemblée, exposée sur la piste de danse, lui était insupportable. Elle avançait sans réel but, cherchant désespérément une échappatoire.
Lorsqu'elle aperçut une porte entrebâillée, elle s'y engouffra sans réfléchir, refermant doucement derrière elle.
La pièce dans laquelle elle se trouvait était une vaste bibliothèque, plongée dans une semi-pénombre chaleureuse. Un feu crépitait dans la cheminée, projetant des ombres mouvantes sur les étagères encombrées de livres anciens. L'odeur du bois brûlé et celle, plus subtile, du cuir vieilli emplissaient l'air.
Sakura s'avança lentement vers le foyer, ses mains tremblantes venant se plaquer contre son visage. La panique qui l'avait poussée à fuir ne s'était pas dissipée, et son cœur battait à un rythme effréné.
— Mais qu'est-ce que je fais là, bon sang ? murmura-t-elle à voix basse, ses mots se perdant dans le silence feutré de la pièce.
L'ochestre avait déja joué 3 danses et toujours aucun signe de Sakura. Inquiet Sasuke quitta discrètement la salle de réception partant à sa recherche. Il longea les couloirs silencieux, son regard scrutant chaque recoin. Une porte en chêne, entrouverte, attira son attention. S'approchant avec précaution, il aperçut Sakura, faisant nerveusement les cent pas devant une cheminée où crépitait un feu chaleureux. Il poussa légèrement la porte et s'adossa nonchalamment au battant, croisant les bras. Un sourire amusé étira ses lèvres tandis qu'il l'observait. La même fille qui avait envoyé dans les roses le chef de la police il y a quelques minutes était en train de paniquer à l'idée de devoir danser.
— Je pourrais dire que j'ai mal digéré les crevettes et partir maintenant... marmonna-t-elle, absorbée dans ses pensées, sans remarquer sa présence.
— C'est danser avec le maire ou avec moi qui t'inquiète ? lança-t-il, amusé. Elle s'arrêta net, surprise par sa voix. En le voyant, debout dans l'embrasure, elle poussa un soupir mi-agacé, mi-embarrassé, avant de reprendre ses allées et venues.
— Sasuke ! Je t'assure que c'est la meilleure solution. Danser ? Il faut vraiment danser ?
— C'est la définition d'un bal, non ? s'amusa-t-il, son ton empreint d'une douce ironie.
— Ha-ha-ha, très drôle. Je croyais que vous appeliez ça "bal" juste pour que tout le monde s'habille chic et mange bien. Je ne pensais pas qu'il fallait vraiment danser. Crois-moi, ta réputation s'en sortira mieux si tu te retrouves seul sur la piste plutôt qu'avec moi. Iruka pourra te le confirmer : j'ai deux pieds gauches. Une vraie catastrophe. Je vais te ridiculiser. Il s'approcha d'elle, la forçant à s'arrêter en posant délicatement une main sous son menton. Son regard intense plongea dans le sien.
— Si tu ne veux pas danser, on ne danse pas. Je ferai ce que tu veux. Mais je suis sûr que ce ne sera pas aussi terrible que tu l'imagines.
La musique d'une valse s'éleva doucement depuis la salle de bal. Sasuke recula d'un pas, s'inclina élégamment, et lui tendit une main, un sourire espiègle sur les lèvres.
— M'accorderais-tu cette première danse ?
— Sasuke, tu m'as écoutée ou pas du tout ? protesta-t-elle, incrédule.
Il ignora sa réplique, saisit doucement sa main droite pour la poser sur son épaule, attrapa sa main gauche et glissa son autre main sur sa taille. Un frisson la parcourut au contact, mais son visage resta impassible. Il initia un premier mouvement, guidant leurs pas avec une assurance naturelle. Sakura, concentrée sur leurs pieds, trébucha maladroitement et lui écrasa les orteils.
Sasuke esquissa une grimace, mais son expression demeura stoïque.
— Désolée… murmura-t-elle, mortifiée.
D'un geste doux, il releva son menton, l'obligeant à croiser son regard.
— Laisse-toi guider, dit-il calmement. La danse, c'est une conversation. L'homme mène, et toi, tu réponds. Regarde-moi. Oublie le reste.
Il replaça sa main sur sa taille et commença à compter doucement, sa voix grave rythmant leurs pas.
— Un, deux, trois… un, deux, trois…
Peu à peu, il la sentit se détendre. Elle se laissa porter par ses mouvements, ses yeux captifs du noir intense des siens. Autour d'eux, le monde s'effaça. Il n'y avait plus que lui, sa présence enveloppante, et la chaleur de ses mains sur sa peau.
Voyant qu'elle se sentait à l'aise, il tenta une figure. Elle pivota, se retrouvant dos à lui, ses bras croisés entre les siens, maintenue par ses mains opposées. Le souffle chaud de Sasuke effleura son oreille.
— Tu es magnifique ce soir, murmura-t-il d'une voix rauque.
Un sourire amusé éclaira son visage alors qu'elle tournait légèrement la tête vers lui.
— Qu'est-ce qui t'arrive ce soir ? D'abord le baise-main, puis la fleur...Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu me fais la cour.
Il se pencha légèrement, réduisant la distance entre eux.
— Et… ça fonctionne ? demanda-t-il, sa voix teintée d'un mélange de défi et de douceur.
Leurs souffles se mêlèrent, si proches, mais il voulait que ce soit elle qui fasse le dernier pas.
— Oui… souffla-t-elle avant de poser ses lèvres sur les siennes.
Le baiser fut tendre, hésitant, mais empli d'une intensité nouvelle. Sakura s'était imaginé cet instant un millier de fois, mais aucune rêverie n'aurait pu préparer son cœur à la vague d'émotions qui la submergea. C'était comme si elle découvrait un monde rempli de couleur éclatante là où jusqu'à présent elle ne voyait que des nuances de gris et de blanc. Sa main glissa instinctivement dans ses cheveux, l'attirant davantage à elle, approfondissant leur échange. Elle en voulait plus, tellement plus.
Sasuke répondit à son invitation, ses lèvres capturant les siennes dans un échange à la fois tendre et dévorant. Leurs souffles se mêlèrent, leurs langues s'effleurèrent, entamant une danse intime, instinctive, où chaque mouvement semblait parfaitement accordé. Il avait connu d'autres baisers, mais aucun ne ressemblait à celui-ci. Avec elle, c'était différent. C'était comme si leurs âmes, après des années d'errance, venaient enfin de se retrouver.
Sa main libre glissa lentement sur la peau nue de son dos, s'insinuant sous le satin délicat de sa robe. Il sentit un frisson la traverser, son souffle se raccourcir. Elle se laissait aller à lui, abandonnant toute retenue, et ce simple fait intensifia son désir de façon exponentielle.
Un soupir doux s'échappa des lèvres de Sakura lorsqu'il traça un chemin de baisers le long de sa mâchoire, descendant jusqu'à la courbe délicate de son cou. Il s'attarda là, savourant la chaleur et le parfum de sa peau, effleurant la naissance de son épaule d'un baiser fiévreux. Elle se cambra légèrement, comme si son corps cherchait à répondre à ses caresses, vibrant sous l'intensité de ce moment.
Sasuke, lui, sentait le feu grandir en lui, un brasier qu'il peinait à contenir. Tout ce qu'il était, tout ce qu'il ressentait, semblait concentré sur elle. Le temps, l'espace, tout ce qui les entourait s'effaçait. Il n'y avait plus qu'elle, offerte à lui, et cette envie dévorante de la faire chavirer. Sa main remonta lentement, effleurant le galbe de son sein. Il sentit la chaleur de sa peau et la réaction immédiate de son corps ne se fit pas attendre.
— Sasuke… gémit-elle, sa voix tremblante d'émotion.
Son nom, murmuré à son oreille, eut l'effet d'un électrochoc. Il se figea, le souffle court, la réalité s'imposant brutalement à son esprit. Lentement, il recula, libérant ses mains, son regard troublé évitant le sien.
— Je… je suis désolé, murmura-t-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux. J'ai perdu le contrôle.
Sakura, déconcertée, tenta de briser la distance qui s'était creusée entre eux. Elle leva une main hésitante, comme pour l'atteindre, mais il l'arrêta d'un geste ferme.
— Ne t'approche pas, dit-il, sa voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu.
Elle se figea, blessée par son ton. Ses yeux cherchèrent les siens, mais il refusait de croiser son regard, trop occupé à lutter contre ses propres pensées, encore embrouillées par ce qu'il venait de ressentir.
— Sasuke, j'ai fait quelque chose de mal? demanda-t-elle, la voix tremblante d'inquiétude.
Il inspira profondément, cherchant ses mots, mais aucun ne semblait juste.
— Non, tu…
Il s'interrompit, passant une main nerveuse dans ses cheveux. Il ne pouvait pas lui dire la vérité. Comment aurait-il pu lui avouer qu'il se battait contre lui-même? Qu'il ne voulait pas qu'elle s'approche parce qu'il craignait de perdre ce qu'il lui restait de contrôle? Que l'envie de la plaquer contre ce mur, de la faire sienne sans attendre, brûlait en lui au point de lui brouiller l'esprit?
Il ferma les yeux un instant, forçant son souffle à ralentir. Lorsqu'il les rouvrit, son expression était plus maîtrisée, mais son regard trahissait encore une lueur de tourment. Il réajusta sa veste d'un geste mécanique et murmura :
— Tu es parfaite.
Sakura fronça les sourcils, décontenancée par cette réponse énigmatique.
— Alors, qu'est-ce qu'il y a? souffla-t-elle, sa voix à peine audible. Elle fit un pas vers lui, ses yeux emplis d'une douceur désarmante.
Il recula instinctivement, levant la main comme un bouclier.
— Reste où tu es, ordonna-t-il, un rire nerveux échappant à ses lèvres.
Elle s'arrêta, interdite, le regard fixé sur lui.
— Tu mérites mieux que ça…, finit-il par avouer dans un murmure rauque.
Il détourna les yeux, cherchant désespérément une distraction.
— Le maire te cherche, déclara-t-il abruptement, s'accrochant à cette échappatoire. Il ajusta une dernière fois sa veste, évitant toujours son regard. Il vaut mieux qu'on rentre séparément.
Dans le couloir, Sasuke prit une profonde inspiration, tentant de calmer le tumulte en lui. Ses doigts s'attardèrent sur sa cravate qu'il réajusta maladroitement, cherchant à retrouver un semblant de contenance. Une fois sa respiration stabilisée, il poussa les portes menant à la grande salle. Il rejoint leur table et s'installa à côté de son frère qui lui tendit une coupe remplie de glaçon.
- T'as du rouge là... Se moqua-t-il en lui pointant la commissure des lèvres.
Sasuke, pris de court, porta immédiatement la main à ses lèvres, frottant avec une hâte nerveuse. Lorsqu'il réalisa qu'il n'y avait rien, il releva les yeux pour croiser le regard amusé de son frère, et leva les yeux au ciel, croquant les glaçons comme si c'étaient des sucreries.
Sakura rentra quelques minutes après lui, son regard fut immédiatement attiré par elle, comme un aimant. Son frère suivit ses yeux et sourit.
- Je dois l'admettre frangin, tu t'es trouvé une vraie beauté. Et en plus, elle en a dans le crâne pour une fois. Ca change de tes conquêtes habituelles. Releva Itachi.
- Pourquoi t'es venu seul? Lui demanda son frère, tentant de détourner l'attention.
- Elle m'a foutu un rateau. Souffla Itachi. Encore.
Sasuke explosa de rire.
- T'as toujours pas abandonné?
- A l'amour. Soupira l'aîné, trinquant avec son cadet.
Quelques minutes plus tôt
Toujours dans la bibliothèque, Sakura vacillait, emportée par un tumulte d'émotions qui peinait à s'apaiser. Sa main glissa instinctivement à l'endroit précis où les lèvres de son cavalier s'étaient posées quelques secondes plus tôt. Elle mordilla sa lèvre inférieure, troublée par le souvenir de ses caresses, et un frisson la parcourut. Une rougeur insidieuse s'empara de ses joues à l'idée que quelqu'un aurait pu les surprendre. Lorsqu'elle réalisa jusqu'où elle aurait pu se laisser emporter, la chaleur monta jusqu'à ses tempes, la laissant écarlate.
— Bon sang… Il doit me prendre pour une de ces filles qui lui tournent autour sans vergogne, pensa-t-elle, honteuse.
Un miroir, accroché à l'un des murs lambrissés de la bibliothèque, attira son attention. Elle s'approcha et, d'une main fébrile, ajusta une épingle dans ses cheveux légèrement défaits. Ses doigts effleurèrent ses lèvres, et elle constata avec une pointe de satisfaction que le rouge à lèvres qu'Ino lui avait prêté tenait encore impeccablement. « Longue durée », avait plaisanté son amie avec un clin d'œil complice. Ce souvenir fit naître un sourire fugace sur son visage. Ino avait-elle pressenti cet instant ? Peut-être l'avait-elle même espéré.
Inspirant profondément, Sakura tenta de dompter les battements désordonnés de son cœur. Il lui fallait reprendre contenance. Elle se détourna du miroir et rejoint discrètement la grande salle.
Sakura n'avait pas fait cinq pas dans la grande salle que le maire l'intercepta avec une élégance maîtrisée, lui tendant la main pour l'inviter à danser. Toute échappatoire était désormais impossible. Résignée, elle accepta, rassemblant toute sa concentration pour éviter de lui écraser les pieds.
Le cinquantenaire se révéla être un danseur accompli, comme son rôle d'homme public pouvait le laisser supposer. Malgré sa dextérité, Sakura ne pouvait s'empêcher de compter mentalement les pas, un léger sourire crispé accroché à ses lèvres.
— Alors, Mademoiselle Haruno, parlez-moi un peu de vous, l'interpella-t-il avec une curiosité bienveillante.
— De… moi ? répondit-elle, surprise.
— Oui, j'aime en savoir davantage sur mes champions.
Elle se sentit prise au dépourvu, sa voix hésitant légèrement.
— Eh bien… J'ai grandi à l'orphelinat, mais vous devez déjà le savoir, vu que cette information passe en boucle à la télévision. Ensuite, j'ai intégré Senju Gakuen cette année, d'abord comme civile, puis comme apprentie. Mais ça aussi, vous devez le savoir...
Le maire esquissa un sourire indulgent.
— Et qu'aimez-vous faire, en dehors de vos activités d'apprentissage ? Quels sont vos hobbies ?
— Oh… Eh bien, j'aime lire, sourit-elle timidement.
— Une lectrice, voilà qui est intéressant. Et qu'aimez-vous lire ?
— Un peu de tout, mais dernièrement, je me passionne pour les livres historiques.
Le maire sembla amusé par sa réponse.
— Vraiment ? Voilà un intérêt qui n'est pas si courant.
— Oui… je suppose que ça me rend unique, répondit-elle avec un rire nerveux.
Ses yeux balayèrent la salle, cherchant désespérément une distraction, une issue à cette conversation qui la mettait mal à l'aise. Son regard croisa celui de Sasuke, dont les pupilles sombres ne la quittaient pas. Elle détourna rapidement la tête, se souvenant de leur baiser échangé plus tôt, et se dit que ce n'était ni le lieu ni le moment pour s'y attarder.
Ce fut finalement Naruto qui, avec son habituelle spontanéité, vola à son secours.
— Monsieur le Maire, pardonnez mon interruption, mais voyez-vous, mon père vient de me piquer ma cavalière, et je me retrouve désespérément seul sur la piste. Auriez-vous l'amabilité de me prêter la vôtre ? demanda-t-il avec un sourire éclatant.
Le maire éclata de rire, amusé par la situation.
— Bien sûr, jeune homme. Je commence à être un peu trop vieux pour ce genre d'exercice, de toute façon.
Il s'inclina galamment devant Sakura avant de s'éloigner, laissant le champ libre à Naruto.
— Merci… murmura Sakura à l'oreille de son ami. Je ne savais plus quoi lui dire.
— J'avais remarqué, répliqua Naruto avec un sourire malicieux.
— Je préfère te prévenir, je suis une piètre danseuse, ajouta-t-elle, le regard contrit.
— Ça aussi, je l'avais remarqué, la taquina-t-il, récoltant une tape légère sur l'épaule.
Ils tournoyèrent doucement sur la piste, et Sakura profita de cet instant pour s'enquérir de son ami.
— Comment ça se passe avec Hinata ? demanda-t-elle, ravie de partager un moment d'intimité avec lui.
Naruto s'illumina immédiatement.
— C'est génial ! On a tellement de points communs ! Bon, par contre, elle me bat aux jeux vidéo à chaque fois, et ça commence à m'agacer. Ne lui dis pas, mais je m'entraîne en secret pour enfin la vaincre. Je sens que je suis tout proche !
Sakura éclata de rire.
— Vous êtes adorables, tous les deux. Je suis vraiment contente pour toi, Naruto.
Le blondinet baissa les yeux un instant, puis releva la tête avec un sourire plus espiègle.
— Et toi, avec l'autre abruti ? Comment ça se passe ?
Le rouge monta aussitôt aux joues de Sakura, et elle détourna le regard, embarrassée.
— Ouuuuh, il est déjà passé à l'action, hein ? lança Naruto en se moquant, ce qui lui valut une autre tape sur l'épaule.
— Je rigole, je rigole… Mais, sérieusement, Sakura, je peux te demander quelque chose ?
Elle le regarda, intriguée par son soudain sérieux, et hocha la tête.
— Ne le blesse pas, s'il te plaît.
— Quoi ? Pourquoi est-ce que je voudrais le blesser ? réagit-elle, déconcertée.
Naruto soupira, hésitant.
— Il va me tuer si je te dis ça, mais… il tient vraiment à toi, Sakura. Beaucoup. Je.... Il hésita un instant. Ne le blesse pas, c'est tout.
Il s'éloigna avant qu'elle ne puisse répondre, la laissant seule au milieu de la piste. Déstabilisée, Sakura tenta de retrouver son calme, mais un homme inconnu s'approcha aussitôt pour lui proposer une danse.
— Non, merci, répondit-elle poliment.
L'homme insista, arguant qu'il serait dommage qu'une femme aussi charmante reste seule sur la piste.
— Elle a déjà un cavalier, intervint une voix grave et sèche.
Sasuke était là, attrapant sa main sans attendre et l'entraînant dans une danse, son regard noir transperçant celui de l'importun.
Sakura évita soigneusement de croiser son regard, préférant poser sa tête sur son épaule. Ce geste l'obligea à se rapprocher encore davantage, son visage niché contre ses cheveux. Elle sentit son souffle effleurer son oreille, et son cœur s'emballa à nouveau, tambourinant dans sa poitrine.
Reprends-toi, ma grande, se sermonna-t-elle intérieurement, sentant la chaleur envahir ses joues.
Sasuke, bien conscient de ses tourments, esquissa un sourire. Il glissa une main dans son dos, et un frisson la parcourut au contact de sa peau contre la sienne. Il savait qu'il jouait avec le feu, mais en public, il se promettait de garder le contrôle.
— Je ne t'ai pas encore remercié. Lui confia-t-elle, brisant la bulle qu'ils s'étaient créés.
- Remercié pour quoi?
- Pour m'avoir ramené dans l'arène.
- Tu aurais fait la même chose pour moi. Lui répondit-il, gêné.
Elle s'appuya davantage sur son épaule, cherchant la chaleur de son corps, et elle osa poser la question qui lui trotter dans la tête depuis qu'elle avait quitté la bibliothèque.
- Pourquoi tu es parti? demanda-t-elle, blessée.
La question le prit au dépourvu.
— À ton avis ? murmura-t-il, visiblement embarrassé, repensant à l'état de confusion qui l'avait saisi quelques instants plus tôt.
— Si je savais ce que tu penses, je ne te poserais pas la question, rétorqua-t-elle avec une pointe d'agacement, bien qu'elle restât mesurée.
Il soupira, légèrement irrité. Il ne voulait pas gacher ce moment, il fallait qu'il trouve quelque chose. Soudain, un tintement cristallin retentit.
Sauvé par le gong, pensa-t-il, soulagé.
Tous les regards se tournèrent vers l'estrade, où Inojin Yamanaka, accompagné de Chōza Akimichi, venait de demander la parole. L'assemblée se regroupa autour d'eux, et Sakura, Sasuke, Naruto et Hinata se retrouvèrent au cœur de la foule, curieux et légèrement méfiants.
— Mes chers amis, certains d'entre vous le savent déjà, mais le groupe Yamanaka a consacré ces dernières années à développer une nouvelle arme défensive qui, nous en sommes convaincus, révolutionnera notre manière de combattre les démons, déclara Inojin avec une assurance maîtrisée.
Il retira un drap bleu nuit, révélant une antenne élancée, surmontée d'un globe diffusant une lueur bleutée.
L'assemblée éclata en applaudissements enthousiastes, saluant l'ingéniosité du groupe Yamanaka et l'espoir que cette invention promettait de sauver de nombreuses vies. Mais au milieu de cette euphorie, les visages des quatre amis se figèrent, ravivant le souvenir encore vif de leur nuit dans l'Underground.
— Merci, Inojin ! intervint Chōza Akimichi, un verre à la main. Il attendit que le silence revint dans l'assemblée avant de prendre à son tour la parole. Comme nous le savons tous, les aptitudes héréditaires se transmettent de moins en moins bien. Mais, parfois, nous avons d'heureuses surprises.
Il leva son verre en direction de Sakura, qui esquissa un sourire nerveux.
— C'est pourquoi nous avons travaillé sans relâche pour pallier ce problème, poursuivit-il.
De sa poche, il sortit un petit sachet contenant une pilule verte. Les quatre apprentis échangèrent un regard alarmé, reconnaissant instantanément l'objet. Chōza fit signe à un serveur de s'approcher. Ce dernier prit la pilule et l'avala sans hésitation. Une seconde plus tard, ses poings s'enflammèrent, et il s'amusa à projeter des gerbes de feu dans les airs. Puis, calmement, il avala une pilule rouge, interrompant aussitôt le phénomène.
— Comme vous pouvez le constater, nous avons réussi à isoler le gène. Grâce à ces pilules, n'importe qui peut désormais accéder à une aptitude !
Un silence saisissant s'abattit sur la salle, comme si l'air s'était soudain raréfié.
— Y a-t-il des effets secondaires ? lança une voix dans la foule.
— Pour l'instant, oui, admit Chōza. Nous poursuivons nos tests, car les effets doivent être stoppés au bout de cinq minutes.
— Et cela fonctionne vraiment contre les démons ? demanda une autre voix.
— Absolument ! Nous l'avons testé en conditions réelles, et les résultats sont très encourageants.
Une colère sourde envahit Sakura, déferlant en elle comme une marée brûlante, incontrôlable. Son flux d'énergie la traversa de part en part, ne demandant qu'à s'échapper. Sasuke, toujours attentif à ses moindres mouvements, réagit immédiatement. Il lui saisit le poignet, fermement, mais sans brutalité.
— Calme-toi, ordonna-t-il d'un ton froid, son regard sombre ancré dans le sien.
Elle leva les yeux vers lui, et ce qu'elle y lut ne fit qu'intensifier son trouble : la même stupéfaction, la même rage contenue, prête à éclater.
— Ils se sont servis de l'Underground comme cobaye, murmura Hinata, donnant voix à l'indignation silencieuse qui pesait sur eux.
— J'en ai assez entendu, lâcha Sakura, écoeurée, avant de tourner les talons.
Elle fendit la foule, son pas rapide trahissant la tempête intérieure qui l'animait. Lorsqu'elle atteignit les portes, elle ne ralentit pas, franchissant les lourds battants pour s'échapper dans la nuit glaciale.
Sasuke la suivit aussitôt. Il ne pouvait la laisser seule dans cet état, pas avec cette énergie déchaînée qui s'échappait d'elle. Lorsqu'il la rejoignit, elle était déjà dehors, retirant ses talons à la hâte, ses doigts tremblant d'agitation.
Il grogna, agacé par son imprudence. Elle n'avait même pas pris le temps de récupérer son manteau. Avec un soupir contrarié, il fit demi-tour, récupéra leurs affaires au vestiaire, puis se précipita à sa suite.
Il la rattrapa au milieu de la rue, où elle avançait pieds nus sur le pavé froid, son flux d'énergie irradiant autour d'elle comme une tempête invisible. Il pouvait presque sentir la tension dans l'air, prête à exploser.
Sans un mot, il l'enlaça par derrière, la serrant fermement contre lui.
— Respire, murmura-t-il, d'une voix calme mais autoritaire.
— Lâche-moi ! protesta-t-elle, se débattant violemment.
Il resserra son étreinte, ses bras solides l'enveloppant comme un étau protecteur.
— Respire, répéta-t-il, cette fois avec une pointe d'agacement.
Il attrapa ses poignets, les ramenant contre sa poitrine pour l'immobiliser. Elle se raidit un instant, puis, lentement, ferma les yeux.
Elle inspira profondément, une fois, deux fois, cherchant à apaiser le tumulte en elle. Peu à peu, son souffle s'allongea, devenant plus régulier, et son énergie se calma. Mais à cet instant, les larmes qu'elle retenait débordèrent, silencieuses, incontrôlables.
— Je sais… murmura-t-il à son oreille, sa voix douce cette fois, presque un murmure apaisant.
Il lova son visage dans le creux de son cou, lui offrant une présence solide, inébranlable.
— Respire, répéta-t-il, ses mots un mantra destiné à la ramener à elle-même.
— Ramène-moi, s'il te plaît, murmura-t-elle après quelques minutes, sa voix à peine audible.
Il acquiesça en silence, prêt à obéir, mais son geste fut aussitôt interrompu par sa voix plus ferme.
— Pas la voiture.
Il hocha la tête, comprenant son besoin d'évasion, de liberté, ou peut-être simplement d'un vent froid pour apaiser son esprit tourmenté. Il activa sa montre, appelant sa moto d'un simple geste.
Le temps sembla s'étirer dans l'attente, la nuit pesant autour d'eux comme un voile épais. Lorsqu'enfin la moto arriva, glissant silencieusement sur le pavé humide, il se tourna vers elle et l'aida à s'installer.
Avec des gestes précis, presque rituels, il ajusta le casque sur sa tête, vérifiant qu'il était bien fixé. Puis, attentif, il s'assura qu'elle n'aurait pas froid, rabattant soigneusement les pans de son manteau autour d'elle.
Il monta à l'avant, ses mouvements empreints d'une efficacité tranquille. Il attendit, immobile, qu'elle passe ses bras autour de sa taille, un geste familier, presque instinctif.
Le moteur ronronna doucement, rompant le silence de la nuit. Sans un mot, il accéléra, s'éclipsant dans l'obscurité, la ville défilant autour d'eux dans une danse de lumières floues.
