La jambe de Callie Misty tremblait. Un signe extérieur de nervosité qu'elle tenta, au mieux, de dissimuler.

Ce soir, aux côtés de deux collègues d'Arcadia News, elle interviewait les Snowkids. Ce n'était pas une première pour elle, elle les suivait depuis leur début sur Akillian, mais c'était la première fois qu'elle les revoyait depuis leur victoire.

Avaient-ils changé de mentalité? Elle espérait bien que non. Les SK avaient quelque chose de touchant, elle s'était prise d'affection pour eux durant les phases qualificatives parce qu'ils mettaient un peu de piment sur leur planète isolée mais pas que… Ils avaient en eux la passion, le feu sacré. Ce même feu qui l'avait poussé, depuis toute petite, à croire en ses rêves et à monter les échelons dans sa carrière de journaliste.

Sur une planète aussi meurtrie, plus personne ne se permettait de rêver grand. On pensait seulement à survivre. Les fins de mois étaient compliquées pour la plupart des gens car le taux de chômage était élevé faute d'emploi. De nombreux domaines n'étaient plus accessibles à la suite de la grande glaciation. Les mines de glace étaient l'une des rares options qui se présentaient aux jeunes comme une porte de sortie salutaire. Le salaire était plutôt bon mais les conditions de travail difficile. On priait pour en revenir en vie.

Oui, sur Akillian, il était rare de croiser des rêveurs, des utopistes tout comme elle.

En tant que journaliste, Callie gagnait peu et elle était dans l'obligation de travailler sur le côté pour boucler les fins de mois.

Cette dernière n'aurait, par ailleurs, jamais évolué sans la participation et le parcours spectaculaire des SK au sein de la compétition. A chaque équipe était associé un journaliste accrédité pour commenter leurs matchs. Sans eux, elle ne serait jamais allée sur le Genèse, n'aurait jamais été repéré par la maison mère d'Arcadia et n'aurait jamais, ou alors très difficilement, pu prétendre à un poste fixe au sein de l'équipe de journalisme d'élite de cette prestigieuse chaine.

Un lien fort l'unissait aux SK. Peu importe qu'ils gagnent ou perdent la prochaine cup: elle les considérait toujours avec le plus grand des respects.

- Callie? Les Snowkids vont arriver dans quelques minutes. Tu es prête pour l'interview?

- Bien entendu Nork. Je suis plus que prête. Et enthousiaste à l'idée de les revoir cela va sans dire.

- Fort bien, fort bien, répondit le présentateur en se tournant vers l'autre journaliste présent, et toi Onister? Prêt pour ce soir?

- Pour qui me prends-tu Nork? Je ne débute plus dans le métier: tu dois bien le savoir.

Onister était un homme d'un âge avancé originaire de la planète Wambas. Il y a une trentaine d'années, c'était l'un des grands visages d'Arcadia News. Il était arrivé au Genèse de la même manière que Callie. Et, malgré le fait que les Wambas étaient, depuis, systématiquement éliminé au début des phases finales, il en était resté un des présentateurs phares durant la décennie qui suivit.

Nork, quant à lui, avait des origines métissées. Il n'avait jamais été lié à une équipe de Galactik Football. Il s'était fait tout seul, travaillant très jeune pour une entreprise de câbles sous-traitée par la chaine. Il s'était fait repérer puis avait appris le métier en autodidacte montant progressivement les échelons jusqu'à devenir l'une des têtes d'affiches d'Arcadia. Il rencontrait un vrai succès auprès du grand public comme auprès de ses supérieurs hiérarchiques. Une véritable success-story qui en avait inspiré plus d'un comme c'était le cas pour Callie qui, pour des raisons professionnelles, ne lui avait jamais mentionné qu'il était quelque peu à l'origine de sa vocation.

- Bien, j'aimerais profiter de ce temps mort pour vous rappeler, à tous les deux, les attentes des producteurs concernant cette rencontre. Comme vous le savez, nous sommes à une heure de forte audience avec les célébrités les plus suivies en ce moment. Nous devons faire de cette interview, la plus rentable de notre année… De nos quatre prochaines années même. C'est pour cela que les producteurs souhaitent que du neuf en ressorte, nous voulons des informations inédites sur les Snowkids. De l'inattendu. D'accord?

- Ah! C'est comme si c'était fait Nork! Ce ne sont que des mômes, ce sera un vrai jeu… d'enfant!

Le coprésentateur partit dans un grand éclat de rire tandis que l'équipe technique les prévenait de l'arrivée imminente des Snowkids.

- Un peu de tenue Onister, le rabroua Nork alors qu'un maquilleur achevait d'égaliser son teint.

Callie déglutit. De l'inattendu, des infos inédites? Cela ne devrait pas lui poser de problèmes non plus. Elle était Callie Misty. Celle pour qui rien ne restait secret bien longtemps. Cependant… Elle connaissait les Snowkids. Elle les avait suivis depuis le début, interviewer un bon nombre de fois. Pour le moment, elle ne voyait rien de bien neuf à divulguer au grand public. Il allait falloir qu'elle se creuse la tête pour trouver un angle d'attaque avant le début de l'interview!

« Réfléchis Callie!»

Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, les Snowkids arrivèrent sur le plateau.

- Les Snowkids! s'exclama Nork, c'est un honneur pour moi de vous rencontrer enfin en personne!

- Nos nouveaux champions, soyez les bienvenus, poursuivit Onister tout en se levant.

Les SK les saluèrent timidement.

- Ne vous inquiétez pas, les rassura Callie, les caméras ne tournent pas encore. On vous préviendra lorsque le direct sera lancé.

Thran fit un sourire à la journaliste. Il l'appréciait bien Callie. Il la suivait depuis le début de sa carrière sur Akillian. Bien avant que la sienne ne soit lancée. Elle faisait des reportages sur les compétitions de magnetboard, menait des enquêtes sur les conditions de travail dans les mines de glaces et traquaient toutes informations croustillantes qui pourraient égayer le quotidien, souvent pénibles, des Akilliens. Elle lui avait remonté le moral plus d'une fois quand il avait passé une mauvaise journée à l'école. C'était rassurant qu'elle soit présente pour cette interview si importante.

Les parents et représentant légal de l'équipe ainsi qu'Aarch, Dame Simbai et Clamp entrèrent également dans le studio mais furent installer hors-champ des caméras. Un membre de l'équipe technique fit un signe de la main à Nork. Il restait deux minutes avant qu'il ne prenne l'antenne. Le temps pour un rapide brief. Il désigna le grand fauteuil se trouvant derrière les SK et les invita à s'asseoir.

- Voici comment va se dérouler la soirée. L'interview dura deux heures en plus d'une coupure publicitaire d'environ dix minutes qui en marquera la moitié. Callie, que vous connaissez déjà, Onister et moi-même seront vos hôtes. Nous vous poserons des questions aléatoirement à tour de rôle. Soyez rassurés, notre objectif n'est pas de vous faire peur mais de faire connaissance. Alors, détendez-vous et nous passerons tous, je l'espère, un excellent moment. Des questions?

- Oui, l'interrogea Thran, vous avez un conseil pour qu'on soit détendus devant les caméras?

- Soyez naturels, comportez-vous comme si vous étiez à la maison.

- D'accord mais dans notre maison: y a pas de camé…

- On a peu de temps, le coupa Nork en se rendant compte qu'il lui restait moins d'une minute avant le direct, une dernière question?

- Oui m'sieur, comment on fait si on doit aller aux toilettes ? l'interrogea Micro-Ice.

- On se retient mon grand, répondit Nork en faisant fi de la grimace que sa réponse entraina, il y a plusieurs caméras, celle dont la lumière est allumée est celle qui est en train de filmer. Vous devez impérativement la fixer au début de l'interview, à la fin de la première partie, à la reprise et pour clôturer. Sinon, ne pensez plus à elle et on se charge du reste.

- ATTENTION, SILENCE PLATEAU! DIRECT DANS 3,2,1!

«En direct sur Arcadia News, retrouvons tout de suite Nork, Onister et Callie»

Nork fit pivoter sa chaise en direction de l'une des caméras. Il affichait un sourire pour le moins… ravageur.

- Bonsoir à tous les fans de football! En direct de nos studios du Genèse Stadium, nous avons le plaisir, Callie, Olister ainsi que moi-même, votre humble serviteur, d'accueillir les nouveaux champions de la Galactik Football Cup: les fabuleux Snowkids!

Une caméra s'approcha des jeunes joueurs et le voyant s'alluma. D'abord surpris, la plupart firent un sourire un peu gêné à cette dernière qui s'éloigna assez rapidement. Nork s'adressa à eux.

- Eh ben mes jeunes amis, nous vous rencontrons enfin! Aucune équipe ne s'était faite autant désirée de toute l'histoire de la Cup!

- Oui, c'est une première, ajouta Onister avec un ton beaucoup plus professionnel qu'on n'ait pu lui prêter jusque alors, une semaine pour obtenir une entrevue avec les champions: c'est historique. Vous aimez ménager le suspense dans votre équipe ou serait-ce en lien avec votre jeune âge?

Rocket prit l'initiative de répondre à la question.

- Un peu des deux. Notre équipe a toujours été pleine de surprises. En tant que capitaine: je peux vous l'affirmer.

- Oui, intervient Nork, votre participation même à la cup a été, pour tous, une grande surprise, tout comme votre victoire. Jamais une équipe aussi jeune, au sens propre comme figuré de ce terme, n'était parvenue à décrocher le titre aussi rapidement. Alors, la question se pose: quel est votre secret?

- Il n'y a pas de recette miracle. Nous avons un bon entraineur, nous sommes tous des joueurs rigoureux et motivés à suivre ces stratégies… Tout en laissant une part à l'improvisation car, comme dirait notre coach:

- Aucun match n'est jamais joué d'avance! s'exclamèrent tous les SK en chœur.

Les Snowkids étaient ravis de voir Rocket aussi à l'aise. Il ne l'était peut-être pas tant qu'il le prétendait mais, en tout cas, il faisait illusion. Et cela motivait chacun à donner leur meilleur de soi pour le reste de l'interview.

Tout cela fut payant. A l'approche de la coupure pub, Thran avait pu évoquer ses passions et ne s'était pas emballé lorsqu'Onister avait mentionné, de façon négative, la tendance d'Ahito à s'endormir dans ses cages. L'intéressé avait brillamment plaidé sa cause. On pouvait le dire, en dix minutes, les Snowkids en apprirent plus sur la pathologie dont était atteint leur gardien qu'au cours de ces derniers mois et ce, grâce, également, aux questions précises et bien orientées de Callie sur la question.

Ils sentaient que la journaliste d'Akillian était de leur côté et qu'elle cherchait à mettre en avant leurs bons côtés plutôt que de les enfoncer. Pour Nork, cela était dur à dire. Il intervenait peu mais de façon percutante. Il savait mettre les pieds dans le plat. Onister, lui, semblait chercher la petite bête.

Hormis la mention négative sur la narcolepsie d'Ahito, il s'était octroyé quelques remarques fortement limite sur le physique de Mei. Lorsqu'était venu, d'ailleurs, le moment de parler du fameux «baiser de la victoire» que D'jok et elle avait échangée, l'attaquant des Snowkids lui avait répondu de manière très froide et abrupte. Il ne donna pas de détails sur leur couple justifiant qu'il s'agissait de leur vie privée.

- Vous ne teniez pas le même discours lors de la conférence de presse d'hier. Serait-il possible que vous vous soyez fait remonter les bretelles? Les jeunes couples sont fascinants, on peut rapidement dire qui va mener la danse rien qu'en les observant.

D'jok sentit la moutarde lui monter au nez. Du coin de l'œil, il perçut ses coéquipiers et, même au-delà, Maya et Aarch qui le priaient de ne pas faire un scandale. Il repensa à ce qui avait été dit plus tôt dans la journée et se ressaisit.

- Mon comportement est différent d'hier: c'est vrai. J'ai parfois des difficultés à gérer tout ce qui nous arrive. C'est un truc de fou, ça provoque des émotions intenses et ça à tendance, parfois, à me faire oublier que je ne suis pas seul à vivre ça. Que ce soit dans ma relation avec Mei ou celle que j'ai avec l'équipe. Je dis des choses, j'agis un peu trop spontanément sans penser aux conséquences que cela pourrait avoir sur eux. Heureusement, j'ai la meilleure équipe qui soit et la meilleure petite amie possible pour me rappeler que je ne suis pas seul, que je dois faire attention. Et ce serait leur manquer de respect que de ne pas prendre en compte ce qu'ils me disent.

- En résumé m'sieur, si, pour vous, avoir une discussion, c'est se faire remonter les bretelles: c'est que votre vie doit être bien triste.

Tout le studio, présentateurs compris à l'exception d'Onister, éclatèrent de rire. Ce fût à lui de voir rouge cette fois-ci.

Alors que Nork orientait l'interview dans une autre direction, le présentateur rumina sa colère. Jamais un petit jeunot ne s'était permis de lui parler ainsi. Décidément, d'aussi jeunes champions: ça ne pouvait rien apporter de bon. Un mauvais exemple pour les générations futures qui allaient se croire tout permis. On courait droit à l'anarchie. Les Lightnings: voilà des champions qui avaient de la classe ainsi que les anciens représentants de sa planète natale Wambas.

Du coin de l'œil, il consulta le temps restant avant la coupure pub. Peu mais suffisamment pour marquer les esprits de holospectateurs avant la pause et ainsi booster l'audimat. Il savait ce que les gens de la production attendaient. Il fallait faire du chiffre pour qu'ils soient content et c'était pile dans ses cordes. Un bon coup de poker et le tour serait joué. Peut-être même bien qu'ils penseraient à lui pour prendre la direction des émissions des heures d'audience. Nork ne versait pas dans le politiquement correct, contrairement à cette Callie, mais il ne demeurait pas assez agressif à son goût.

Sans en avoir trop l'air: il fixa la milieu de terrain qui suivait avec attention la discussion entre Mei et Nork.

Il avait prévu son coup.

Tia Jonhson, la fille de diplomates influents mais pas que… Toute sa branche maternelle avait un pedigree très intéressant.

Une telle famille: ça cache toujours quelques coquilles.

Il avait fait ses recherches en amont de l'interview. C'était un professionnel, ne l'oublions pas. Et il avait trouvé ce qu'il cherchait. De quoi intriguer bon nombre d'holospectateurs et les tenir en haleine tout le long de la pause.

Onister attendit patiemment la fin de l'échange entre Mei et son collègue.

Alors que Callie s'apprêtait à creuser ce que venait de dire la défenseuse, il se lança lui coupant l'herbe sous les pieds:

- Tia, vous vous trouvez dans une situation quelque peu différente de vos coéquipiers de par la position de vos parents. Cela vous impacte-t-il?

La milieu de terrain sembla un peu perplexe.

«Tant mieux. D'abord la déstabiliser sans toucher au véritable sujet.»

- Désolée, je ne suis pas certaine de comprendre la question.

- Contrairement à vos coéquipiers, vous avez grandi dans un milieu privilégié. Vous avez sans doute eu accès très jeune à des nombreuses infrastructures et coaching pour atteindre ce niveau de performance. Vous sentez-vous pour autant aussi méritante que les autres?

Contrairement à ce qu'il avait imaginé, cette question ne déstabilisa pas tant que ça la jeune fille.

- A vrai dire, je ne ressens pas de différence à ce niveau-là. Mes parents se sont toujours opposés à ma passion du football. Je n'ai jamais joué dans de club ni suivi de véritable entrainement dans ce domaine avant d'intégrer les Snowkids.

- Comment faisiez-vous alors pour pratiquer votre sport?

- Je le faisais en cachette. J'avais caché un ballon chez moi et je jouais seule quand mes parents n'étaient pas dans les environs. Il arrivait que je me fasse attraper, rigola-t-elle, ils me confisquaient la balle, j'en rachetais une. C'était un manège sans fin.

Le reste de l'équipe rigola également à cette anecdote. Ils pouvaient tous bien se figurer leur coéquipière entrain de confronter ses parents. Têtue comme elle était, cela n'avait rien d'étonnant.

Un peu plus loin dans le studio, le sourire de Stella, la gouvernante de Tia, était à peine dissimulé. Si, au début, elle se contentait de dire à Tia que ses parents n'approuveraient certainement pas son comportement, durant les trois dernières années: c'était elle qui lui fournissait de nouveaux ballons une fois le sien confisqué. Les ambassadeurs d'Obia devait en avoir un sacré stock quelque part.

- Voilà qui est bien rude. Diriez-vous qu'en tant qu'enfant: vous avez été bien traité dans votre famille?

Les Snowkids, l'ensemble de l'équipe technique du studio et même les parents dévisagèrent, avec curiosité pour la majorité et gravité pour les autres, le présentateur. Tia ne répondit rien préférant fixer un point dans le lointain.

Il ne restait vraiment plus qu'un temps anecdotique avant la coupure pub.

Onister acheva de piquer là où ça faisait mal.

- Vous ne vous êtes jamais prononcer sur l'affaire Sire Sanders. Peut-être serait-il temps de sortir du silence vous ne pensez pas?

Tia ne répondit rien. Son silence fut, pour Onister, une grande victoire alors que la coupure pub était annoncée.

Les audiences, à la reprise, seront, sans nul doute, excellentes.

«Je suis le meilleur.»

- Okay, dix minutes de pause pour tous! Les Snowkids, vous êtes libres de circuler sur le plateau si vous le souhaitez. On viendra vers vous pour le raccord maquillage!

A peine la pause eût-elle été annoncé que Tia bondit sur ses pieds et marcha d'un pas vif en direction de Stella. Bien que, sur son visage ne se lisait nulle colère, tous les mouvements de la jeune fille traduisait de sentiments plus négatifs.

Arrivée à hauteur de sa gouvernante, elle eut un échange avec elle que seuls les parents des autres SK étaient capables de percevoir. Les parents des jumeaux ainsi que Maya, Mana-Ice et le père de Mei reculèrent. Ils avaient compris qu'il s'agissait d'une conversation privée relative à la dernière question posée à Tia et voulaient respecter sa vie privée. Norata et Kira l'avaient également compris. Cela dit, ils sentaient la jeune fille bouleversée. Et, peut-être parce qu'ils se doutaient qu'il y avait plus entre leur fils et elle que de l'amitié et qu'elle les avait aidés à se retrouver, ils souhaitaient pouvoir la soutenir. Oui, ils s'étaient attachés à elle. Et c'était réciproque. Tia les avait regardés brièvement avant de parler à Stella et ne semblaient pas s'offusquer de leurs présences.

La mère de Mei, curieuse comme elle pouvait l'être, avait tâché de se faire discrète pour entendre les quelques phrases que Tia et Stella échangèrent.

- Ils n'avaient pas le droit d'en parler. Tu leur as dit qu'ils n'avaient pas le droit?

- J'ai transmis les volontés de tes parents à la chaine et tu peux être certaine que ta mère en a fait mention.

- Je me sens pas bien, je n'ai pas envie de continuer…

- C'est tout à fait légitime. Tu ne dois pas laisser ce présentateur te gâcher ce moment d'accord?

Tia hocha timidement la tête. On sentait qu'elle était sur le point de pleurer.

- Ils ont fait une grosse erreur. Tes parents ne laisseront jamais cela passer.

Cela ne sembla pas soulager la jeune fille.

- Je ne veux pas qu'ils interviennent. Ça va faire qu'empirer la situation. Je n'ai pas envie qu'on en parle encore…

La mère de Mei se pencha en avant, persuadée que Tia allait lâcher quelques indices sur ce que pouvait être cette fameuse affaire Sire Sanders. Stella se rendit compte de sa présence. D'apparence si calme et douce, le regard féroce que cette dernière lui envoya la fit renoncer à ses projets d'espionnages.

- Mei chérie! s'exclama-t-elle en partant en direction de sa fille.

Kira, quant à elle, ne savait pas de quoi retournait toute cette histoire mais il était certain que cela ne faisait pas du bien à Tia. Elle prit la parole.

- Tia, tu devrais aller te reposer un peu.

- Mais…

- Kira a raison. Va dans la loge te détendre un peu. Et, ne t'en fais pas, je m'occupe de tout.

Stella avait prononcé ces mots avec beaucoup de douceur tout en replaçant une mèche de cheveux de sa protégée. Tia hocha la tête, frotta rapidement ses yeux et prit la direction des loges. Stella la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle fût hors de sa vue.

Dès lors, elle vit rouge. Elle ne supportait pas que l'on puisse faire du mal à Tia.

Stella était gouvernante d'enfants depuis ses plus jeunes années. Elle avait débuté vers dix-huit ans et ne s'était jamais arrêté. C'était sa passion. A trente ans, elle avait envisagé fonder une famille avec son compagnon de l'époque malheureusement, elle avait découvert qu'elle ne pourrait jamais avoir d'enfants. Son couple avait duré tant bien que mal durant cinq ans avant de voler en éclat. Elle avait continué à s'occuper d'enfants mais… Le cœur n'y était plus.

Rien n'était comme avant.

Elle avait eu envie de tout laisser tomber et de se reconvertir.

Travailler auprès de jeunes enfants lui faisait trop mal.

C'est alors que la patronne de l'agence qui l'employait l'avait poussé à répondre à une dernière offre d'emploi.

«Essaie encore. Juste un dernier pour voir ensuite tu pourras dire que tu abandonnes.»

Il s'agissait de devenir la gouvernante d'une enfant d'à peine six ans. C'était inhabituelle pour Stella. Elle avait toujours travaillé pour des familles ayant plusieurs enfants. Elle trouvait cela plus vivant, plus stimulant. Elle avait hésité à postuler. Elle avait les idées noires, elle avait besoin d'être bien occupé. Une seule enfant, cela lui promettait pas mal de temps où ses pensées pourraient vagabonder, même en s'investissant énormément.

«Oh, ne te fie pas à ça. Ça s'annonce ardu. Les parents sont riches et plutôt absents et l'enfant extrêmement turbulente. Tu sais qu'elle a réussi à finir à bout de Janice? Notre Janice? C'est te dire. Ce sera très stimulant pour toi qui adore le challenge.»

Janice était connue dans le milieu pour être une gouvernante très autoritaire. Elle en avait maté des enfants pourris-gâtés et coriaces. Ce qui avait rendu cette proposition d'emploi tout de suite plus intrigante.

On ne peut pas dire que ce fût le grand amour tout de suite. Tia s'était montrée particulièrement abjecte avec elle les premiers jours. Stella, quant à elle, avait été touché par ce brin de fille. Au-delà de son impolitesse et des mauvais tours qu'elle lui jouait, elle avait perçu en elle une grande tristesse et solitude. La petite fille était trimballée par ses parents d'un lieu à un autre. Bien qu'elle les accompagnât régulièrement lors de leurs déplacements, ils ne prenaient pas souvent de temps avec elle et semblait très éloignés des préoccupations de leur unique enfant qui, soit dit en passant, n'avait aucun ami.

Stella avait été touché oui et elle s'était même surprise à l'aimer très rapidement.

Oh, elle aimait tous les enfants dont elle s'était occupée mais, pour Tia, il y avait quelque chose de plus. Oui.

De l'attachement.

Peut-être comme une mère à son enfant.

- Excusez-moi, est-ce que je peux vous aider?

Stella se tourna vers Norata. Ce dernier avait l'air très sincère dans sa demande. La gouvernante et lui-même n'avaient pas vraiment eu l'opportunité de discuter jusque alors. Cependant, elle savait bien qu'il était. Le père de Rocket qui semblait déjà considéré Tia comme un membre important de leur entourage.

- Je crains que non. Merci. Je vais avoir une petite discussion en privé avec les producteurs.

- Si jamais vous avez besoin de soutien…

- Je n'hésiterais pas. Merci encore.

Stella fit volte-face.
Norata semblait déçu. Effectivement, il appréciait la milieu de terrain. Après tout, elle avait beaucoup apporté à sa famille ces derniers temps et, il fallait le reconnaitre, c'était une gentille fille.

Une main se posa sur son épaule: celle de sa femme récemment retrouvée.

- Si tu veux te rendre utile, tu devrais peut-être le pousser à aller la voir, dit-elle en désignant du menton leur fils.

Ce dernier fixait la porte par laquelle Tia était parti. Une certaine inquiétude se lisait sur son visage. Norata soupira.

- J'ai bien peur qu'il ne m'écoute pas.

- Pourquoi?

- Je suis si sévère avec lui depuis qu'il est petit. Depuis qu'Aarch a réapparu dans nos vies, il a cessé de m'écouter. Il est devenu indépendant. Je crains qu'il ne me fasse plus du tout confiance.

- Tu ne le sauras pas si tu n'y vas pas.

- Et toi? Pourquoi tu n'irais pas lui suggérer de…

- Non… Je… Je ne pense pas qu'il me considère vraiment comme sa mère. Ce serait mal placé de ma part de prendre ce rôle après l'avoir évité depuis tant d'années tu ne crois pas?

- Ça, tu ne sauras pas si tu n'essayes pas, déclara Norata en faisant un pas en direction de leur fils, j'y vais et la prochaine fois: ce sera ton tour !

Tandis que les Snowkids s'éparpillaient ci-et-là dans le studio, Callie s'était rendue près d'une table où se trouvait quelques rafraichissements. Elle avait une de ses soifs! Elle n'avait pas encore l'habitude de ces projecteurs! Ceux du studio principal d'Arcadia News étaient bien plus puissants et qualitatifs que ceux se trouvant sur sa chère Akillian!

La journaliste se saisit d'une carafe d'eau et d'un verre tout en repensant à la dernière question qu'avait posé Onister. Elle n'était pas certaine de savoir à quoi correspondait l'affaire «Sire Sanders». Bien entendu, elle avait fait des recherches sur chaque Snowkids dès lors que ces derniers avaient été choisis pour représenter Akillian. Et même un peu avant sinon comment aurait-elle pu aider Tia avec ses parents? Elle n'ignorait dont pas que sa famille maternelle avait fait les choux gras de la presse il fût un temps. Cela dit, lorsqu'elle s'était rendu compte que Tia, à l'époque âgée d'environ sept ans, y avait fortement été mise en avant: elle avait préféré mette un terme à ses recherches. De fait, elle ignorait majoritairement ce qui en composait l'affaire.

Pourquoi avait-elle fait cela?

Elle était pourtant Callie Misty.

Toujours à l'affût d'un bon scoop.

On pouvait voir en cela une sorte de pudeur. Un respect de valeurs.

Selon elle, on ne pouvait pas être responsable d'être en première page des magazines à un si jeune âge. Il y avait anguille sous roche.

Et son collègue avait cherché à la débusquer de force.

- Je sais à quoi vous pensez Callie.

La journaliste sursauta. Elle n'avait pas entendu l'homme à l'origine de ses réflexions s'approcher. Ce dernier piqua un biscuit dans l'un des bols, l'air très satisfait.

- Vous devez sans doute penser que je suis un sale type. Evoquer une telle affaire au cours d'une interview somme toute si sympathique.

Il croqua dans son biscuit avant de poursuivre.

- J'ai une certaine tendance à mettre les pieds dans le plat mais avouez que l'opportunité était trop belle pour ne pas être saisie. Cette petite a toujours été bâillonné par ses parents. Maintenant qu'ils lui laissent de la liberté: autant en profiter.

- Vous pensez vraiment que ça intéresse les holospectateurs? Nous sommes là pour parler de football et connaitre un peu mieux nos joueurs.

- Je me fiche de ce qui intéresse les holospectacteurs Callie. Ce qui compte: c'est qui plait aux producteurs. Avoir l'exclusivité de la parole de la petite sur cette affaire: ça fera de l'audimat croyez-moi.

Callie fit la grimace. Elle ne pouvait pas le contredire. Les producteurs désiraient, effectivement, que du neuf ressorte de l'interview. De l'inattendu comme l'avait si bien évoqué Nork plus tôt.

- Oui, mais à quel prix? Callie n'était pas à l'aise à l'idée de ramener certains SK à des souvenirs douloureux pour eux.

- Admettons mais si elle ne souhaite pas en parler? C'est son droit.

- C'est surtout une enfant Callie. Cuisiner comme il faut, on obtiendra d'elle ce que l'on veut et un petit scandale ressortira de cette interview. Vous verrez. Je vous aime bien Callie. Honnêtement. Aidez-moi à lui mettre la pression: à deux, nous la ferons craquer assez facilement.

Callie fut estomaquée. Comment Onister pouvait-il ainsi considérer les personnes qu'il interviewait ? D'autant plus quand ces derniers étaient si jeunes?

- Vous hésitez? N'êtes-vous pas Callie Misty? La célèbre journaliste pour qui rien ne reste secret bien longtemps?

L'intéressée baissa la tête. Oui, c'était son slogan. Sur Akillian, Callie était toujours à la recherche de la meilleure info, du meilleur scoop. C'était son truc. Du moins, ça l'était. Avant, elle aimait faire de l'inédit, du sensationnel. Et, sur sa petite planète minée par la glaciation, c'était également ce que les holospectateurs recherchaient: du divertissement, de la nouveauté.

Les holospectateurs du reste de la Galaxie étaient plus nuancés. Elle n'avait pas eu besoin de faire du sensationnalisme durant la cup. Elle se contentait de suivre les matchs de SK. Et ça avait attiré à elle tout un audimat fidèle.

Elle aimait cette stabilité. Commenter, être dans le match, vibrer avec le public. C'était plaisant.

Presque autant qu'à l'époque où elle courait derrière les scoops.

Était-elle en train de changer?

La Callie de l'époque Akilienne courait-elle après cette opportunité de scoop qui se présentait à elle maintenant comme sur un plateau d'argent?

Elle était face à un cas de conscience.

Que décider?

Sans avoir pris une décision précise pour elle-même: elle s'entendit balbutier.

- Elle est si jeune… Je ne peux pas…

Onister ricana.

- Grand bien vous fasse. C'est mignon ces journalistes qui espèrent percer dans le milieu tout en conservant leur sens moral. Ils ne tiennent généralement pas plus d'une année ici et on n'entend plus jamais parler d'eux. Je vous aurais cru différente mais bon… Soit.

Il se pencha près de l'oreille de Callie et lui murmura:

- Je me débrouillerai tout seul. Et je vous parie ma carrière que je la ferai pleurer sur le plateau. Vous vous en mordrez les doigts. Maintenant, toute la galaxie n'attend plus que ça.

Callie ne put réprimer un frisson d'effroi. L'homme s'éloigna d'elle, l'air particulièrement satisfait. Il repartit en direction du plateau, un sourire de vainqueur collé au visage.

La journaliste ne sût comment réagir. Venait-il de la menacer d'être encore plus rude avec la jeune milieu de terrain parce qu'elle avait refusé de s'associer à lui?

Sa main tremblait et le contenu de son verre s'égoutta quelque peu sur le sol au fur et à mesure que la culpabilité s'immisçait dans son cœur.

Callie reposa son verre sur la table décidant qu'elle devait s'isoler un peu. D'un pas qu'elle voulut naturel, elle se dirigea vers la porte menant aux couloirs des loges cherchant, au passage, du regard, Nork. Non pas qu'elle souhaitait lui parler mais elle espérait, de loin, déduire sur ses traits une quelconque opinion par rapport à la situation. Cependant, il demeurait introuvable sûrement était-il en train de régler des menus détails avec des membres de l'équipe technique.

Tant pis, ce n'est pas comme s'il allait pouvoir l'aider. Il ne l'aurait sans doute pas voulu.

Après tout, dans ce milieu, c'était mangé ou être mangé.

Et alors que Callie s'interrogeait sur sa place dans la chaine alimentaire médiatique, elle ne remarqua pas, en prenant la porte, que deux des Snowkids étaient absents.


Tia était partie rejoindre la loge qu'elle partageait avec Mei une heure auparavant. Elle n'avait croisé personne dans les couloirs et, pour cause, ces derniers avaient été fermer depuis le début de l'émission. Avant cette dernière, énormément de techniciens et personnes du métier circulaient dans les couloirs. Il y avait plein de choses à mettre en place et à régler avant qu'ils ne commencent à tourner. Sans parler des diverses émissions qui se concluaient sur d'autres plateaux à proximité que ce soit Arcadia News, la chaine principale du groupe d'Arcadia, ou pour ses autres chaines, certes moins connus. Puis, certains autres plateaux étaient utilisés pour des tournages de publicités. C'était une grande industrie où de nombreuses personnes travaillaient anonymement. De fait, avant l'émission, il avait été techniquement impossible de barrer l'accès aux couloirs, c'est pour cela que les Snowkids avaient été consigner dans les loges. Une fois l'émission lancée et l'heure d'influence passée, les couloirs avaient été totalement sécuriser de telle sorte que les nouveaux champions se sentent plus à leurs aises.

Ce n'était pas un mal car la jeune fille n'avait envie de croiser personne. Elle se sentait tout à la fois désabusée et complétement déprimée.

Comment ce présentateur avait-il osé faire mention de son grand-père maternelle dans des circonstances aussi éloignées de celles qui l'avait mis sur le devant de la scène autrefois?

Comment allait-elle justifier cela à ses parents qui regardaient très certainement l'émission en ce moment ainsi que les diplomates qu'ils s'apprêtaient à rencontrer?

Comment allait-elle faire pour que cette histoire ne prenne pas d'énormes proportions? Si ses parents se mettaient à menacer la chaine principale d'information de la Galaxie, on ne parlerait plus que de cela partout.

Tia sentit les larmes lui piquer les yeux, menaçant de couler.

Elle n'avait aucune envie de pleurer mais, dans son cœur, des émotions contradictoires se bousculaient. Elle se sentait coupable. Avait-elle fait quelque chose pour que cette affaire soit mentionnée? Peut-être n'aurait-elle pas dû évoquer ses désaccords avec ses parents. C'était ça aussi qui avait conduit à la fameuse affaire… Comme d'habitude: elle faisait tout de travers. Elle s'était sentie à l'aise et elle en avait trop dit. Tout à la fois, elle était en colère. Stella lui avait répété un bon nombre de fois qu'elle n'avait rien à se reprocher et son père également. Pourquoi devait-elle encore se sentir concerner par tout ça? Puis elle se sentait triste… Elle ne pourrait donc jamais plus passer de bons moments?

Alors que toutes ses pensées se bousculaient dans sa tête, une voix s'éleva derrière elle.

- Tia?

La jeune fille sursauta et se retourna. Rocket se tenait derrière elle et il semblait inquiet.

- Est-ce que… Euh non, c'est idiot. Bien sûr que ça ne va pas.

- Si, si… ça va… dit-elle en s'asseyant sur l'un des canapés de la loge, t'inquiète.

- Tia… soupira-t-il, ça ne va pas. Je l'ai bien vu.

Il prit place à ses côtés.

- Écoute, je ne sais pas de quoi ce type a fait mention et je ne te demande pas de précision là-dessus. Ce que j'ai compris, c'est qu'il s'agit de quelque chose qui te fait du mal et que tu n'as aucune envie de lui répondre alors…

Il prit l'une de ses mains dans la sienne.

- Est-ce que je peux faire quelque chose?

Touchée par son geste, les larmes finirent par couler sur les joues de Tia ce qui ne manqua pas de déstabiliser le capitaine des Snowkids.

- Tia, pardon, je…

- Non, c'est pas toi, je… C'est juste que… C'est plus fort que moi.

Tia retira sa main de l'emprise de celle de son copain et d'effacer toute trace de ses larmes.

- Je ne supporte juste pas… qu'on reparle de ce genre de choses… Puis, pourquoi est-ce qu'on doit toujours faire mention de ma famille quand… Est-ce que j'ai le droit d'exister en dehors d'eux?

- Bien sûr que tu en as le droit. Tu en as même l'obligation.

Tout en disant cela, Rocket prit l'initiative de l'entourer de ses bras et de la rapprocher de lui. Tia cessa de vouloir endiguer ses larmes lorsqu'elle ressentit son étreinte. C'était… étrangement apaisant.

- Je suis en colère… marmonna-t-elle, je n'ai pas envie d'y retourner.

- Moi aussi j'ai envie de partir. La façon dont il s'est adressé à toi était honteuse.

- La façon dont il s'adresse à tous est détestable. Tu as entendu ce qu'il a dit à Mei?

Le garçon hocha la tête. Cet Onister était une vraie plaie. Lui faire face était une grande épreuve de self contrôle.

- Je suis fière de Mei. Elle a réussi à garder tout son sang-froid devant lui. Ce n'est pas mon cas.

- Qu'est-ce que tu racontes? Tu lui as tenu tête.

- Non, s'il n'y avait pas eu la coupure, j'aurais craqué. D'ailleurs, je viens de le faire. C'est assez pathétique.

- Arrête! Il a peut-être fait des remarques sur le physique de Mei mais il a quand même sous-entendu des choses sur ta famille qui sont très graves! Cela ne relève pas de la même chose.

Tia secoua la tête.

- Je ne suis pas d'accord. C'est tout aussi grave. Lui dire qu'elle devrait suivre un régime alors qu'elle n'a aucun problème de poids : c'est honteux. Et même si elle était en surpoids ou en sous-poids, ça n'aurait rien perdu de son caractère ignoble. Son objectif était vraiment de la faire craquer.

- Et de te faire craquer aussi. Tia, je ne sais pas exactement ce qu'il cherche en parlant de cette affaire et je connais très peu ta famille. Ce dont je suis sûr: c'est que ça ne te fait pas du bien d'en parler. Alors: ne répond pas à ses questions, ignore-le. Quant à moi, je ferais ce que je peux pour éviter qu'il ne réoriente l'interview là-dessus.

Tia ne put retenir un tendre sourire à son égard. Rocket ne connaissait pas grand-chose aux médias, à la façon dont les choses fonctionnaient dans ce milieu et le voir si convaincu qu'il pouvait éviter qu'Onister ne ravivent les braises d'un feu si difficile à éteindre que l'affaire qui avait ébranlé sa famille la touchait. Il était certain que, si ce présentateur ainsi que les producteurs de la chaine désiraient faire de l'audimat, ils avaient d'ores et déjà réussi leur coup et que la coupure pub n'y changerait rien. Bientôt, on ne l'associerait plus à sa victoire avec les Snowkids mais à cette part sombre de son passé et elle n'y pourra plus rien y changer.

Il n'empêche, l'intention était belle ainsi que la pudeur dont son petit ami faisait preuve à son égard en ne lui demandant pas de quoi retournait l'affaire mentionnée.

- Merci Rocket. Ça me touche.

- Oui mais… ce ne sera pas suffisant? Je me trompe? lui répondit-il un peu gêné.

Tia fit la moue puis rigola légèrement. Elle se sentait un peu mieux. Rocket consulta sa montre. Les dix minutes de la coupure pub allaient bientôt touchées à leur fin.

- Tu te sens prête à y retourner?

- Pas vraiment… Mais il faut ce qu'il faut n'est-ce pas?

La jeune fille se leva et Rocket fit de même. Une initiative, cependant, lui traversa l'esprit. Il interpella sa petite amie.

- Tia?

- Oui?

Ils n'eurent pas besoin de plus de mots et c'était cela qui était parfois curieux entre eux. Tia comprit à son regard ce qu'il souhaitait faire et elle ne pouvait pas prétendre que l'idée ne l'avait pas effleuré.

Le jeune couple se rapprocha et échangea un rapide baiser.

Tout en ignorant que, par le biais de la porte entrouverte, ils étaient observés.

Callie n'avait nullement l'intention d'espionner les deux milieux de terrain. Elle ignorait même qu'ils se trouvaient là.

Elle souhaitait juste se vider un peu la tête et évacuer la tension qui s'était emparée d'elle en faisant quelques pas.

Elle avait entendu des voix et la curiosité qui la caractérisait avait fait le reste. Elle s'était retrouvée à proximité de la porte au moment où les deux jeunes gens s'étaient le plus rapprochés.

Ces deux-là formaient un couple! En voilà un scoop! Cela expliquait peut-être l'extraordinaire alchimie dont ils faisaient preuve sur le terrain! Callie serait bien curieuse de savoir si leurs performances en milieu de terrain étaient liées à l'évolution de leur relation. Est-ce que le moment où leurs communications sur le terrain était mauvaise: ils se trouvaient en mauvais termes? Cela serait intéressant à creuser!

La journaliste secoua sa tête pour se rappeler au bon souvenir de la situation. A rester comme ça béatement, elle se rendait coupable de voyeurisme et loin d'elle l'idée de vouloir les déranger.

Mieux valait-il les laisser. Ils n'avaient pas droit à beaucoup de répit durant cette interview et elle n'aimerait pas être l'élément perturbateur de leur sérénité.

Alors que le baiser entre Tia et Rocket semblait se conclure, Callie fit un pas en arrière. Un peu brusque. Elle heurta, sans le faire exprès, une poubelle. Une demi-seconde plus tard, une annonce se fit entendre invitant les SK et les journalistes à rejoindre immédiatement le plateau.

Callie ne pouvait plus reculer. Il allait falloir qu'elle passe devant la porte au risque d'arriver en retard et le jeune couple l'apercevrait.

Tant pis.

Elle avança et, du coin de l'œil, fit le visage de Tia se décomposer. Elle comprit instantanément que leur relation n'avait pas pour vocation d'être ébruitée et qu'elle était détentrice d'un secret.

Décidément…


- Ah Callie! Je te cherchais! s'exclama Nork en la voyant arriver sur le plateau.

- Nork. Justement, moi aussi je…

- Tututut, nous avons très peu de temps avant la reprise alors laisse-moi te mettre au parfum, lui dit-il en l'entrainant légèrement à l'écart.

La journaliste se laissa entrainer. Elle entendit bientôt, derrière elle, le bruit de la porte qu'elle venait de franchir s'ouvrir. Tia et Rocket l'avaient suivi de très près. Elle évita de se tourner vers eux histoire de ne pas les mettre mal à l'aise. Il fallait qu'elle recentre son attention sur la suite de l'interview.

- Callie, je viens de voir les producteurs et, honnêtement, ça se présente mal. L'allusion d'Onister avant la coupure a déplu. Il faut limiter les dégâts au mieux. Toi et moi devrons impérativement être au taquet dès la reprise. On prend les choses en main, on mène la discussion et on ne le laisse pas en placer une.

- Ce ne serait pas plus simple qu'il n'assure pas la suite de l'interview ?

- Non, malheureusement, cela est impossible. On irait au-devant d'une autre polémique qui pourrait même amplifier notre premier problème.

- Tu en es sûr?

- Certain. Ce serait montrer qu'on reconnait l'affaire et qu'on prend parti pour les Johnson. Arcadia désire rester impartiale.

- D'accord mais pour Tia? Elle risque d'être mal à l'aise face à Onister si nous ne parvenons pas à le contenir…

- Crois moi Callie, c'est aussi dans son intérêt que nous allons agir comme nous le demande la production. Le grand public s'intéressera d'autant plus à cette affaire de famille s'il réalise que sa simple mention à entrainer dans l'heure l'extraction d'un des présentateurs. Faisons comme si rien ne s'était passé et poursuivons l'interview au mieux.

La journaliste hocha la tête. Vu comme cela, c'était préférable.

- Bien. Cela dit Callie, il va falloir que tu te montres plus percutante pour que l'attention soit détournée de cette malheureuse mention. Tu es très gentille avec les Snowkids depuis leur arrivée sur le plateau. C'est une bonne chose d'entretenir de bonnes relations avec les invités mais n'oublie pas que nous sommes à une heure de forte audience et que nous avons des objectifs à respecter. Alors: déniche-moi un scoop correct avant la fin de cette interview! Je compte sur toi.

Callie n'eut pas le temps de répondre que Nork était déjà reparti en direction du plateau. Onister était assis à sa place en pleine retouche maquillage comme certains des Snowkids. La journaliste avisa Tia et Rocket du regard. Ils ne semblaient pas gênés et n'échangeaient pas le moindre regard.

Rien ne pouvait traduire une attraction réciproque entre ces deux êtres. Ni qu'ils s'étaient passés quoi que ce soit le court laps de temps où s'ils étaient éclipsés en loge.

Leur discrétion forçait l'admiration. Si Callie n'avait eu vent que de rumeurs à leurs sujets sans être témoin de la scène: elle aurait balayé d'un revers de main la possibilité qu'il soit en couple.

Un véritable scoop à portée de mots.

Il lui suffirait de leur demander à tous les deux, devant les caméras, s'ils étaient en couple. Qu'ils démentent ou confirment importeraient ensuite peu. La graine serait plantée chez les holospectateurs, l'audimat grimperait et personne, c'était certain, ne penserait à l'affaire Sire Sanders. Qui plus est, elle gagnerait des points auprès de la production.

Une bonne étoile veillait sur elle.

Elle n'avait nul besoin de réfléchir à la suite des opérations.

Alors pourquoi… Pourquoi se sentait-elle à nouveau mal à l'aise?

Elle avait le scoop de l'année au creux de la main.

La décision la plus logique pour elle serait de le révéler au monde.

Mais voilà.

Elle hésitait.

- Reprise du direct dans une minute. Tout le monde en place!

Callie secoua légèrement sa tête et se dirigea vers le fauteuil.

Elle n'avait qu'un cours laps de temps pour décider de ce qu'elle ferait par la suite…

- Merci à tous. C'était une excellente interview.

L'équipe technique applaudit Nork en retour qui les salua d'un geste de la main.

- C'était le temps d'antenne le plus attendu de l'année. La soirée la plus stressante même. Vous avez géré cela d'une main de maitre. La production m'a chargé de vous faire part de leur satisfaction. Pour fêter ça, vous êtes tous invités à boire un verre au frais d'Arcadia dans notre bar habituel.

Cette information lui donna droit à une ovation encore plus grande que la précédente.

- Rendez-vous dans une heure dans le hall. Nous nous y rendrons ensemble. C'est l'heure du rangement: dernière ligne droite!

Nork se tourna vers ses coprésentateurs. Callie se raidit tout le contraire de son collègue qui, comme à son habitude, demeura serein.

- Onister, dit Nork, tu as été brillant ce soir. Les producteurs souhaitent que tu montes les voir. Ils ont à te parler.

- J'y vais de ce pas.

Onister lança un sourire éclatant à Callie. Elle le perçut comme de la provocation. Ce qui éveilla en elle un mélange de dégoût et de culpabilité. Ne pas s'allier son collègue lui avait semblé la meilleure voie à suivre. Elle réalisait pleinement désormais qu'elle était, peut-être, passé à côté de l'opportunité de sa vie. Elle avait beau avoir tenté de mener toute la seconde partie de l'interview afin d'éviter qu'Onister ne fasse des vagues, elle savait qu'elle n'avait pas été à la hauteur des attentes de la plus grande chaine de la Galaxie.

Elle avait échoué.

Ils avaient dû juger que, bien que l'allusion avant la coupure pub était de mauvais goût, cela valait mieux un journaliste crétin qu'un journaliste qui ne ramène pas de nouveaux holospectacteurs.

Nork suivit Onister du regard jusqu'à ce que ce dernier soit hors de son champ de vision.

- Bon Callie.

- Oui, je sais. Ne dites rien. Je n'ai pas l'étoffe d'une grande journaliste.

«De tout manière: si être un grand journaliste signifie n'avoir aucune valeur, je préfère retourner sur Akillian.»

- Que me chantes-tu là Callie?

- Pardon?

- Ne me prête pas des pensées que je n'ai jamais eues. Au contraire Callie, tu es douée. On a enregistré un pic d'audimat lorsque tu as interviewé Rocket. Cette histoire avec sa mère était vraiment touchante.

- Je n'ai pas grand mérite.

- Et pourtant: le grand public s'attendait à ce que tu l'interroges sur son père ou son oncle. Pas sa mère qui demeure une parfaite inconnue. Tu as su orienter tes questions et, de fait, la conversation avec habilité. Depuis combien de temps es-tu au courant pour sa mère?

- Je n'étais pas au courant. Je l'ai croisé durant la fête organisée par les Snowkids pour fêter leur qualification pour la finale. Je ne l'avais jamais croisé auparavant alors que je suivais l'équipe depuis plusieurs mois.

Callie s'abstient de préciser qu'elle était cliente dans la pépinière de Norata et qu'elle n'y avait jamais croisé quelconque femme. La connexion s'était faite toute seule.

- Je me suis dit qu'il y avait quelque chose à exploiter.

- Et tu as bien fait de t'écouter. Je serai ravi que tu puisses faire partie de l'équipe de présentateur de nos studios du Genèse et de te former personnellement la première année. Si cela te convient.

Callie ouvrit de grands yeux. Si cela lui convenait? C'était bien plus que ce qu'elle ne pouvait escompter après une telle soirée! Et avoir pour mentor Nork… C'était complétement irréel.

- Bien sûr! J'en serai ravie! Mais…

- Il y a un «mais»?

La journaliste agita ses mains.

- Oui. Ne croyez pas que je refuse votre demande. Je me demandais seulement. Pourquoi me prendre? Onister est un… bon journaliste.

Elle avait buté sur le qualificatif. Nork l'avait remarqué. Autant jouer franc-jeu.

- Enfin, par «bon», j'entends qu'il sait comment faire de l'audience. Il a l'air de si connaitre.

- Effectivement, Onister sait s'y prendre. Je ne vais pas te mentir Callie: ton taux d'audience avec l'histoire Rocket était plutôt bon mais faisait pâle figure face à celui qu'avait entrainer la question d'Onister.

Callie fit la moue. Elle n'était pas ravie de l'apprendre mais elle s'en doutait. Le grand public préférait le scandale aux belles histoires. En tout cas: c'était cela qui faisait le plus recette.

- J'imagine qu'il a été convoqué pour ça…

Nork hocha la tête. Callie se fit la réflexion que le coprésentateur allait peut-être avoir droit à une promotion. Bien que sa question ait été polémique, elle avait fait grimper l'audience de manière fulgurante. Nork n'aurait pas fait mieux.

- Tu sais Callie. Mes taux d'audiences sont bons mais jamais je n'ai atteint le niveau qu'atteint Onister lorsqu'il décide de faire du scandale. Pourtant, entre lui et moi, à qui la chaine fait-elle le plus confiance?

- A vous?

- Exactement. Et pourquoi à ton avis?

Il ne lui laissa la pas le temps de répondre.

- Parce que certaines personnes dans notre métier suivent encore le principe de la déotonlogie.

- La vérité, la rigueur et l'exactitude, l'intégrité, l'équité et l'imputabilité.

- Exactement. Je vois que tu as bien étudié à l'école de journalisme.

Callie secoua la tête.

- Je n'ai fait aucune école.

- Ah bon?

- J'étais encore au lycée lors de la glaciation. La plupart des universités ont été détruites à cette époque et n'ont pas été reconstruites. Je suis autodidacte.

Nork lui fit un sourire.

- Ça pose un problème?

- Non pas du tout. Ça va me simplifier la tâche.

- Comment ça?

- La production sera plus facile à convaincre pour que je te prenne sous mon aile si tu n'as pas de formation. Si tu avais déjà été journaliste de métier, ils t'auraient engagé pour te jeter dans la fosse au lion et voir comment tu t'en sors. Ils peuvent être juste mais impitoyable. Tu as de l'expérience mais pas le diplôme. Le genre de profil atypique avec qui ce serait un plaisir de travailler.

Callie souri à son tour. Pour une fois que son manque de formation n'était pas vu comme un handicap mais plutôt comme un atout. Il existait des corps de métiers où le diplôme ne voulait pas dire grand-chose pour peu qu'on ait l'expérience du terrain. Et pourtant, il était exigé. Avant que les Snowkids ne soit créer et ne change la façon dont les Akilliens étaient perçus: Callie avait cherché à travailler ailleurs. Elle avait postulé comme journaliste pour d'autres planètes, sur le Genèse pour des chaines indépendantes mais rien n'y faisait. L'absence du diplôme l'avait toujours pénalisé. Et elle avait commencé à se résigner. Elle n'espérait plus d'évolution dans ce métier.

- Mais, revenons-en à notre discussion initiale. Arcadia News a bien des défauts mais l'avantage certain de respecter la déontologie du journalisme. Respecter le droit des personnes en fait partie. L'affaire Sire Sanders remonte à presque une dizaine d'années et impliquait une enfant. La lune d'Obia est une planète qui s'attèle le plus à faire respecter les droits de l'enfant. Cela rend cette affaire, de fait, très mystérieuse. Difficile de savoir s'il y a réellement eu des violences ou si un des partis à chercher à diffamer l'autre. La vérité n'est connue que par les intéressées, les enquêteurs et la juge et nous avons interdiction de farfouiller sous peine de poursuites pénales.

- Oui… Cependant… Si on part du principe que, pour l'intérêt général, le public doit être informé.

- Alors, c'est un parti pris. Soyons objectifs: est-ce dans l'intérêt général de savoir si oui ou non, Tia Johnson a été victime de violence domestiques de la part de son grand-père? Cette famille s'étant déjà entredéchirée devant les médias: je ne pense pas.

- Ce serait du voyeurisme.

- Exactement. Si un jour, elle ressent le besoin d'en parler aux médias: elle le fera et se sera de sa propre initiative. En attendant, il est inutile de créer de l'agitation autour de cela. Laissons ça au journalisme de sensation dans lequel Onister aurait clairement plus sa place.

Callie réprima un frisson.

- Le pire, c'est que je pense qu'il serait très doué dans ce domaine si jamais il s'y investissait plus.

- C'est peut-être pour cela que la production le garde. Pour éviter la concurrence. Et créer une petite part de sensationnalisme. Pour que le public ne se lasse pas.

- C'est terrible.

- Toute est une question d'équilibre dans ce métier Callie. Tu as encore des choses à apprendre à ce niveau-là. Autant pour ce qui est de distinguer ce qu'il faut garder pour soit de ce qu'il faut divulguer au grand public.

La journaliste perçu le changement de ton de son collègue et futur supérieur. Il était plus insidieux. Le sous-entendu était clair. Nork avait compris qu'elle conservait un autre as dans sa manche.

- Vous sous-entendez que je devrais être plus rentre dedans?

- Je ne sous-entends rien. Seulement, on a parfois très bon cœur et cela peut nous jouer des tours dans notre métier. Il faut savoir faire la part des choses.

Avait-il deviné pour Tia et Rocket? Peu probable. Mais il savait qu'elle gardait quelque chose pour elle au sujet des Snowkids.

Callie avait pris sa décision. Au même titre qu'elle n'avait pas voulu creuse cette histoire sombre du passé de Tia, elle ne souhaitait pas exposer plus que de raisons deux adolescents introvertis vivant leur première histoire d'amour.

Et la brève allusion à la déontologie de Nork avait achevé de la convaincre. Elle avait pris la bonne décision. Ce qui lui plaisait dans le journalisme, c'était l'aspect humain. Transmettre des informations nécessaires ou d'autres qui donnent le sourire, …

Tant qu'il n'y aurait pas un intérêt réel à la relation amoureuse des milieux de terrain pour le grand public, elle ne voyait pas l'intérêt de les exposer.

Et elle ne changerait pas d'avis.

Nork pouvait aller se rhabiller pour lui tirer les vers du nez.

Après tout: elle était Callie Misty. La seule l'unique. Avec elle, certes, rien ne restait secret bien longtemps… Mais un secret qu'elle possédait pouvait durer éternellement si elle le désirait.

- Vous avez bien raison Nork. J'ai hâte d'apprendre à vos côtés.

La journaliste lui fit un sourire avant de rassembler ses quelques effets personnels.

- Si vous le permettez, je pars devant. On se retrouvera pour le verre avec l'équipe.

- Bonne idée. Allez-vous rafraichir Callie. On se voit tout à l'heure.

La jeune femme s'éloigna en direction des loges.

- Nous boirons un coup à la santé de ce jeune couple.

Surprise par ces mots, Callie se retourna. Nork lui fait un clin d'œil, l'air malicieux et satisfait de son effet de surprise avant de lui tourner le dos.

Callie haussa les épaules avant de reprendre son chemin.

Décidément, elle n'aurait pas pu rêver nouveau meilleur mentor.


Bonsoir à tous !

Enfin un nouveau chapitre. Et assez long avec ça.

Comme je l'avais annoncé : ce chapitre tourne autour d'un personnage secondaire de la série. Et pour rester dans la fibre Snowgirls : qui de mieux que Callie ?

Sans rire, Callie est mon personnage secondaire préféré. Il faut dire qu'elle est géniale ! J'ai été déçu, quand j'ai découvert le fanbase GF, de ne trouver aucune histoire sur elle. Elle est pourtant la plus grande fan des SK et est liée ad vitam aeternam à nos joueurs favoris.

Pour moi, Callie est âgée de la petite trentaine au maximum. Elle n'a pas eu l'opportunité de faire des études à cause de la glaciation d'Akillian ce qui ne l'a pas empêché de se lancer en amateur puis de gravir, à modeste échelle, les échelons. Suite à la catastrophe, Akillian est une planète morne pour ne pas dire morte. Plus personne ne parie dessus. Le moral est au plus bas. Callie voit en son métier la possibilité d'égayer le quotidien de ses concitoyens. Elle a peu de perspectives d'évolution en dehors de l'antenne Akillienne d'Arcadia. Elle s'y résigne. Jusqu'à l'arrivée des SK qui change la donne !

Alors, je ne sais pas si c'était bien décrit mais je considère Arcadia comme une grande entreprise télévisuelle. Elle possède des antennes sur toutes les planètes de la Galaxie. Une chaine plus locale si vous voulez. Et la chaine que toute la Galaxie regarde, la plus connue : c'est Arcadia News ! Diffusée dans toute la Galaxie (et au delà !) et implantée au Genèse. Ses présentateurs sont triés sur le volet ! La manière la plus "simple" d'y entrer est d'être le journaliste d'une équipe qualifiée en phase finale ! On a l'honneur de pouvoir commenter les matchs depuis le mythique studio. Et si l'équipe dont on a la responsabilité l'emporte : on reste plus longtemps. Rien ne garanti, cependant, que l'on soit engagé. Tout les feux doivent être au vert et on est bizutés sur des chaines secondaires. Callie a donc de la chance que Nork, le présentateur vedette depuis un paquet d'années, décide de la prendre sous son aile.

Ça ne vous semblait pas curieux que Rocket et Tia soient en couple et que les journalistes n'en parlent pas ? Pourtant : Callie est limite toujours coller aux SK et elle adore débusquer des scoops ! Pour moi, Callie a des valeurs et sait faire la différence entre vrai scoop et du journalisme à sensation. Puis, elle a aussi un coeur. Ça fait beaucoup. Pareil pour Nork. Lui, il n'a pas eu besoin de surprendre Tia et Rocket pour comprendre. On l'aime Nork. Coeur sur lui.

Voyons voyons. La déontologie. Oui. J'ai vu ça en cours mais, comme d'hab, je ne dis pas que mes propos sont exactes. J'aime croire, quand même, que certains journalistes font leur métier avec certaines valeurs. On vit vraiment dans une société de voyeurisme. C'est dingue.

J'ai donné un passé à Stella ! Il était temps ! Qu'en pensez-vous ?

L'affaire "Sire Sanders". Une sombre affaire. La famille de Tia, c'est un gros morceaux. Surtout la famille maternelle que je détaillerais peut-être dans de futures chapitres ou une autre fanfiction. Sachez, en tout cas, que la famille maternelle de Tia n'est pas originaire d'Obia et donc d'Akillian. Tia a été exposé dans de nombreux médias à l'époque sauf sur sa planète natale qui cherchait, au mieux, à faire appliquer les droits des enfants. De fait, à respecter sa vie privée... Bien que dans le cas de Tia, ce soit parfois compliqué car ses parents sont des personnalités publiques. En tout cas, tout ça est très encadré.

Bon, ce fut un chapitre assez dense. J'espère qu'il vous aura plu. Moi : j'ai pris grand plaisir à l'écrire.

Anecdote marrante !

J'écris le soir. Ce qui fait que, parfois, je m'interromps dans mon rédaction car je tombe de sommeil. Cela m'est arrivé lorsqu'Onister et Callie échangent après la première partie de l'interview. Pour diverses raisons, je ne suis pas revenue sur ce chapitre avant quelques jours. Lorsque je l'ai fait, j'ai cru mourir. Vous voyez la phrase "il se pencha près de l'oreille de Callie et lui murmura :" ? Ben, j'ai mis le tiret, j'ai sauvegardé, je suis allée me coucher. Quand j'ai découvert ce tirait esseulé, j'étais à la fois énervée et morte de rire. J'étais hypée parce que j'avais écris avant et je ne me souvenais pas de ce qu'Onister allait dire à Callie. Quel boulet ! Encore maintenant, je suis convaincue que la version que j'avais en tête au moment de mettre le tiret est bien meilleure que celle que j'ai écrite !

Sinon, il se passe quelque chose de curieux en ce moment. Trois personnes m'ont envoyés des messages privés pour me dire qu'ils appréciaient mon travail et qu'ils souhaitaient, je cite, "donner vie à mes oeuvres par le dessin". Alors, c'est assez flatteur mais... Euh... A quel moment ils imaginent que j'ai les sous pour ça ? Car oui, pour l'un d'eux en tout cas, y a eu une question d'argent directement. Pour les autres : je ne sais pas encore mais je pense que c'était aussi leurs idées.

Dans quel monde vit-on ? J'écris des fanfictions parce que ça m'amuse. Je ne suis pas payée. D'ailleurs, ça serait honteux que je le sois car l'univers ne m'appartient pas. Ce serait violer les droits d'auteurs que de gagner une rétribution là-dessus. Alors, rien que pour le moral, je ne payerais pas quelqu'un pour mettre en image mes fanfictions.

Par contre, je ne suis vraiment pas contre voir des fanarts inspirés de ce que j'écris apparaitre. Tant que ce dernier mentionne le titre de ma fanfiction et peut-être mon nom. C'est ce que j'ai notifié à ceux qui m'avaient envoyés ses propositions. En plus, il y a moyen de se faire de la publicité réciproquement.

Enfin bref, je trouvais ça culotté quand même de venir me dire "J'adore ton travail, j'aimerais donner vie à tes écrits" puis d'ajouter "par contre : ce sera payant.". C'est comme si quelqu'un te voyait dans la rue et te demandait s'il pouvait te prendre en photo. Tu dis "oui", il fait sa photo puis il te demande de la payer. Just what ? T'as rien demandé à la base. Tu marchais ! Finalement, pour deux d'entre eux : je ne sais toujours pas laquelle de mes fanfictions ils ont lus et pourquoi ils les aiment.

DÉFINITIVEMENT ÉTRANGE !

Merci d'avoir lu !

Prenez soin de vous !

Affectueusement,

Memori Plume