Drago sentit son cœur s'arrêter un instant lorsqu'il reconnut les silhouettes de Crabbe et Goyle au bout du couloir. Bien sûr, il fallait que ce soit eux. Ces deux-là n'auraient pas pu choisir un pire moment pour apparaître.
— Goyle… Crabbe, fit-il en se détachant lentement d'Hermione, tout en se plaçant légèrement devant elle, comme un bouclier instinctif.
Hermione, toujours en retrait, observait la scène, à la fois fascinée et abasourdie. Les deux Serpentards se tenaient là, les bras croisés et des expressions moqueuses sur leurs visages.
— Si j'avais eu un appareil photo…, commença Crabbe avec un sourire narquois, vous auriez fait la une de la Gazette du Sorcier.
Drago leva un sourcil, un mélange d'exaspération et de lassitude dans ses traits.
— Ne me provoque pas, Crabbe, lança-t-il froidement. Si vous saviez tous les deux le nombre de fois où je vous ai surpris…
Hermione ouvrit de grands yeux. Crabbe et Goyle ? Sérieusement ? Elle jeta un coup d'œil entre les deux compères, se demandant si elle avait bien entendu. Le silence embarrassé de Goyle sembla confirmer les insinuations de Drago.
— Tu dis n'importe quoi, Malefoy, répliqua Goyle avec un semblant d'assurance.
Un sourire en coin étira les lèvres du Prince des Serpentards.
— Oh, Goyle, je savais que tu préférais les gâteaux aux femmes, mais Crabbe… c'est une révélation, ricana-t-il.
— TOI ! hurla Crabbe, son visage prenant une teinte cramoisie. Tu préfères une sale Sang-de-B…
— GRYFFONDOR, coupa Drago d'une voix glaciale, son regard lançant des éclairs. Il avança d'un pas vers Crabbe, le dominant de toute sa hauteur. — Effectivement, je préfère une Gryffondor, Miss-Je-Sais-Tout parfois insupportable, à un homme. Ce n'est pas le cas de tout le monde ici… et j'ai mes preuves, ajouta-t-il avec un clin d'œil ironique à Goyle.
Goyle détourna les yeux, ses joues rougissant légèrement, mais Crabbe, furieux, n'en démordait pas.
— Ouais… c'est ça ! siffla Crabbe. En attendant, console-toi de la mort de ta sœur dans les bras d'une Sang-de-Bourbe !
Le coup porta. Hermione vit les traits de Drago se crisper, ses poings se serrer si fort qu'ils en tremblaient. Mais il ne répliqua pas. Pas cette fois. Crabbe tourna les talons, entraînant un Goyle visiblement mal à l'aise avec lui. Les deux Serpentards disparurent dans la direction de la Grande Salle, laissant derrière eux un silence lourd.
Drago se tourna lentement vers Hermione, son expression un mélange de colère contenue et de fatigue.
— Désolé pour ça…, murmura-t-il.
Hermione secoua doucement la tête, un sourire triste étirant ses lèvres.
— Ça va, j'ai l'habitude. Mais… je ne savais pas que Crabbe et Goyle étaient… ensemble.
Drago haussa un sourcil, un éclat d'amusement traversant brièvement son visage.
— Moi non plus. Mais à voir leur réaction… ça explique bien des choses, répondit-il, un ricanement discret s'échappant de ses lèvres.
Hermione laissa échapper un petit rire malgré elle.
— Bon, je crois que je vais aller à mon dortoir, finit-elle par dire.
— Moi aussi… Merci encore, Hermione, répondit Drago, sa voix un peu plus douce.
— Aucun problème, Drago. Et si tu as besoin de quoi que ce soit…
Il acquiesça, puis se détourna pour prendre la direction des cachots.
Une fois dans la salle commune vide, Drago se traîna jusqu'à son dortoir. Il retira lentement ses vêtements, laissant tomber sa chemise et son pantalon au sol, et entra dans la douche. L'eau chaude ruisselait sur sa peau pâle, mais elle ne réussissait pas à apaiser la douleur qui rongeait son cœur. Il ferma les yeux, mais chaque fois qu'il le faisait, il voyait encore la lumière verte et le corps d'Ashley s'effondrer.
Ses larmes se mêlaient à l'eau de la douche, coulant sans qu'il ne puisse les retenir. Il se laissa aller contre le mur carrelé, murmurant à voix basse :
— Pourquoi toi, Ash… pourquoi toi…
Après ce qui lui sembla une éternité, il sortit enfin, une serviette enroulée autour de la taille. Il se dirigea vers son lit, ses pas lourds et maladroits. Avant de se coucher, il prit sa montre posée sur la table de chevet. Il la retourna pour relire les mots gravés derrière :
Pour mon frère Drago, l'être que j'aime plus que tout au monde. – Ash
Les mots lui arrachèrent un nouveau sanglot. Serrant la montre contre sa poitrine, il murmura :
— Je t'aime, ma sœur… Tu me manques déjà.
Il enfila un t-shirt et un pantalon propres, puis se glissa sous les couvertures. Les larmes continuèrent de couler, jusqu'à ce que l'épuisement prenne le dessus. Recroquevillé sur lui-même, il finit par sombrer dans un sommeil agité, hanté par les souvenirs de sa sœur et par ce qu'il aurait voulu lui dire une dernière fois.
Hermione s'était réfugiée dans la bibliothèque, son sanctuaire habituel lorsqu'elle avait besoin de clarté d'esprit. Les murs de livres semblaient offrir un répit silencieux face au chaos de ses pensées. Elle tenta de se concentrer sur un manuel d'enchantements avancés, mais les mots semblaient glisser hors de sa portée, noyés par le flot incessant des souvenirs récents.
Les insultes échangées avec Malefoy, la fête vibrante d'Ashley qui avait viré au cauchemar, ce moment déchirant où tout avait basculé… Et surtout, ces rapprochements inattendus avec Drago. Hermione poussa un soupir tremblant. Une fois, on s'envoie des insultes… et l'instant d'après, on s'étreint, murmura-t-elle pour elle-même. C'est à n'y rien comprendre.
Elle frotta ses yeux fatigués, essayant de faire taire l'agitation dans son esprit. Mais une voix douce et apaisante vint interrompre ses pensées.
— Hermione, dit Luna Lovegood, s'approchant avec son air rêveur habituel, tu as des Joncheruines plein la tête. Quelque chose ne va pas ?
Hermione releva la tête et croisa le regard azur de Luna. Il y avait une sérénité dans les yeux de la Serdaigle, une manière de voir au-delà des apparences qui la rendait à la fois étrange et incroyablement réconfortante.
— Oh, bonjour Luna… Non, pas tellement, répondit Hermione, tentant de masquer sa détresse.
Luna prit place à côté d'elle, posant doucement ses affaires sur la table.
— Si tu as besoin d'une oreille attentive, je suis là, tu sais, dit-elle simplement.
Hermione esquissa un faible sourire.
— Merci, Luna… Pour l'instant, je crois que ça ira. Mais… je tiens à te l'annoncer… nous avons perdu quelqu'un.
Luna fronça légèrement les sourcils, sa curiosité évidente.
— Oh, dit-elle doucement, ses grands yeux scrutant Hermione avec bienveillance. Qui donc ?
— C'est Ashley… lâcha Hermione, la gorge nouée.
Un éclair de compréhension traversa les traits de Luna.
— Oh, la sœur de Drago, qui est à Serpentard et dont Harry est tombé follement amoureux ? demanda-t-elle avec un naturel désarmant.
Hermione cligna des yeux, surprise.
— Il te l'a dit ? demanda-t-elle.
Luna secoua doucement la tête, un sourire rêveur étirant ses lèvres.
— Non, c'est aussi évident que le museau d'un Sombral, répondit-elle en laissant échapper un petit rire.
Hermione ne put s'empêcher de sourire malgré elle.
— Euh… oui, sûrement, Luna… Eh bien, elle est… Elle est…, continua Hermione, mais ses mots s'étouffèrent alors que les larmes lui montaient aux yeux.
Luna attendit patiemment, ses grands yeux azur emplis de compassion.
— Elle est morte, finit par dire Hermione dans un murmure brisé.
Luna posa une main légère sur l'épaule d'Hermione.
— Oh non ! Je comprends que ce soit une nouvelle difficile à digérer, dit-elle doucement. Comment cela s'est-il produit ?
— Le sortilège impardonnable a été lancé sur elle, expliqua Hermione, sa voix tremblante.
Le visage de Luna se plissa légèrement sous le choc.
— Vous avez vu qui a fait ça ? C'est horrible !
Hermione secoua la tête.
— Non, pas encore… Drago cherche, répondit-elle, ses pensées revenant immédiatement à l'intensité de la promesse du Serpentard.
Un sourire énigmatique éclaira le visage de Luna.
— Ce n'est plus Malefoy, rigola-t-elle doucement.
Hermione rougit violemment. C'était vrai. Elle avait tant l'habitude de l'appeler « Malefoy », « la fouine », « abruti », « idiot »… Et en un seul week-end, tout cela semblait avoir changé.
Luna se leva doucement, ajustant ses affaires.
— Je te laisse à tes pensées, dit-elle avec une douceur inhabituelle. Tu sais, Hermione, il n'y a rien de mal à se rapprocher des autres. Ne vis pas cette peine toute seule. Et si toi et le Serpentard avez besoin l'un de l'autre pour survivre à cette perte, ne fermez pas la porte. Prends soin de toi.
Hermione leva les yeux vers son amie et la remercia d'un faible sourire. Ce qu'elle pouvait être de bon conseil, parfois, cette fille. Elle est étrange, oui, mais souvent terriblement perspicace. Luna se retourna vivement et gambada en direction des couloirs, ses pas légers contrastant avec le poids des réflexions qu'elle laissait derrière. Luna, tu m'étonneras toujours, se dit Hermione en regardant la silhouette gracile disparaître au loin.
Hermione posa sa tête dans ses mains, inspirant profondément. Les mots de Luna résonnaient encore dans son esprit, à la fois simples et percutants. Ne pas fermer la porte… Mais pouvait-elle vraiment se permettre de la laisser ouverte ? Elle secoua la tête, chassant ses pensées, et ouvrit son livre d'un geste déterminé.
Se replonger dans ses devoirs semblait être le seul moyen de mettre de l'ordre dans son esprit. Elle entreprit même de rédiger les devoirs d'Harry et Ron. Après tout, si elle avait du mal à se concentrer après tout ce qui s'était passé, eux devaient être complètement paralysés. Pourtant, ce n'était pas une tâche facile. La moitié de ses parchemins étaient déjà détrempés de larmes, trahissant le poids de la douleur qu'elle essayait de contenir.
Soudain, deux figures familières entrèrent en trombe dans la bibliothèque, brisant le calme sacré de l'endroit. Le grincement de dents caractéristique de Madame Pince fit frissonner Hermione avant même qu'elle ne tourne la tête.
— MIONE ! cria Ron, attirant l'attention de tous les élèves présents.
— Chuuuut, Ronald ! rétorqua Hermione en chuchotant avec véhémence. — On est dans une bibliothèque, gronda-t-elle.
— Pardon…, marmonna le rouquin, les joues rouges.
— On t'a cherchée partout, continua Harry à voix basse, conscient des regards foudroyants de la bibliothécaire.
Hermione soupira et leur adressa un sourire triste, posant sa plume.
— Oh, je n'ai pas perdu mes habitudes, Harry… Voilà, dit-elle en mettant un point final à son devoir avant de leur tendre deux parchemins. — Tenez.
Les deux garçons observèrent les devoirs, perplexes.
— Mione, tu n'aurais pas dû, tu sais…, commença Harry, visiblement ému.
— Je sais… mais j'avais besoin de me changer les idées, répondit-elle en haussant les épaules.
— Merci…, murmura Harry avec sincérité.
— Alors, comment ça s'est passé avec la fouine ? lança Ron avec son manque de tact habituel.
Hermione posa son regard sévère sur lui.
— Je n'ai pas envie de parler de ça… C'est déjà assez difficile pour nous tous. Chacun a ses moments de faiblesse. Lui y compris, répondit-elle d'un ton sérieux. Mais je peux te garantir une chose : la personne qui a fait ça ne s'en sortira pas vivante.
Ron haussa les sourcils, surpris par son assurance.
— Ah ouais ? Pourquoi ?
— Malefoy s'y engage, dit-elle simplement.
Un éclair de détermination traversa le regard d'Harry.
— S'il a besoin d'aide pour attraper ces enfoirés, je m'y engage aussi, ajouta-t-il.
Hermione posa une main douce sur celle de son meilleur ami, un geste réconfortant qui n'avait pas besoin de mots. Leur lien silencieux parlait pour eux. Harry lui adressa un faible sourire, reconnaissant.
— Eh…, intervint Ron, brisant la gravité du moment. J'ai faim. On descend dans la Grande Salle ?
Harry éclata de rire, suivi d'Hermione. Ron souriait fièrement, satisfait d'avoir su détendre l'atmosphère.
— Oui, Ron, finit par répondre Harry en se levant.
Le trio d'or entra dans la salle, mais les regards pesants des élèves attablés les firent ralentir. Tous les yeux étaient rivés sur eux, des murmures s'élevant çà et là. Ils sont au courant, pensèrent-ils simultanément.
Ils s'installèrent à leur table habituelle, à côté de Ginny et Neville. La tension était palpable.
— On ne parle que de ça… Dumbledore vient tout juste d'en faire l'annonce officielle, commença Ginny à voix basse, son regard fixé sur Harry. Harry, je suis tellement désolée pour toi. Ça doit être… insupportable. Si tu veux en parler ou… si tu as besoin de te changer les idées, je suis là, ajouta-t-elle, sa voix douce et son ton presque cajoleur.
Elle posa une main légère sur son avant-bras, son contact restant un peu plus longtemps que nécessaire. Harry haussa légèrement les épaules, mal à l'aise.
— Merci, Ginny, répondit-il simplement, sans relever ses yeux vers elle.
Ginny insista.
— Je veux dire, vraiment. Parfois, ça fait du bien de juste… s'échapper un peu, tu sais. Aller voler, ou même juste parler à quelqu'un qui comprend.
Hermione, observant la scène, fronça légèrement les sourcils mais ne dit rien. Elle reconnaissait cette attitude de Ginny et savait que ce n'était pas le moment pour Harry de gérer ce genre de sollicitation.
— Je n'arrive pas à croire qu'on recommence les cours demain… comme si rien ne s'était passé, murmura Harry, clairement désireux de changer de sujet.
Neville hocha la tête, son expression sincère.
— Vous avez perdu une amie chère à votre cœur, et moi j'ai perdu une coéquipière en or. Je ne la connaissais pas beaucoup, mais elle était si gentille.
Le silence s'installa brièvement, mais Ginny ne semblait pas prête à lâcher prise. Elle inclina légèrement la tête pour chercher le regard d'Harry.
— On pourrait organiser quelque chose en sa mémoire, dit-elle. Une veillée pour Ashley. Se rassembler, partager des souvenirs… Et peut-être que ça t'aiderait, Harry, continua-t-elle en insistant légèrement sur son nom.
Hermione leva un sourcil, mais Ginny ne sembla pas le remarquer.
— Ginny, tu ne la connaissais presque pas, répondit Hermione, plus sèchement qu'elle ne l'avait prévu.
Ginny secoua la tête.
— Je sais, mais ce n'est pas ça. Je veux juste… aider. Je n'aime pas vous voir comme ça, dit-elle, sa voix plus douce, ses yeux toujours rivés sur Harry.
Ron, mâchonnant distraitement un morceau de pain, intervint.
— Elle n'a pas tort.
Harry hocha lentement la tête, apparemment touché par l'idée.
— C'est vrai… Et je vais m'écorcher la langue en disant ça, mais… on devrait inviter les Serpents, dit-il, la voix teintée d'une hésitation claire.
Ginny cligna des yeux, surprise.
— Pourquoi eux ? demanda-t-elle, l'inquiétude perçant légèrement.
Hermione répondit avant qu'Harry ne puisse dire un mot.
— Parce que c'est ce qu'elle aurait voulu, dit-elle simplement, lisant dans ses pensées.
Ginny sembla contrariée, mais elle ne répliqua pas. Neville intervint pour briser le silence.
— Demain, en cours de Potions, vous êtes en binôme avec eux. Vous pourriez leur en parler.
Harry acquiesça, mais Ginny enchaîna rapidement.
— Peut-être que ce serait mieux de les voir un par un… Vous savez, pour éviter les tensions. Je pourrais parler à Blaise ou… enfin, si tu veux que je m'occupe de ça, Harry.
Harry secoua doucement la tête.
— Merci, Ginny, mais je pense que c'est quelque chose que nous devons faire nous-mêmes, répondit-il fermement.
Le ton doux mais ferme d'Harry sembla couper court à son insistance, et Ginny se replia légèrement, bien qu'un éclat de déception traversa brièvement son visage.
Ils continuèrent à discuter, alternant entre des souvenirs d'Ashley et des banalités pour alléger l'atmosphère. Ron tourna la tête vers la table des Serpentards et aperçut Pansy, Blaise et Théodore. Ils semblaient aussi désemparés que le trio.
Pansy croisa son regard et lui adressa un sourire sincère. Ron, surpris, sentit une chaleur inhabituelle l'envahir.
— Malefoy n'est pas là…, fit-il remarquer à ses amis.
— Il est épuisé, répondit Hermione doucement. Moi aussi, d'ailleurs. Je crois que je vais monter au dortoir.
— Je te suis, se pressa Harry.
Ginny ouvrit la bouche comme si elle allait proposer de venir aussi, mais elle se ravisa, fixant Harry avec un mélange d'inquiétude et de frustration tandis qu'il quittait la salle avec Hermione.
Harry murmura le mot de passe à la Grosse Dame, qui les laissa entrer dans la salle commune des Gryffondors. La pièce était calme, bercée par le crépitement doux de la cheminée. Hermione et Harry s'installèrent sur le canapé, leurs regards perdus dans les flammes dansantes.
— Harry, tu dois dormir, commença doucement Hermione, brisant le silence.
Harry secoua la tête, son regard fixé sur les flammes.
— Je n'y arrive plus, Hermione…, murmura-t-il, sa voix brisée par la douleur. — J'ai l'impression que c'est de ma faute si elle est morte. Cédric, Sirius, maintenant elle… Tout le monde meurt autour de moi.
Hermione sentit son cœur se serrer face à la culpabilité écrasante de son ami.
— Voyons, Harry, pourquoi ça serait de ta faute ? demanda-t-elle doucement, posant une main réconfortante sur son bras.
Harry leva les yeux vers elle, et les larmes qui s'y accumulaient débordèrent. Sa voix tremblait lorsqu'il reprit :
— Si je n'étais pas allé dehors avec elle, elle ne serait pas morte ! C'est comme si j'attirais la mort, Hermione… C'est toujours pareil, Cédric, Sirius, et maintenant elle… cria-t-il presque, sa douleur éclatant dans un sanglot.
Hermione, déchirée par l'état de son meilleur ami, ne trouva rien à répondre. Elle fit ce qu'elle savait être la meilleure chose à faire à ce moment-là : elle l'attira doucement contre elle, l'entourant de ses bras. Harry se laissa aller, enfouissant son visage dans son épaule, ses épaules secouées de sanglots.
— Harry… Ce n'est pas ta faute, murmura-t-elle, caressant doucement ses cheveux pour l'apaiser.
Ils restèrent ainsi, pleurant silencieusement l'un dans les bras de l'autre. Les larmes coulaient librement, et Hermione se surprit à trouver un étrange sentiment de sécurité dans cette étreinte. Les souvenirs d'Ashley affluaient dans son esprit, rendant le chagrin encore plus insupportable.
— Elle me manque tellement…, souffla Hermione, sa voix brisée par l'émotion.
— À moi aussi, Mione, répondit Harry, resserrant son étreinte. — Je ferais n'importe quoi pour la ramener à la vie.
Hermione inspira profondément pour contrôler ses propres sanglots.
— On va trouver les agresseurs, Harry. Je te le promets, dit-elle avec une conviction presque féroce.
Harry s'écarta légèrement, croisant son regard. Il hocha lentement la tête, bien qu'une lueur de doute persiste dans ses yeux.
— Je suis sûr que ce sort était pour moi, murmura-t-il, étouffant un sanglot. Ils voulaient me tuer… et elle s'est retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.
Hermione sentit sa gorge se nouer. Elle voulait lui dire qu'il avait tort, qu'Ashley n'était pas morte à cause de lui, mais elle savait que ce serait vain pour le moment. Il avait besoin de temps, et elle serait là pour lui, quoi qu'il arrive.
Le silence s'installa, un silence lourd mais réconfortant. Les flammes de la cheminée étaient la seule source de lumière dans la pièce, leur lueur dorée réchauffant leurs visages fatigués. Finalement, Harry se redressa, essuyant ses larmes d'un geste maladroit. Il tendit la main pour aider Hermione à se lever.
Elle se releva, légèrement chancelante, et Harry l'attira dans une dernière étreinte. Il la serra si fort qu'elle pouvait sentir son cœur battre douloureusement dans sa poitrine.
— Merci d'être là, Hermione… Merci pour tout, murmura-t-il, sa voix basse mais sincère.
— Toujours, Harry. Toujours, répondit-elle, une boule dans la gorge.
Ils se séparèrent enfin, échangeant un dernier regard avant de se diriger chacun vers leur dortoir respectif. Une fois seule, Hermione s'allongea dans son lit. Les larmes avaient cessé de couler, mais son esprit restait agité. Elle fixa le plafond, luttant pour éloigner les pensées sombres. Finalement, épuisée par les émotions de la journée, elle ferma les yeux et laissa le sommeil la gagner, bien qu'il fût ponctué de rêves troublants.
Le matin arriva bien vite pour les élèves de Poudlard, mais pas assez pour apaiser leurs esprits troublés. Hermione se leva de peine et de misère, ses jambes lourdes, ses pensées encore embrouillées par la fatigue et la tristesse. Elle se traîna jusqu'à la salle de bain pour prendre une douche dans l'espoir de se réveiller pleinement. L'eau chaude glissa sur sa peau, mais ne lava pas le poids qui pesait sur son cœur.
En sortant, elle enfila sa robe de sorcière fraîchement lavée et se planta devant le miroir. Les cernes sous ses yeux étaient impossibles à ignorer. Elle passa un doigt dessus comme pour les effacer, mais le reflet ne changea pas.
— T'as l'air d'une pauvre fille, ma vieille, avec tes cernes…, murmura-t-elle à son reflet avant de secouer la tête, découragée.
Elle rassembla ses affaires et descendit vers la Grande Salle. En entrant, l'odeur habituelle du petit-déjeuner lui parut fade, presque étrangère. Ses yeux balayèrent la salle jusqu'à ce qu'elle remarque une silhouette familière à la table des Serpentards. Drago Malefoy était assis là, entouré de ses amis, mais il ne semblait pas leur prêter attention. Il jouait avec les morceaux de nourriture dans son assiette, son regard fixé dans le vide.
Hermione sentit un pincement au cœur en le voyant dans cet état. Ses cernes et ses yeux bouffis témoignaient des larmes qu'il avait dû verser toute la nuit. Il avait l'air brisé. Hermione détourna les yeux, mal à l'aise. Elle avait de la peine pour lui. Elle avait perdu une amie, mais lui avait perdu une sœur. Elle ne pouvait même pas imaginer ce que cela représentait. La pensée de perdre Harry, son frère de cœur, effleura son esprit, et elle sentit sa gorge se nouer.
Drago posa enfin les yeux sur elle. Leur regard se croisa brièvement. Il ne sourit pas, ne lança pas de remarque acerbe comme à son habitude. Rien. C'était comme s'il n'était pas là, son esprit absent. Hermione détourna les yeux la première, troublée par ce vide dans son regard.
Elle rejoignit Harry et Ron à leur table habituelle. Le déjeuner se fit dans un silence pesant, chacun perdu dans ses pensées. Les couverts tintaient doucement contre les assiettes, mais aucun des trois n'avait réellement faim. Lorsque la cloche sonna, le trio d'or se leva mécaniquement et se dirigea vers le cours de Potions.
Hermione prit sa place habituelle, le cœur lourd. L'atmosphère dans la salle était glaciale. Les Serpentards entrèrent peu après, leur démarche aussi lente que leur humeur. Pansy Parkinson alla s'asseoir près de Ron, jetant à peine un regard au rouquin. Blaise Zabini se glissa silencieusement à côté de Harry, échangeant un bref signe de tête avec lui. Et enfin, Drago Malefoy entra à son tour.
Il semblait traîner les pieds, son visage fermé. Lorsqu'il atteignit sa table, il s'arrêta devant Hermione.
— Granger…, dit-il simplement.
— Malefoy…, répondit-elle dans un souffle.
Ce fut tout. Pas de remarques acerbes, pas d'échanges pleins de piques. Seulement un murmure échangé dans une pièce trop silencieuse.
Le professeur Slughorn entra peu après. Il parcourut la classe du regard, remarquant aussitôt l'humeur morose de ses élèves. Conscient des récents événements grâce à Dumbledore, il décida de ne pas insister sur la participation active ce jour-là. Le cours se déroula sans éclat, le silence ponctué uniquement par le bruit des chaudrons et des potions qui mijotaient.
Au bout d'un moment, Ron se pencha légèrement vers Hermione et glissa un parchemin sur la table. Elle le déplia discrètement pour le lire.
"Il a vraiment l'air mal en point. Tu crois qu'il va tenir ?"
Hermione leva les yeux vers Ron et fronça les sourcils, mais au lieu de lui répondre, elle tourna discrètement la tête vers Drago. Il tenait son chaudron d'une main tremblante, la tête baissée. Sa concentration semblait fragile, comme s'il faisait un effort surhumain pour rester debout.
Elle retourna son attention vers Ron et griffonna rapidement une réponse sur le parchemin avant de le lui renvoyer.
"Je ne sais pas. Mais si on continue de lui lancer des regards comme ça, il va nous remarquer."
Ron jeta un coup d'œil vers Drago, puis reporta son attention sur Hermione, les sourcils levés. Mais il ne dit rien, se contentant de hocher la tête. Il regarda discrètement Pansy de côté. Elle semblait concentrée sur sa potion, mais il savait qu'il devait lui parler avant la fin du cours. Prenant son courage à deux mains, il se pencha légèrement et glissa un morceau de parchemin vers elle.
"Pansy, on voudrait faire une veillée en mémoire d'Ashley… ça vous tente ?"
Pansy baissa les yeux vers le parchemin et prit sa plume pour répondre, sans relever la tête.
"Pourquoi pas… ça ne peut que nous faire du bien."
Ron esquissa un petit sourire de satisfaction. Il n'était pas sûr de la réaction qu'elle aurait, mais au moins, elle semblait ouverte à l'idée. Il griffonna rapidement une réponse.
"Ouais, tu peux en parler avec Zabini et Malefoy, mais on avait pour mission de parler à nos binômes nous-mêmes… alors ils vont peut-être t'en parler aussi."
Pansy hocha légèrement la tête en lisant ses mots, mais au lieu de répondre tout de suite, elle sembla hésiter un instant. Finalement, elle se remit à écrire.
"Ok."
Une pause suivit. Ron s'attendait à ce que ce soit la fin de l'échange, mais quelques instants plus tard, elle ajouta quelque chose.
"Hey Ron ?"
Ron fronça les sourcils en lisant cette question un peu vague.
"Quoi ?"
Elle resta immobile un instant avant de tracer quelques mots sur le parchemin, puis de le faire glisser de nouveau vers lui.
"On devrait recommencer ce qu'on a fait la dernière fois… tu sais… se rencontrer tous les deux, pour marcher ou parler… c'était sympa."
Le cœur de Ron fit un bond dans sa poitrine. Il relut les mots plusieurs fois, se demandant s'il avait bien compris. Il se sentit rougir légèrement, ses mains devenant moites. Il se força à respirer profondément avant de répondre.
"Bonne idée… moi aussi j'ai trouvé cela agréable."
Pansy sourit en lisant sa réponse, un sourire léger mais sincère. Elle plia le parchemin soigneusement et le glissa dans la poche de sa robe, puis retourna son attention à son chaudron.
Ron, quant à lui, n'arrivait plus à se concentrer. Les mots de Pansy tournaient en boucle dans son esprit. "Recommencer ce qu'on a fait la dernière fois…" Était-ce juste une suggestion amicale ? Ou était-ce… plus ? Était-ce un rencard ? Devait-il préparer quelque chose ? Pourquoi était-il si nerveux ?
Il sentit son visage chauffer davantage et jeta un coup d'œil rapide vers Harry, occupé avec Zabini. Il aurait besoin de lui parler dès qu'ils seraient seuls. Il avait besoin de conseils, et vite.
Quelques bureaux plus loin, Harry se pencha légèrement en direction de Blaise, baissant la voix pour que leur conversation reste discrète.
— Blaise, tu fais quoi ce soir ? chuchota-t-il.
Le métis tourna lentement la tête vers lui, un sourcil arqué, son expression à mi-chemin entre la curiosité et l'amusement.
— Potter, je ne suis pas intéressé, répondit-il d'un ton faussement sérieux.
Harry leva les yeux au ciel, exaspéré.
— Non… Ce n'est pas ce que je veux dire, souffla-t-il.
— Alors c'est quoi ? insista Blaise, son sourire narquois toujours présent.
Harry inspira profondément, se préparant à ignorer les piques.
— Ce que tu peux être bête… On veut organiser une veillée en mémoire d'Ashley.
Le sourire de Blaise disparut immédiatement, remplacé par une expression plus grave. Il hocha la tête, réfléchissant un moment.
— Oh, ça. Ouais, pas de problème. Il faut que j'en parle à Drago ? demanda-t-il, son ton plus sérieux.
— Non… Je crois qu'Hermione le fera. Mais tu peux en parler à Nott et à ceux qui pourraient vouloir venir. Enfin, si elle avait beaucoup d'amis chez les Serpentards, ajouta-t-il avec hésitation.
Blaise plissa légèrement les yeux, comme s'il cherchait à mettre des mots sur ses pensées.
— Tu sais, Ashley n'était pas vraiment proche de beaucoup de monde. Mais… tout le monde l'appréciait. Elle avait ce truc, tu vois ? Toujours gentille, même avec des gars comme Crabbe et Goyle, qui pourtant ne brillent pas par leur finesse.
Harry hocha lentement la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Ça lui ressemble, dit-il simplement.
Blaise continua, son ton plus doux :
— Elle avait cette manière de parler à tout le monde comme s'ils comptaient. Pas juste pour être polie, mais parce qu'elle le pensait vraiment. Mais en dehors de son cercle proche — moi, Drago, Pansy… et vous apparemment —, elle ne s'attachait pas trop. Elle aimait garder un peu de distance, je crois.
Il haussa légèrement les épaules avant de conclure :
— Je vais en parler à Nott. Mais je pense que ça devrait rester entre nous. Gryffondor et Serpentard, ça ne se mélange pas toujours bien. On évite les drames, et on garde ça… intime.
Harry acquiesça, comprenant parfaitement.
— Une veillée privée, ça me va.
Blaise marqua une pause, semblant hésiter un instant avant d'ajouter, à mi-voix :
— Elle aurait aimé ça, je pense. Que vous pensiez à elle comme ça.
Surpris par cette sincérité, Harry répondit d'une voix presque aussi basse :
— Elle le mérite.
Leurs regards se croisèrent brièvement, un moment de respect mutuel traversant la barrière de leurs maisons respectives. Puis Blaise se replongea dans son chaudron, mettant fin à la conversation. Harry, quant à lui, ressentit une étrange chaleur dans sa poitrine. Malgré la douleur, il avait le sentiment qu'ils faisaient ce qu'il fallait.
Hermione, plongée dans ses pensées, ne parvenait pas à trouver la bonne façon d'aborder Drago. Elle jouait nerveusement avec sa plume, le regard perdu. Sans même s'en rendre compte, ses yeux s'étaient fixés sur lui. Drago, concentré sur sa potion, leva soudain les yeux et croisa son regard insistant. Il fronça les sourcils avant de parler, sa voix basse mais acérée.
— Pourquoi tu me fixes, Granger ? demanda-t-il, levant un sourcil interrogateur.
Hermione cligna des yeux, prise sur le fait. Son visage devint immédiatement cramoisi.
— Euh, je… Non ! balbutia-t-elle. Je ne te fixe pas du tout !
Drago eut un petit rire moqueur, secouant légèrement la tête.
— Ouais… à d'autres. Quelque chose te brûle les lèvres. Parle.
Hermione serra les dents. Comment pouvait-il deviner si facilement ? Elle le fixa avec suspicion avant de répondre :
— Comment fais-tu pour deviner ? T'as des pouvoirs comme Luna ou quoi ?
Un sourire narquois s'étira sur les lèvres du blond.
— Ne me compare pas à Loufoqua Lovegood, rétorqua-t-il. Mais non, Granger… c'est juste que tu es comme un livre ouvert. C'est facile de lire en toi.
Hermione sentit son visage devenir encore plus rouge, si cela était possible. Elle détourna brièvement les yeux, vexée par sa remarque. Elle n'aimait pas l'idée qu'il puisse la comprendre aussi facilement, encore moins dans un moment où elle se sentait déjà si vulnérable.
Prenant une profonde inspiration, elle rassembla son courage.
— Il y a une veillée ce soir… pour Ashley, commença-t-elle, sa voix hésitante.
Drago hocha légèrement la tête, son expression restant neutre.
— Quand ? demanda-t-il.
— Ce soir… je viens de te le dire, répondit-elle maladroitement, gênée par son propre manque de clarté.
Il plissa légèrement les yeux, son ton devenant un brin impatient.
— Granger… quelle heure ?
— Oh… oui… euh… On pourrait se rejoindre après la partie de Quidditch.
Drago laissa échapper un petit soupir et haussa les épaules.
— Et on fait ça où ? continua-t-il.
Hermione mordilla sa lèvre inférieure, réalisant qu'ils n'avaient pas encore décidé.
— On n'en a pas parlé… avoua-t-elle.
Un sourire presque imperceptible se dessina sur les lèvres du Serpentard.
— Donc, je décide. Salle sur demande, ça te va ? Comme la dernière fois.
Hermione croisa les bras, adoptant une expression faussement sévère.
— Si c'est toi qui décides, pourquoi tu me demandes mon avis ? lança-t-elle.
— Pour être poli, répondit-il avec un haussement d'épaules nonchalant.
— Et si ça ne me convenait pas ? répliqua-t-elle, arquant un sourcil.
Un sourire narquois illumina le visage de Drago.
— Bah… endure ! conclut-il.
Hermione leva les yeux au ciel.
— Oh, Malefoy…, souffla-t-elle, mi-agacée, mi-amusée.
Le reste du cours se déroula sans aucune engueulade, une première dans leur dynamique chaotique.
Le match de Quidditch arriva plus vite qu'Hermione ne l'aurait imaginé. Assise dans les gradins avec Ginny et Neville, elle essayait de se concentrer sur le jeu, mais ses pensées continuaient de vagabonder. Les cris d'encouragement autour d'elle semblaient lointains.
Quelques rangs derrière eux, Pansy, Blaise, et Théodore s'étaient installés, préférant garder une distance respectable avec les Gryffondors. Le match se déroula avec une intensité habituelle, mais sans incidents majeurs. Finalement, Gryffondor remporta la victoire, déclenchant des hurlements de joie dans les gradins rouges et or.
Hermione jeta un coup d'œil vers la table des scores et aperçut Drago. Il se tenait à l'écart de son équipe, ses bras croisés, le visage impassible. Habituellement, il aurait été le premier à crier à la tricherie ou à accuser les arbitres de favoritisme. Mais cette fois, il resta silencieux. Il n'essayait même pas de motiver les autres membres de son équipe, qui semblaient eux aussi abattus.
Hermione sentit un pincement au cœur en le voyant ainsi. Il n'était plus le Drago Malefoy qu'elle connaissait, celui qui fulminait au moindre échec. Non, ce garçon-là semblait… brisé.
Ginny interrompit ses pensées en l'interpellant :
— Mione, on va descendre féliciter l'équipe. Tu viens ?
Hermione hocha la tête et suivit ses amis, mais son esprit restait préoccupé par le regard vide de Drago, un regard qui trahissait une douleur qu'elle ne pouvait ignorer.
Les membres des deux maisons se levèrent en silence et se rejoignirent devant la salle sur demande. Lorsqu'ils entrèrent, une pièce parfaitement aménagée se révéla devant eux. Les couleurs rouge et or de Gryffondor se mêlaient harmonieusement au vert et argent de Serpentard, créant une atmosphère étonnamment apaisante. Des photos d'Ashley encadraient les murs, capturant ses sourires, ses moments de joie et son énergie éclatante. Un portrait d'elle était dressé au centre, comme pour rappeler à tous sa présence. Elle semblait vivante, là avec eux, son sourire bienveillant éclairant la pièce.
Trois canapés confortables étaient disposés devant une cheminée. Hermione s'installa avec Harry et Ron sur l'un d'eux, tandis que Pansy, Drago, et Blaise prenaient place sur un autre. Ginny, Théodore et Neville s'assirent sur le dernier.
— Comment on fait ça ? demanda Pansy, brisant le silence.
Hermione hésita, cherchant ses mots.
— Euh… on pourrait commencer par dire ce qu'on appréciait chez elle, proposa-t-elle timidement.
Blaise se redressa légèrement, un sourire mystérieux aux lèvres.
— Et moi, j'ai quelque chose pour pimenter cette soirée, lança-t-il.
Hermione se retourna vivement vers lui, les sourcils froncés.
— T'es malade ! s'exclama-t-elle. Franchement, tu crois que c'est une bonne façon de lui rendre hommage ?
Harry et Drago, en parfaite synchronisation, répondirent en chœur :
— J'en veux.
Blaise rit doucement avant de faire apparaître des verres. Il les remplit avec une potion ambrée qui n'était autre que du Whisky Pur-Feu, et distribua les verres un par un. Le dernier, destiné à Hermione, fut tendu avec un sourire victorieux.
— Très bien. Qui commence ? demanda Drago, vidant son premier verre d'un trait avant de s'en servir un deuxième.
Neville leva timidement la main.
— Je peux, dit-il. Ashley était incroyablement douée en potions. Je suis sûr qu'elle aurait fait une excellente maître des potions.
— C'est vrai qu'elle était douée, ajouta Blaise. Mais elle savait aussi comment faire rire les gens. Elle avait ce don d'être un rayon de soleil. Elle m'avait raconté un jour qu'avant d'arriver à Poudlard, beaucoup de ses camarades la trouvaient trop pâle et l'avaient surnommée « vampire ». Elle m'a dit qu'elle leur avait fait une peur bleue en se faisant pousser des dents de vampire pour leur donner une leçon. Ce jour-là, elle m'a raconté cette histoire parce que j'avais eu une mauvaise note. Elle avait ce talent de te faire oublier tes soucis en un rien de temps.
— Ashley était merveilleuse, intervint Harry, sa voix un peu cassée. Elle était belle, souriante, et avait ce don rare de te faire sentir spécial. Quand elle te parlait, c'était comme si le reste du monde disparaissait. Même si elle ne comprenait pas tout ce que tu disais, elle écoutait, vraiment.
— Elle savait donner de bons conseils, surtout en beauté, ajouta Ginny. Elle m'avait montré comment friser mes cheveux d'une manière unique.
— Son maquillage aussi, toujours parfait, approuva Pansy. Elle n'en mettait jamais trop. Elle disait que les Moldus avaient des crèmes bien meilleures que nos sorts de Peau-Douce.
— Elle sentait bon, murmura Ron. Elle disait : « Le parfum d'une fille révèle ses plus beaux secrets. »
— C'est ridicule, intervint Théodore. Ça ne veut rien dire.
— Théo, tu sens mon parfum ? demanda Pansy avec un sourire espiègle.
— Non.
— Bah voilà, je n'ai aucun secret pour toi ! plaisanta-t-elle en riant.
Un léger rire se répandit dans la pièce, mais Drago brisa la légèreté avec une voix plus grave.
— Ashley avait une oreille attentive. Elle comprenait les gens. Elle était une meilleure sœur que je n'étais un bon frère. Elle savait me remettre à ma place et gardait toujours mes secrets. Elle pouvait être agaçante, toujours à fourrer son nez dans mes affaires. Mais elle avait toujours raison, dit-il en baissant la tête. Surtout lorsqu'on se disputait à propos de toi, Granger.
Hermione rougit légèrement, mais ne dit rien.
— Elle nous a appris à voir le meilleur chez chacun d'entre nous, intervint Hermione, sa voix empreinte d'émotion. Elle seule a réussi à réunir Gryffondor et Serpentard. Même ce soir, nous sommes ici, ensemble, et personne n'est encore mort.
Un silence respectueux s'installa. Peu à peu, le Whisky Pur-Feu et les souvenirs partagés firent leur effet. Les rires devinrent plus fréquents, et la tension dans la pièce se dissipa. Hermione remarqua que Ginny, déjà bien éméchée, s'était presque collée à Harry, qui semblait mal à l'aise. Drago, assis près d'elle, fixait la scène avec un regard noir.
— Drago, ça va ? demanda Hermione à voix basse.
— Weaslette est très proche de Potter, tu ne trouves pas ? cracha-t-il.
Hermione fronça les sourcils.
— Oh… je n'avais pas remarqué… C'est tôt, admit-elle.
— Trop tôt. C'est presque louche, rétorqua-t-il.
— Drago, tu ne penses pas qu'elle a quelque chose à voir avec tout ça… si ? demanda Hermione, choquée.
— Je ne sais plus rien, Granger, grogna-t-il. Rien n'a de sens, et ça m'énerve.
Il se leva brusquement et quitta la salle sur demande. Hermione lança un regard alarmé à Harry et suivit Drago de près. Ginny, trop ivre pour réagir, s'écroula sur le canapé. Ron se leva pour la porter, mais Pansy échangea un regard désespéré avec Blaise. Comprenant l'appel au secours silencieux, Blaise demanda à Neville de l'aider à ramener Ginny à la salle commune des Gryffondors.
Dans la salle, Harry restait silencieux, la tête entre les mains. Théodore s'installa à côté de lui.
— Tu n'as pas à t'en faire, Potter, dit-il doucement.
Harry releva à peine les yeux.
— Elle me manque, murmura-t-il. Ginny, c'est comme une petite sœur. Je ne briserai jamais son cœur. Mais Ashley… Ashley, je l'aimais comme un fou.
Pansy, assise à proximité, hocha la tête avec un léger sourire.
— Hermione est partie calmer Malefoy. Espérons qu'elle réussisse, dit-elle simplement.
Hermione parcourait les couloirs, ses pas hésitants trahissant l'effet de l'alcool. Elle secoua la tête, tentant désespérément de retrouver un semblant de lucidité.
— MALEFOY ! cria-t-elle, sa voix résonnant dans les couloirs déserts.
Pas de réponse. Elle fronça les sourcils, l'agacement et l'inquiétude se mélangeant en elle.
— MALEFOY ! répéta-t-elle, plus fort cette fois.
Soudain, des pas précipités résonnèrent au loin, accompagnés d'une voix bien trop familière.
— QUI EST LÀ ? rugit Rusard, suivi par les miaulements inquiétants de Miss Teigne.
Hermione paniqua, son cœur battant à tout rompre. Elle se retourna pour fuir, mais avant qu'elle ne puisse faire un seul mouvement, une main ferme l'attrapa et l'attira dans une salle de classe sombre. Une autre main se plaqua sur sa bouche pour étouffer son cri de surprise. Elle se débattit brièvement, jusqu'à ce qu'elle sente l'odeur familière de Drago Malefoy.
Lorsque la porte se referma doucement, elle se tourna vers lui, son souffle encore court.
— Oh, Malefoy… souffla-t-elle, soulagée. Tu m'as fait peur !
Drago la regarda, ses yeux gris étincelants d'une colère mêlée de frustration.
— T'es complètement dingue, ma parole ! grogna-t-il. Tu aurais pu te faire virer de l'école !
— Je te cherchais, répliqua-t-elle, encore essoufflée.
— Ouais, et tu es bourrée, ajouta-t-il en plissant les yeux, comme pour examiner son état.
— Mais non… protesta-t-elle, bien que sa démarche vacillante la trahisse.
Drago poussa un soupir exaspéré, mais ce n'était pas seulement son état qui l'irritait. Il ressentait une chaleur croissante dans son corps, exacerbée par l'alcool qui brouillait ses pensées. Elle s'approchait dangereusement, son parfum à la vanille le submergeant. Drago sentit son souffle chaud effleurer sa peau, et chaque fibre de son être criait à la fois de céder et de résister. Elle était si proche qu'il aurait suffi d'un mouvement, d'un geste, pour combler l'espace entre eux. Sa tête lui hurlait de la repousser, mais son corps refusait d'obéir.
— Granger… murmura-t-il, presque dans un souffle, comme un dernier avertissement.
Mais elle continua à avancer, ses yeux brillants d'une lueur qu'il ne savait comment interpréter. Une part de lui voulait la retenir, voulait cette proximité, juste un instant, pour ne pas se sentir aussi vide. Il leva une main, hésitant, puis la posa doucement sur son visage, effleurant sa joue du bout des doigts. Sa peau était douce, incroyablement douce, et le contact envoya une décharge électrique dans tout son corps.
— Hermione, arrête… murmura-t-il, mais sa voix manquait de conviction.
Il sentit son cœur s'accélérer, ses instincts se battant contre sa raison. Sa main glissa dans ses cheveux, presque involontairement, s'emmêlant dans ses boucles. Il ferma les yeux un instant, submergé par le poids de ses émotions, par ce besoin qu'il tentait désespérément de réprimer.
— Je ne peux pas… souffla-t-il, sa voix tremblante.
Quand il ouvrit les yeux, elle le regardait, surprise et vulnérable. Ce fut son salut. L'inconfort qu'il lut dans son regard lui fit l'effet d'un coup de fouet. Il recula brusquement, retirant sa main comme si elle l'avait brûlé.
— Hermione… c'est assez, réussit-il à dire, son souffle court. Tu vas le regretter si tu continues. On ne peut pas faire ça.
Ses paroles la ramenèrent brutalement à la réalité, et elle recula d'un pas, les yeux écarquillés. Un silence gênant s'installa entre eux, mais Drago savait qu'il avait frôlé un point de non-retour.
— Je… pardon. Tu as raison, balbutia-t-elle, honteuse. Je ne sais pas ce qui m'a pris.
Drago relâcha un souffle qu'il ne savait même pas qu'il retenait. Il passa une main tremblante dans ses cheveux blonds, tentant de calmer le chaos dans sa tête. Il avait été si près de céder, si près de laisser son désespoir et son désir prendre le dessus.
— Ça va, dit-il finalement, sa voix plus douce.
Hermione se mit soudain à pleurer, ses épaules tremblant sous le poids de ses émotions. Drago, pris de court, fit un pas vers elle. Il hésita, puis la tira doucement contre lui, ses bras entourant son corps frêle.
— Chut… ça va aller, murmura-t-il, posant son menton sur le sommet de sa tête. Il sentait ses larmes mouiller sa chemise, mais il s'en fichait. Pour une fois, il voulait être celui qui réconfortait.
Elle murmura contre lui, entre deux sanglots :
— Si tu agissais comme ça avec Ashley… tu étais un très bon frère pour elle.
Drago sentit un pincement dans sa poitrine, une douleur sourde qui ne disparaîtrait probablement jamais.
— Merci, Granger, murmura-t-il.
Elle se recula légèrement, leurs regards se croisant. Mais quelque chose d'autre traversa ses pensées. Son expression changea, de la tristesse à une étrange lucidité.
— DRAGO !
— Quoi ? demanda-t-il, surpris.
— Comment est-ce que Crabbe et Goyle étaient déjà au courant de la mort d'Ashley ? Hier matin, personne n'en avait encore parlé !
Son cœur se serra. Comment avait-il pu ne pas remarquer cela ?
— Je n'avais pas remarqué… souffla-t-il. Comment ont-ils su ?
— Soit quelqu'un leur a dit, soit ils y étaient, déclara-t-elle.
Il serra les dents, son regard devenant plus dur.
— Il n'y a qu'un moyen de le savoir.
— Se rendre à la source, termina Hermione, son ton aussi ferme que le sien.
Drago esquissa un sourire, cette fois dénué d'humour.
— Tu es douée en Polynectar ? demanda-t-il.
Elle hocha la tête, ses yeux brillants de détermination.
— Je pense que je pourrais gérer.
Un plan se forma entre eux, un plan qui marquerait le début d'une alliance improbable mais nécessaire. Ils allaient découvrir la vérité, coûte que coûte.
