Le week-end arriva bien vite, et Drago arriva avec une expression neutre, un sac rempli des ingrédients nécessaires à la concoction du Polynectar.

— Tiens, Granger, j'ai tout ce que tu as demandé sur cette liste, fit-il en lui tendant le sac avec une certaine froideur.
— Parfait. Merci, répondit-elle en prenant le sac et en vérifiant rapidement le contenu.

Elle fit un signe de tête en guise de gratitude, mais l'atmosphère entre eux semblait plus tendue que d'habitude. Après quelques instants de silence, ils se séparèrent, chacun rejoignant leur table respective dans la Grande Salle.

En approchant de la table des Gryffondors, Hermione aperçut Harry, Ron et Ginny en pleine discussion animée. Les rires de la cadette des Weasley résonnaient plus fort que d'habitude, mais il y avait une pointe de sarcasme dans son ton. Intriguée, Hermione haussa un sourcil.

— Salut, Mione ! lança Harry avec un sourire. Devine quoi ? Ron a un rendez-vous galant ce soir !
— Galant ? s'étouffa la lionne, surprise.
— Ouais, il fricote avec l'ennemi, ajouta Ginny en croisant les bras, un sourire moqueur étirant ses lèvres.
— Hé, ce n'est plus l'ennemi, rouspéta Ron, rouge comme une tomate.
— Oh, mais c'est super, Ron ! s'exclama Hermione, sincèrement heureuse pour lui. Qui est l'heureuse élue ?

Le rouquin marmonna quelque chose d'incompréhensible, son visage devenant encore plus cramoisi. Ginny roula des yeux et lâcha d'une voix claire :

— C'est Pansy !

Hermione, les yeux écarquillés, mit quelques secondes à assimiler l'information avant d'éclater d'un rire doux et chaleureux.

— C'est génial, Ron ! Vraiment ! s'exclama-t-elle en tapotant son bras. Écoute-moi bien, il faut que tu sois galant, d'accord ? Ouvre-lui la porte, sois gentil, et surtout, ne parle pas la bouche pleine. Oh, et…
— Mione, tu ne fais qu'augmenter mon stress, coupa Ron en se tenant la tête entre les mains.

Harry et Ginny éclatèrent de rire en voyant leur ami si nerveux. Hermione, elle, afficha un sourire affectueux avant de reporter son attention sur Harry, qui s'était tourné vers elle.

— Et toi, Mione, comment vas-tu? demanda-t-il d'un ton plus sérieux.
— Ça peut aller… Je suis juste un peu fatiguée, répondit-elle avec un léger soupir.

Ginny, qui ne semblait pas prête à lâcher Hermione si facilement, lança :

— Ça va mieux avec Malefoy?

Hermione sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots semblèrent se coincer. Finalement, elle lâcha d'une voix rapide et nerveuse :

— Euh… ça redevient normal. Pourquoi vous me parlez de Malefoy ? J'en ai rien à faire de Malefoy, absolument rien !

Elle croisa les bras et détourna le regard, sentant ses joues chauffer. Ginny éclata de rire.

— Relaxe, Mione. On plaisante, c'est tout, dit-elle en levant les mains en signe d'innocence.

Harry, cependant, resta silencieux, ses yeux verts observant attentivement sa meilleure amie. Il connaissait ce regard fuyant, cette manière de jouer avec une mèche de cheveux. Hermione cachait quelque chose. Et Harry Potter n'aimait pas rester dans l'ignorance.

Le groupe se dirigea vers leur cours de Soins aux Créatures Magiques. L'atmosphère était légère, mais Harry profita du moment pour s'installer juste à côté d'Hermione. Il avait l'intention de creuser doucement, mais sûrement.

Le professeur Hagrid arriva avec une créature fascinante, et le cours débuta tranquillement. Cependant, Harry n'écoutait qu'à moitié, concentré sur les gestes et les expressions de sa meilleure amie.

— Hermione… murmura-t-il discrètement. Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai?

Hermione tourna la tête vers Harry, ses sourcils froncés, une lueur d'inquiétude dans les yeux. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, un bruit assourdissant retentit. Hagrid venait de faire exploser un tonneau de nourriture pour attirer l'attention de la créature qu'il présentait. Hermione et Harry sursautèrent, tout comme les autres élèves, et le moment fut momentanément interrompu.

Pourtant, Harry n'en démordit pas. Il se pencha discrètement vers Hermione, sa voix réduite à un murmure.

— Mione…
— Quoi? répondit-elle à voix basse, son ton un peu tranchant.
— Tout à l'heure… t'avais pas l'air dans ton assiette quand Gin' a mentionné Malefoy, murmura-t-il, ses yeux émeraude plantés sur elle.

Hermione sentit ses joues chauffer légèrement. Elle détourna le regard et secoua la tête.

— De quoi tu parles, Harry? Je vais très bien, trancha-t-elle sèchement.
— Mione… tu n'es jamais comme ça. Il y a quelque chose que tu me caches, poursuivit-il, son regard perçant.
— Voyons, Harry… soupira-t-elle, comment pourrais-je te cacher des choses?
— Regarde-moi dans les yeux, exigea-t-il.

Elle hésita un instant, puis planta finalement ses noisettes dans les émeraudes intenses de son meilleur ami. Son cœur battait la chamade. Elle savait qu'elle ne pourrait pas mentir face à ce regard.

— Maintenant, continua-t-il doucement, mais fermement, jure-moi que tu ne me caches rien.

La lionne déglutit, ses pensées tourbillonnant dans sa tête. Il savait. Il savait qu'elle cachait quelque chose. Mais jamais elle n'oserait lui parler de ce qui s'était presque passé avec Malefoy ce soir-là, ou des émotions troublantes qui l'assaillaient depuis. Pourtant, elle devait lui dire quelque chose.

— Je… Harry… pffff, soupira-t-elle, baissant brièvement les yeux avant de se lancer. Avec Drago… on cherche à savoir qui aurait pu tuer sa sœur.

Harry resta interdit un moment, puis sa colère éclata.

— Et c'est là que tu m'en parles? s'indigna-t-il, ses yeux lançant des éclairs. Je veux aider!
— Harry… écoute, tenta-t-elle, Malefoy et moi avons eu une altercation avec Crabbe et Goyle avant que l'annonce officielle du décès ne soit faite aux autres. Mais Crabbe et Goyle étaient déjà au courant.
— Comment est-ce possible? demanda-t-il, ses sourcils se froncèrent davantage, sa voix emplie de suspicion.
— C'est ce qu'on cherche à savoir! répondit-elle, frustrée par son propre manque de réponse.
— Comment comptez-vous faire? insista-t-il, son ton devenant plus pressant.
— C'est simple : Polynectar, lâcha-t-elle en croisant les bras.

Harry blêmit légèrement.

— Mione, c'est dangereux! En qui allez-vous prendre l'apparence? Si vous voulez faire parler Crabbe et Goyle…
— Montague et Pucey, répondit-elle rapidement. Ils sont souvent avec Crabbe et Goyle.
— Non! coupa Harry fermement. C'est trop risqué. Ils sont puissants, et les assommer serait presque impossible!

Il réfléchit un instant, ses yeux brillants d'une idée.

— Vous devriez prendre l'apparence de Daphné Greengrass et Marcus Flint. Ces deux-là traînent avec eux, et Crabbe et Goyle baisseraient leur garde.

Hermione considéra la suggestion.

— Ce n'est pas faux…
— Montague et Pucey, c'est une folie! continua Harry. Et je veux savoir quand vous prévoyez de faire ça. Je surveillerai tout depuis la carte des maraudeurs. Si quelque chose tourne mal, je vous rejoindrai.

Hermione hésita, mais finit par céder.

— Très bien… souffla-t-elle, se résignant. Mais pas un mot à Malefoy!
— Promis, fit-il avec un sourire malicieux.

Le cours continua sans autre incident, mais Hermione sentait la tension qui lui nouait l'estomac. Lorsque la journée prit enfin fin, elle récupéra rapidement son sac magique et fila vers la salle de bain des préfets. Là, elle commença à préparer le Polynectar avec soin, suivant chaque étape méticuleusement. Les pleurnicheries incessantes de Mimi Geignarde, qui ne cessait de gémir sur ses propres malheurs, lui donnaient envie de s'arracher les cheveux.

— Mimi, tu pourrais te taire? J'essaie de me concentrer, s'exclama Hermione, exaspérée.
— Pourquoi? Ce n'est pas comme si quelqu'un se souciait de moi, répondit Mimi en reniflant dramatiquement.
— Et si tu te souciais de me laisser travailler? répliqua Hermione, sèchement.

Une fois la potion en sécurité, elle quitta la salle de bain et se dirigea vers la bibliothèque. Elle avait désespérément besoin de se calmer et de se plonger dans un livre pour oublier ses tourments. Mais une petite voix dans sa tête lui rappelait sans cesse que les jours à venir allaient être tout sauf reposants.

Tandis qu'Hermione était plongée dans ses bouquins, un frisson glacé parcourut soudain sa nuque. Un courant d'air terriblement froid, presque surnaturel, semblait s'être infiltré dans la bibliothèque. Elle releva lentement la tête, scrutant les rangées de livres. Personne. Pas un bruit, pas une présence. Pourtant, elle sentait ce froid étrange lui mordre la peau. Frissonnant, elle attrapa une veste qu'elle passa par-dessus sa robe de sorcier et essaya de se replonger dans ses devoirs.

Mais à peine eut-elle repris sa plume qu'une nouvelle vague glaciale s'abattit sur elle, plus intense encore. Elle se redressa brusquement, ses yeux balayant nerveusement les alentours. Toujours rien. Son cœur battait plus vite.

— Tu es au bord de la folie, ma vieille…, murmura-t-elle, dans une tentative futile de se rassurer.

Déterminée à ne plus rester dans cet endroit oppressant, elle ferma ses bouquins d'un geste sec, les rangea dans son sac, et se hâta de quitter la bibliothèque. Le couloir silencieux lui semblait plus sombre qu'à l'accoutumée. Elle marchait à grands pas, mais l'impression d'être suivie la rattrapait à chaque instant. Ses mains tremblaient légèrement en serrant les lanières de son sac.

Encore ce froid. Cette sensation de glace qui semblait naître dans ses os. Un vent invisible qui la faisait frissonner jusqu'à la moelle. Elle accéléra le pas, refusant de se retourner, mais à chaque détour, son instinct lui criait qu'elle n'était pas seule.

Quand elle atteignit enfin l'entrée de la salle commune de Gryffondor, elle se retourna une dernière fois, son souffle court, ses yeux écarquillés. Rien. Juste l'ombre des couloirs, étirée par la lumière des torches.

— C'est officiel, je suis folle, souffla-t-elle pour elle-même, la voix tremblante.

Elle murmura le mot de passe à la Grosse Dame et s'engouffra dans la salle commune. Ses pas rapides et son visage tendu attirèrent l'attention de plusieurs élèves, mais elle les ignora. La fatigue lui pesait lourdement. Elle avait besoin de sommeil, d'oublier cette impression oppressante. Elle monta sans un mot dans son dortoir.


Harry et Ron, assis près de la cheminée, échangèrent un regard interrogateur en voyant Hermione passer comme une flèche.

— Elle avait pas l'air bien…, murmura Harry.
— Ouais, étrange…, répondit Ron, haussant les épaules. Tu devrais peut-être lui demander plus tard.

Mais Harry ne s'y attarda pas. Il se tourna vers son meilleur ami, un sourire malicieux au coin des lèvres.

— Alors mon vieux, t'es prêt pour ton rendez-vous avec Pansy ?

Ron rougit légèrement, ajustant son col d'un geste nerveux.

— Je crois que oui…, répondit-il, un peu hésitant. Mais je suis quand même nerveux, tu sais.
— C'est normal, rassura Harry avec un sourire sincère. Si t'avais vu quand j'ai ouvert mon cœur à Ashley…, ajouta-t-il, sa voix brisant légèrement, une boule se formant au creux de son estomac.

Le rouquin posa une main compatissante sur l'épaule de son ami, un sourire sincère et doux sur le visage.

— Ouais… je te crois. Mais c'est pas pareil, Harry, fit-il doucement.

Harry se redressa et, d'un geste encourageant, tapota l'épaule de Ron.

— Allez, vas-y! Sinon tu vas être en retard!

Ron inspira profondément, ajusta une dernière fois sa tenue et se leva, le cœur battant à toute vitesse.

— Tu crois que ça va bien se passer? demanda-t-il, hésitant au dernier moment.
— Écoute, Ron, elle t'a invité, non? Ça veut tout dire! Fais-lui simplement passer un bon moment. Et… reste toi-même.

Le rouquin hocha la tête avec détermination et se dirigea vers la sortie. Harry le regarda partir, un sourire amusé sur les lèvres. Mais bientôt, son regard s'assombrit en repensant à Hermione et à la tristesse encore vive qui planait sur leur groupe.

Ron se dirigea vers les portes du château, le cœur battant à tout rompre. Pansy l'attendait déjà à l'entrée, un léger sourire espiègle aux lèvres. Sans réfléchir, Ron prit timidement sa main dans la sienne, sentant un frisson parcourir son bras. Ils disparurent dans la nuit, marchant côte à côte jusqu'au lac, où le Gryffondor avait préparé un pique-nique.

— Oh, Weasley ! Tu n'aurais pas dû ! Ce n'était pas nécessaire, dit-elle avec un sourire sincère.
— J'en avais envie, Parkinson, répondit-il, essayant de cacher sa nervosité.
— On s'installe ? demanda-t-elle, un sourcil relevé.
— Après vous, mademoiselle Parkinson, dit-il en exagérant un geste de galanterie.
— Merci… Oh, je crois qu'on peut s'appeler par nos prénoms maintenant, fit-elle en riant doucement.

Ron lui rendit son sourire et s'assit à ses côtés sur la couverture qu'il avait étendue au bord de l'eau. La lune éclairait doucement leur visage, donnant à cette soirée une atmosphère presque magique. La tension entre eux se relâcha rapidement, Ron trouvant son aise en racontant des blagues et en imitant des camarades de Gryffondor, ce qui fit éclater de rire la Serpentard.

— J'aime ton rire, dit-il soudain, sincèrement.

Pansy rougit légèrement et baissa les yeux.

— Merci…, murmura-t-elle, un sourire timide aux lèvres.
— Je ne te croyais pas comme ça, continua Ron, hésitant.
— Qu'est-ce que tu veux dire par "comme ça" ? demanda-t-elle, légèrement sur la défensive.
— Bah… Je ne sais pas trop comment l'expliquer, mais… tu me semblait inabordable. Une fille snob à qui je n'aurais jamais pensé parler un jour, dit-il, un peu maladroitement.

Pansy plissa les yeux, mais un sourire en coin se dessina sur son visage.

— Et moi, je n'aurais jamais pensé que tu étais si drôle, admit-elle. Je sais que je peux paraître hautaine, mais… c'est une protection. Je ne veux pas être blessée, alors je blesse les autres.

Ron hocha la tête, comprenant le poids de ses mots.

— C'est une carapace que tu te fais, mais pourtant… tu es tellement sympa quand on apprend à mieux te connaître. Tu ne devrais pas te cacher derrière un masque de serpent. Tout le monde verrait ce que moi, je vois en ce moment.

Les mots touchèrent profondément Pansy, qui baissa à nouveau les yeux, troublée. Elle savait qu'il avait raison, mais elle avait passé sa vie à se protéger derrière cette façade. Pourtant, Ron semblait différent. Il ne cherchait pas à la briser ni à se jouer d'elle. Avec lui, elle se sentait étrangement en sécurité.

— Je ne veux pas tourner autour du pot, Pansy, mais…, commença Ron.

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Sous une impulsion soudaine, Pansy se pencha et captura ses lèvres avec une douceur désarmante. Le cœur de Ron explosa dans sa poitrine, mais il répondit rapidement, ses mains trouvant instinctivement leur place. Une sur ses hanches, pour la rapprocher de lui, l'autre s'égarant dans ses cheveux noirs et soyeux. Leur baiser devint plus profond, leurs émotions parlant à leur place.

Quand Pansy mit fin au baiser, leurs regards se croisèrent. Elle posa son front contre le sien, un sourire espiègle sur les lèvres.

— Pourquoi tu souris bêtement ? demanda-t-elle.
— Parce que… tu es la plus belle créature que j'aie vue de ma vie, répondit-il, sincère.
— Oh, c'est si romantique ! répliqua-t-elle en riant.
— Je fais ce que je peux, dit-il, un peu gêné.

Elle l'embrassa à nouveau, mais cette fois, plus doucement, presque timidement.

— Est-ce que ça signifie qu'on est officiellement ensemble ? demanda Pansy en se retirant légèrement.
— Ça ne dépend que de toi. On a commencé cette relation d'une drôle de façon, mais… j'ai envie de continuer, de voir où ça peut nous mener.

Pansy baissa les yeux, ses pensées tourbillonnant à toute vitesse. Ron attendait patiemment, son regard empreint de douceur et d'espoir, mais elle sentait son cœur tiraillé. La soirée avait été parfaite, bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Avec lui, elle pouvait rire, être elle-même, sans avoir besoin de masquer sa véritable personnalité derrière des airs hautains.

Mais elle était une Serpentard. Lui, un Gryffondor. Dans leur monde, c'était un paradoxe, une anomalie. Pouvait-elle vraiment s'autoriser à ressentir ces papillons dans l'estomac pour quelqu'un qui, selon tous les standards de son cercle, représentait l'ennemi ?

Elle se souvenait des années où elle avait ri des blagues cruelles que Drago faisait sur Ron. Les remarques moqueuses qu'elle avait elle-même lancées à son égard. Et maintenant… Il était là, devant elle, prêt à lui ouvrir son cœur. C'était troublant. Elle se sentait tiraillée entre deux facettes d'elle-même: celle qui avait grandi en suivant aveuglément les attentes de sa maison, et celle qui commençait à entrevoir un avenir différent, un avenir où elle pourrait être heureuse.

Et puis, il y avait la peur. Pansy avait passé toute sa vie à construire une carapace, à ne jamais se laisser atteindre. Ron, avec son sourire maladroit et ses paroles sincères, menaçait de percer cette armure. Elle ressentait une étrange sécurité en sa présence, mais… si elle se trompait ? Si elle baissait la garde et que tout cela s'effondrait ? Si elle devenait vulnérable, pour finir blessée ?

Elle leva timidement les yeux vers lui. Dans ses prunelles bleues brillait une lueur d'espoir et… d'amour ? Était-ce possible ? Ron Weasley, cet homme si différent de tous ceux qu'elle avait connus, semblait sincère. Et pour la première fois depuis longtemps, elle sentit un léger éclat de chaleur percer à travers la glace qu'elle avait accumulée autour de son cœur.

Mais le doute persistait. Pouvait-elle se permettre d'être heureuse avec un Gryffondor, un traître à son sang ? Pouvait-elle assumer cette relation devant ses amis, sa famille ? Et surtout… pouvait-elle vraiment laisser tomber son masque, prendre ce risque, et s'ouvrir à l'amour ?

Elle se força à sourire, bien qu'un mélange de peur et d'excitation la submergeât encore.

— Je… laisse-moi y réfléchir, tu veux bien ? dit-elle finalement, sa voix douce mais tremblante.

Elle vit un éclair de déception passer brièvement dans ses yeux, mais il hocha la tête avec compréhension.

— Prends ton temps, répondit-il, sa voix emplie de sincérité. Je vais être là, à t'attendre.

Ces mots, si simples, résonnèrent en elle comme une promesse. Pour la première fois, elle se demanda si elle n'avait pas passé trop de temps à fuir. Peut-être… peut-être que cette fois, elle pourrait tenter sa chance.

Elle lança un de ses plus beaux sourires à Ron, espérant qu'il comprenne qu'il avait déjà franchi une grande partie du chemin vers son cœur.

Ils restèrent un moment silencieux, leurs regards connectés, avant que Pansy ne lui dise qu'il se faisait tard et qu'ils devraient rentrer. Ron hocha la tête et l'accompagna jusqu'à la salle commune de Serpentard, leur pas lent et tranquille. Avant qu'elle n'entre, il effleura doucement sa main, hésitant, avant de se détourner pour retourner à Gryffondor.

Arrivé à son lit, il poussa un long soupir de bonheur et de confusion. Réveillant doucement Harry, il lui raconta tout. Harry, bien que fatigué, écouta attentivement, un sourire chaleureux sur le visage.

— T'as fait du bon boulot, Ron, dit-il en baillant. C'est tout ce qui compte. Si t'es heureux, moi aussi je le suis.

Ron sourit, s'allongeant avec l'image de Pansy encore gravée dans son esprit. Pour la première fois depuis longtemps, il s'endormit le cœur léger.

Harry était plein d'espoir pour son meilleur ami. Si Ron pouvait trouver le bonheur, peu importe où, avec qui, ou comment, c'était tout ce qui comptait. Lui, de son côté, avait l'impression que le bonheur lui glissait entre les doigts à chaque fois qu'il osait y toucher. Ashley… Elle était devenue le centre de son univers, et cette perte laissait un vide si immense qu'il se demandait s'il arriverait un jour à combler ce gouffre.

Il poussa un soupir en repensant à ses pensées d'un peu plus tôt. "Peu importe que ce soit une Serpentard ou une Poufsouffle", s'était-il dit. Oui, y'avait aucune situation qui pouvait être pire que "la sœur de mon pire ennemi". Et pourtant, même avec toutes les complications, Ashley avait illuminé sa vie. Leur histoire, bien que courte, avait été réelle, pure, et remplie d'émotions qu'il n'avait jamais cru possibles pour lui.

Allongé dans son lit, Harry fixait le plafond du dortoir. Les visages de ses amis endormis se découpaient faiblement dans la pénombre. Il réfléchissait toujours. Il voulait avancer, mais c'était comme si Ashley était une ombre douce et persistante, présente dans chaque recoin de ses pensées. Elle le tourmentait constamment; ses souvenirs étaient un mélange d'euphorie et de douleur insupportable. Comment pouvait-il continuer, alors qu'elle n'était plus là? Comment trouver un sens à cette perte insensée?

Il serra son poing contre son torse, là où son cœur battait encore douloureusement. Ce n'était pas juste pour elle. Ashley n'aurait pas voulu qu'il se laisse emporter par le chagrin. Elle l'aurait voulu fort, avancé, vivant. Pour elle. Pour eux. Pour tout ce qu'ils auraient pu avoir.

Harry finit par soupirer profondément. Il devait passer à autre chose. Pas parce qu'il le voulait vraiment, mais parce qu'il le devait. Pour elle. Pour honorer sa mémoire. Ce serait long, difficile, et parsemé de moments de doute, mais il savait qu'il le ferait.

Il ferma les yeux, cherchant un fragment de paix dans le chaos de son esprit. Lentement, le sommeil finit par l'engloutir. Ses derniers souvenirs éveillés furent pour elle: son sourire lumineux, son rire cristallin, et la sensation réconfortante qu'elle apportait à son monde. Dans ses rêves, Ashley était encore là, immortelle dans les méandres de son cœur.


Le lendemain matin, Hermione se leva avant même que le soleil ne se lève entièrement. Elle avait mal dormi, hantée par ses pensées et la fatigue accumulée. Malgré tout, une seule chose occupait son esprit: le Polynectar. Elle savait qu'il n'était qu'à ses débuts, qu'un mois était nécessaire avant qu'il soit prêt, mais elle ressentait un besoin inexplicable d'aller vérifier. Juste pour s'assurer que tout était en ordre.

Après un passage rapide dans la Grande Salle pour avaler quelques bouchées, elle monta directement à la salle de bain des préfets, son sac à l'épaule. Le château était calme à cette heure-ci, presque désert, mais en approchant de la salle, Hermione fut soudain interrompue par des éclats de voix. Une dispute. Deux voix féminines s'élevaient et résonnaient dans les murs carrelés de la pièce.

Elle s'arrêta net, ses sens en alerte. Elle connaissait l'une de ces voix… Mimi Geignarde. Mais avec qui pouvait-elle bien se quereller? Elle avançait prudemment, ses pas résonnant faiblement sur le sol, lorsqu'un craquement sous son pied révéla sa présence. En un instant, Mimi apparut devant elle, flottant avec une expression furieuse.

— Tu! rugit le fantôme en la pointant du doigt. Pourquoi es-tu ici, Hermione Granger? Tu n'as pas déjà causé assez de problèmes?
— Mimi? demanda Hermione, déconcertée. Avec qui est-ce que tu te disputais?

Mimi croisa les bras, gonflant ses joues fantomatiques d'indignation.

— Une fille très très fatigante et moche qui essaie de me voler ma place, bien sûr!
— Eh! Je ne suis pas moche! s'éleva une deuxième voix, plus lointaine, mais distincte.

Hermione se figea, son cœur bondissant dans sa poitrine. Cette voix… cette voix lui glaça le sang. Elle la connaissait. Mais cela ne pouvait pas être possible. Non. C'était un effet du manque de sommeil, ou peut-être de l'angoisse. Elle était en train d'imaginer des choses.

— C'est impossible…, murmura Hermione pour elle-même, reculant légèrement.
— Oh parce que tu la connais? hurla Mimi en tournant sur elle-même, son indignation montant d'un cran. C'est pour ça! Tu es la raison pour laquelle elle me casse les pieds!
— De… de qui tu parles… ? bégaya Hermione, ses mains tremblant légèrement.

Avant que Mimi ne puisse répondre, une silhouette translucide émergea lentement de derrière une colonne, s'approchant doucement. Cette présence flottait à quelques centimètres du sol, mais il n'y avait aucun doute: c'était elle. Ses traits, son sourire légèrement moqueur, ses cheveux blonds flottant autour de son visage comme un halo spectral.

Hermione ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Elle se pinça discrètement le bras pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas, mais la vision devant elle ne disparaissait pas. Le fantôme se planta devant elle, son regard brillant d'une lumière étrange.

— J'hallucine… murmura Hermione, les yeux écarquillés.

Le fantôme haussa un sourcil, visiblement amusé par sa réaction.

— Salut, Hermione. C'est bon de te revoir… lança Ashley, un sourire triste étirant ses lèvres translucides.