Les deux ennemis se séparèrent brusquement, comme pris en flagrant délit, leurs gestes maladroits trahissant leur gêne. Hermione replaçait rapidement ses cheveux et sa jupe, qui s'était légèrement relevée lorsqu'elle était allongée sur l'herbe, tandis que Drago ajustait sa chemise froissée. Tous deux étaient rouges de honte.
Pansy, un sourire taquin accroché aux lèvres, les regardait tour à tour, savourant visiblement la situation. Ron, lui, restait figé, les yeux ronds et la bouche entrouverte, complètement sous le choc.
— On a enfin un aperçu de ce que vous faites de vos temps libres, plaisanta la Serpentard, son rire éclatant brisant le silence.
Drago resta impassible, mais Hermione tentait de se contenir, les joues cramoisies. Une idée germa alors dans l'esprit du blond. Puisqu'il regrettait déjà ce qui venait de se passer avec sa pire ennemie, pourquoi ne pas en rajouter une couche et s'amuser un peu ? Sans consulter Hermione, il afficha un sourire charmeur, rempli de sous-entendus, en direction de Pansy.
— Ce qu'on fait de nos temps libres ne te concerne pas, rétorqua-t-il avec un ton exagérément désinvolte. Une chance que vous ne nous suivez pas partout... vous en tomberiez de vos balais.
Hermione, Pansy et Ron écarquillèrent les yeux face à cette déclaration audacieuse. La Gryffondor ouvrit la bouche pour protester, mais Drago fut plus rapide.
— Désolé, ma chérie, je sais que tu ne voulais pas qu'ils l'apprennent comme ça, ajouta-t-il avec un clin d'œil moqueur, en passant un bras autour des épaules d'Hermione.
— Euh... balbutia-t-elle, complètement confuse.
— Alors, vous êtes ensemble, Mione ? demanda Ron, son ton oscillant entre incrédulité et colère.
— Je... je…
— Puisque je te le dis, Weasley ! coupa Drago, une lueur provocante dans le regard. T'as besoin d'un dessin encore plus clair que ce que tu viens de voir ? Ça ne me dérange pas de te faire une autre démonstration. Tu pourrais même apprendre quelques trucs... tu sais, pour Pansy.
Ron devint rouge comme un coquelicot et secoua la tête, horrifié. Pansy éclata de rire, les larmes aux yeux, et le regard noir que lui lança Ron ne fit qu'accentuer son hilarité.
— Attends que je raconte ça à Blaise ! s'exclama-t-elle entre deux éclats de rire. Ron, il faut que tu le dises à Potter !
— Je... euh, intervint Hermione, tentant de reprendre le contrôle de la situation. Puis-je l'annoncer moi-même à Harry... Ron ?
Ron, qui était toujours sous le choc, hocha la tête lentement, incapable de parler. Mais il se reprit rapidement, fixant Hermione d'un regard sérieux.
— Je te laisse jusqu'à ce soir, Mione. Sinon, c'est moi qui lui dis, grogna-t-il.
Hermione acquiesça, sachant qu'elle n'avait pas vraiment le choix. Pansy et Ron repartirent en direction du château, laissant les deux fautifs seuls sur le terrain de Quidditch. Une ombre, tapie dans l'obscurité, avait observé toute la scène et suivit discrètement le couple vers le château. Elle avait des choses à raconter.
Une fois seuls, Hermione se tourna vivement vers Drago et lui asséna un coup de poing bien senti sur l'épaule.
— T'es folle ! protesta-t-il en se massant l'épaule.
— Toi, t'es malade ! Pourquoi as-tu dit ça à Pansy et Ron ? s'exclama-t-elle, furieuse.
Drago haussa les épaules, l'air nonchalant.
— J'en sais rien... Quand l'adrénaline redescendra, je vais sûrement m'en mordre les doigts autant que toi. Mais pour l'instant, j'ai trouvé ça drôle. Et je pensais pas qu'ils me croiraient aussi facilement.
— Et t'avais pas pensé à ce que je pouvais en penser ? répliqua-t-elle, les bras croisés.
— Pas du tout, admit-il avec un sourire désarmant. Mais réfléchis. On peut jouer le jeu quelques temps. Ça leur évitera de mettre leur nez partout dans nos affaires.
Hermione hésita, son esprit s'emballant à cette idée. Cela leur donnerait effectivement plus de liberté pour mener leurs recherches sans éveiller de soupçons. Après quelques secondes de réflexion, elle hocha la tête.
— Très bien, mais c'est toi qui assumes si ça tourne mal, dit-elle, pointant un doigt accusateur sur lui.
— Évidemment, répondit-il avec un sourire satisfait.
Drago s'approcha d'elle, un éclat espiègle dans les yeux.
— Alors... on en était où avant qu'ils arrivent ? demanda-t-il, sa voix plus douce.
Hermione rougit légèrement mais se détourna, reprenant sa marche vers le château.
— Je crois qu'on en avait terminé pour aujourd'hui, dit-elle, sans se retourner.
— Je prends ça pour un rendez-vous... Tu as dit "pour aujourd'hui", fit-il remarquer en la suivant, un sourire narquois accroché à ses lèvres.
Hermione roula des yeux, un petit sourire trahissant malgré tout son amusement. Ils décidèrent de se séparer avant d'entrer dans la Grande Salle. Ils savaient que la moindre entrée synchronisée attirerait l'attention, et ils en avaient déjà bien assez sur les bras. Pourtant, lorsqu'Hermione franchit le seuil de la salle, un silence tomba instantanément. Tous les regards se tournèrent vers elle.
Les Gryffondors la fixaient avec une méfiance palpable. Les Poufsouffles sifflaient doucement, amusés, tandis que les Serdaigles éclataient de rires moqueurs. Les Serpentards, eux, affichaient des visages outrés, comme si elle avait trahi une sorte de code non écrit. Elle sentit ses joues rougir et tenta de garder la tête haute, bien qu'elle n'ait qu'une envie : disparaître sous terre.
À peine quelques secondes plus tard, Drago entra à son tour. Il fut accueilli par des applaudissements sarcastiques de certains Serdaigles, ce qui le fit sourire avec une arrogance typiquement Malefoy. Il jeta un coup d'œil vers la table des Gryffondors, cherchant Hermione du regard. Mais elle s'était déjà installée à côté de Harry et Ron et se cachait presque sous la table, le nez plongé dans un livre, faisant de son mieux pour disparaître.
Harry, en revanche, ne faisait aucun effort pour cacher sa colère. Son expression était fermée, ses sourcils froncés, et Hermione pouvait sentir son regard brûlant même sans lever les yeux.
— Mione, qu'est-ce que c'est que cette histoire avec Malefoy ? demanda-t-il abruptement, cassant le silence. Je croyais que vous faisiez…
— Euh, oui... Harry, coupa-t-elle précipitamment, cherchant ses mots. Tu sais… c'est arrivé comme ça, et puis… il n'est pas si méchant qu'on peut le croire… Regarde Ashley ! À force de le côtoyer...
Harry croisa les bras, visiblement peu convaincu.
— Fais bien attention, Mione. Tu sais qu'il a la réputation d'être un coureur de jupons... Je ne voudrais pas que tu te fasses avoir, dit-il avec sérieux.
Hermione serra les mâchoires, essayant de garder son calme.
— Harry, merci de t'inquiéter, mais je suis assez grande pour savoir ce que je fais, répondit-elle d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu. De toute manière, avec Malefoy, on en a déjà parlé de tout ça. Les filles à qui il a brisé le cœur ne sortaient pas officiellement avec lui. C'est différent maintenant. C'est mon petit ami, et je crois que toute l'école est au courant. Ça ne peut pas être plus officiel.
Elle réalisa à peine les mots qu'elle venait de prononcer, et pourtant, ils étaient sortis avec une telle facilité qu'elle s'étonna elle-même. Elle avait instinctivement pris la défense de Drago, et ce n'était pas aussi difficile qu'elle l'aurait cru. Une pensée fugace lui traversa l'esprit : si Ashley assistait à cet échange quelque part en secret, elle devait être morte de rire.
— Et Ronald, je croyais que tu allais être capable de tenir ta langue plus d'une heure, franchement ! lança-t-elle avec irritation en direction du rouquin.
Ron ouvrit la bouche, choqué, et secoua la tête avec véhémence.
— Mione… ce n'est pas moi, je te jure ! protesta-t-il.
— C'est vrai, Mione, intervint Harry en soupirant. J'étais au courant avant même qu'il entre dans la pièce. Tout le monde était déjà au courant. Alors je crois qu'il n'y avait pas que Ron et Parkinson qui savaient.
Hermione sentit un frisson lui parcourir l'échine. Elle avait sous-estimé la rapidité à laquelle les rumeurs pouvaient se propager à Poudlard.
— Je vois... murmura-t-elle, l'inquiétude se lisant dans ses yeux.
Elle baissa légèrement la tête, réfléchissant à ce que cela impliquait. La situation prenait une ampleur qu'elle n'avait pas anticipée, et elle savait que ce n'était que le début.
Drago s'assit brusquement aux côtés de Blaise et Pansy, le regard sombre, les sourcils froncés et les poings serrés. Il était furieux. Tout cela avait dérapé bien plus vite qu'il ne l'avait prévu. Il aurait voulu au moins une journée ou deux avant que la rumeur ne se propage, le temps pour lui de regretter son idée et de trouver un moyen de rectifier le tir. Maintenant, il n'y avait plus aucune marche arrière possible. Il devait jouer le jeu à fond et assumer.
— C'est qui le fautif ? Toi ou Weasmoche ? demanda-t-il sèchement à sa meilleure amie, ses yeux gris lançant des éclairs.
Pansy haussa les épaules, son sourire moqueur trahissant un amusement évident.
— Aucun de nous deux. Lorsqu'on est entré dans la Grande Salle, c'était déjà sur les lèvres de tout le monde. Je crois qu'on nous a entendus... murmura-t-elle, presque admirative de la vitesse à laquelle les rumeurs circulaient.
Drago ferma les yeux un instant, tentant de contenir sa frustration. Mais avant qu'il ne puisse répondre, Théodore Nott apparut à côté d'eux, un sourire narquois accroché à ses lèvres.
— Alors, fit-il d'un ton traînant, il paraît que tu sors avec la Née-Moldue ? Je n'aurais jamais cru que le grand Drago Malefoy se rendrait là ! De 1, tu te cases avec une fille – déjà, c'est surprenant. De 2, avec une Sang-de...
— Ne l'appelle pas comme ça ! siffla Drago, son regard devenant glacial. Il se redressa légèrement, prêt à attaquer. Qu'est-ce que ça peut bien te faire, Nott ? Tu as toutes les filles de Serpentard pour toi tout seul maintenant !
Théodore haussa les sourcils, prenant un ton faussement innocent.
— C'est vrai. Les plus belles sont pour moi, répondit-il, le sourire toujours aussi insolent.
— Y'a pas que la beauté qui compte, gronda Pansy, les bras croisés, fusillant Théodore du regard.
— Oh, je vois. C'est de toi que Malefoy a pris conseil ? Pansy lui aurait dit d'essayer les moches ? poursuivit Théodore en reportant son attention sur Drago.
Drago serra les poings, luttant contre l'envie de lui balancer un sort.
— Granger n'est pas moche. Et elle, au moins, elle est loin d'être bête ! lança-t-il, sa voix claquant dans l'air comme un fouet.
Le silence tomba brutalement autour d'eux. Drago réalisa trop tard qu'il avait parlé bien trop fort. Tous les regards se tournèrent vers lui, les conversations s'arrêtant brusquement. Même les Serpentards semblaient choqués par sa déclaration. Il sentait les regards brûlants des Gryffondors sur lui et chercha instinctivement Hermione du regard.
Il croisa d'abord les yeux d'Harry, toujours méfiants, mais légèrement adoucis. Puis son regard trouva enfin celui qu'il cherchait. Hermione le fixait intensément, ses joues légèrement rosies. À sa grande surprise, elle lui adressa un sourire timide. Quelle bonne actrice, pensa-t-il.
Il lui rendit son sourire, mais un frisson d'étrangeté lui parcourut l'échine. Était-elle réellement en train de jouer le jeu, ou ce sourire voulait-il dire quelque chose de plus ?
Ne souhaitant pas analyser davantage cette pensée, il se leva brusquement, ignorant les murmures qui reprenaient autour de lui. Il avait eu sa dose des commentaires désobligeants de Théodore pour la journée. Qu'est-ce qui avait bien pu changer chez lui pour qu'il devienne aussi mesquin ? Avant la mort d'Ashley, Théodore était gentil, aimable, et drôle. Il était l'un de ses plus proches confidents, presque autant que Blaise.
Se pourrait-il qu'il ait été amoureux d'Ashley ? Cette idée s'insinua dans son esprit, et il se jura d'en parler à Hermione. Elle aurait peut-être un avis éclairé sur la question.
En arrivant dans sa chambre, il saisit un parchemin pour lui écrire immédiatement. Mais lorsqu'il ouvrit la porte, il s'arrêta net.
Ashley était là, tournoyant doucement comme une enfant au milieu de la pièce, un sourire rêveur illuminant son visage translucide. Drago resta immobile, le souffle court.
— Ashley ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, surpris mais heureux de la revoir.
— Oh, coucou mon frère ! J'avais besoin de te parler ! répondit-elle en tournoyant à nouveau, son sourire malicieux illuminant son visage.
Drago fronça légèrement les sourcils, intrigué.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Ashley s'arrêta net, les mains jointes derrière son dos, un air espiègle dans les yeux.
— C'est plutôt toi qui dois me dire quelque chose… Tu sais, les rumeurs vont vite, et j'ai l'impression d'être à Noël ! C'est vrai, dis ? C'est vrai que tu sors avec Hermione ? lança-t-elle, son sourire s'élargissant comme celui d'une gamine de cinq ans.
Drago resta figé.
— Euh... Euh... non…
— Mais siiiii ! Pansy l'a dit à Blaise, et j'ai entendu ! insista-t-elle en tapant des mains.
Drago leva les yeux au ciel, exaspéré.
— Ashley... calme-toi. On a fait ça pour rire, mais maintenant on joue le jeu. Alors, ne dis rien à personne, s'il te plaît.
Ashley croisa les bras, feignant l'indignation.
— Non, non, non ! C'est injuste ! Pourquoi faites-vous semblant ?
— C'est plus facile pour travailler ensemble, répondit-il, un soupçon de fatigue dans la voix. Ils vont arrêter de poser mille-et-une questions. C'est énervant à la longue.
Ashley fit la moue, secouant la tête.
— Mais Dray... vous seriez siiiiii beaux ensemble ! Pourquoi vous êtes-vous embrassés alors ?
Drago sursauta, les yeux écarquillés.
— Comment tu sais ça ? demanda-t-il, choqué.
— Bah, Pansy l'a dit à Blaise, je te l'ai dit ! répondit-elle, fière de sa source.
Drago soupira, se massant les tempes.
— C'est arrivé comme ça, sur le moment... T'inquiète, on va tous les deux le regretter demain matin.
Ashley roula des yeux, incrédule.
— J'y crois pas à ce jeu de faire semblant. Je suis sûre qu'il y a plus que ça. Tu peux me le dire, je suis ta sœur... Tu sais… ta S-O-E-U-R ! insista-t-elle en le pointant du doigt.
— Puisque je te dis qu'il n'y a rien à dire ! gronda Drago, agacé.
Ashley haussa un sourcil, un sourire en coin.
— Un jour, tu auras besoin d'en parler... et je serai là ! Et je suis convaincue que toi et Mione... vous êtes faits l'un pour l'autre.
Drago secoua la tête, un ricanement amer échappant à ses lèvres.
— Mais on n'a rien en commun, Ash ! Comment peux-tu faire de telles hypothèses ?
Ashley prit un air faussement pensif, puis haussa les épaules.
— Bah, c'est facile. Vous n'avez strictement rien en commun, mais vous êtes attirés l'un par l'autre justement parce que vous êtes l'interdit de l'autre. Vous êtes tout simplement complémentaires !
Drago ouvrit la bouche pour répliquer, puis se ravisa. Il serra les dents et lança d'un ton sec :
— Bon, ça suffit ! Puis-je écrire à ma fausse nouvelle copine pour lui dire "Bonne nuit" maintenant ?
— Ouiiiii ! répondit Ashley, ravie, en quittant la pièce d'un pas sautillant, le cœur léger.
Elle y croyait dur comme fer à cet amour, et elle était bien décidée à tout faire pour que ça fonctionne. Drago, quant à lui, s'installa à son bureau, écrivit rapidement un parchemin qu'il accrocha à la patte de son hibou. Il observa l'oiseau s'envoler dans la nuit, puis se prépara pour la nuit.
Sous la douche, les paroles de sa sœur lui revinrent en tête. Complémentaires ? Il éclata d'un rire bref. Impossible. Mais alors qu'il s'allongeait dans son lit, ses yeux fixés au plafond, un doute s'insinua dans son esprit.
Pourrait-il avoir des sentiments pour Granger ?
Il s'esclaffa tout seul, secouant la tête. Non. Sa sœur pouvait être tellement idiote parfois.
Hermione, assise sur son lit, passait sa brosse dans ses cheveux, répondant distraitement aux questions incessantes de Ginny. La cadette des Weasley, perchée au bord du lit voisin, n'en finissait plus de la bombarder sur sa prétendue relation avec Drago Malefoy.
— Je n'arrive pas à croire que tu sortes avec Malefoy, Mione ! lança Ginny, un mélange d'étonnement et de curiosité dans la voix.
— Je n'arrive pas à y croire non plus, Gin, répondit Hermione en soupirant. C'est à peine croyable...
Ginny pencha la tête, un sourire espiègle sur les lèvres.
— Est-ce qu'il embrasse bien ? demanda-t-elle, ses yeux pétillant de malice.
Hermione sentit ses joues s'enflammer sous la question directe.
— Euh... oui… murmura-t-elle, incapable de mentir.
— Ahhhhhh ! Je le savais ! s'écria Ginny, tapant des mains avec excitation. Alors, raconte ! Il a fait quoi ? Il t'a embrassée comme un vrai gentleman ou... plus comme un voyou ?
Hermione leva les yeux au ciel, agacée.
— Gin, arrête un peu, ce n'est pas ce que tu crois, dit-elle sèchement, essayant de changer de sujet. Et toi, Zabini, alors ? demanda-t-elle pour détourner la conversation.
Ginny se redressa, un sourire rêveur illuminant son visage.
— Moi ?! Ah oui, je crois que je vais commencer à fréquenter Zabini. Il est vraiment trop... wow ! Tu ne trouves pas ?
Hermione haussa les épaules, son ton délibérément neutre.
— Eh... Je n'ai pas vraiment remarqué, mais bon, je sais qu'il est très gentil.
Ginny éclata de rire, se penchant légèrement vers Hermione.
— Gentil ? Zabini, gentil ? Mione, tu ne regardes pas les bonnes personnes. Il est incroyable. Et qui sait, peut-être que ça rendra Harry jaloux. Il ne va tout de même pas faire sa vie avec un fantôme !
Hermione s'arrêta de se brosser les cheveux, son regard devenant plus sérieux.
— Tu ne trouves pas ça un peu cruel, Gin ? demanda-t-elle d'un ton tranchant. Faire semblant de t'intéresser à Blaise juste pour titiller Harry ?
Ginny se redressa, piquée au vif.
— Ce n'est pas ce que je fais ! protesta-t-elle. J'aime bien Blaise. Mais avoue, Mione, c'est bizarre qu'Harry soit toujours accro à Ashley. Elle est morte. C'est un fantôme !
— Et alors ? riposta Hermione. Les sentiments ne disparaissent pas simplement parce qu'une personne n'est plus là. Et toi, Ginny ? Tu es toujours accrochée à Harry, non ? Tu n'es pas si différente de lui.
Ginny serra les poings, ses joues rougissant sous l'effet de la colère.
— Ce n'est pas pareil ! Je suis vivante, moi ! Je pourrais être là pour lui, vraiment là ! Ashley... elle est juste un souvenir !
— Et c'est à lui de décider, pas à toi, Ginny, coupa Hermione. Tu crois que ça va marcher ? Que tu vas lui faire oublier Ashley en jouant avec Blaise ? Ce n'est pas juste pour eux, ni pour toi.
— Je ne joue pas avec Blaise ! s'écria Ginny, sa voix montant d'un cran.
— Alors prouve-le, répliqua Hermione. Ouvre ton cœur à Blaise parce que tu le veux, pas parce que tu veux qu'Harry regarde ailleurs. Et arrête de baser tes désirs sur Harry. Il aime Ashley. Et si Ashley n'était pas un fantôme, tu ferais quoi ? demanda-t-elle, son ton plus calme mais ferme.
Ginny resta silencieuse un instant, déstabilisée.
— Bah... je me battrais pour lui… murmura-t-elle.
Hermione hocha lentement la tête.
— Et tu aurais perdu d'avance. Alors tu fais quoi ?
Ginny inspira profondément, cherchant une réponse.
— Je… Je tournerais la page, dit-elle à contrecœur.
— Voilà. Alors pourquoi tu ne le fais pas maintenant ? Vis ta vie, Gin. Arrête de te battre contre des choses que tu ne peux pas changer.
Ginny releva les yeux, son regard brillant d'un mélange de tristesse et de colère.
— Comme toi avec Malefoy ? lança-t-elle, sa voix pleine d'ironie.
Hermione soupira, secouant légèrement la tête.
— Oui, comme moi avec Malefoy, répondit-elle simplement. Prends l'exemple que tu veux, mais ne te mets pas à dos les gens qui comptent pour toi.
Ginny hocha la tête, forçant un sourire.
— Ouais, c'est ça… Merci, Mione… murmura-t-elle avant de quitter la pièce.
Hermione, satisfaite d'avoir eu cette conversation, ne remarqua pas que Ginny souriait pour cacher ses véritables émotions. Lorsqu'elle fut seule, Hermione s'étendit sous les couvertures. Mais le bruit d'un bec frappant contre la fenêtre attira son attention.
En se levant, elle reconnut immédiatement le hibou de Drago. Une légère chaleur envahit son visage alors qu'elle ouvrit la fenêtre et prit le parchemin, caressant doucement l'oiseau avant de lui donner un biscuit. Elle retourna s'asseoir sur son lit, fixant la lettre un instant avant de l'ouvrir, son cœur battant plus vite qu'elle ne l'aurait voulu.
Granger,
Je t'avais dit que l'adrénaline redescendrait… et maintenant, c'est fait. J'avais un plan pour démêler tout ça en douceur, mais comme d'habitude, les rumeurs vont plus vite que ma capacité à réfléchir. Bref, tout Poudlard est au courant, et cela signifie que mes parents le seront bientôt aussi, s'ils ne le sont pas déjà.
Tu les as déjà rencontrés, mais cette fois, ce serait en tant que "petite amie". Et laisse-moi te dire que, si ma mère pourrait peut-être… je dis bien peut-être… trouver cela amusant ou même intéressant, mon père va sûrement vouloir te lancer un sort ou deux. En gros, bonne chance.
Aussi, Théodore est franchement bizarre ces derniers temps. Avant, il était plutôt sympa, même avec toi. Mais aujourd'hui, il t'a insultée en utilisant ce mot... Je pense qu'il a vraiment changé depuis la mort d'Ashley. Peut-être qu'il cache quelque chose ? Je ne sais pas. Dis-moi ce que tu en penses.
Dors bien, ma nouvelle petite amie,
Le prince de tes nuits,
D.M.
Hermione posa la lettre sur ses genoux, poussant un profond soupir. "Le prince de mes nuits ?" pensa-t-elle, oscillant entre colère et exaspération. Elle connaissait bien Lucius Malefoy, et l'idée même de devoir jouer à la "petite amie" devant lui la rendait malade.
Attrapant un parchemin vierge, elle trempa sa plume dans l'encre et commença sa réponse.
Malefoy,
Tu n'es pas, et ne seras jamais, le prince de mes nuits. Alors, arrête immédiatement avec ça.
Je connais parfaitement ton père, et je n'ai aucune envie de rejouer à ce jeu où je me tiens devant lui, sachant qu'il me déteste juste pour mon sang. Ta mère, peut-être, pourrait trouver ça divertissant, mais soyons honnêtes : ce serait une idée catastrophique. Alors oublie. Complètement. Si jamais il entend parler de cette "relation", c'est toi qui gères. Compris ?
Pour ce qui est de Théodore… c'est vraiment décevant. Je me souviens qu'il pouvait être charmant, même drôle, et jamais méprisant envers moi. Si la mort d'Ashley l'a changé, cela ne me surprend pas. Mais son comportement aujourd'hui est inacceptable. Je pense qu'on devrait le surveiller de près. Quelque chose ne va pas.
En parlant de surveiller… passe un mot à Zabini : qu'il fasse attention à Ginny. Je crois qu'elle s'intéresse à lui, mais pour de mauvaises raisons. Elle essaye peut-être de rendre Harry jaloux, et je doute qu'elle sache vraiment ce qu'elle veut. Je lui ai parlé, mais je ne suis pas sûre que cela ait eu beaucoup d'effet.
On en parlera demain. Et, oui, nous allons devoir faire des apparitions ensemble, malheureusement. J'espère que tu apprécieras mes talents d'actrice autant que je vais apprécier les tiens.
Bonne nuit,
H.G.
Hermione roula soigneusement le parchemin et l'attacha aux pattes du hibou. Après un petit biscuit, l'oiseau s'envola dans la nuit. Hermione referma la fenêtre, puis s'allongea, ses pensées tourbillonnant autour des mots de Drago. "Mon père va sûrement vouloir te lancer un sort ou deux." Elle frissonna. Ce plan devenait de plus en plus risqué.
Ginny se dirigeait vers sa chambre, son esprit encore tourmenté par sa conversation avec Hermione. Mais un bruit attira son attention, venant de la salle commune. Elle s'arrêta en haut des escaliers, tendant l'oreille. Des voix. Lentement, elle descendit quelques marches, ses pieds effleurant à peine les marches de pierre.
En bas, près du feu crépitant, elle vit Harry. Et avec lui… Ashley. La vision de la jeune fille lui coupa le souffle. C'était la première fois qu'elle la revoyait depuis qu'elle avait appris sa mort. Ashley semblait presque... vivante. Sa présence lumineuse contrastait étrangement avec l'aura sombre de la salle commune à cette heure tardive.
Ginny observa leur échange à distance, incapable de bouger. Elle vit Harry se lever, les épaules légèrement affaissées, un sourire triste sur les lèvres. Il murmura quelque chose à Ashley avant de se diriger vers les escaliers menant aux dortoirs des garçons.
Il va se coucher… pensa-t-elle, prise de panique à l'idée qu'il la trouve là, immobile comme une statue. Elle se dissimula précipitamment derrière le mur, retenant son souffle jusqu'à ce qu'elle entende ses pas s'éloigner. Lorsqu'elle osa jeter un coup d'œil, Harry avait disparu.
Elle retourna alors à l'endroit où se trouvait Ashley, mais la salle commune était maintenant vide. Ginny fronça les sourcils, un frisson parcourant son dos. Elle remonta les marches quatre à quatre, son cœur battant à tout rompre, et ouvrit la porte de sa chambre.
— Bonjour, Ginny…
Le sang de la jeune fille se glaça. Elle releva les yeux pour voir Ashley, installée calmement près de la fenêtre, son regard perçant fixé sur elle.
— Euh… Ashley ! Que… qu'est-ce que tu fais là ? bredouilla Ginny, la gorge nouée.
Ashley inclina légèrement la tête, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres.
— Je crois qu'il faut qu'on parle, répondit-elle, sa voix douce mais teintée d'une gravité inhabituelle.
Ginny déglutit, ses mains moites. Elle recula instinctivement jusqu'à son lit, s'y assit maladroitement, et, d'un geste tremblant, invita Ashley à s'installer près d'elle.
Ashley ne bougea pas immédiatement. Elle resta debout, les bras croisés, observant Ginny avec une intensité qui la mit mal à l'aise.
