Ginny se tordait les doigts, incapable de soutenir le regard d'Ashley. La blonde semblait étrangement calme, presque douce, mais ses yeux trahissaient une détermination certaine. Ginny déglutit et brisa le silence.
— Qu'est-ce que tu veux me dire ? murmura-t-elle.
Ashley resta immobile un instant, étudiant la rousse avec attention.
— C'est plutôt moi qui devrais te poser la question, répondit-elle finalement. Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me détestes autant ?
Ginny redressa la tête, le souffle court.
— Je… je ne te déteste pas, balbutia-t-elle.
Ashley haussa un sourcil sceptique, croisant les bras.
— Vraiment ? demanda-t-elle doucement. Parce que ça y ressemble. Et je suis presque sûre que ça a un rapport avec Harry.
Ginny ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun mot ne sortit. Elle détourna les yeux, la gorge nouée.
— Écoute, je ne te demande pas de m'aimer, mais au moins sois honnête. Si c'est à cause de lui, dis-le, Ginny.
Ginny inspira profondément, ses poings se serrant sur ses genoux.
— Bien sûr que c'est à cause de lui ! lâcha-t-elle finalement, sa voix tremblante. Harry et moi… c'était censé arriver. J'étais sûre qu'on finirait ensemble, tu sais ? Et puis toi… toi, tu es arrivée, et tout a changé.
Ashley inclina légèrement la tête, son expression passant de la surprise à la tristesse.
— Je suis désolée, murmura-t-elle. Vraiment. Mais je ne savais pas, Ginny. Je ne savais rien de ce que tu ressentais. Il m'avait dit qu'il n'y avait rien entre vous deux. Qu'il te considérait comme sa sœur, donc je croyais que tu le considérais comme un frère aussi. Si j'avais su…
— Si tu avais su quoi ? l'interrompit Ginny, la colère montant en elle. Tu l'aurais repoussé ? Tu aurais décidé de ne pas tomber amoureuse de lui ? C'est ça que tu veux me faire croire ?
Ashley recula légèrement, comme frappée par les mots de la rousse.
— Non… bien sûr que non. Mais si quelqu'un m'avait dit que tu l'aimais, j'aurais essayé de faire attention. Tu as raison, je ne pouvais pas choisir de ne pas tomber amoureuse. Mais je n'ai jamais voulu te blesser.
Ginny secoua la tête, un rire amer s'échappant de ses lèvres.
— Ce n'est pas seulement Harry, Ashley, lâcha-t-elle d'un ton acerbe. Tu m'as tout pris.
Ashley fronça les sourcils, déconcertée.
— Tout pris ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
Ginny serra les poings, ses émotions débordant enfin.
— Avant que tu arrives, c'était simple, okay ? Ma meilleure amie se confiait à moi. Mon frère faisait attention à moi. On était un groupe, une équipe, et j'en faisais partie. Mais toi, tu es arrivée avec ton sourire parfait, et maintenant tout tourne autour de toi ! Hermione ne me parle plus, elle court dans les bras de ton stupide frère. Mon frère, Ron, est collé à Pansy Parkinson ! Et Harry… Harry ne voit que toi, même maintenant que tu es morte !
Ashley ouvrit la bouche, mais Ginny continua, la voix tremblante de rage.
— Tu crois que je vais t'apprécier ? Comment pourrais-je t'apprécier alors que tu m'as effacée de leur vie ? Même morte, tu es toujours là, à tout contrôler, à prendre ce qui comptait le plus pour moi.
Ashley baissa les yeux, ses mains tremblantes.
— Ginny… je… je ne savais pas. Je ne voulais pas te faire de mal, je te le jure. Tout ça… ça n'a jamais été intentionnel. Je suis désolée.
Ginny leva les yeux, son visage rougi par les larmes et la colère.
— Ouais, eh bien, le mal est fait. Alors peut-être que je n'ai pas à m'excuser d'avoir été soulagée quand j'ai appris que tu étais morte.
Le silence tomba brusquement, lourd et oppressant. Ashley resta figée, les yeux écarquillés. Ginny, réalisant l'horreur de ce qu'elle venait de dire, porta une main tremblante à sa bouche, les larmes coulant silencieusement sur ses joues.
— Comment oses-tu dire ça ? fit une voix froide derrière elles.
Les deux filles se retournèrent vivement vers la porte. Dans l'encadrement se tenait Ron, le visage écarlate de colère, les poings serrés.
— Ron… balbutia Ginny, sa voix à peine audible.
Mais le regard glacial de son frère ne se détournait pas. Ashley, sentant que la situation lui échappait, ouvrit la bouche pour tenter d'apaiser les tensions, mais Ron fut plus rapide. Sa voix tonna dans le dortoir avant qu'elle ne puisse dire un mot.
— Non, Ashley. Ne dis rien, lança-t-il, les yeux rivés sur sa sœur. Ginny… qu'est-ce que c'est que ces manières ?!
Ginny, déjà submergée par la honte et la culpabilité, balbutia, les larmes commençant à rouler sur ses joues.
— Je… je ne le pensais pas, c'est sorti tout seul… Qu'est-ce que tu fais dans le dortoir des filles ? essaya-t-elle de détourner maladroitement.
Mais Ron n'avait aucune intention de changer de sujet. Son regard flamboyait d'une colère qu'Ashley n'avait jamais vue chez lui.
— C'est toi… c'est toi qui l'as tuée, c'est ça ? lança-t-il abruptement, sa voix vibrante d'accusation.
Ginny releva la tête, horrifiée.
— Non ! Mais de quoi tu parles ?! s'écria-t-elle.
Ashley, qui observait la scène, voyait la tension monter en flèche. Ron était furieux, mais il y avait plus que de la colère dans ses yeux. Un mélange de dégoût, de déception, et même de honte. Ses poings serrés tremblaient alors qu'il continuait, sa voix devenant plus coupante à chaque mot.
— Tu pensais qu'on t'avait laissée tomber ? Tu veux savoir ce qui s'est passé, Ginny ? C'est toi. C'est toi qui as arrêté de déjeuner avec nous quand Ashley est arrivée. C'est toi qui as arrêté de te lever tôt le matin pour discuter avec Hermione dans la Grande Salle. C'est toi qui t'es ridiculisée à t'amouracher d'Harry pendant la veillée qu'on a faite pour Ashley. Tout ça, c'est toi. Et toi seule.
Ginny tenta de parler, mais il leva une main pour l'interrompre, implacable.
— Tu dis qu'on t'a abandonnée, mais en réalité, c'est toi qui t'es isolée. Et maintenant, après ce que je viens d'entendre… C'est terminé, Ginny. Je te jure que Mione et Harry seront au courant. Tu me dégoûtes. Tu es ma sœur… et j'en ai honte. Tu comprends ça ? J'ai honte de toi. Tu n'es plus ma sœur. Je ne te reconnais même plus.
— Attends, Ron… sanglota Ginny, tentant de l'arrêter.
Mais Ashley, qui avait jusque-là gardé le silence, intervint soudain d'une voix ferme.
— Ron, attends. Écoute-moi.
Ron se tourna vers elle, surpris. Ashley s'avança légèrement, croisant son regard.
— C'est ma faute. Je l'ai poussée à bout, volontairement. Je savais qu'elle m'en voulait, et je voulais que ça sorte, pour qu'on règle ça une bonne fois pour toutes. Elle ne le pensait pas, Ron. Pas vrai, Ginny ?
Ginny resta muette, incapable de répondre. Ashley ne la regarda même pas et poursuivit.
— Je sais qu'elle est blessée, et je comprends. Mais n'en parle pas à Harry et Hermione. Ça ne servirait à rien. Elle a besoin de ses amis, Ron. Et elle a besoin de toi pour traverser tout ça. Alors, pardonne-lui.
Ron serra les mâchoires, son regard vacillant entre Ashley et Ginny.
— Je n'en parlerai pas à Harry et Mione, finit-il par dire, la voix rauque. Mais sache, Ginny, que je ne te pardonne pas. Pas pour ça. Je vais faire comme si rien ne s'était passé, mais je ne retire pas ce que j'ai dit. Tu n'es plus ma sœur. Tu t'es tournée contre tout le monde. Ne t'en prends qu'à toi-même.
Il se retourna brusquement, son visage dur et fermé, et sortit de la pièce sans un mot de plus.
Ginny se laissa tomber à genoux sur le sol, incapable de contenir ses larmes. Ses yeux, déjà bouffis par les pleurs, la brûlaient, et ses épaules tremblaient sous le poids de sa culpabilité. Ashley s'approcha lentement, s'accroupissant face à elle. Avec un geste doux, elle tenta de sécher les larmes de Ginny, mais sa main translucide passa au travers de son visage. Ginny leva les yeux vers elle, surprise par ce geste.
Pourquoi ? Pourquoi Ashley prenait-elle sa défense après tout ce qu'elle venait de dire ? Elle venait de lui montrer à quel point sa mort lui était égale, et pourtant, elle était là, à la consoler, à la sauver. Ginny déglutit, incapable de détourner le regard de la blonde. Même en fantôme, Ashley dégageait une élégance et une douceur presque irréelles.
— Je suis désolée… murmura Ginny, sa voix brisée par les sanglots.
Ashley pencha légèrement la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Ginny… j'appréciais vraiment quand tu étais avec nous. Et je suis désolée si tu as eu l'impression que je prenais ta place. Ce n'était jamais mon intention.
Ginny hocha la tête, ses mains tremblant sur ses genoux.
— Je… je crois que Ron a raison… souffla-t-elle. Je me suis imaginé tout ça dans ma tête. Et j'en suis devenue jalouse, pour rien. Je m'en veux tellement…
Ashley posa ses mains sur ses genoux, bien qu'elles ne puissent vraiment toucher la rousse. Son sourire s'élargit, chaleureux.
— C'est bon. Je te pardonne, dit-elle doucement. Mais ce que je veux que tu fasses maintenant, c'est de t'excuser auprès de ceux que tu aimes. De leur dire ce que tu ressens et de regagner leur confiance. D'accord ?
Ginny releva les yeux, surprise par cette bienveillance inattendue.
— J'ai envie que tu sois heureuse, Ginny. Arrête de te faire du mal. Reviens vers eux. Reviens vers toi-même.
La rousse inspira profondément, essuyant ses larmes d'un geste tremblant.
— Ok… murmura-t-elle.
— Promis ? insista Ashley, ses yeux brillants d'une douceur sincère.
— Promis… répondit Ginny avec un sourire timide.
Ashley hocha la tête, satisfaite.
— Allez, bonne nuit maintenant, dit-elle en se levant.
Alors qu'elle se dirigeait vers la porte, Ginny l'interpella une dernière fois.
— Ashley ?
La blonde se retourna, ses traits illuminés d'une tendresse inattendue.
— Oui ?
Ginny hésita un instant, puis lui adressa un regard empreint de sincérité.
— Merci.
Ashley répondit par un large sourire, lumineux malgré son état éthéré. Sans un mot de plus, elle quitta la pièce, sa silhouette disparaissant dans le couloir.
Ginny se redressa lentement, ses jambes tremblantes, et s'assit sur son lit. Le silence retomba dans la chambre, lourd mais apaisant. Elle enfouit son visage dans ses mains, laissant ses larmes couler librement. Cette fois, ce n'étaient pas des larmes de colère ou de frustration, mais un mélange de soulagement et de tristesse. Elle pleura en silence, se promettant de réparer ce qu'elle avait brisé.
Le lendemain matin fut pénible pour Ginny. Elle se réveilla avec les yeux bouffis et collés, résultat des larmes qu'elle avait versées pendant une grande partie de la nuit. Chaque mouvement semblait plus difficile que d'habitude, comme si son corps reflétait le poids de sa culpabilité. Les événements de la veille revinrent en mémoire comme une vague, et ses yeux s'embuèrent à nouveau. "Reprends-toi, Ginny," se sermonna-t-elle intérieurement.
Elle se força à se lever, brossa ses longs cheveux roux, mais renonça à rejoindre ses amis pour le petit-déjeuner. "Ses amis." Un pincement au cœur lui rappela qu'elle n'était plus certaine de pouvoir les appeler ainsi. Elle ne voulait croiser personne, surtout pas Ron. Elle devait trouver un moyen de réparer ses erreurs… toutes ses erreurs.
Pendant ce temps, dans la Grande Salle, Hermione dégustait calmement son petit-déjeuner en feuilletant un livre épais, un sourire satisfait aux lèvres. Harry, assis à ses côtés, picorait distraitement dans son assiette tout en lisant les dernières nouvelles du ministère dans la Gazette du Sorcier. Ron, en revanche, restait immobile devant son assiette intacte, perdu dans ses pensées.
Il leva brièvement les yeux lorsque Pansy, Blaise, et Drago s'assirent à leur table, mais il ne prit même pas la peine de saluer sa petite amie, ce qu'Hermione remarqua immédiatement.
— Ron ! Pansy est là ! Houhou ? appela-t-elle, agacée.
Ron sursauta légèrement, revenant à la réalité. Son regard passa lentement sur chacun de ses amis, s'arrêtant sur Pansy, qui le fixait avec un sourire lumineux. Derrière elle, Blaise arborait un sourire moqueur, clairement amusé par l'absence de réaction de Ron.
— Pardon, bonjour beauté, dit Ron d'un ton légèrement gêné.
Pansy plissa les yeux, taquine.
— Tu n'as pas touché à ton assiette, mon poussin. Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-elle, une pointe d'inquiétude dans la voix.
— Berkkkkk, "mon poussin", quel surnom ignoble, intervint Drago, le visage tordu d'une grimace théâtrale.
— Quoi ? fit Harry, relevant enfin les yeux de sa lecture. Hermione ne t'a pas encore donné un petit surnom amoureux ? Ashley est un fantôme et elle en a un pour moi…
Drago tourna lentement la tête vers Harry, ses yeux se rétrécissant dangereusement.
— Potter, si tu tiens réellement à ta vie, ne dis pas un mot de plus au sujet de ta relation avec ma sœur, grogna-t-il. Quant à Hermione et moi, nos surnoms, si nous en avons, ne regardent que nous. Pas vrai ? termina-t-il avec un clin d'œil à Hermione.
Hermione rougit légèrement, mais répondit d'une voix posée.
— Évidemment, Drago. Ce genre de choses ne concerne que nous.
— Vous avez quoi, vous, les Gryffondors, comme cours ce matin ? intervient Blaise, tentant de calmer l'atmosphère.
Hermione lui adressa un sourire chaleureux.
— Tout d'abord, nous avons "Étude des Moldus" avec Burbage, ensuite "Potions" avec vous, puis "Histoire de la Magie" avec Binns. Cet après-midi, les garçons ont une pratique de Quidditch, et moi j'ai "Étude des Runes" et "Arithmancie". Je vous rejoindrai pour le match après mes cours, dit-elle, un sourire satisfait sur les lèvres.
— Wow, Granger. Comment fais-tu pour suivre autant de cours ? C'est pénible, Étude des Runes, se plaignit Pansy.
Hermione haussa un sourcil, visiblement vexée.
— Oh, mais j'adore ça ! Vous devriez essayer, vous verriez à quel point c'est fascinant.
Drago s'appuya nonchalamment contre la table, un sourire charmeur accroché à ses lèvres.
— Et moi ? Quand est-ce que tu trouves du temps pour moi, Granger ? J'ai besoin de ma dose quotidienne d'Hermione.
Hermione leva les yeux au ciel, faussement exaspérée.
— On se verra après le Quidditch, répondit-elle simplement.
— Oh, on fera mieux que ça, répliqua Drago avec un sourire en coin. On pourrait se retrouver sous les estrades pendant que Potter court après le Vif d'Or.
— Vos jeux douteux, on ne veut pas les savoir, grogna Harry sans relever les yeux de sa Gazette.
— Il faut y aller, sinon on va être en retard, intervint Ron, se levant soudain. Burbage déteste les retards.
Il déposa un rapide baiser sur les lèvres de Pansy avant de se diriger vers la sortie.
— Hermione Granger, sors du corps de Ronald Weasley, plaisanta Harry, un sourire en coin.
Les trois éclatèrent de rire, mais Pansy n'en avait pas terminé. Elle se rapprocha de Ron avec un sourire malicieux et l'embrassa à nouveau, bien décidée à recevoir plus qu'un rapide effleurement sur les lèvres. Ron, pris de court, répondit avec un peu plus d'enthousiasme cette fois, ce qui tira un soupir satisfait à la Serpentard.
De leur côté, Blaise et Harry échangèrent un signe de tête amical. Cependant, leur attention fut rapidement attirée par Hermione, qui s'était levée précipitamment, son sac sur l'épaule, et se dirigeait d'un pas rapide vers la sortie.
Blaise haussa un sourcil.
— C'est moi ou Granger vient de totalement ignorer Malefoy ? demanda-t-il, visiblement amusé.
Pansy tourna la tête, intriguée.
— Elle n'a même pas dit au revoir ? Wow. Moi, à sa place, je lui aurais sauté dessus avant de partir, plaisanta-t-elle.
Harry secoua la tête en souriant.
— Hermione est… différente. Elle préfère probablement réfléchir à sa prochaine dissertation plutôt que de faire des démonstrations d'affection.
Mais Blaise n'était pas convaincu. Il se pencha légèrement vers Drago, un sourire en coin.
— Hé, Malefoy. Tu comptes vraiment la laisser partir comme ça ? Elle est censée être ta petite amie, non ? Je croyais que tu avais tout sous contrôle, prince des Serpentard.
Drago, qui jusque-là était resté silencieux, haussa un sourcil et se leva lentement, l'air faussement ennuyé.
— Ne me sous-estime pas, Zabini. Si elle pense pouvoir me snober comme ça, elle va voir, lança-t-il avant de tourner les talons et de partir d'un pas décidé à la poursuite de la Gryffondor.
Pansy éclata de rire, se tournant vers Blaise.
— Il est tellement sérieux, murmura-t-elle, amusée.
— Peut-être qu'il tient plus à elle qu'il ne le laisse paraître, répondit Blaise avec un sourire moqueur. Tu sais, l'amour fait des choses étranges, même au prince des Serpentard.
— Oh, allez. Malefoy amoureux ? Pas un instant ! s'exclama Harry, avant de se lever à son tour. Bon, on a cours. On verra s'il revient avec un sourire ou s'il revient furieux.
Dans le couloir, Drago accéléra le pas pour rattraper Hermione, qui marchait d'un pas rapide, visiblement absorbée dans ses pensées. Lorsqu'il fut à sa hauteur, il se plaça devant elle, la forçant à s'arrêter net.
— Granger, fit-il, d'un ton faussement vexé. T'oublies pas quelque chose, par hasard ?
Hermione le regarda, confuse.
— Quoi ? demanda-t-elle naïvement.
Drago leva les yeux au ciel, exaspéré.
— On est un couple, je te signale. Et même Weasmoche l'a compris. Tout le monde t'a vue partir sans un regard pour moi. Tu veux brûler notre couverture ?
Hermione rougit légèrement, évitant son regard.
— Non… je suis désolée. Je n'ai pas l'habitude, tu sais, de faire semblant d'être avec quelqu'un que je n'…
Elle n'eut pas le temps de finir. Avec un soupir agacé, Drago attrapa son visage entre ses mains et l'embrassa passionnément. Hermione, surprise, resta immobile une seconde, mais sa résistance fondit rapidement. Ses mains glissèrent autour de son cou, et elle approfondit instinctivement le baiser.
Lorsqu'il se détacha finalement d'elle, à contrecœur, Drago la fixa avec un sourire en coin, ses yeux clairs brillants d'amusement.
— Voilà, murmura-t-il, satisfait. C'est comme ça qu'on protège une couverture, Granger.
Hermione, rouge jusqu'aux oreilles, le regarda avec incrédulité. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit.
Drago, amusé, déposa un baiser léger sur sa main avant de reculer d'un pas.
— Tu vois ? Pas besoin de longs discours. Un peu d'entraînement, et tu seras parfaite dans ton rôle.
— De l'entraînement ?! s'exclama Hermione, retrouvant enfin sa voix.
Drago haussa un sourcil, un sourire narquois toujours planté sur ses lèvres.
— Bien sûr. Ce baiser était déjà pas mal, mais avec un peu de pratique, tu pourrais presque me convaincre que tu es folle de moi, lança-t-il avec une fausse modestie.
Hermione roula des yeux, mi-frustrée, mi-amusée.
— Oust, oust, Malefoy, souffla-t-elle, agitant la main pour le chasser. J'ai un cours, et tu es insupportable.
Drago éclata d'un rire sincère, s'inclinant légèrement comme pour la saluer.
— À plus tard, ma petite amie, lança-t-il avec une voix charmeuse avant de s'éloigner.
Hermione le regarda partir, les joues en feu et le cœur battant un peu trop vite. Elle inspira profondément, tentant de se concentrer sur son cours, mais le souvenir du baiser – et des mots de Drago – refusait de quitter son esprit.
Harry et Ron rejoignirent Hermione à l'entrée de la salle de classe, et tous trois se dirigèrent vers le fond de la pièce pour s'installer. Ron semblait étrangement calme, les yeux rivés sur le tableau, comme s'il écoutait réellement. Harry, quant à lui, griffonnait quelque chose sur un morceau de parchemin. Une fois terminé, il poussa la feuille devant Hermione d'un geste discret.
Hermione lui lança un regard sévère, ses sourcils froncés, pour lui signifier qu'il devait prêter attention au cours. Mais sa réprimande silencieuse s'estompa lorsqu'elle baissa les yeux sur le parchemin.
"Ron est bizarre ce matin, tu ne trouves pas ?"
Hermione soupira légèrement, lançant un coup d'œil furtif à Ron. Elle dut admettre que Harry avait raison. Le rouquin était bien trop concentré sur le cours, un comportement inhabituel pour lui.
Elle attrapa sa plume et griffonna une réponse rapide :
"Tu as raison, Harry... il écoute pendant les cours et il n'a même pas déjeuné ce matin…"
Harry récupéra le parchemin, fronçant les sourcils avant d'ajouter :
"Pourtant, ça n'a pas l'air d'être Pansy le problème…"
Hermione hocha la tête en lisant. Elle écrivit ensuite :
"Tu pourrais en discuter avec lui… entre hommes, ce serait peut-être plus facile."
Harry roula des yeux, mais ajouta un autre message :
"Ouais, tu as raison… et avec Malefoy ? Tout va bien ?"
Hermione faillit soupirer à nouveau, mais se retint, consciente que cela attirerait l'attention. Elle lui répondit rapidement :
"Harry… écoute le cours."
"Mioooonneeee…" griffonna Harry en guise de protestation.
"Ça va avec lui !" répliqua-t-elle, ses lettres légèrement plus appuyées.
Harry, déterminé, ajouta une dernière question :
"Il ne te fait pas de mal, Mione ?"
Hermione ferma les yeux une seconde pour se calmer, puis répondit avec fermeté :
"Non, Harry…"
Mais avant qu'il ne puisse écrire à nouveau, elle ajouta :
"Et pour le Polynectar, oui, c'est presque prêt. Maintenant, écoute le professeur, Harry !"
Harry, vaincu, rangea son parchemin et soupira en silence. Il feuilleta les pages de son livre pour rejoindre celle qu'Hermione avait ouverte, lançant un dernier regard à Ron, toujours étrangement attentif.
L'avant-midi se déroula sans autre interruption, et bientôt, l'heure du repas arriva. À la table des Gryffondors, l'ambiance était relativement détendue, bien que Ron semblait toujours perdu dans ses pensées. Harry lui lançait des regards furtifs, clairement inquiet, mais Ron ne semblait pas enclin à discuter.
Lorsque le repas toucha à sa fin, Hermione se leva pour se préparer à retourner en classe. Harry et Ron, eux, se levèrent à contrecœur pour se diriger vers le terrain de Quidditch, où leur entraînement allait commencer.
— À ce soir ! lança Hermione en ajustant son sac.
— Bonne chance avec tes cours, répondit Harry distraitement, jetant un regard à Ron.
Alors qu'ils quittaient la Grande Salle, Harry posa une main sur l'épaule de Ron.
— Écoute, mec. On a un peu de temps avant l'entraînement. Si tu veux parler, je suis là, d'accord ?
Ron lui jeta un regard surpris mais hésita avant de répondre.
— Peut-être plus tard, Harry… Merci, murmura-t-il avant de détourner les yeux.
Harry hocha la tête sans insister. Quelque chose troublait clairement son meilleur ami, mais il savait qu'il valait mieux attendre que Ron soit prêt à se confier.
Drago suivit Hermione jusqu'au cours de runes, marchant à quelques pas derrière elle, un sourire espiègle accroché aux lèvres. Juste avant qu'elle n'entre dans sa classe, il saisit doucement son bras et la tira en arrière. Surprise, Hermione se retourna vivement, croisant les yeux malicieux du Serpentard.
— Par Merlin, mais qu'est-ce que tu fais là ? chuchota-t-elle, agacée.
— Je viens voir ma petite amie, répondit-il avec un clin d'œil.
Hermione roula des yeux, exaspérée.
— C'est un tic nerveux ou quoi ? Tu passes ton temps à me faire des clins d'œil. Je vais finir par croire que tu m'apprécies, Malefoy.
Drago haussa les épaules, son sourire s'élargissant.
— Pense ce que tu veux, petite lionne dorée.
Hermione haussa un sourcil.
— Lionne dorée ? Et moi, je t'appelle comment ? Serpent d'argent ?
— J'aime bien, répondit-il en riant doucement. Mais en fait, si je suis là, c'est pour savoir si le… tu sais quoi, est prêt.
Hermione baissa légèrement la voix, jetant un regard autour d'elle pour s'assurer que personne n'écoutait.
— Oui, il l'est. Justement, je voulais te voir ce soir pour ça.
— Et tu n'as rien dit tout à l'heure… Pourquoi ?
— Tu voulais que tout le monde soit au courant ? chuchota-t-elle.
— Non, bien sûr que non. Mais tu aurais pu dire que tu avais besoin de mon corps de dieu ! lança-t-il, feignant l'innocence.
Hermione soupira profondément.
— Drago… murmura-t-elle, désespérée.
Il lui répondit par un sourire. Pas un sourire narquois ou moqueur, mais un sourire sincère, dépourvu de toute malice. Hermione sentit son cœur se serrer légèrement. Qu'est-ce que c'est que ce sourire ? pensa-t-elle, troublée. D'un commun accord, ils décidèrent de se rejoindre dans les toilettes des préfets après le match de Quidditch.
Le temps sembla s'étirer indéfiniment pour Hermione. Elle avait adoré ses cours de l'après-midi, mais l'idée de devoir retrouver Drago la rendait nerveuse. Pas parce qu'elle le craignait – loin de là – mais parce qu'elle commençait à se connaître. Je ne suis pas amoureuse de lui, se répétait-elle. Ça n'arrivera pas. Mais une petite voix intérieure se moquait d'elle. À chaque baiser, elle ressentait des frissons qui lui donnaient envie de crier.
Elle secoua la tête pour chasser ses pensées et se dirigea vers les estrades. Ses amis jouaient déjà sur le terrain, et elle aperçut Pansy, accompagnée de Blaise et Drago, venir s'installer à côté d'elle. Hermione adressa un sourire poli à Pansy mais évita soigneusement de croiser le regard du blond.
Le match fut interminable. Harry semblait incapable d'attraper le Vif d'Or, ce qui commença à agacer les spectateurs des deux équipes. Finalement, Gryffondor remporta la victoire, mais au prix d'un effort colossal. Les joueurs quittèrent le terrain épuisés. Ron fit un signe rapide à Pansy avant de suivre Harry, Ginny, et le reste de l'équipe vers les vestiaires.
Pansy attrapa le bras de Blaise avec un sourire malicieux.
— Viens, on va attendre à la sortie, dit-elle en l'entraînant avec enthousiasme.
Blaise, traîné malgré lui, marchait d'un pas nonchalant jusqu'à ce qu'il aperçoive une silhouette familière. Luna Lovegood. Elle portait une robe jaune parsemée de pois roses qui semblait briller sous la lumière du soleil. Elle regardait autour d'elle, visiblement à la recherche de quelque chose. Blaise ralentit instinctivement, prêt à lui offrir son aide, mais Pansy tira plus fort sur son bras.
— Allez, Zabini, ne traîne pas ! cria-t-elle par-dessus son épaule.
Blaise lança un dernier regard à Luna avant de disparaître dans la foule.
Hermione et Drago restèrent seuls sur les estrades, leurs amis partis rejoindre les vestiaires ou leurs occupations. Le silence était étrangement confortable, mais Hermione ne pouvait empêcher son esprit de tourbillonner. Elle fixait le terrain vide devant elle, mais en réalité, elle voyait tout sauf le terrain.
Pourquoi est-ce que je pense à lui comme ça ? Ce n'est qu'une comédie… rien de tout ça n'est réel.
Elle sentit son cœur se serrer légèrement en se remémorant le sourire sincère qu'il lui avait offert plus tôt. C'était un sourire qu'elle n'avait jamais vu sur son visage auparavant, un sourire qui la désarmait complètement. Elle détestait l'effet qu'il avait sur elle. Chaque moment passé seul avec lui semblait graver quelque chose en elle, quelque chose qu'elle n'était pas prête à reconnaître.
C'est dangereux. Je ne peux pas m'attacher à lui. Pas lui.
Elle baissa les yeux, serrant inconsciemment ses mains sur ses genoux. Si elle se laissait aller, si elle se laissait croire que tout cela était réel… qu'arriverait-il à la fin ? Drago Malefoy était un acteur né, un manipulateur brillant. Il jouait son rôle à la perfection, et elle savait que c'était tout ce que c'était pour lui : un rôle. Mais elle ? Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir quelque chose, quelque chose qu'elle refusait de nommer.
Et si je m'attache ? Et si je finis par y croire, alors que lui ne ressent rien ? Je serais celle qui en souffrirait.
Elle releva la tête et croisa brièvement le regard de Drago. Il avait ce sourire en coin habituel, mais ses yeux semblaient plus doux, presque… humains. Hermione détourna le regard rapidement, sentant ses joues chauffer. Elle ne pouvait pas se permettre de tomber dans ce piège. Pas maintenant. Pas avec lui.
Drago, assis à quelques mètres d'elle, l'observait en silence. Il brisa finalement le calme.
— Tu réfléchis trop, Granger, dit-il avec un ton léger, mais sa voix résonna dans l'air comme une interruption bienvenue à ses pensées tumultueuses.
Hermione sursauta légèrement, surprise qu'il ait parlé.
— Et toi, tu ne réfléchis pas assez, rétorqua-t-elle, tentant de masquer son trouble par son ton habituellement tranchant.
Drago tourna la tête vers elle, son sourire en coin toujours accroché à ses lèvres.
— Peut-être, répondit-il nonchalamment. Mais au moins, je ne me perds pas dans mes pensées comme toi. T'as une tête à t'enfermer dans un labyrinthe de questions inutiles.
Hermione secoua légèrement la tête, comme pour se débarrasser de ses pensées.
— Tu dis ça, mais tu ne sais rien de ce que je pense, Malefoy, dit-elle, ses mots un peu plus secs qu'elle ne l'avait voulu.
— Peut-être, répondit-il, mais tu m'as l'air sacrément tendue. Ce ne serait pas… moi, par hasard ? demanda-t-il avec un sourire taquin, ses yeux brillant d'une lueur malicieuse.
Hermione roula des yeux, mais elle ne pouvait ignorer le battement rapide de son cœur. Il savait. Pas tout, mais il savait qu'il avait un effet sur elle, et cela l'agaçait autant que cela l'effrayait.
— Ne t'imagine pas des choses, Malefoy, répliqua-t-elle sèchement, tentant de garder une façade calme.
Drago haussa les épaules, comme si cela ne le dérangeait pas, et tourna de nouveau son attention vers le terrain.
Hermione soupira intérieurement, se reprochant sa nervosité. Elle ne voulait pas lui donner le pouvoir de la troubler, mais il avait une manière de la déstabiliser sans même essayer. Et elle savait que tant qu'ils joueraient ce rôle, elle devrait lutter contre ses propres émotions.
C'est juste une comédie, se répéta-t-elle une dernière fois. Mais même dans le silence, elle n'arrivait pas à y croire entièrement.
Hermione suivit Drago dans les couloirs du donjon jusqu'à l'entrée de la salle commune des Serpentards. Lorsqu'ils passèrent la porte, tous les regards se tournèrent vers eux. Hermione sentit une sueur froide lui glisser dans le dos, mais elle tâcha de garder une posture assurée. Drago, sous les traits de Flint, semblait parfaitement à l'aise, mais elle connaissait suffisamment le blond pour détecter une certaine tension dans son maintien.
Ils avancèrent tranquillement, jusqu'à ce qu'une voix familière l'interpelle.
— Daphné ! Qu'est-ce que tu fais avec Flint ? lança Pansy, s'approchant d'un pas décidé.
Hermione se retourna, le cœur battant à tout rompre. Elle improvisa, essayant de garder un ton détaché.
— Euh… J'avais besoin d'aide pour un devoir, répondit-elle.
Pansy plissa les yeux, sceptique.
— Toi, demander de l'aide à Marcus ? T'es sérieuse ?
— Oui, enfin… J'avais aussi besoin de conseils, ajouta Hermione, tentant de rester vague.
Pansy croisa les bras, un sourire narquois sur les lèvres.
— Oh, je vois. Des conseils sur Zabini, c'est ça ? Écoute, Daphné, tu ne pourras pas récupérer Blaise après ce que tu lui as fait avec Higgs.
Hermione balbutia quelque chose d'inintelligible, mais Pansy ne sembla pas insister. Elle haussa simplement les épaules et s'éloigna.
Drago s'approcha alors, un sourire amusé sur les lèvres.
— Bien joué, murmura-t-il, mais leur moment fut rapidement interrompu par l'arrivée de Crabbe et Goyle.
— Daphné ! grogna Crabbe. On a une réunion. Suis-nous.
Hermione échangea un regard inquiet avec Drago, mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Goyle ajouta en jetant un regard dédaigneux à Drago :
— Flint, va voir ailleurs. Ce n'est pas pour toi.
— Pourquoi je ne peux pas venir ? protesta Drago avec une pointe d'agacement, jouant parfaitement son rôle.
— Parce qu'on n'a pas besoin de toi, répondit Crabbe sèchement.
Hermione hésita une seconde, mais Drago lui lança un regard rassurant. Va-y. Je trouverai un moyen.
Elle hocha légèrement la tête et suivit les deux colosses hors de la salle commune.
Drago, frustré, fit quelques pas dans la salle commune, cherchant un moyen d'espionner la réunion sans attirer l'attention. Il avait une vague idée de l'endroit où ils allaient, mais il savait qu'il ne pouvait pas les suivre à découvert. Si seulement j'avais… la cape de Potter. Une idée germa rapidement dans son esprit.
Sans perdre une seconde, il quitta la salle commune des Serpentards et remonta les couloirs à toute vitesse en direction de la salle commune des Gryffondors. Par chance, il tomba sur Ginny Weasley, qui sortait à ce moment-là.
— Hey, Weasley ! appela-t-il, haletant sous l'effort.
— Qu'est-ce que tu veux, Flint ? demanda-t-elle avec méfiance.
— Potter. J'ai besoin de lui. Maintenant.
Ginny haussa un sourcil, clairement sceptique.
— Pourquoi ? Et pourquoi je t'aiderais ?
— C'est à propos de Quidditch… un truc important… Dumbledore veut nous voir, improvisa-t-il rapidement.
Ginny le regarda un instant avant de hausser les épaules.
— Très bien, je vais le chercher, mais je garde un œil sur toi, Flint.
Elle disparut derrière le portrait, et quelques minutes plus tard, Harry sortit, l'air méfiant.
— Qu'est-ce que tu veux, Flint ? demanda-t-il froidement.
Drago vérifia qu'ils étaient seuls avant de se pencher vers lui et de chuchoter :
— Potter, c'est moi, Malefoy. Polynectar. Il n'y a pas de temps à perdre.
Harry recula d'un pas, les sourcils froncés.
— Pourquoi je te croirais ?
Drago roula des yeux.
— Sérieusement ? Regarde-moi ! Pourquoi Marcus Flint te demanderait-il ta cape d'invisibilité pour protéger Granger ? Elle est avec Crabbe et Goyle en ce moment, et je dois savoir ce qu'ils mijotent.
Harry le fixa un moment, pesant ses options. Enfin, il soupira.
— Si elle est en danger, je viens avec toi.
— Non ! C'est trop risqué. Si on se fait prendre, le Polynectar ne tiendra pas, et on sera fichus. Fais-moi confiance, Potter, je la ramènerai saine et sauve.
Harry hésita encore, mais il finit par retirer sa cape et la lui tendre.
— S'il lui arrive quoi que ce soit, Malefoy, je te le ferai payer, murmura-t-il avec un regard noir.
— Compris, répondit Drago avant de disparaître sous la cape et de courir vers la tour d'Astronomie.
Hermione, sous les traits de Daphné, suivit Crabbe et Goyle jusqu'à une petite pièce aménagée au sommet de la tour d'Astronomie. En entrant, elle vit Théodore Nott assis dans un fauteuil, les yeux rivés sur elle.
— T'es en retard, Daphné, grogna-t-il.
Hermione s'assit, essayant de cacher sa nervosité. Elle observa les trois Serpentards, attendant qu'ils parlent, mais son esprit tournait à toute vitesse. "Qu'est-ce que je fais si le Polynectar cesse de fonctionner ?"
À l'extérieur, Drago arrivait enfin. Il ralentit, enfilant rapidement la cape avant de monter les derniers escaliers. Il aperçut une silhouette s'approcher de la porte et se cacha juste à temps. "Qui est-ce encore ?" pensa-t-il, les sens en alerte. Il suivit la personne discrètement, glissant à l'intérieur de la pièce en même temps qu'elle, prêt à découvrir la vérité.
La porte s'ouvrit brusquement, et Hermione se retourna instinctivement. Lorsqu'elle vit la nouvelle arrivée, son cœur fit un bond. Ginny Weasley. Sous le choc, Hermione laissa échapper sa baguette, qui tomba au sol dans un bruit sourd. Elle s'empressa de la ramasser, tâchant de rester calme malgré l'agitation qui bouillonnait en elle. Elle fixa Ginny, essayant de maintenir une expression neutre.
— Bon, on peut commencer, lança Théodore Nott d'un ton sec. Pourquoi cette réunion urgente, Weasley?
Ginny baissa les yeux, visiblement mal à l'aise. Elle hésita avant de répondre, sa voix faible.
— Je… Je veux arrêter toute cette histoire.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Nott la fixa avec des yeux plissés, cherchant à lire derrière ses mots.
— Pardon? demanda-t-il, sa voix chargée d'incrédulité.
— Oui… C'est complètement stupide, ça n'a rien changé et je… elle est toujours là, tout près, balbutia Ginny.
Nott éclata de rire, mais son expression était plus proche de la moquerie que de l'amusement.
— Qu'est-ce que tu as fait, Weasley? Tu commences à avoir peur qu'ils l'apprennent?
— Je… balbutia Ginny, incapable de répondre clairement.
Goyle, qui s'était assis nonchalamment, ricana avant d'intervenir.
— Tu veux qu'on soit les seuls à en payer le prix? On y était tous, je te signale. On savait tous ce qu'on faisait.
— Même Daphné n'a aucun remords, ajouta Nott en désignant Hermione sans la regarder. Et c'est elle qui a fait jouer ses relations pour que tout se fasse! Tu n'étais que le messager, Ginny.
Hermione serra les poings, tentant de cacher sa tension croissante. Elle devait rester calme et jouer son rôle. Mais l'idée que tous dans cette pièce savaient qu'Ashley allait mourir la révoltait.
— Ce n'est pas moi qui l'ai tuée, je vous signale, ça compte, non? s'écria Ginny, tentant de se défendre.
— Oh, ça faisait ton bonheur, poursuivit Nott avec venin. Tu pouvais reprendre ton petit Potter chéri. Sache que le sort n'était même pas destiné à Ashley au départ. Il était pour Potter.
Hermione sentit son corps se raidir. Les mots sortirent de sa bouche avant qu'elle ne puisse se contrôler.
— Pardon? dit-elle, sa voix tremblant légèrement.
Nott fronça les sourcils et lui lança un regard méfiant.
— Voyons, Daphné. Tu le sais bien. J'étais chez les Malefoy quand tout s'est joué. Tu as changé de cible à la dernière minute.
Hermione, sous la panique, tenta de s'immiscer davantage dans la conversation pour gagner du temps.
— Pourquoi tu voulais tuer Potter? demanda-t-elle, feignant l'ignorance.
Nott roula des yeux, exaspéré.
— Sérieusement? Ne fais pas l'idiote. Il fallait éliminer la concurrence. Ashley était à moi. Je serais devenu un Malefoy. J'aurais eu la plus belle femme à mes côtés, et en plus, j'aurais plus de pouvoirs que cet abruti de Drago.
Sous la cape d'invisibilité, Drago serra les poings si fort qu'il sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes. Ce crétin se prend vraiment pour le centre du monde.
— Toi? Un Malefoy? demanda Hermione, cherchant à le pousser à parler davantage.
Nott ricana, son regard s'illuminant d'un éclat étrange.
— Oui, moi. Ashley était différente. Elle n'était pas comme les autres Serpentards, et encore moins comme ce petit prince prétentieux. Elle aurait vu ma valeur. Elle aurait compris que je pouvais lui offrir bien plus que Drago. Avec elle à mes côtés, même le Seigneur des Ténèbres aurait vu ma loyauté et mon potentiel. Mais Drago a toujours eu tout ce qu'il voulait sans jamais le mériter.
Drago sentit un mélange de rage et de dégoût monter en lui. "Ashley ne t'aurait jamais choisi. Elle était bien trop intelligente pour ça."
— Et tu pensais qu'elle aurait accepté? demanda Hermione, feignant l'incrédulité.
Nott fronça les sourcils, méfiant.
— Pourquoi pas? Elle était gentille. Trop gentille. Si Drago n'avait pas toujours été dans son champ de vision, elle aurait pu m'aimer. Elle aurait dû. Mais tout ça est fini maintenant. Tout ce que je veux, c'est m'assurer qu'aucun autre Malefoy ne profite de son retour. Ce fantôme… elle est un problème. Et si Drago devient un obstacle, il tombera avec elle.
Hermione ne put s'empêcher de hausser la voix, oubliant un instant qu'elle jouait un rôle.
— Et tu crois qu'elle aurait accepté de suivre Voldemort? D'être à ses côtés pendant qu'il semait la terreur? Tu la connaissais si peu pour penser qu'elle se rallierait à cette cause?
Un silence glacé s'abattit sur la pièce. Nott la fixa, les yeux plissés, ses soupçons montant d'un cran.
— Daphné, qu'est-ce que tu racontes? Tu sais bien que c'est… compliqué. Mais elle aurait vu l'intérêt à long terme. Elle aurait fini par comprendre. Et pourquoi tu réagis comme ça, d'ailleurs?
Hermione se mordit la lèvre, essayant de reprendre contenance.
— Je veux dire… c'est logique, non? Si elle avait été en vie, elle aurait été un problème pour nous. C'est pour ça que c'était mieux comme ça, non? improvisa-t-elle maladroitement, espérant détourner l'attention.
Nott fronça encore plus les sourcils, mais avant qu'il ne puisse répondre, Crabbe intervint.
— Assez de ça! Parlons de la prochaine étape.
Nott détourna son attention d'Hermione, mais le regard qu'il lui lança avant de continuer était lourd de suspicion. Hermione sentit son cœur s'emballer. Elle avait frôlé la catastrophe. Concentre-toi, Hermione. Pas maintenant.
— La prochaine étape, ajouta Théodore avec dédain., c'est la relation qu'entretient ce ramolli de Malefoy avec cette sang-de-bourbe fouineuse.
Goyle ricana.
— Ouais… Je n'y crois qu'à moitié à cette histoire, mais c'est justement pour ça qu'on a besoin de toi, Weasley. Tu es la mieux placée pour espionner. Comme quand tu nous as appris qu'Ashley était revenue… en fantôme.
Ginny blêmit. Sa voix trembla.
— Je… je n'ai plus envie.
Nott sortit sa baguette et pointa la rouquine, ses yeux se durcissant.
— Alors, je n'ai plus besoin de toi.
— NON, STOP! s'écria Ginny. Très bien, je vais continuer… Hermione m'a dit qu'elle était amoureuse de Malefoy. Elle semblait sincère. Peut-être qu'ils apaisent juste leur souffrance ensemble.
Nott parut réfléchir un instant avant de secouer la tête.
— Impossible. Drago n'est pas aussi stupide.
Hermione sentit le temps filer. Elle regarda par la fenêtre et vit qu'il ne restait que quelques minutes avant que le Polynectar cesse de faire effet.
— Peut-être qu'il est amoureux, tenta-t-elle, jouant la carte de l'hypothèse.
Nott éclata d'un rire moqueur, mais il ne répondit pas. Finalement, il déclara :
— On reste sur nos gardes. On surveille le duo Malefoy-Granger.
Ginny se leva précipitamment et quitta la pièce, presque en courant. Drago, toujours sous la cape, attendit que les autres bougent, mais la voix de Crabbe retint son attention.
— J'ai une idée, dit-il d'une voix grave.
— Quoi encore? grogna Nott.
— On pourrait… On pourrait tuer la Sang-de-Bourbe. Ça ferait une de moins, et ça leur ferait tous mal. Potter, Granger… même Drago, si ce que Weasley dit est vrai.
Drago sentit une rage sourde monter en lui.
— Crabbe, c'est complètement insensé, rétorqua Nott. Quoi que… c'est peut-être brillant, en fait. Bravo, Crabbe, dit-il avec un sourire sinistre. C'est terminé pour aujourd'hui. Daphné, tu peux partir en premier.
Hermione, tétanisée, hocha la tête et quitta la pièce, retenant son souffle. Elle avançait à toute vitesse, lançant à la cantonade qu'elle devait s'arrêter aux toilettes avant de les rejoindre. Ses boucles brunes réapparaissaient progressivement, le Polynectar perdant son effet. Elle tourna rapidement un coin, le cœur battant, quand elle sentit une main l'attraper et la tirer brusquement en arrière. Elle laissa échapper un petit cri, immédiatement étouffé alors qu'elle se retrouvait enveloppée dans une étreinte ferme. Elle leva les yeux, rougissante, pour croiser le regard intense de Drago.
— Juste à temps, dit-il en la regardant, un mélange de soulagement et de gravité dans ses yeux.
Ils étaient désormais tous les deux sous la cape d'invisibilité, leurs respirations s'accordant dans le silence oppressant du couloir.
— Je ne savais pas si tu avais trouvé une solution, murmura Hermione, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Tu… as tout entendu?
Drago hocha la tête, le visage sombre.
— Malheureusement, oui… On va devoir te protéger, Mione.
Elle le fixa, surprise.
— Tu… tu m'as appelée Mione?
Un éclair malicieux traversa ses yeux.
— Non! J'ai juste dit "le Her" dans ma tête, répondit-il en lui tirant la langue avec une moue faussement innocente.
Hermione éclata de rire malgré elle, ses nerfs relâchant un peu de la tension accumulée. Mais le sérieux revint vite, écrasant l'éphémère légèreté de l'instant.
— Qu'est-ce qu'on va faire? demanda-t-elle, sa voix à peine audible.
Drago détourna les yeux un instant, son regard se perdant dans un point invisible au loin.
— J'en sais rien… Je n'arrive pas à croire que Daphné ait tué Ashley. Elle… elle aurait pu être ma sœur… murmura-t-il, la voix lourde de peine et de colère.
Hermione sentit une pointe d'empathie pour lui, mais n'eut pas le temps de répondre.
— Et que c'était pour Harry…, ajouta-t-elle doucement, ses propres pensées tourbillonnant. Et que ça vient de Théo…
— Ouais…, dit-il en hochant la tête. Et que la prochaine, c'est toi.
Hermione sentit un frisson glacé lui parcourir la colonne vertébrale. Les mots de Drago étaient lourds de vérité, et la menace pesant sur elle ne faisait que renforcer son sentiment d'urgence. Elle inspira profondément, cherchant à repousser la peur.
— Alors on doit agir vite, dit-elle, déterminée, en serrant légèrement la manche de Drago comme pour lui transmettre sa résolution.
Il acquiesça, son regard brillant d'une étrange intensité, mélange d'inquiétude et de détermination. Ensemble, ils se dirigèrent prudemment vers un endroit sûr, où ils pourraient planifier leur prochaine étape.
