Beaucoup de personnes ont des problèmes. Plus ou moins sérieux. Par exemple, certains sont complètement stupides et n'ont aucun amour-propre, ce qui n'est heureusement pas mon cas. Même si le fait d'être timide et renfermée est une espèce de problème en soi, ce n'est certainement pas le plus gros que j'aie. S'il n'y avait que ça... Voilà, mon problème à moi (accrochez-vous bien), est que je suis amoureuse d'un professeur. Et pas n'importe lequel, il s'agit de...

- Snape ! S'exclame Draco, d'un ton coléreux.

Je sursaute à ce nom et chasse mon tourbillon de pensées au loin.

- Quoi, Snape ? Je demande, la voix un peu tremblotante sur le nom de notre professeur.

- Mais c'est dingue, je pensais que la faculté de ne pas m'écouter -ou plutôt m'écouter sans comprendre- était limitée à Crabbe et Goyle !

Draco me regarde d'un air exaspéré et navré, et je lui renvoie un petit sourire d'excuse.

- Bref, je disais que Snape n'arrête pas de me filer, de s'intéresser à ce que je fais... Je commence à en avoir ras-le-bol.

Si tu pouvais savoir ce que je donnerai pour qu'il s'intéresse à moi...

- Et tu as une idée de pourquoi il agit comme ça ?

Subitement, Draco prend un air un peu apeuré, ou coupable, et je le vois serrer le bout de la manche gauche, comme s'il voulait y engloutir son bras.

- Non, je ne... sais pas du tout pourquoi.

Il reprend soudain contenance :

- C'est justement ça qui m'énerve ! Et donc tu voudrais pas faire quelque chose pour moi ? S'il te plaît ?

- Ok, ce que tu veux, tant que c'est possible...

- C'est pas grand-chose, promis ! C'est...

Pas besoin de s'appeler Trelawney pour savoir que quelque chose ne tourne pas rond, mais connaissant Draco, je ne fais aucun commentaire : à part l'énerver, ça ne changerait rien aux choses... En six ans, j'ai compris comment il fonctionnait, et sa fierté ne lui fera avouer ses émotions et problèmes à personne. Tout comme moi. Mais là, ça commence à peser véritablement. Enfin, la première étape est passée, ça fait quelques jours que j'ai réussi à admettre que...

- ... tu l'aimes, ou une autre connerie dans le genre !

- PARDON ?!

Il m'a littéralement sortie de mes pensées, là, ou il a même sorti mes pensées de ma tête !

- Je disais que tu pourrais aller lui parler ce soir, en disant je sais pas moi, que tu as un devoir que tu n'arrives pas à faire, n'importe quoi, du moment que tu le retiens !

Les yeux toujours grand comme des soucoupes, j'acquiesce et me réinstalle confortablement dans mon fauteuil. Il me fixe et explose de rire.

- Tu verrais ta tête ! La dernière option était une blague, espèce de trollette ! Qui irait déclarer sa flamme à Snape ?

Mes joues sont en feu, et pourtant j'ai l'impression d'être glacée à l'intérieur. Ben, moi, par exemple... Hahaha...

- Enfin merci d'avoir accepté, c'est vraiment cool ! Si tu le retiens entre sept et huit heures et demie, ce serait vraiment nickel !

Et il va rejoindre Blaise un peu plus loin. Je suis restée bloquée, et une boule se forme dans ma gorge. Les mots peuvent être tellement horribles... Je me lève soudainement, et sors de la salle commune la tête haute, les larmes et mon envie de courir refoulées, jusqu'à ce que j'atteigne le petit saule au bord du lac. Il n'y a personne dans ce coin-là, et tant mieux. Une larme commence à perler sur ma joue, et j'essaie de maîtriser mes sanglots, quand une main amicale se pose sur mon dos.

- Marie, ça va ?

Je tourne mon regard vers Neville, qui s'est accroupi à côté de moi. Il a vraiment l'air inquiet, et même si d'habitude je me fais une fierté de cacher mes sentiments, je suis contente qu'il soit là à avoir remarqué que ça n'allait pas. Mais, ça aussi, je ne le dirais pas..

J'ébauche un petit sourire et essuie mes yeux mouillés.

- Oui, oui, ça va, et toi ?

- Moi, ça va plutôt bien, je viens de laisser le plus célèbre Trio de Poudlard discuter d'affaires apparemment importantes, mais toi, il y a quelque chose qui cloche.

Vite, changer de sujet.

- Le « Trio »... Comment arrives-tu à les supporter, toujours les « meilleurs », à faire des cachotteries dans le dos de ceux qu'ils appellent leurs amis ?

Neville sourit, un peu mélancoliquement (il a déjà dû se poser cette question des milliers de fois, et je m'en veux un peu de l'avoir posée), mais répond d'une voix calme :

- Marie, je sais que tu ne les apprécies pas du tout, mais ils sont vraiment des gens biens, je te jure. Ils ont parfois besoin de moments à eux, c'est tout. Et ce n'est pas la peine de changer ce que tu ressens en haine contre eux, ça ne fera pas avancer les choses... Donc, dis-moi ce qui ne va pas, tu peux bien vider ton sac une fois dans ta vie, non ?

C'est dingue, il respire vraiment la gentillesse. Potter et sa bande ne méritent pas de l'avoir comme ami, c'est clair. Il est tellement modeste par rapport à eux...

- Neville, c'est vraiment adorable, mais... Je ne peux pas te le dire. C'est...

- Tu sais, j'ai beau être maladroit, je ne laisserai jamais échapper un seul secret. Même à mes plantes. Alors, vas-y !

- Désolée, mais non. Je peux vraiment pas, là.

- Bon, alors, tu ne me laisse pas le choix. Tu aimes Snape, c'est ça ?

Alors, là. Bon sang. J'en suis estomaquée.

- Aha, je le savais ! L'un des seuls avantages à avoir été dans le fond des cachots en potions !

Il m'adresse un clin d'œil. Purée, ça fait si longtemps que ça ? Au moins un an ?

- Et... tu ne trouves pas ça... Bizarre ?

Là, c'est lui qui me regarde d'un air surpris.

- Pourquoi je trouverais ça bizarre ? On ne choisit pas vraiment la personne dont on tombe amoureux, non ? Bon, je n'aime pas Snape du tout, mais si tu penses que tu l'aimes, c'est que ton cœur a ses raisons !

- Neville, tu es vraiment un ami en or !

Je le serre dans mes bras de toutes mes forces, pendant qu'il rit.

Il n'empêche que le soir arrivant, je me maudis d'avoir accepté la requête de Draco sans y avoir réfléchit avant. Et même si Neville m'a réconfortée, comment dire ce que j'ai à dire à celui à qui je dois le dire ? (Cette phrase correspond parfaitement à mon état de confusion totale.) Alors que je sors de la salle commune, je croise Hermione accompagnée de –oh, surprise !- Parvati. Je cligne des yeux pour vérifier que je n'ai pas d'hallucination, et je remarque que la petite Miss Je-sais-tout lance souvent des coups d'œil furibonds à une… masse… étrange… Par les chaussettes de Merlin ! Mais, c'est Weasley et Brown ! Je suis partagée entre le rire (Weasley, en train de jouer au poulpe avec Brown sous le regard noir de Granger, ça vaut son poids en or), et la compassion (manifestement, elle n'est pas très heureuse de la formation de ce couple, et je me mets un peu à sa place), et finalement, après un coup d'œil amusé aux ventouses, je passe mon chemin sans accorder le moindre regard à Hermione. Ça, c'est pour toujours vouloir me disputer la place de première de la classe.

La pression monte au fur et à mesure que je descends vers les cachots. Mes pas résonnent sur les murs, et mes pensées s'embrouillent : qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Et s'il n'était pas dans son bureau ? Impossible, il est sorti de table un peu avant moi, et il doit corriger nos parchemins… Bon, qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire ? Hum, Monsieur, non, Professeur, non, Snape, euh, Sev… Severus… Ha. Ha. Ha.

Severus… Prénom étrange, mais qui sonne bien… Severus…

Plongée dans mes pensées, je ne remarque pas Peeves se faufiler derrière moi, et à quelques pas du bureau de l'homme qui me fait fantasmer, je me prends le buste de Paracelse sur le crâne. Et c'est le trou noir.

- Miss Hale ! Miss Hale ! Marie, merde, réveille-toi ! Marie !

Je sens une main sur ma joue. Je n'ose pas ouvrir les yeux, peur de savoir qui est là… En fait, même si je le voulais je n'y arriverais pas, j'ai déjà un mal de chien à réfléchir, alors bouger…

La main caresse doucement ma joue, passe presque sur le contour de mes lèvres, puis délicatement sur mes yeux. Ma paupière doit avoir frémi, car la main se retire, et j'entends la personne se lever. Dommage, c'était plutôt agréable. Je me décide enfin à ouvrir les yeux, redoutant que la personne ne soit pas celle que j'aimerais que ce soit, ou plutôt que ce soit elle… Aïe, mon crâne…

- Miss Hale ? Vous allez mieux ?

La voix a repris un ton froid et distant, cette voix… Cette voix…

- Où… où suis-je ?

- Dans mon bureau, Miss Hale. (La voix hésite un peu). Enfin, plus précisément dans mes appartements. Vous avez été assommée par ce co… Peeves, et je vous ai allongée au plus près.

Sur son lit. Oh. Mon. Dieu. Je suis sur son lit.

- Je, euh…

Panne d'inspiration. Mes joues brûlent, je suis sûre que si quelqu'un décidait d'y mettre de la poudre de Cheminette, il pourrait aller quelque part.

- Je suis vraiment désolée, de euh, de vous déranger, S… hum, Monsieur.

Je me décide à lever mes yeux chocolats vers lui, et, apparemment c'était possible, je rougis encore plus. Il n'a pas sa cape, et sa chemise noire est à moitié déboutonnée en laissant entrevoir son torse. Il ne remarque visiblement pas ma gêne, et semble s'adoucir un peu.

- C'est plutôt que vous m'avez fait une grande frayeur, Ma- iss Hale. Le Baron Sanglant s'est chargé de Peeves à ma demande.

Un sourire niais s'étale un peu sur mon visage, et je le réprime aussitôt.

- Euh, merci, Professeur…

Il semble un peu tiquer au mot Professeur, mais reste impassible.

- Pas de quoi, Miss Hale.

Il agite sa baguette, et une chaise vient s'installer à côté du lit, à une distance respectable. C'est d'ailleurs un peu dommage, mais c'est beaucoup moins stressant.

- Que faisiez-vous dans cette partie des cachots ? Les dortoirs sont un peu plus haut.

Houlà. Que dire. Allongée n'étant pas une position très confortable pour discuter avec quelqu'un, j'essaie de me redresser et de me mettre assise, mais mes bras se dérobent sous moi et je faillis tomber du lit. Je dis bien failli, car deux mains me tiennent solidement les épaules et me replacent sur le lit.

- Désolée, je parviens à murmurer.

- Ne sois pas désolée quand ce n'est pas de ta faute !

Nos regards se croisent, et il doit lire la perplexité dans les miens, car il se rend compte qu'il vient de me tutoyer. Il paraît un instant hésitant, puis finit par me rallonger sur le lit.

- Patientez un peu, je vais vous chercher une potion qui fera passer votre mal de tête.

Toujours rouge, j'essaie de me calmer en regardant le plafond. Quelle chance que Slughorn n'ait pas repris les appartements de Snape, rien ne se serait passé pareil… Je l'entends revenir et mon cœur repart de plus belle.

Il tient deux gobelets à la main. Il m'en tend un et garde l'autre.

- Prenez d'abord ça, ça fera passer la douleur.

- Hum, je ne… vais pas réussir à boire assise, je parviens à articuler.

A peine plus surpris que moi par ma propre audace, il sourit un peu.

- Asseyez-vous en vous appuyant contre le mur, ça devrait aller.

Effectivement. Ce que je peux être stupide… Je m'exécute, et prend le gobelet. Je bois doucement, sous le regard de mon ancien professeur de Potions, mais je n'oserai pas lui demander où il a trouvé celles-là, étant donné qu'il fait maintenant la DCFM. Quand j'ai fini, je lui rends le verre, et je vois qu'il hésite à me donner l'autre. Pourtant, il finit par me le tendre. Je hume l'odeur délicieuse qui s'en dégage, ça me rappelle tellement de choses… Un mélange d'odeur humide d'une cave –ou d'un cachot, en fait-, des relents un peu chocolatés, et… Soudain, j'écarquille les yeux, et les tourne vers Snape.

- Mais… C'est… de l'Amortensia !

On dirait qu'il vient d'avaler un bézoard de travers.

- Ah ? J'ai… dû me tromper de potion, excusez-moi.

Puis il tente de rattraper un peu le coup.

- Slughorn a fait du bon travail, à ce que je vois, et vous êtes toujours aussi douée ! Très peu de gens peuvent reconnaître une potion, et…

Il ne sait plus quoi dire, et prend mon gobelet, que je ne lâche pas sous l'effet de la surprise. Et sans que je le veuille, je me mets à rire, doucement, puis de plus en plus fort, c'est nerveux… Je cache ma bouche de ma main droite, tandis que ma main gauche n'a toujours pas lâché le verre. Snape me regarde d'un air mi-inquiet, mi-fâché. Il doit penser que je me fous de lui, mais je n'arrive pas à m'arrêter…

- Qu'y a-t-il de si drôle ?

Mon cœur fait des bonds dans ma poitrine, et j'ai l'impression qu'un liquide chaud coule dans mes veines. Pour la première fois de ma vie, je me sens totalement dénuée de timidité.

- Est-ce que… c'est vraiment une erreur de votre part ?

Il me regarde, bouche-bée. La timidité afflue, mais ne reprend pas totalement le contrôle.

- Qu'est-ce que cela changerait-il ? demande-t-il d'un air un peu agacé.

- …Tout.

Un silence s'installe.

- Si je répondais oui ?

- Alors, je serais un peu déçue.

Purée, une montée d'adrénaline me rend-elle loquace, ou quoi ?

- Et si j'avais répondu non ?

- … Ca… ça m'aurait plus plu…

Sa poigne autour du verre se desserre un peu, et j'ai l'impression d'avoir dit une énorme connerie (en fait, c'est le cas, pourquoi je ne suis pas timide comme d'habitude, là ?), mais sa main revient aussitôt. Sur la mienne, maintenant.

- Miss Hale, que voulez-vous dire par là ?

Mes mains tremblent, et ma voix aussi. Vite, répondre quelque chose…

- Je veux dire que, euh… Je n'ai pas besoin de ce philtre.

Les yeux dans les yeux, aucun de nous ne bouge. Puis, lentement, il se penche et dépose un baiser sur mes lèvres. Un énorme frisson me parcourt, mais la sensation de bonheur est gâchée par quelqu'un qui toque à la porte. On se redresse tous deux aux aguets, et Snape se racle la gorge.

- Miss Hale, vous pouvez partir, je pense que vous allez mieux. Revenez demain pour me dire comment la douleur a évolué, et n'hésitez pas à repasser si ça ne va pas.

Je me lève, et sans lui jeter de regard, marmonne un « Merci, Monsieur », et m'en vais sans me retourner. Je croise Slughorn à la porte qui me salue d'un « Bonjour, Miss Hale ! » et malgré mon envie de l'envoyer paître, ce vieux bovin, je lui réponds poliment, et retourne vers les dortoirs, ou Draco est peut-être déjà rentré. J'entends seulement Slughorn dire à Severus :

- Eh bien, vous faites votre propre infirmerie ?

Le lendemain, je recevais une lettre, signée « it'S for EVER US.. »