Depuis que Sirius Black s'est introduit dans le château, Poudlard devient de plus en plus difficile à vivre. Tous les élèves chuchotent dans les couloirs, les professeurs nous accompagnent entre chaque cours, et ces satanés Détraqueurs rôdent partout autour. Je ne supporte pas ces créatures, surtout depuis le match Gryffondor/Poufsouffle. Le pauvre Potter a failli y passer, à cause d'eux, et bien que je sois contente que ma maison ait gagné, je trouve que cette victoire n'est pas tout à fait juste. C'est aussi ce que pense Cédric… Je souris en repensant à la discussion : depuis quelques temps, il ne me parlait plus vraiment, et finalement, les incidents sont un bon sujet de conversation !
Bref, trêve de parlotte, il faut absolument que je retrouve Eloïse pour que l'on puisse aller à Pré-au-Lard. On a quand même le droit d'y aller, ce serait bête de rater ça ! En plus, le village sous la neige est tellement joli… J'arrive en courant dans la salle commune de Poufsouffle, m'attendant à y trouver mon amie. Ce qui n'était pas le cas. Etant d'une nature un peu timide, j'arrête ma course folle pour traverser un peu plus discrètement la salle commune vers les dortoirs.
- Eloïse ?
- Mmmmh….
La couverture roulée en boule sur un lit bouge légèrement.
- Euh, tu as oublié qu'on devait aller à Pré-au-Lard ?
- Mmmh… Je viens pas…
- Tu rigoles ? Ca fait plus d'une semaine qu'on en parle !
Elle ne répond pas. Un silence s'installe, silence… pas très silencieux. Des sanglots étouffés viennent de la couverture. Inquiète, je vais vers elle.
- Eloïse, qu'est-ce qui se passe ?
- Non ! Ne viens pas !
Et elle se met à pleurer plus fort. Mais…
- Eloïse ?
Je m'assois à côté d'elle sur son lit. Je commence à lui passer une main que j'espère amicale et réconfortante dans le dos, mais ça ne la calme pas.
- Eloïse, qu'est-ce qui t'arrives ?
Elle renifle un grand coup, et commence à enlever la couverture de sa tête. Il n'y a que ses yeux larmoyants qui dépassent, mais j'ai déjà l'impression que quelque chose n'est pas normal… NOM D'UN GNOME !
- C'est horrible, hein ? demande-t-elle rhétoriquement en pleurant.
- Mais, mais, qu'est-ce que tu as fait à ton nez ? Pourquoi… Pourquoi il est sur ta joue ?!
- J-j-j'ai voulu en-en-enlever mes b-b-boutons d'acné, m-m-mais…
Elle n'a pas besoin de finir sa phrase pour que je comprenne que ça a, comment dire, foiré.
- … Et tu as déplacé ton nez au lieu des boutons, je conclus en me mordant la lèvre.
- T-t-tu ne peux p-p-pas m-m-m'aider ?
- Tu sais très bien que les Métamorphoses, j'y suis pas non plus super forte, j'aurais trop peur d'empirer les choses… Il faudrait mieux aller voir Madame Pomfresh…
Elle se remet à sangloter de plus belle.
- Tu m'aides à t-t-traverser Poudlard alors ?
- Bien sûr !
Ni une, ni deux, je lui enfile un sweat-shirt à capuche et lui enroule une grosse écharpe autour du coup : le camouflage est parfait (encore heureux qu'on ne soit pas en été…). Bon, on voit qu'elle a pleuré, mais au moins on ne sait pas pourquoi. Nous sortons du dortoir en catimini, mais au moment où l'on entre dans la salle commune… on entre aussi dans quelqu'un.
- Par le boxer de Merlin, vous pouvez pas regarder où vous allez ? peste le garçon en question.
Super. Zacharias Smith. Le type sur lequel tomber si on veut se pourrir définitivement la journée. Il a beau être trois années en dessous de nous, il ouvre sa grande g… bouche à qui mieux mieux et toujours pour cracher sa mauvaise humeur. Tout ça parce qu'il serait un descendant lointain de Helga Poufsouffle… Au moment où j'ouvre la bouche pour lui balancer une réplique cinglante (ne vous fiez pas à ma timidité, quand elle laisse place à la colère, ça balance pas mal), ses yeux s'écarquillent sur Eloïse.
- Merde alors…
Mon amie comprend aussitôt que l'écharpe est un peu tombée, et essaie de camoufler son nez, mais le mal est fait. Smith tend la main à une vitesse phénoménale (sa revendication de la place de Poursuiveur n'est peut-être pas totalement usurpée, en fait), et enlève l'écharpe. Il se met alors à exploser de rire, ce qui amène toutes les personnes présentes qui n'avaient pas tourné la tête vers nous à le faire. Dont Cédric. Un gros creux se forme dans mon estomac. Bien que ça fasse cinq ans qu'on est dans la même classe, je n'ai remarqué que très récemment que j'avais un faible pour lui, et ce Smith me ridiculise, moi et Eloïse, là, maintenant ? Je bouillonne littéralement, surtout que ce crétin continue sur sa lancée :
- Regardez, les gens, Midgen a eu quelques problèmes en Métamorphose ! Ses boutons d'acné sont tellement importants qu'il est plus facile de transmuter son nez !
Quelques personnes se mettent à rire. Eloïse n'est pas très appréciée, mais personne ne connaît Eloïse comme je la connais, et ils se permettent de se foutre d'elle ? Ni une ni deux, je sors ma baguette.
- Ecoute, Smith, quand tu auras fini de faire le malin, tu nous laisseras aller à l'infirmerie ? Quoique tu devrais nous y accompagner aussi, pour que Pomfresh puisse te mettre un semblant de cerveau dans ton crâne… A Poufsouffle, on s'entraide, si tu veux te payer de la gueule des gens, tu vas le faire ailleurs, fils à papa. Et dépêche-toi ou tu comprendras vite qu'avoir des boutons sur la figure n'est pas une partie de plaisir.
- Non mais tu te prends pour qui, à me parler comme ça ? demande-t-il d'un air dédaigneux.
- Pour une cinquième année ayant légèrement plus d'expérience que toi. Leçon numéro un : ne jamais provoquer quelqu'un qui a une baguette. Furunculus.
Aussitôt, d'énormes boutons se mettent à pulluler sur son visage, sous ses yeux horrifiés.
- Leçon numéro deux, toujours prendre des menaces au sérieux. Surtout quand on ne sait pas quel est le meilleur sortilège de l'adversaire. Tu nous laisses passer, maintenant, ou tu veux que je t'organise un tête à tête avec le calamar ?
Il me lance un regard mi-effrayé, mi-dégoûté, et s'écarte légèrement. Je lui reprends l'écharpe des mains, et la donne à Eloïse, qui a observé la scène sans bouger, les yeux ronds. Elle m'adresse un sourire (il faut quand même que Madame Pomfresh fasse quelque chose, c'est vraiment perturbant, ce nez sur la joue), et enfile l'écharpe. Quelques minutes plus tard, je la laisse aux bons soins d'une infirmière affolée.
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Enfin, c'est malin, mais du coup mon plan de sortie à Pré-au-Lard tombe à l'eau. Au sens propre comme au sens figuré, car il se met à tomber de la neige. Je m'assois sur un muret de la cour (qui ressemble à un cloître, en fait) et je regarde les flocons tomber. La journée avait pourtant bien commencé… Et bam, pas de Pré-au-Lard, et paf, ce crétin de Smith…
- Suna ?
Cette voix…
- Cédric ? Qu'est-ce que…
Ben tiens, la timidité, ça s'en va et ça revient, hein.
- Je crois que tu voulais aller à Pré-au-Lard avec Eloïse, non ? me demande-t-il en souriant.
Je hoche la tête, en espérant qu'il mette mes joues rouges sur le compte du froid.
- Et, hum, voilà, comme c'est pas génial d'y aller toute seule, je me demandais si tu voulais bien que je, hum, t'accompagne.
Il a dit tout ça sans me lâcher des yeux, mais, est-ce que c'est moi, ou lui aussi rougit ? Stop stop stop, on arrête de se faire des films. Ce n'est que Cédric Diggory, l'un des mecs les plus canons, des plus sympas et des plus cools de Poudlard, quelqu'un qui ne peut pas voir une brune frisée aux yeux noirs comme autre chose qu'une amie ! Surtout quand des bombes asiatiques se baladent dans les couloirs…
- Euh, c'est non ? demande-t-il un peu désorienté.
Ah, effectivement, le silence est parfois une réponse, mais là c'est plutôt une mauvaise idée. Mais comment j'aurais pu me douter qu'il m'inviterait à Pré-au-Lard, moi ?
- Ben, euh, oui ! Oui, bien sûr !
Il paraît soulagé. Mon cerveau tourne à toute vitesse, mais, par tous les hippogriffes, je n'arrive qu'à la conclusion que je suis en train de rêver ! Et encore, même dans mes rêves j'aurais jamais imaginé que ça puisse arriver…
- On y va ?
Je hoche à nouveau la tête, mais un peu plus frénétiquement (comment passer pour une gourde en deux minutes, par Suna Jones !). Ce n'est qu'à mi-chemin que Cédric entame la conversation, et j'ai l'impression qu'il est presque aussi gêné que moi. Il commence à parler de Sirius Black, et finalement ce n'est pas si difficile que ça de lui parler (quand je pense qu'en cinq ans on ne s'est parlé que par à-coups, c'est tellement bête !).
- Au fait, c'était plutôt marrant, tout à l'heure, je voulais te le dire, me dit-il dans un grand sourire.
- Tout à l'heure ?
- Tu sais, avec un certain deuxième année légèrement insupportable !
Je me remets aussitôt à rougir.
- Oh… Euh, il m'a énervé, pourtant, ça ne me, euh m'arrive pas souvent, et du coup, c'est un peu parti, hum, comment dire, en… cacahuète.
- Boh, il l'avait bien cherché, hein.
Je m'arrête un instant, stupéfaite. C'est bien Cédric Diggory qui vient de parler ? Celui qui ne cherche jamais d'emmerdes à personne, celui qui est ami avec tout le monde ?
- Ben quoi ? me fait-il en regardant sur le côté. C'est vrai, non ?
C'est trop adorable ! (Mon dieu, je me fais l'effet d'une groupie, là.) Mes lèvres s'étendent en un grand sourire, qui se transforme en petit rire… Il repose ses yeux sur moi, l'air interloqué. Et c'est le moment que choisit ma gorge pour avoir le hoquet. Je mets mes mains sur ma bouche, mais ça ne change rien au problème. Cette fois-ci c'est à son tour de rire, d'un rire discret mais craquant. Les mains toujours sur la bouche, je baisse la tête pour que mes boucles brunes recouvrent mes yeux et mes joues rougissantes.
- Eh, Suna ?
Je sens sa main se placer sous mon menton, et il relève mon visage pour que je puisse le regarder dans les yeux, mes mains toujours sur ma bouche.
- En fait, j'avais quelque chose à te dire, et j'ai profité de l'occasion géniale qui s'est présentée.
Mon cœur s'emballe. Hip, un hoquet. De son autre main, il écarte les miennes.
- Voilà, je…
Hip. Son sourire s'agrandit. Et il le pose sur mes lèvres, délicatement. Un courant chaud me parcourt, jusqu'aux bout des doigts et des orteils. Un peu trop vite, il éloigne son visage du mien il sourit toujours, et je l'imite. Je ne remarque même pas que mon hoquet est passé.
- Je t'aime.
