- May Ronan, tu vas m'écouter ! Tu peux le faire, on le sait toutes les deux !

- Hum, tous les trois, merci.

- Oh, toi, Mr Thomas Wordwooth, n'en rajoute pas !

- Non mais eh, on se calme ! réplique ce dernier. Et puis je sais pas si ça te vient de France, cette manie d'appeler tout le monde par nom et prénom, mais c'est carrément insupportable !

Lisa allait répliquer, mais je pousse un gros soupir qui la fait taire.

- Eh bien, enfin une réaction ! Ça va, on arrivera peut-être à quelque chose ! S'exclame Lisa.

Il faut dire que depuis ce matin, je n'ai pas ouvert la bouche, ce qui est assez inhabituel chez moi.

- Oublie ce que William t'a dit ce matin ! Tu sais très bien qu'il t'en veut toujours de l'avoir plaqué, il ferait n'importe quoi pour te rendre malheureuse !

- Oui, mais si il avait raison... je lui réponds faiblement.

- Eh bien...

Elle se mord les lèvres.

- Peut-être que maintenant je pourrais savoir ce qu'il t'a dit ? Marmonne Thomas de mauvaise humeur.

- Ne lui remue pas le couteau dans la plaie, toi ! Et je croyais que nos histoires de cœur ne t'intéressaient pas !

- Pas dans la mesure où ça affecte l'une de mes amies. Non mais tu te rends compte, si je vous écoutait déblatérer toutes vos sottises sur les garçons, comment tu voudrais que je les regarde en face en rentrant au dortoir le soir ?!

- Hmouais.

- Bon, maintenant, May, il faudrait que tu me dises ce qu'il se passe.

- Thomas ! S'insurge Lisa.

- Non, non, laisse, c'est bon. C'est William qui... m'a dit des choses horribles à propos de Denis.

Cette fois, c'est au tour de Thomas de se mordre les lèvres. Peut-être qu'il sait où se trouve la vérité, lui... Mais je ne suis pas sûre d'avoir envie de la connaître.

- Denis... Denis Shouldth ? Celui qui est à Poufsouffle, comme nous, dans notre année ?

- Ben oui, quel autre Denis tu voudrais que ce soit, idiot ? Réplique Lisa. Elle n'aurait pas flashé sur Denis Creevey, enfin, absolument pas son genre !

Thomas l'ignore royalement.

- Et donc, Denis, qu'est-ce qu'il a ?

- Il... se serait servi de moi. Tu sais que ça fait un moment que j'essaie d'attirer son attention, et...

- Tu parles de la fois où tu as volé des bonbons pour lui à Honeydukes ? Ou celle où tu as parié avec lui que tu attraperais Miss Teigne ? Ah, peut-être celle où tu as tenté de faire de l'acrobatie aérienne sur balai ? Non, franchement, je n'avais pas remarqué que tu tentais de te faire remarquer, May.

- Thomas... gronde Lisa.

Mais le souvenir de ces péripéties me fait un instant sourire. Puis je me souviens de ce que je devais lui dire ensuite.

- Et, donc... J'ai accepté de faire plein de choses pour qu'il s'intéresse à moi, souvent des choses pour lui, parce que après, il disait qu'il m'aimait bien, il me souriait, mais William m'a dit ce matin...

Je n'arrive pas à finir ma phrase, et ma vue se brouille.

- Bref, que tout ça s'était pour bien pouvoir se fendre la poire quand elle avait le dos tourné. T'es content ? Assène Lisa.

- Bah, c'était un peu évident, non ? Après tout, il est populaire, et moi,...

- Bon, eh, laisse tomber l'auto-dérision, ça marche pas. Il faut que tu ailles le voir et que tu mettes les choses au clair avec lui, sinon tu vas te faire du mal peut-être pour rien. Il n'y a aucune raison qu'il ne t'aime pas, tu es hyper jolie, et tu es vraiment adorable. Thomas, il faut établir un plan.

- Yup ! Je propose qu'on la fasse attendre dans le cloître, très romantique, en plus il n'y aura personne, il fait tellement beau que tout le monde est parti au lac...

- … et on envoie Denis de ce côté ! On est géniaux. Dis, toi, le maître de métamorphose, tu voudrais pas lui arranger un peu ses fringues ?

- Euh... si tu me dessines un modèle, pourquoi pas.

- Parfait ! Attend deux minutes !

Elle part à toute berzingue, puis revient avec un parchemin griffoné.

- Allez, au boulot ! S'exclame-t-elle joyeusement.

Leurs changements d'humeur sont tellement étranges... On dirait un vieux couple ! Mais leur motivation me rend le sourire. J'ai beau ne pas être populaire, le fait d'avoir deux amis aussi précieux est bien mieux...

Quelques minutes plus tard, ils m'ont postée sous une arche du cloître. La pierre n'est pas hyper confortable, comme siège, mais on va faire avec... Et si il ne venait pas ?

Je lisse du plat de la main la robe légère bleu ciel (« ça mettra tes yeux bleu vif en valeur !» s'était exclamée Lisa), puis passe une main dans mes boucles auburn. J'espère que je suis présentable... Sous le coup du stress, et parce que je m'ennuie, je me mets à fredonner une chanson... Ca fait tellement longtemps que je n'ai plus osé chanter !

Look into my eyes - you will see
What you mean to me
Search your heart - search your soul
And when you find me there you'll search no more

Don't tell me it's not worth tryin' for
You can't tell me it's not worth dyin' for
You know it's true
Everything I do - I do it for you

Look into your heart - you will find
There's nothin' there to hide
Take me as I am - take my life
I would give it all - I would sacrifice

Don't tell me it's not worth fightin' for
I can't help it - there's nothin' I want more
You know it's true
Everything I do - I do it for you

Je m'arrête brusquement. Il y a quelqu'un qui m'observe, qui m'écoute, je le sens ! Le cœur commençant à battre plus fort, je me retourne... et rougis comme une malade. Ces yeux verts... Ces cheveux blonds-châtains... MONDIEUMONDIEUMONDIEU, c'est Denis ! Il se rapproche de moi, toujours assise, bouche-bée. Il m'a entendue chanter...

- C'était très beau.

Les joues cramoisies, je le fixe en marmonnant un pauvre « merci ». Un tas de questions se bousculent dans ma tête, le silence se prolonge, il faut que je dise quelque chose...

- Est... est-ce que c'est vrai ?

Et voilà. Comment tout gâcher, en une phrase, by May Ronan.

- Euh, que c'était beau ? Bien sûr, c'était vraiment, euh, whaw !

- Non, non, je... que... tu ne m'aimes pas. Que tu, tu te sers, euh, te moques de moi.

Un silence s'installe. J'ai envie de pleurer.

- Oui.

Bam. Trois lettres. Qui font mal.

- Enfin...

Pas envie de l'écouter se justifier. Pas envie, envie de pleurer, partir, loin, loin, j'ai mal... D'un coup je me lève, le bouscule et m'enfuis en courant.

- MAY !

Je l'écoute pas, je l'écoute pas, de toute façon je n'entends que les battements de mon cœur, je ne vois rien, c'est flou, je m'emmêle les pieds, et BAM.

- May !

Quelqu'un me soulève, m'assoit, mais je veux me mettre debout, laisse moi m'accrocher à toi, je me relève en pantelant... Qui me tient debout ? A qui sont ces mains sur mes bras ?

- May, je suis désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire...

C'est très bien ce que tu voulais dire.

- Tu es une fille géniale. Et je ne m'en rends compte que maintenant. Quel imbécile.

Il me serre dans ces bras. Je me sens fondre, et son odeur... Je fourre ma tête dans son cou, les larmes coulent.

- Je voulais dire que oui, c'était vrai. Parce que les rumeurs. Parce que William, entre autres. Parce que je te trouvais trop différente. Parce que je tenais à ma réputation. Parce que toutes ces raisons sont stupides, bon sang. Alors, oui, je t'ai fait marcher. Je suis désolé, désolé... Je suis horrible, tu m'aimais sincèrement et je me suis joué de toi, et là, maintenant, j'ai peur que la situation ne se renverse. De plus en plus tu me plaisais, tes maladresses, ton côté ingénu, tu es l'une des plus belles filles que je connaisse... La plus belle, même. Et je n'osais pas me l'avouer, puis je t'ai entendue chanter, et puis maintenant, je suis décidé : May, tu veux toujours bien sortir avec moi ? Même si j'ai été un sacré salaud ?

Je dégage lentement ma tête du creux de son épaule, et le regarde dans les yeux. Il a l'air si sincère... Ses yeux en sont presque humides... Je n'arrive plus à parler. Doucement, je hoche la tête. Un sourire éclaire alors son visage, et il se penche vers moi...

Je sors avec une sirène : elle a une voix dorée, et notre premier baiser était salé...