NdA : désolée pour cet immense retard, mais j'avoue avoir eu du mal à gérer cette histoire ! Enfin, maintenant qu'elle est finie, je vais essayer de rattraper ce retard petit à petit, donc je prie celles/ceux qui ont commenté dans les derniers d'accepter mes excuses et de bien vouloir patienter... Car j'écrirai, c'est promis ! (même si c'est dans trois ans) (je rigole) (mais je jure que j'écrirai de toute façon) Bonne lecture, et j'espère que ça vous plaît toujours !


Je ne suis pas Préfète. Non pas que ça me dérange énormément (j'ai eu un an pour m'y faire), Dumbledore a dû me trouver trop effacée ou pas assez autoritaire, et Livia Nott était très bien pour le rôle. Bon, forcément, j'en garde toujours un goût amer, mais ce n'est pas que parce que ça a quelque peu sabré mon ambition : c'est aussi que lui est Préfet. Ç'aurait été une telle occasion de se rapprocher de lui ! Au moins, il saurait que j'existe, et j'aurais trouvé des sujets de discussions au cours des rondes (enfin, en tout cas, dans les films que je me fais).

Regulus Arcturus Black. Une étoile sombre, tout comme ses yeux qui semblent ne pas me voir. Et pourtant, depuis notre deuxième année, il m'attire. Et depuis quatre ans, il ne me remarque pas. Il faut avouer que je ne fais pas grand-chose pour. Mais il paraît tellement… inatteignable… Une statue, de marbre, ou de glace, parfait et avec tellement de prestance… Il m'intimide presque, et pourtant, je sais, je sens que je pourrais me dévoiler devant lui. Je n'ai pas pour habitude de m'ouvrir aux gens, et les seules personnes que je considère comme amis sont tout aussi solitaires que moi. Xenophilius Lovegood, qui peut être extrêmement agaçant avec ses lubies, mais malgré tout intelligent et compréhensif, et Severus Rogue, qui me ressemble plus. Enfin, de caractère. Et l'an prochain, je serai définitivement solitaire. En général, ça ne me gêne pas plus que ça, j'aime bien me sentir indépendante, quand je vois comment Severus a été littéralement broyé par cette bécasse d'Evans… Elle est pourtant plutôt douée, mais tout aussi stupide que son Potter et Sirius Black.

Sirius Black. Il n'arrive tellement pas à la cheville de son frère, et bien qu'il soit l'aîné, il paraît tellement immature face à Regulus… Mais je tolère à moitié sa présence, parce que s'il n'était pas là, tout son fan-club féminin aurait été celui de Regulus – et ça, ça m'aurait bien ennuyée. A vrai dire, son seul point positif est qu'il n'est pas intransigeant sur ses relations. Si encore j'avais été une Sang-Pur, et pas une Sang-Mêlée, peut-être que Regulus... ne rêvons pas. Jamais je ne renierai mes origines. Seulement... si je pouvais le faire changer...

En soupirant, je cherche mon lecteur de cassettes dans mon sac, pour faire fuir mes mauvaises pensées (ou mieux rêver)*. La manche légèrement relevée de ma chemise laisse apercevoir une cicatrice et des traces de bleus sur mon poignet. Restes de cette fois où j'ai fait un malaise dans un cachot où j'étais allée réviser mes potions, et où je me suis retrouvée par terre au milieu de fioles et divers objets tranchants, plutôt amochée de partout. Je me souviens du regard préoccupé de Madame Pomfresh, qui ne voulait pas croire que j'étais tombée dans les vapes. Elle pensait que je m'étais mutilée... Sérieusement, je veux bien croire que la vie d'une élève de Serpentard timide et de Sang-Mêlé est rude, mais tout de même, de là à s'imaginer ça... Elle y croyait dur, en plus, elle m'en parlait comme une grande sœur inquiète ! Tout en repensant à cet épisode trépidant de ma vie passionante, je continue à farfouiller dans mon sac.

Une vague glacée me submerge, et je me rends compte les yeux écarquillés qu'il n'y est pas. J'ai dû le laisser dans la salle commune. Nouveau glaçage. Pourvu que personne ne l'ait trouvé, ou pire, détruit ! Un objet d'origine Moldue ne fait pas forcément long feu chez les Serpentards... Je me précipite vers les cachots de toute la vitesse de mes petites jambes (oui, je ne suis pas grande, je l'assume), on est en week-end, et même si on est en automne, il devrait y avoir plus de monde dehors que dedans... Je manque de rentrer dans quelqu'un, et au moment où je repars en courant, j'entends une voix dire avec hésitation « Ah, euh... Christabel ?! ».

Pitié. Non. Ne me dites pas que c'était... C'est impossible, il ne doit même pas connaître mon prénom... Pourtant, c'est bien Regulus que je viens de croiser, enfin de renverser. Je continue ma course sans me retourner, honteuse. Il connaît mon prénom ! Certes, mais tu as failli le précipiter dans les escaliers. Mais il... il sait que j'existe ! Oui, mais maintenant il va te prendre pour une grosse cloche, c'est peut-être pire... Mais non... Il voulait me dire quelque chose, j'en suis sûre ! Hum, sûrement te rappeler qu'il ne faut pas courir dans les couloirs, pauvre cruche. Bref, n'y pensons plus. Mais comment veux-tu- ? L'appareil, l'appareil !

J'entre en trombe dans la salle commune apparemment déserte (ouf!)... et ne le remarque ni sur la table où j'aurais éventuellement pu le laisser, ni sur les fauteuils environnants. Nom d'un crottin d'Abraxan. Le cœur battant, je me mets à sa recherche à quatre pattes, des fois qu'il soit tombé par terre, quand j'entends des gens se relever dans un coin de la pièce. Stump, stump, stump. Ils sont derrière moi. Avec un peu de chance, c'est des gens sympas qui auront trouvé mon lecteur. Avec un peu de chance...

- Tiens ! Mais si c'est pas notre amie Chrissy, Walden !

Je reconnais la voix de Rabastan Lestrange, qui ose me nommer de ce surnom complètement débile. Je me relève lentement afin d'assimiler amèrement le manque total de chance que j'ai, et me retourne pour me trouver face aux pires types de la terre, j'ai nommé : Rabastan Lestrange et Walden Macnair. Ce dernier se met à ricaner (ou à grincer, on ne sait pas trop).

- Alors, Chrissy, on essaie de faire le ménage ? Avec tes cheveux bouclés, tu n'aurais certainement pas de mal à ramasser toutes les poussières... C'est peut-être ça, le secret de ta couleur brune ? Tu amasses les crasses dedans, c'est ça ?

J'aimerais tellement en placer une bonne. Du style « Rabby, mon petit lapin, je me demande si tu dirais la même chose à ta Bella d'amour, je pourrais lui glisser un mot à propos de ton opinion des cheveux noirs bouclés, au moins elle te remarquerait plus que ton frère... », mais ma timidité et le fait de m'en prendre non seulement à lui, mais à son frère et sa sûrement future belle-sœur m'emprisonnent les cordes vocales. Et puis ce n'est pas que lui et Macnair font au moins deux têtes de plus que moi, sans parler de la carrure de Walden, mais c'est presque ça...

- Laisse-moi, Lestrange, je parviens à articuler assez bas. Je... cherche juste quelque chose.

- Oho ! Mademoiselle cherche quelque chose, et vient donc nous déranger ! S'exclame Macnair, un sourire railleur sur les lèvres. On peut savoir ce que tu cherches, peut-être ? J'espère que ce n'est pas ton chat...

Je m'apprête à répondre que je n'avais pas de chat, un peu confuse (pourquoi un chat?), quand Lestrange enchaîne avec un sourire plus que railleur : mesquin, sournois.

- Voyons, Walden... Je parie qu'elle est venue chercher ce truc Moldu qui traînait sur la chaise...

Je m'empourpre, malgré le courant glacial qui gèle mon estomac.

- C'est vous qui l'avez ? Je demande d'un air un peu détaché.

Quelle idiote, j'aurais du dire que non, je cherchais un bracelet, une plume, tout mais pas un truc Moldu! Mais il faut que je le retrouve, s'ils l'ont, il faut au moins que j'essaie...

- Bien joué, tu avais raison Rab' ! s'exclame Macnair dans un éclair d'intelligence.

- Bien sûr que j'avais raison, tous ces Sang-de-Bourbes sont pourris par la merde qui coule dans leurs veines. Je ne comprends même pas pourquoi certains d'entre eux on rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres, ils sont tellement abjects...

Rouge de rage, je n'arrive pas à desserrer les dents, et Lestrange remarque les larmes de colère qui commence à remplir mes yeux.

- Oooh, il faut pas pleurer, ne t'inquiète pas, tu ne te saliras plus les mains, notre cher futur préfet en chef l'a pris, il va sûrement le donner au directeur ! Tu n'auras plus à venir interrompre les gens en déboulant dans une pièce pour un vulgaire ''objet'' dépravant, n'est-ce pas merveilleux ?

Notre futur préfet en chef... Regulus ? Mais... Tout à l'heure, alors... Vite, ne pas rester comme un être de l'eau en apnée, changer de sujet, il faut que je renverse son petit jeu. Comment ça, je les ai interrompu ?

- Interrompre les gens ? Vous n'étiez pas en train de vous rouler des pelles, quand même ? j'articule en affectant un air mi-dégoûté, mi-railleur (en vrai, je suis en train de m'administrer des baffes mentales, mais il n'y a que comme ça que je peux reprendre le dessus, et surtout apprendre ce qu'ils faisaient : règle 1 de la manipulation pour obtenir une réponse, provoquer. Règle 2 : dans une certaine limite. Règle 3 : Leur laisser supposément l'avantage, et en fait faire dire ce que l'on veut.)

Ça ne loupe pas. Macnair se jette presque sur moi, et saisit le col de ma cape, l'air enragé -il baverait presque, mais il est tellement effrayant que l'idée d'en rire ne me vient même pas.

- Tu ferais mieux de la fermer si tu ne veux pas subir le même sort que...

- Walden ! menace Rabastan d'une voix forte mais maître de sa colère.

Le concerné semble hésiter un instant, puis, un regard mauvais toujours planté sur moi, répond presque en crachant :

- Ne me dis pas ce que je ne dois pas faire, Rab'. Si j'ai envie de mater c'te fouineuse de Sang-Mêlée, je m'y prends comme je sais m'y prendre.

Mes intestins s'entortillent. Je connais les penchants violents de Macnair, mais... il n'irait pas jusque là, si ?! Mon cœur accélère brutalement, et une sueur froide me parcourt, comme l'eau froide d'un seau que l'on m'aurait versé sur la tête. Je risque un rapide coup d'œil vers Rabastan, qui ne me dit rien de bon. Il semble déconcerté, peut-être parce que Walden lui a tenu tête. Ou peut-être parce que ce dernier est sérieux. J'ai une terrible impression de déjà-vu qui m'assèche la bouche. Des mailloches font résonner le tambour funeste de mes tempes. Rabastan reprend un visage de marbre, et étouffe mon ostinato cérébral en assénant le coup de gong final dans un sourire en coin.

-Je le sais, Macnair, je le sais... justement, je ne voudrais pas que tu l'abîmes de trop, elle nous causerait trop de problèmes. Et si elle ne retient pas la leçon, encore une fois, il ne faudra peut-être pas lancer d'Oubliettes...

''Encore une fois'' ?... A qui ont-ils déjà fait ça ? Des dizaines au moins, sûrement.. Walden affiche un sourire carnassier, que j'ai déjà vu. J'en suis sûre. Mais quand ?...

- Ben au moins, ce sera en plus grand format que le foutu félin ! S'exclame-t-il, d'un ton presque jouissif, sans desserrer sa poigne.

Il faut que je dise quelque chose. N'importe quoi. J'ai envie de vomir.

- Le... chat ?... Quel chat ?...

- Ooooh, glousse Macnair, elle a envie de voir un aperçu de ce qui pourrait lui arriver...

Rabastan lance négligemment un coup de baguette, et une charogne, même pas, des restes de charogne s'élèvent lentement de derrière un fauteuil. Ma nausée s'intensifie : ce chat déchiqueté, dont les membres sont encore parcourus de spasmes, complètement défiguré, gueule et griffes ouvertes dans une douleur désespérée, et dont les orbites sanglantes se dirigent vers moi, je le reconnaît : c'est le chat maintenant blanc et acajou d'une petite troisième année. Je voudrais détourner les yeux de cette vision d'horreur, mais ils refusent de se mouvoir, hypnotisés par l'animal déformé. Le chat pousse un bref hurlement, qui semble coupé en plein milieu. C'est en voyant l'air inquiet de Rabastan et sa baguette pointée sur moi, que je me rends compte que c'est ma bouche qui est ouverte, pas celle du chat.

- C'est qu'elle nous ferait repérer, la Chrissy... Tu aurais dû la faire taire dès le début, Walden.

- C'est pourtant beaucoup moins drôle en muet, ronchonne celui-ci.

- Mais au moins, tu peux t'en donner à cœur joie. Le Seigneur des Ténèbres sera heureux d'apprendre qu'on s'entraîne assidûment à le servir. A toi l'honneur !

Walden passe sa langue sur ses lèvres, sourit et siffle :

- A toi l'honneur, plutôt, fais donc les préliminaires, tu es doué pour ça... Si on passe directement aux bobos, ça ira trop vite !

Rabastan s'approche vers moi, une expression d'extase sur le visage. Je ne peux plus bouger, ni hurler. Il lève sa baguette, et très calmement, l'abaisse :

-Endoloris.**

Une douleur indescriptible s'abat sur moi, pluie d'aiguilles, flèches enflammées, bandes étouffantes, acide, aucune cellule n'est épargnée. Et je crie, vocifère dans mon crâne, qui semble seulement contenir un froid glacé et mordant et où l'écho de mes hurlement rebondit sans discontinuer sur les parois, et je ne pense plus, je ne sais plus rien, on me remplit les poumons, laissez-moi respirer, je suis juste une entité douloureuse, je ressens chaque millimètre carré de mon corps, et je hurle, je hurle mais il ne m'entendent pas, on me broie la main, on me fracasse la tête, on me retourne les bras, on m'arrache les cils, j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal, partout j'ai mal, on me déboîte la colonne vertébrale, on retourne mon bassin, j'ai mal, tellement mal, arrêtez, ARRÊTEZ, ARRÊTEZ DE M'ÉCORCHER LES PIEDS, J'AI MAL, TUEZ-MOI, TUEZ-MOI !

Schvlom. Poupée de chiffon, non, de mailles de fer, je m'aplatis au sol, et avale bruyamment de grosses goulées d'air. La douleur s'estompe peu à peu, mais le moindre geste me lance violemment. Les sons traversent la couche de coton qui s'est formée dans mes oreilles, et les rires sadiques de mes bourreaux me parvient de plus en plus distinctement. Pourvu que quelqu'un les entende, pourvu que quelqu'un vienne... Que ça ne se passe pas comme la dernière fois...

Et je me souviens. Par bribes. Cette douleur. La baguette qui se rapproche de moi. Trop. Dangereusement. La porte verrouillée du cachot. Ça s'était déjà passé comme ça. Mes blessures... C'est pour ça que l'infirmière ne voulait pas me croire... Ce n'était pas les bocaux, qui m'avaient coupée...

Je réussis brusquement à prendre une grosse inspiration, et me mets à tousser silencieusement en poussant le plus fort que je peux sur mes bras tremblants pour me relever. Il faut que je parte, il faut que je parte ! J'ai l'impression d'avoir couru trois marathons d'affilée avec des poids accrochés à chaque articulation. Il faut que je m'en aille, il le faut...

- Pas si vite, ma belle Christabel, on n'a pas fini de s'amuser ! s'exclame Macnair d'un ton faussement frustré. Diffindo !

Un couteau invisible m'entaille le bras. Il est si effilé, si précis que si je n'étais pas retombée au sol, on aurait pu croire qu'il avait manqué son coup. Je ne suis pas de taille, je ne peux pas me défendre, ces types sont beaucoup trop dangereux... Comme s'il avait lu mes pensées, Macnair me lance un regard démoniaque et passe sa langue sur son sourire grimaçant, en me dévoilant la marque noire sur son avant-bras :

- Le Seigneur des Ténèbres nous apprend bien des choses, tu sais, notamment comment se débarrasser de fouines en ton genre ! Tu nous avais déjà dérangé, mais en fin de compte tu es un passe-temps bien plus intéressant qu'un Gnome ! Quel dommage que tu ne cries pas... Vraiment dommage... Rab' ? On pourrait mettre du volume, s'il te plaît ?

Lestrange me regarde, complètement transfiguré. Il a l'air en transe, extatique sans sourire, excité presque, je ne peux pas soutenir son regard, je me tapis en sanglotant, le bras serré contre mon ventre, j'ai terriblement mal... Sans prononcer un mot, il annule le sortilège de Mutisme et je m'entends soudain hoqueter et renifler, un gémissement continu coincé dans le fond de ma gorge. Je ne veux pas leur laisser le plaisir de me rendre victime, mais mon corps n'est plus mon esprit, je ne m'obéis plus, j'ai mal, tellement mal... !

- Continue, Walden, demande-t-il d'une voix froide.

- Avec plaisir, Rab', répond joyeusement celui-ci.

Je n'ose pas regarder ce qu'il fait. Je le sens approcher de moi, je me tapis de plus en plus, ma plainte s'enfle... Il pose sa main sur ma hanche, et murmure comme un serpent « N'aie pas peur, petite bête... » Puis je le sens qui se relève, et qui demande, presque ingénument :

- On n'a jamais essayé la combinaison du Saucisson et du Doloris, si ?

Un cri d'horreur m'étrangle, j'essaie de ramper, je ne sais plus ce que je fais... Lestrange a dû répondre non, car aussitôt j'entends :

- Pas si vite ma poupée ! Petrificus totalus !

Je tombe comme un gisant sur le sol.

- Laisse-moi, LAISSE-MOI, NON NON -

- ENDOLORIS !

Il me hache en morceaux, il me perce de couteaux, je suis charcuterie, boucherie, et je hurle, JE HURLE, si fort que je m'en décroche la voix, mais je ne peux pas bouger, je hurle je hurle coincée coupée hachée déchiquetée tranchée coupée hachée tranchée déchiquetée de partout découpée et je hurle et je hurle et je les entends rire je les entends rire et je hurle toujours plus fort la douleur toujours plus fort je ne peux pas bouger et il coupe et il coupe et il tranche et ils rient et je pleure je crie hurle aboie étouffe sais plus crie crie crie hurle plus rien plus rien arrêtez j'en peux plus finissez qu'on en finisse arrêtez de couper charcuter broyer hacher modeler rire respirer

SCHVLOM. De nouveau je retombe au sol, mais je continue de hurler, ma conscience me revient peu à peu mais ma voix ne part pas, pourvu que quelqu'un... Regulus... Je ne vois que du noir... Où est-il, son visage je ne le vois plus, je ne m'en souviens plus, ses cheveux aussi noir que ce noir, ses yeux noirs comme ses cheveux, sa peau pâle et lumineuse comme la lumière qui m'apparaît au loin... -

- Incen -

...tant de prestance, statue de marb...

Et le noir. Complet. Où suis-je ? Ce n'est pas très confortable. J'ai l'impression de voir des éclairs de lumière, et des voix assourdies... Mais il fait tout noir, et ça paraît très paisible. Je suis allongée, en fait. Et ce n'est pas seulement inconfortable, j'ai aussi assez mal. Mais qu'importe, je ne peux même pas bouger mon orteil ! Je me contente d'observer le noir, le vide. Plus d'éclairs. Une espèce de lueur blanche, par contre. Elle se rapproche, je crois. C'est... une personne ? On dirait un Patronus... C'est beau. Une lueur assez froide, pourtant, mais magnifique... Aussi pure qu'un éclat de cristal. Cristal, Christabel... Il paraît qu'un verre qui se brise a un son mélodieux.

Christabel !

La lueur s'est rapprochée. Elle n'est plus si lumineuse. Si j'arrivais à tendre le bras, je pourrais la toucher... Mais des espèces de fantômes de cendre tourbillonnent autour du halo, qui tente désespérément d'irradier de plus belle afin de les chasser, mais elle faiblit... Je peux distinguer une silhouette. C'est lui. C'est Regulus, qui me toise de son air de statue. Les fumées se resserrent, et ses yeux s'écarquillent. Il a peur.

CHRISTABEL !

Sa bouche hurle quelque chose que je ne comprends pas. Je dois l'aider, il le faut ! Je lève mon bras, péniblement – aaah, mon épaule – je dois lui prendre la main... Il bouge son bras aussi avec effort, son bras gauche, les fantômes se précipitent autour de son poignet, il faut que je l'attrape, que je touche au moins ses doigts, encore quelques millimètres...

- CHRISTABEL !

Mes yeux papillonnent, la réalité revient progressivement. Le verre de cristal, c'est moi. Pour le son mélodieux, on repassera : je n'arrive même pas à prononcer un mot. La lumière est violente – et pourtant, ce n'est que celle de la Salle Commune des Serpentards, c'est peu dire... – et je vois flou. Encore deux ou trois papillonnements des yeux, et... par la baguette sacrée de Morgane. Les papillons descendent fissa dans mon cou et dans mon ventre, je n'ai même plus mal : le visage terrifié au dessus du mien ne serait même pas apparu dans mes rêves.

- Christabel ? Je... Tout va bien ? Aaah, non, évidemment non, ça ne va pas, que je suis stupide...

Il est dans tous ses états, et je suis étrangement calme. Je devrais piquer une crise. JE SUIS ALLONGEE DANS LES BRAS DE REGULUS. Et il s'inquiète pour moi. Ça y est, je dois être au paradis. Pas si pourri que ça, la mort.

- Je vais, euh, chercher de l'aide, mais je ne peux pas te laisser là, et ces crétins... Nom d'une bouse de dragon !

Il s'arrête, et me caresse les cheveux doucement, essayant de reprendre son calme, ou de se convaincre qu'il me calme en se calmant lui-même. C'est si doux... Une douleur me traverse le bras entaillé, et je parviens à peine à retenir un cri étouffé. Je jette un coup d'œil vers la coupure : elle a arrêté de saigner.

- J'ai essayé de guérir comme j'ai pu... se justifie-t-il maladroitement.

Je lui offre un faible sourire, et prends conscience de mon état pitoyable. Les larmes commencent à perler, puis à déferler en torrents le long de mes joues. J'enfouis mon visage contre son torse et me laisse bercer. Il m'embrasse doucement sur le front tout en continuant à me caresser les cheveux. L'ironie du sort est une vraie grognasse : en moins de deux heures, je viens de passer par les pires douleurs pour me blottir dans les bras dont j'osais à peine rêver. Je n'en reviens tellement pas que la douleur semble n'être qu'atténuée, assourdie, ou plutôt s'être concentrée dans mon cerveau où mes pensées tournent à toute allure – Macnair et Lestrange, des Mangemorts, j'ai mal, mais en même temps mon dieu mon dieu je suis dans ses bras, il est chamboulé, j'y crois pas c'est un rêve, comme les fumées noires, Macnair me montre son poignet, poignet avec la Marque, Marque noire, comme les fumées, je suis bien dans les bras de Regulus, j'y suis bien... Pourquoi de la fumée autour de Regulus, de ses bras, de... son poignet ?! Qu'est-ce que ça voulait dire ?

- Christabel, je suis désolé, désolé... Je ne les laisserai plus jamais faire ça, plus jamais, tu m'entends, à quiconque, et surtout pas à toi !

Mon cœur fait un salto. « Surtout pas à toi ! » Il est soudain parcouru d'un tremblement et me serre plus fort dans ses bras.

- Je ne savais pas, je te jure que je ne savais pas...

- Ce... ce n'est pas de ta faute, tu ne pouvais pas savoir qu'ils étaient des... des...

Avant que je n'arrive à prononcer le mot, il tressaille comme si je l'avais piqué, et desserre un peu son étreinte pour retirer sa main gauche. Il détourne son regard troublé de mon visage, silencieux.

- … Tu savais ?

Il ne répond pas. La fumée noire, la fumée noire...

- Regulus ?

Un sourire sincèrement heureux s'étire sur ses lèvres, et il pose à nouveau ses yeux sur moi.

- Enfin ! Tu m'appelles enfin par mon prénom !

- Je n'ai pas souvent eu l'occasion de le faire, dis-je en souriant à mon tour.

- C'était encore plus frustrant, je t'assure !

Ce serait le moment parfait pour un baiser. Un beau baiser comme dans les films, comme un happy end. Sauf qu'il reste des questions, et que je suis une pro pour rater les belles occasions comme celles-là pour cause de grillage de cerveau.

- Regulus, je... je voudrais voir ta main gauche. S'il te plaît.

De nouveau, une expression peinée et choquée se peint sur son visage.

- Non. Non, s'il te plaît, Chris...

- Je sais ce qui se trouve sur ton poignet, je lâche d'une traite après avoir inspiré une goulée d'air. Je voudrais juste la voir.

Il reste un moment silencieux.

- Non... tu partirais... je suis un... un monstre... je ne peux pas te laisser partir, je ne veux pas !

- Il y a pas de grandes chances que je bouge, vu mon état, je souris faiblement. Et je te promets que je ne m'éloignerai pas. Sauf si tu ne me le... la montre pas.

Il me transperce d'un regard blessé.

- … Tout simplement parce que sans ça, je ne pourrai jamais être au plus proche de toi, je lâche en un souffle. Et puis, tu es loin d'être un monstre.

Regulus me sourit pitoyablement, visiblement beaucoup moins convaincu par la dernière phrase que par le reste. Il me tend doucement sa main gauche, et je remonte délicatement sa manche, et dévoile ce tatouage effrayant. On reste là, tous les deux, silencieux, jusqu'à ce qu'il brise la glace.

- Ca me rappelle tout le temps, tu sais. Que je suis un Black. Un... Sang-Pur. Que je ne suis qu'un gamin qui croit ses parents. Que j'ai fait un choix. Qu'il était stupide, mais je jure, je te jure que je pensais que c'était pour le mieux, que je ne supporte pas les tortures, que je ne pensais pas...

Je l'interromps en entrelaçant nos doigts.

- Ce qui est fait est fait, tu ne pourras plus revenir en arrière. Mais tu ne seras plus tout seul à porter ce fardeau. Enfin, euh, si tu le veux bien, je conclus en rougissant à ma propre témérité.

Ses yeux semblent se réchauffer, ou alors c'est moi qu'ils réchauffent. Ou les deux.

- Je te cherche depuis tellement longtemps, murmure-t-il en pressant ma main dans la sienne. Quel idiot... Tu étais juste là... J'étais tellement content d'avoir trouvé une occasion pour te parler, tout à l'... Mais oui !

Il se tape le front de la main. Je laisse échapper un petit rire, que je réprime aussitôt – je déteste mon rire.

- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? demande-t-il, déconcerté.

- Ce... c'est juste pas habituel de te voir comme ça, c'est...

- … bizarre ?

- Non, non ! Enfin si, mais, c'est juste...

Mes joues brûlent, et je détourne la tête. Je le sens sourire peut-être qu'il ressent exactement cette même impression, de papillonnements, de secret... Un léger coup sur ma tempe me coupe dans mes pensées.

- Tiens, c'était mon occasion pour te parler. J'ai failli oublier avec tout ça, mais voici ton... euh... engin ?

- Mon walkman !

- J'ai essayé de le faire fonctionner, mais je n'ai pas réussi... Ca sert à quoi exactement ?C'est un lecteur de cassettes.

- Pour écouter de la musique, j'explique devant son incompréhension. C'est normal que tu n'aies pas réussi, il faut retourner la cassette, elle est complètement déroulée !

Je me redresse tant bien que mal, et il m'aide à m'asseoir, jambes sur le côté. Même si la douleur me fait grimacer, je continue mon explication, et change la cassette de côté.

- La musique vient du casque, là.

- On ne peut pas écouter à deux ?

- Eh, on est des sorciers, ou pas ? je rétorque en appuyant sur le bouton. Sonorus !

Aussitôt, une musique de plus en plus assurée sort des écouteurs. C'est l'une de mes chansons préférées, Walking Man de James Taylor. Je ne lui dirai jamais que c'est à lui qu'elle me faisait penser. J'en souris, et il tourne soudain doucement mon visage vers le sien.

- Tu devrais rire plus souvent. Ca te rend encore plus merveilleuse.

Tout s'efface. Les Sang-Purs, les Sangs mêlés, les Sangs-de-Bourbes, les serpents, les fumées, Walden et Rabastan qui se réveillent dans un coin, sonnés par le sortilège d'Oubliettes que leur a lancé Regulus.

Et il pose tendrement ses lèvres sur les miennes.

Il goûte mon sourire.

Il m'embrasse.

Et je suis la plus heureuse du monde.

Ah, but who would want to listen to you
Kissing his existence good night
Walking man walk on by my door...

*NdA : L'appareil de Christabel fonctionne, comme celui photographique de Colin Creevey, non pas avec des piles mais grâce à ''l'atmosphère magique de Poudlard'' (cf. Article de The Mirror du 14 Novembre 2005, '50 Hottest Harry Facts', fait numéro 24)

**NdA : Tout comme à partir de L'Ordre du Phénix (voire limite La Coupe de Feu pour Maugrey), Voldemort ayant pris beaucoup de pouvoir au sein du Ministère de la Magie, ce dernier n'est plus vraiment en mesure de sanctionner même les Sortilèges Impardonables, qui peuvent donc à cette époque être pratiqués en toute impunité – notamment par les Mangemorts, car protégés par Voldemort.