Luna Lovegood - Lancer des Gnomes
Ginny soupire une énième fois.
- Vivement ce soir, geint-elle, qu'on soit enfin en vacances !
- ''Vivement ce soir, que je sois près de l'Elu... de mon cœur !'', je l'imite en tournant la page cinq du dernier numéro du Chicaneur.
- Héé !
Elle m'envoie un petit coup de poing sur l'épaule, faussement (ou presque) vexée. C'est devenu un jeu entre nous, de se taquiner comme ça. Je souris en repensant à la première fois où moi, Lucy O'Brian, la fade, l'effacée Poufsouffle qui reste dans sa bulle, j'ai osé lancer une pique à Ginny Weasley, la lionne de Poudlard. Il faut dire qu'elle l'avait bien cherché, puisqu'elle avait essayé de devenir mon amie. Elle avait ouvert de grands yeux ronds, puis avait explosé de rire avant de me serrer dans ses bras, comprenant qu'elle m'avait enfin apprivoisée. Depuis, tout Poudlard s'étonne qu'elle passe autant de temps avec quelqu'un d'aussi banal et inintéressant que moi, mais elle semble avoir trouvé un sortilège qui l'imperméabilise à toutes les remarques. Sauf quand elle prend ma défense à coups de Chauve-furie.
Comme quand elle avait envoyé paître Romilda Vane lorsqu'elle m'avait ouvertement fait comprendre que même la Moine Gras avait plus de présence physique que moi. Je devrais lui être reconnaissante pour ça, et je suis heureuse qu'elle veuille me protéger, mais à chaque fois qu'elle le fait, j'ai un pincement au cœur. Je devrais pouvoir me protéger moi-même, et si elle me devance, je n'arriverai jamais à montrer que moi aussi, je peux être forte ! Je rêve du jour où ils seront tous ébahis de m'avoir sous-estimée à ce point...
- Je dois avouer que j'ai hâte de le revoir... mais je n'arrive pas à déterminer si c'est parce qu'il me manque énormément ou parce que j'ai peur que ses groupies essayent de prendre ma place, soupire-t-elle.
- Je pense que ça te manque simplement de le débarasser de ses groupies pour qu'il te remercie et qu'il t'embrasse fougueusement, ô sauveuse du Sauveur, dis-je avec un petit rire.
- Tu as probablement raison, surtout pour le baiser fougueux, rit-elle avant de continuer avec un air espiègle : et toi alors, des baisers passionnés à l'horizon aussi ?
La question me prend de court et mon cœur a dû allumer un feu dans mes joues en faisant un bond dans ma poitrine. Ginny avait abandonné toute question sur ma vie amoureuse il y a si longtemps que je croyais que c'était définitif !
- Moi ? Non, non... à moins que les léchouilles du chien de mes grands-parents comptent ?
- Beurk, arrête, j'imagine Crockdur... mais tu ne m'auras pas, Lucy, je sais que tu me caches quelque chose ! T'es dans les nuages tout le temps en ce moment, et... ma parole mais tu rougis ! Ha ! Tu ne peux plus nier désormais !
- C'est pas ce que tu crois... dis-je les joues cramoisies, en détournant légèrement mon regard.
- Allez, tu peux tout me dire ! Qui c'est, qui c'est ?
- C'est... Potter, dis-je d'un air faussement désolé en la regardant de nouveau droit dans les yeux.
Elle hausse un sourcil d'un air plus que dubitatif. Au moins j'ai réussi à la déconcentrer un peu ! Je reprends un peu confiance en moi, et lui envoie un grand sourire.
- T'es pas drôle... je t'ai toujours tout dit, moi ! Pour Dean, pour Michael... qu'à cela ne tienne, je trouverai !
- Tu ne devineras jamais, je continue en souriant.
- On parie ? Je suis sûre que je trouve en quatre questions.
- Essaie toujours, je ne dirai rien ! Si tu trouves du premier coup, je te le dirai, sinon, tu ne le sauras jamais !
- Deal. Est-ce que je connais cette personne ?
- Oui, et même assez bien.
- Haha ! Est-ce que cette personne est à Poudlard ?
- Affirmatif, Miss Weasley.
- Dans quelle maison ?
- … on ne fait pas que des questions en oui ou non ? je demande, une vague de panique se refaisant sentir subrepticement.
- Tutut, c'est moi qui pose les questions, et on n'a pas précisé leur nature ! Alors, quelle maison ?
- … Serdaigle, dis-je après avoir pris une grande inspiration.
- Dans notre année ? poursuit-elle tout excitée.
- Hmhm, fais-je en hochant la tête de haut en bas, une sueur froide descendant le long de ma colonne vertébrale.
- Par Merlin, c'est... Derek ?
Je secoue la tête négativement. Le nœud dans ma gorge semble se détacher de soulagement. C'était pourtant évident, dès le début, qu'elle ne trouverait pas.
- Perdu ! Tu ne sauras jamais.
- C'est injuste ! geint-elle.
- C'est la vie, Ginny, dis-je en me replongeant dans la lecture de mon manuel de Sortilèges avancés.
- T'es pas une vraie Poufsouffle, boude-t-elle, on dirait presque une Serpentarde.
Je ris doucement, cachant ma gêne. Poufsouffle ? Ou plutôt Serpentard... ? La discrétion du blaireau ou de la couleuvre, je me demande... Je chasse la voix du Choixpeau de mon esprit. Jamais Serpentard, jamais !
- Ce... c'est pas contre toi, Ginny, c'est juste que je n'aime pas trop parler de ça, ça me.. ça me stresse un peu, tu vois. Et en plus ce n'est qu'une attirance passagère, je crois.
- Je sais bien que c'est pas contre moi, me rassure-t-elle en souriant. Sinon tu tâterais de mes Chauve-Furies ! Je ne veux pas te forcer à m'en parler si tu ne veux pas le faire, poursuit-elle après un silence, mais sache que si tu veux le faire, je suis là pour écouter. Ca ne me dérange pas, et au contraire, ça me ferait plaisir !
Elle est on ne peut plus sincère, et ça me touche tellement que je suis à deux doigts de craquer et de lui déballer tous mes sentiments. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas admettre que ce que je ressens envers cette personne est de l'amour. Ca ne devrait être que de l'amitié, ça ne devait être que de l'amitié... et pourtant, plus j'y pense, plus je me rends compte que ce qui m'a titillé le nombril, au premier échange de regards, n'était pas une envie de relation platonique. Même si je m'en contente pour l'instant.
- Ginny ?
- Hm ?
- J'ai juste une question, elle est sûrement très bête... mais comment tu as fait pour savoir que c'était bien de... l'amour, et pas de l'admiration que tu ressentais envers Harry ? Je veux dire, c'est toi qui m'a dit en quatrième année que tu t'étais aveuglée...
- Disons que Hermione m'a fait prendre un peu de recul, admet-elle avec un sourire en coin. Eh bien, avant que je prenne du recul, j'avais seulement envie qu'il me remarque, qu'il parle de moi autour de lui, et je ne faisais qu'une obsession sur comment me faire remarquer. Ca n'a pas énormément changé, certes, mais j'ai compris que je voulais qu'il me voit de lui-même sans que je lui tende des perches trop visibles, et puis surtout, je crois que c'est que... dans mes petits moments de solitude, je souhaitais qu'on soit... seuls à deux, tu vois ? A partager des moments simples mais intenses. Quand j'ai compris qu'il n'était pas différent des autres garçons parce qu'il est un héros, mais qu'il était un héros parce qu'il est comme les autres, et que pourtant j'avais envie de partager des moments à la con avec lui. Même balancer des Gnomes.
Je souris doucement, n'osant pas briser tout de suite le silence plein de souvenirs et de rêves.
- C'était beau, je murmure.
- Eh bien, j'espère que ça t'a été aussi utile que plaisant à écouter ! plaisante-t-elle en fermant son livre d'un coup sec. Bon, dernière épreuve d'option, et après... ''libération Express'' !
- Courage, je crois que je vais profiter d'être déjà en vacances pour continuer à me prélasser au bord du lac !
- Pff, pas la peine de me rappeler que t'as fini, grogne-t-elle. Tu restes à Poudlard pour les vacances, non ? Eh ben tiens, pour la peine, je te donne une épreuve de plus à passer : si tu as vraiment envie de balancer des Gnomes avec cette personne, dis-le lui pendant ces deux semaines.
- Mais... !
- Pas de mais qui tienne ! Tu le regretteras si tu ne le fais pas, et puis... je te prédis que ton jour de chance est proche, tu pourrais bien passer cette épreuve haut la main ! me lance-t-elle avec un clin d'oeil. Car si tu ne vas pas à l'épreuve, c'est elle qui viendra à toi, je l'ai vu dans les étoiles !
- Tout comme tu avais vu pour Derek ? je me moque.
- Pff, je savais bien que c'était pas lui, j'ai juste bluffé ! Elles m'avaient dit que Derek n'était pas ton genre !
- Les étoiles te parlent carrément ? Tu te prends pour Trelawney ma parole ! je réponds alors qu'elle s'éloigne.
Ginny se met à rire en disant quelque chose comme « J'ai mes sources mystiques », à moins que ce ne soit « J'aime les sorciers moustiques », et je reste assise sous le saule pleureur, seule sur la rive à contempler le lac. Tous les élèves qui restent finissent leurs examens, font leurs valises ou s'amusent sur le terrain de Quidditch. Je soupire un grand coup. Bien sûr que non, Derek n'est pas mon genre. Mon genre à moi est unique. Il est indéfinissable, il est insaisissable. Comme un astre que l'on reconnaît et qui se pare soudain de nuages comme d'un voile, mais qu'on voit toujours briller. Mon genre à moi c'est une étoile qui brille plus fort que les autres, on dirait qu'elle danse quand les autres sont immobiles, elle les aime même s'ils essaient de l'effacer, c'est une étoile qui donne sa lumière aux autres parce qu'elle est curieuse de voir ce qu'ils en feront. Et moi, j'aimerais lui donner ma lumière à moi, pour éclairer l'ombre qu'elle protège derrière son éclat.
Oui, mais voilà, moi, je ne brille pas assez fort. Je ne fais que profiter de sa lumière, que l'imiter piètrement, que partager ses rêves sans y être vraiment. Et jamais je n'oserai briller par moi-même exclusivement pour elle, malgré l'envie. Jamais je n'oserai me déclarer à Luna.
Perdue dans mes pensées, j'entends à peine des pas légers s'approcher.
- Lucy ?
Je frissonne au son de cette voix trop connue. Une voix douce et légère, une musique qui caresse l'épiderme et s'infiltre dans chaque fibre de mon corps. Pour une coïncidence, c'est une sacrée coïncidence... !
- J'ai croisé Ginny sur le chemin, elle m'a dit que je te trouverai ici, me dit Luna de sa voix calme en s'asseyant à côté de moi, comme si elle avait lu dans mes pensées.
J'ai l'impression que toute la partie de mon corps qui se trouve à côté d'elle tente de la rejoindre par une espèce d'énergie magique. Par Merlin, c'est de pire en pire, j'arrive de moins en moins à cacher cette attirance ! A me cacher cette attirance...
- C'est calme, fait remarquer Luna.
Si elle entendait les martèlements de mon cœur contre ma poitrine !
- T... tu voulais me demander quelque chose ?
- Oui, et le hasard fait bien les choses, c'est l'endroit parfait, sourit-elle.
Nouveau salto cardiaque.
- Tu ne voudrais pas profiter de ce qu'il y a moins de monde à Poudlard pour faire une folie ?
- Je suppose que ça dépend de la folie, si c'est faire du Quidditch à dos de Sombral ça me paraît un peu risqué, mais oui, bien sûr !
- Il faudrait essayer un jour, dit-elle d'un air rêveur, on pourrait créer un sport à dos de Sombral ! Mais je pensais plutôt à aller nager cette nuit, sous la pleine lune.
- Nager... comme nager dans le lac ? je réponds bêtement, complètement prise au dépourvu.
- Bien sûr, rit-elle doucement, nous ne sommes pas des Sylphides, on ne peut pas nager en l'air !
Cette remarque m'arrache un petit sourire attendri. Je suis sûre qu'elle serait la plus belle des Sylphides. Non, elle est déjà plus belle qu'une Sylphide.
- Mais... on risque de nous voir, non ?
- Je ne pense pas que quiconque fasse attention à nous. Je crois que personne n'a jamais fait particulièrement attention à moi, et il n'y aura que les Joncheruines qui pourront nous voir, puisque tout le monde dormira.
- Tu t'es déjà baignée la nuit ?
- Oui, ça m'arrive de temps en temps, c'est très beau et très reposant, tu sais ? Ma mère disait toujours que se baigner à la pleine lune garantissait une bonne santé et des jours heureux pour le mois à venir. Mais je ne veux pas te forcer, tu avais peut-être prévu autre chose avec les Poufsouffles ?
- Oh, non, non... je veux dire, il n'en reste pas beaucoup de notre année, et puis à part toi et Ginny, je n'ai pas vraiment d'ami proche.
- Tu veux bien m'accompagner alors ? sourit-elle en levant ses grands yeux gris vers moi.
Je retiens ma voix de hurler que je l'accompagnerais partout où elle voudra, en Enfer si elle me le demandait, et acquiesce en cachant au mieux la douce panique qui m'envahit. On parle d'aller se baigner. La nuit. Toutes les deux. Je veux dire, on s'est déjà baignées ensemble, certes. Mais pas à Poudlard, ni en pleine journée, et pas seules.
- Super ! s'exclame-t-elle d'un air enfantin.
- Eh ben, je ne pensais pas que ça te ferait autant plaisir que ça !-
- Ca me fait plus que plaisir, Lucy, j'avais très envie de partager ce moment avec quelqu'un ! Tu verras, je te promets que tu ne seras pas déçue !
- Je te crois, je réponds en souriant. Mais je risque de seulement me tremper les pieds, tu sais, je suis frileuse et on est quand même en avril !
- Comme tu voudras, réplique-t-elle d'un ton chantant, mais sache que les Boullus d'eau douce sont très joueurs avec les humains qui ne font que tremper leurs pieds dans l'eau ! A ce soir, 22 heures devant le lac !
Elle s'éloigne en sautillant, et je la regarde rétrécir puis disparaître par la porte du château. J'arrive enfin à retrouver ma respiration, un sourire béat sur les lèvres. Je n'arrive pas à savoir si je suis plus heureuse que paniquée ou l'inverse. Heureusement que tous les élèves restants feront la fête dans les Salles Communes ce soir !
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A 22 heures tapantes, je sors discrètement de l'enceinte du château. Depuis que Rusard est parti, les allées et venues sont beaucoup moins surveillées, surtout en ce soir de vacances. J'avance dans la prénombre, éclairée inégalement par la pleine lune qui joue à cache-cache avec les nuages. Je n'ai pas l'impression que Luna soit déjà arrivée... En me rapprochant du petit saule sur la rive, je distingue cependant un petit tas de vêtements. Mon cœur se remet à accélérer. Je me penche pour les regarder de plus près : leur parfum envahit mes sens aussi violemment que de l'Amortensia. Elle est là.
Un éclair me traverse le bas du ventre lorsque j'entends derrière moi des clapotis et sa voix : « Lucy ? ». D'un bond, je lâche les vêtements, presque coupable, et me retourne, le cœur battant à tout rompre. Je ne sais plus si des coulées froides ou chaudes me parcourent le corps, mais je sens qu'elles se précipitent toutes vers mon entrejambes. J'ai l'impression d'avoir été prise la main dans le sac, comme si ce que je retenais depuis trop longtemps s'était soudain révélé.
- Je ne voulais pas t'effrayer, dit-elle d'un ton doux, et je devine son sourire.
- Non, non, c'est moi... c'est un peu... effrayant et... excitant de braver les interdits comme ça, en pleine nuit... Je suis un peu nerveuse, je t'avoue...
- Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer, me rassure-t-elle. Tu as déjà eu le courage de venir me rejoindre... Merci. Ca me fait vraiment plaisir.
Le voile de nuages qui obscurcissait la lune se décide à se lever, découvrant Luna plongée dans l'eau jusqu'aux épaules. Ses cheveux de nacre forment un halo autour d'elle, et elle a l'air d'une créature d'ivoire qui reflète la lumière de lune. Seuls ses yeux d'un bleu intense se dégagent de sa blancheur astrale. Et ils me fixent. Ils me sondent. Ils me tentent.
- Elle est délicieuse, ce soir, poursuit Luna d'un air serein. Et, j'ai vérifié, il n'y a ni Boullus ni Joncheruines pour nous embêter !
Je ne peux m'empêcher de sourire. Je voudrais me mettre à nu, peut-être même me mettre nue, d'un air insouciant, indifférent, qu'elle soit subjuguée par mon corps de déesse sublimé par la lune, qu'elle serait bouche-bée jusqu'à ce que je la rejoigne d'un pas assuré, dans l'eau, pour l'embrasser passionnément, mes mains sur ses hanches. Je veux la prendre dans mes bras, caresser sa peau mouillée, la sentir frissonner sous mes baisers. Mais je n'ose rien. J'ai peur. Et pourtant j'en ai tellement envie.
- Tu veux te baigner ? Je peux me retourner pendant que tu te changes, si tu veux.
Une poussée d'adrénaline m'envahit. C'est maintenant ou jamais.
- Oui ! Oui, j'arrive !
Elle a un petit rire joyeux, et repart nager en attendant que je me jette à l'eau. Faut-il que je me jette à l'eau ce soir, dans les deux sens du terme ? Encore cette agréable panique. Je me mets en maillot de bain, tremblante mais pas seulement à cause de la fraîcheur nocturne. Je la préviens que je suis prête, et commence à entrer lentement dans l'eau, qui est beaucoup plus chaude que je ne l'aurais imaginé. On est loin des pas assurés de ma rêverie ! Pour dire vrai, la surface sombre du lac ne me rassure pas vraiment... Alors que l'eau a enfin atteint mes hanches, je la vois nager vers moi. Je lui souris. Soudain, quelque chose de rapide percute violemment mes chevilles, ou le sol se dérobe sous mes pieds, je ne sais plus, je sais seulement que je tombe à la renverse dans l'eau.
L'eau du lac entre par ma bouche et mes narines, et je suffoque en battant des bras et des jambes. Sous le choc, j'oublie presque que j'ai largement pied, et au moment où je parviens à me relever, deux mains me tirent hors de l'eau. Je tousse en me frottant les yeux, et je me rends compte en reprenant mes esprits que les mains de Luna n'ont pas lâché mes bras. Que je suis tout près d'elle. Qu'elle me dévisage d'un air paniqué que je ne lui connais pas. Et qu'elle est nue sous l'eau qui nous recouvre jusqu'aux épaules.
- Lucy ! Lucy, ça va ?
- Oui, oui, ça va mieux, merci. Je ne sais pas ce qui s'est passé, quelque chose m'a cognée je crois... ou j'ai glissé...
- J'avais pourtant mis plusieurs Ravegourde pour éloigner les Boullus... Je suis désolée, je suis désolée Lucy !
Elle me serre dans ses bras, comme j'allais me volatiliser si elle me lâchait. Je lève doucement une main, hésitante, et la pose sur son dos. Je frissonne au contact. Je suis hébétée, par notre proximité charnelle, mais surtout par sa réaction. Je la sens prendre de grandes respirations, comme si elle était vraiment paniquée. Je passe mon autre main dans ses cheveux. Elle finit par se calmer et déserrer lentement son étreinte, à mon grand déplaisir. J'essaie tout de même de la rassurer d'un petit sourire.
- Tout va bien, Luna, je t'assure, il y a eu bien plus de peur que de mal.
- Excuse-moi, je... j'ai eu peur.
Elle finit par retrouver son habituel sourire, et s'éloigne légérement en deux grâcieux mouvements de bras. Cette fille me surprendra vraiment toujours, je n'arrive jamais à saisir totalement ses pensées. Je crois que c'est ce qui me plaît, un peu. J'ai envie de découvrir ses mystères, ou de me laisser fasciner par leur charmes. Je me reprends et la rejoins à la nage, en faisant attention de ne pas m'éloigner trop de la rive. Lorsque je la rejoins, elle flotte sur le dos, le regard rivé sur le ciel étoilé. Je l'imite, et nous passons quelques minutes en silence, à contempler le ciel l'une à côté de l'autre, dans le clapotis de l'eau.
- Tu avais raison, c'est agréable, dis-je dans une piètre tentative de briser le silence.
Je l'entends rire doucement.
- Tu t'en remets, toi ? demande-t-elle d'une voix douce.
- De... de tout à l'heure ?
Elle rit à nouveau, mais un peu plus nerveusement je crois.
- De tout ce qui s'est passé. De la guerre. De la bataille.
Je reste silencieuse. Ce ne sont pas mes souvenirs préférés, même si grâce à eux tout va pour le mieux maintenant. Ou tout semble aller mieux.
- Pas vraiment. J'y repense assez souvent. J'ai vu trop de choses que je ne voulais pas voir, et... je crois que je n'ai pas fait autant mes preuves que ce que j'espérais. J'aimerais y retourner, maintenant, plus forte, plus confiante...
- Tu n'as pas à t'en vouloir pour ça, Lucy. Tu as été très courageuse, je me souviens que sans toi, l'évacuation n'aurait pas réussi. Quand je t'ai regardée évacuer tous ces enfants paniqués, tu m'as redonné de l'espoir et l'envie de me battre.
- C'est vrai ?... je murmure en rougissant dans le noir. Pourtant, c'est toi qui m'a permis de ne pas paniquer. Tu avais tellement l'air d'être calme, sereine, réfléchie, et même optimiste... d'être toi.
- Je l'étais. Grâce à toi.
Un nouveau silence plane au-dessus de nous. Puis elle reprend, sur un ton de conversation.
- Relativiser a toujours été ma force, tu sais. Ils ont failli réussir à me casser ça. Oh, j'avais espoir en Harry, bien sûr. Et j'ai dû rester moi-même pendant tout mon enfermement. Pour les autres qui étaient avec moi. Pour ceux qui ne l'étaient pas, mon pauvre papa, mes amis...
Je déglutis, la gorge nouée au souvenir des mois de silence radio quant à ce qu'il était advenu d'elle.
- Mais je n'arrête pas de penser tout le temps à la douleur. La douleur de perdre quelqu'un. Je croyais que cela ne m'atteignait plus, depuis...
- … depuis le décès de ta mère ? je demande doucement.
- Oui. J'ai fait mon deuil, tu sais. Je sais qu'elle me protège, et que je la reverrai un jour. Mais voir la douleur d'Harry avec ce petit elfe dans les bras, celle de George devant son frère, celle de mon père quand j'ai enfin pu le serrer dans mes bras... disons que j'ai redécouvert cette peur de la souffrance et des regrets quand les Mangemorts sont arrivés.
Le bruit de l'eau m'indique qu'elle s'est redressée, et je suis le mouvement. Ouf, on a pieds ici. Nous nous retrouvons presque face à face, ses longs cheveux scintillants formant un voile autour de son visage et de ses épaules. Ses grands yeux gris plongent dans les miens.
- Je crois que c'est pour ça que j'ai eu peur tout à l'heure. Presqu'autant que quand je t'ai vue passer devant Bellatrix Lestrange avec un Poufsouffle de première année. J'ai eu peur de te perdre, Lucy.
- Je... moi aussi, j'ai peur de te perdre, Luna, dis-je sans trop savoir quoi répondre et le sang pulsant dans mes tempes. J'ai même.. j'ai même simplement peur de te perdre de vue, l'année prochaine. Moi aussi, j'ai peur des regrets.
Elle fait un léger pas pour se rapprocher de moi.
- Je suis contente que tu sois venue, car c'est un regret en moins, dit-elle d'un ton léger.
- Il... t'en reste ? J'ai du mal à croire qu'il puisse rester des regrets à Luna Lovegood, je réponds avec un sourire nerveux.
- Oh, il en reste toujours, mais en général je n'y prête plus attention. Celui-là n'est pas encore né, et j'espère qu'il ne naîtra jamais...
- Je ne lui permettrai pas d'exister, alors, dis-je dans un élan de folie en faisant inconsciemment un pas vers ses yeux magnétiques.
- Il semble que c'est mon jour de chance, alors. Ce regret, ce serait de ne jamais savoir ce que tu ressens pour moi.
J'en ai le souffle coupé. Elle l'a dit avec tant de simplicité, et la réponse semble si évidente. Pourtant elle n'arrive pas à franchir mes lèvres.
- Ne te force pas à répondre, tu sais ? C'est important pour moi, mais ce qui est encore plus important c'est toi-...
- J'ai envie de balancer des Gnomes avec toi.
Cette fois, c'est Luna qui reste bouche-bée.
- J'ai envie de continuer à regarder les étoiles avec toi. J'ai envie de manger des Fizwizbiz avec toi. J'ai envie d'attraper des Boullus avec toi, de chasser les Joncheruines et les Nargoles avec toi. J'ai envie de faire partie de ton univers. J'aimerais que tu me regardes comme si j'étais la personne la plus formidable de cet univers. J'ai envie de te prendre la main, et de te serrer contre moi tout entière. J'ai envie de... j'ai envie de t'entendre me dire je t'aime.
Le clapotis de l'eau me ramène à la réalité, et j'ai les joues en feu, la bouche presque sèche. Je regarde avec anxiété le visage de mon amie, non, de la femme que j'aime, en voulant me ratatiner sous la surface de l'eau. Je l'ai dit. Et j'ai peur de le regretter. Elle me sourit, et je sens ses mains s'enrouler doucement dans les miennes, alors qu'elle se rapproche tout près de moi.
- Je suis heureuse, Lucy. Parce que tous mes regrets viennent de s'envoler, parce que tu es la personne la plus formidable de mon unviers et de tous les autres réunis. Parce que je t'aime, et que moi aussi j'ai envie de balancer des Gnomes avec toi.
Elle embrasse tendrement mes lèvres, et son parfum m'enivre. Lorsqu'elle recule son visage, ses yeux magnifiques me font perdre la tête, et je l'embrasse à nouveau, comme si elle était une fontaine dans un désert où je me suis perdue. Mes mains remontent fébrilement le long de ses hanches, tandis que les siennes parcourent mes bras. Ma main droite frôle son sein et je la sens frissonner, et cette même main se pose sur sa joue tandis que l'autre, posée dans le creux de son dos, rapproche nos deux corps frêles. Je frissonne en sentant ses mains sur mon cou et dans mes cheveux, mais c'est le frisson le plus agréble que j'aie jamais senti. Mon angoisse disparaît peu à peu et je me laisse envahir de bonheur et de plaisir. Comment ai-je pu vouloir me refuser tout ça ? Nos front sont collés, et je sens son souffle tiède dans mon cou. Je suis ivre de bonheur, et je n'ai plus peur de rien.
- Je t'aime, Luna.
Bonjour, et merci de rester présent.e.s malgré le taux monstrueux d'inactivité ! Je vais tâcher de m'y remettre plus sérieusement, ce que je n'avais pas réussi à faire manque de temps... J'espère que vous avez apprécié ce dernier one-shot, qui est sans doute l'un de mes préférés et plus difficile à écrire, car j'adore le personnage de Luna qui est tellement... Luna qu'il est parfois dur de la mettre en mots. En tout cas, couple adorable, j'espère que cela ira à Ms O'Brian, tout comme j'espère que les précédents OS ont plu à leur commanditaires ! A bientôt, S. Smith
