Seamus - Ensemble


CRASH

- Merlin ! Je suis désolée, Neville, vraiment désolée ! Je pensais que tu tenais le pot et…

- C'est pas grave, Lou, ne t'en fais pas, je serais le dernier à te reprocher une maladresse, me rassure Neville avec un sourire. Tu n'as qu'à reconstruire le pot, je m'occupe de la terre et du Géranium dentu.

Le rouge aux joues et sous les ricanements des autres élèves, je rassemble les morceaux du pot brisé et murmure un Reparo. Les éclats se soulèvent lentement dans les airs, et foncent soudain les uns sur les autres pour reformer un pot parfait. Soulagée, je tends le pot à Neville qui s'empresse d'y rempoter le Géranium.

- Tu le maîtrises vraiment bien, ce sort ! fait Neville impressionné.

Il caresse doucement l'un des pétales du géranium, qui, au lieu de le mordre comme il l'aurait fait avec n'importe qui, lui mordille seulement le doigt. Ce spectacle m'arrache un sourire : mon ami est vraiment doué quand il s'agit des plantes, je suis sûre que le professeur Chourave aurait adoré qu'il soit dans sa maison. A vrai dire, moi aussi je me sentirais encore plus chez moi dans la Salle Commune toute jaune. Pas que je n'aime pas les autres à Poufsouffle, ils sont sympas, mais je n'ai pas réussi à trouver cette proximité avec eux… Je suis tirée de mes réflexions par un caquètement de la pire gourgandine des rouge et or : j'ai nommé Lavande Brown.

- Faut dire qu'avec son nombre de maladresses à la minute, il faut savoir réparer la casse assez souvent !

Quelle petite peste ! Les joues brûlantes à nouveau, j'entrouvre la bouche pour rétorquer quelque chose mais les mots restent coincés dans ma gorge alors que j'entends un rire que je reconnaîtrais entre mille. On dirait presque que même son rire a son accent irlandais que j'adore. Je baisse la tête, les poings serrés sur la table. Une main se pose doucement sur mon épaule.

- Laisse couler, me dit Neville à mi-bras.

C'est avec soulagement qu'arrive la fin du cours de botanique, et je me dirige avec Neville à toute hâte vers la Salle sur Demande. Avant, on se serait tout simplement posés près de l'une des deux statues de sanglier à l'entrée du château, mais depuis que Rogue et les Carrow sont en charge à Poudlard, aucun autre moyen d'échapper à leur surveillance qu'ici. Avec soulagement, je remarque qu'il n'y a que Ginny dans la salle. Elle se lève pour me prendre dans ses bras, mais frissonne dès que je pose mes bras dans son dos.

- Je viens de passer un sale quart d'heure avec Carrow frère, grimace-t-elle en voyant mon regard interrogatif.

- Il me reste du dictame, dit Neville le visage fermé en farfouillant dans ses poches. Ça va ? Qu'est-ce que c'était, cette fois ?

- Je l'ai malencontreusement empêché d'attraper un deuxième année qu'il avait surpris avec un livre sur l'étude des Moldus – vous vous rendez compte, j'ai éternué si violemment que j'ai reculé d'au moins un mètre et qu'il m'est rentré dedans ! Si ça c'est pas du hasard, quand même !

Elle nous adresse un sourire malicieux qui nous fait rire de bon cœur. Ginny est sans doute la sorcière la plus forte de son année, si ce n'est de tout Poudlard. Elle est certes très douée en maléfices, mais surtout elle a la force de Harry, Dubois, Hermione et des jumeaux combinés : déterminée, dure à cuire, fûtée et son moral est à toute épreuve. Elle arrive toujours à rire et à nous faire rire même quand on aurait envie de pleurer. Et Merlin sait pourtant qu'elle en aurait, des raisons de pleurer.

- Et toi, Lou, ça va ? Tu tirais une drôle de tête en entrant…

- Oh, oui, oui… C'est rien, ne t'inquiète pas. Juste Lavande qui prend son pied à me ridiculiser, encore une fois.

- Elle ne perd rien pour attendre, fait Ginny avec dégoût en me voyant légèrement hocher la tête. Quand je pense que ce poulpe a ventousé mon frère pendant plusieurs mois… beurk !

- Soyez pas si dures avec elle, sa rupture l'a beaucoup marquée et tout le monde est sur les nerfs, maintenant que Tu-sais-qui est revenu… Et sa famille est soit en fuite, soit ralliée aux Mangemorts alors c'est difficile pour elle.

- Neville, j'apprécie énormément ta capacité à voir le bien chez tout le monde, mais reconnais que Lavande dépasse les bornes, soupire Ginny. Si elle n'était pas dans l'AD j'aurais cru que c'était une Serpentard, avec sa langue de vipère !

- Et ce ne sont pas des excuses pour être imbuvable. On a tous perdu quelque chose ou quelqu'un à cause des Mangemorts, c'est difficile pour nous tous à Poudlard… et pourtant on n'humilie pas les autres en public. On s'entraide, on ne se marche pas dessus.

- Je sais, fait Neville avec un rire amer. Je le sais mieux que quiconque.

- Pardon Neville, je ne voulais pas…

- Je sais, répète-t-il avec un sourire sincère. Tout ce que je veux dire c'est qu'on ne réagit pas de la même façon aux événements. Mais vous avez raison, elle dépasse les bornes, je lui en parlerai.

La porte de la Salle sur Demande s'ouvre soudain sur Seamus, Parvati et Lavande, et mon sang ne fait qu'un tour. Je m'éloigner un peu pour qu'ils ne me remarquent pas, mais trébuche sur l'un des poufs au sol et tombe à la renverse. Le gloussement de Lavande ne tarde pas à venir à mes oreilles, et je maudis silencieusement ce foutu pouf.

- Louise, ça va ? me dit la silhouette qui me tend la main, penchée au-dessus de moi.

- Euh, ou-ouais ça… ça marche, enfin je-je veux dire, ça va, merci S-Seamus, je bredouille pendant qu'il m'aide à me relever.

Il m'adresse un sourire radieux qui me fait oublier toute rancœur envers Brown, et je me sens toute bizarre. Je lui rends son sourire – à moins que ça n'ait ressemblé à une grimace ?! Lavande renifle bruyamment pour marquer son impatience, avant d'aller s'asseoir plus loin avec son amie. Je lâche à contrecoeur la main du Gryffondor, qui s'apprête à dire quelque chose quand la porte s'ouvre à nouveau.

- Bonjour tout le monde, dit soudain la petite voix flûtée et rêveuse de Luna. J'ai raté quelque chose, vous avez commencé la réunion sans moi ?

- Quelle réunion ? fait Seamus en fronçant les sourcils.

- Oh, Ginny m'avait dit que…

- On a pensé faire quelque chose, avec Neville et Luna, intervient Ginny. Il nous faudra du soutien, et on pensait à vous deux, Lou et Seamus.

- Il faut qu'on s'introduise dans le bureau de Dumbledore, dit Neville.

- Dans le bureau du … ! s'exclame Seamus d'une voix étouffée pour que Lavande et Parvati ne nous entendent pas. Vous êtes conscients que c'est le bureau de Rogue maintenant, quand il n'est pas plus ou moins occupé par les Carrow ?!

- Pourquoi vous voulez y entrer ? dis-je, ma timidité laissant place au sérieux de la situation. Il y a quelque chose que vous voulez y prendre ?

- Précisément, dit Ginny en baissant d'un ton. Je me souviens que la dernière fois que Rogue m'a convoquée dans son bureau, j'ai aperçu l'épée.

- L'épée de Gryffondor, ajoute Luna pour préciser.

- Exactement. Dumbledore voulait la lui léguer. A… à Harry. Il me l'a dit cet été, poursuit Ginny le regard dur.

Le départ de Harry et sa rupture maladroite l'avaient beaucoup blessée, et je pense que j'étais l'une des seules personnes à qui elle en avait vraiment fait part. Une des seules personnes devant qui elle ait jamais pleuré, aussi. Je pose doucement ma main sur son épaule, et elle m'adresse un sourire reconnaissant.

- Si Dumbledore voulait la léguer à Harry, c'est qu'elle a une importance dans cette guerre, enchaîne Neville d'un ton grave. On ne peut pas la laisser aux mains de Rogue. Il faut la récupérer.

- Ginny et Neville s'introduiront dans le bureau tandis que je monterai la garde, dit Luna sur le même ton que quelqu'un qui prévoit sa liste de course. Vous êtes chargés de faire une diversion assez grande pour que Rogue sorte de son bureau.

- Ça tombe bien, je m'y connais plutôt bien en explosions, dit Seamus avec un sourire ravageur.

- Il me reste encore plusieurs Jobarballes, je devrais pouvoir les amplifier, dis-je à mes meilleurs amis. Et si ça ne fonctionne pas on improvisera.

- Oh, c'est le produit que tu as proposé à Fred et George ? s'extasie Ginny. Je suis déçue, j'aurais voulu voir ça !

- Oh, tu risques de l'entendre de toute façon, lui dis-je avec un clin d'œil.

- Qu'est-ce que c'est ? me demande Seamus, curieux et intrigué.

Je me tourne vers lui et son regard bleu-gris m'enveloppe comme une bulle d'eau. Oh non, je vais encore bégayer…

- C'est euh une b-balle qui f-fait du bruit, c'est ins-inspiré du J-J-Jobarbille, t-tu sais, un petit oiseau qu-qui…

- Ooooh, tu veux parler de ce petit oiseau qui ne gazouille pas mais qui chante tous les bruits qu'il a entendu au moment de sa mort ? demande Luna très intéressée.

- Ou-oui, c'est ça.

- C'est elle qui l'a inventé, dit fièrement Ginny. J'espère vraiment que Fred et George accepteront de le commercialiser !

Nous mettons au point la stratégie plus en détail : pour plus de sûreté, nous agirons au début du repas. Cela devrait permettre de faire converger le plus de monde au même endroit d'un seul coup, de se mélanger parmi les élèves en panique et à mes trois amis de passer inaperçus pendant leur larcin. Si Rogue ne s'était pas décidé à venir dans la Grande Salle, ça devrait être une raison suffisante pour le motiver à descendre de son perchoir.

- A tout à l'heure, Louise, me fait Seamus avec un clin d'œil qui me fait fondre sur place.

Je lui réponds d'un petit geste de la main, ce à quoi Ginny et Luna s'échangent un petit regard entendu que j'ignore. Je passe le reste de l'après-midi la boule au ventre, de stress et d'impatience. Je vais avoir une mission seule avec Seamus ! Enfin, seule est une façon de parler puisqu'il y aura toute la Grande Salle, mais enfin…

Quand vient l'heure du dîner, je me précipite hors de la Salle Commune des Poufsouffles, en faisant attention à ne pas renverser les précieuses Jobarballes hors de mon sac. Seamus est en train de discuter avec Lavande devant la porte, et je ralentis le pas. Elle se tortille les bouclettes avec une nonchalance apparente, un sourire séducteur aux lèvres. Ils ont l'air si proches… Une coulée froide me glisse le long de la colonne vertébrale, et je suis à deux doigts de les ignorer, passer mon chemin ou faire demi-tour… Mais c'est impossible, nous avons une mission à faire. Tous les deux. Alors, je prends mon courage à deux mains, et je m'approche en me raclant maladroitement la gorge.

- Oh, Louise ! Tu es là, m'accueille Seamus avec son sourire renversant. Excuse-nous, Lavande, tu peux aller rejoindre Parvati, je ne te retiens pas plus longtemps ! Il faut que je discute avec Louise.

- Oh mais tu ne me retiens pas, toi, minaude Lavande tout en me fusillant du regard. Tu arrives bientôt Mustang ?

- Oui, oui, promis.

Lavande s'en va avec un sourire satisfait, tandis que Seamus soupire discrètement.

- Mustang ? dis-je d'un air surpris.

- Oui, c'est euh, un surnom qu'elle me donne. Tu vois, Seamus, Mustang. Lavande a toujours eu un talent particulier pour trouver des surnoms plutôt… moches, pour être honnête.

Je laisse échapper un petit rire en me souvenant de ses mémorables « Ron-Ron ».

- Tu es prête ?

- Oui, je pense que ça devrait être assez f-facile pour les Jobarballes… Comment tu, euh… comment t-tu comptes t'y prendre pour les explosions ?

- J'ai préparé un dispositif que j'ai placé sous chaque table et sur le pupitre du directeur, je n'aurai qu'à agiter ma baguette et le tour sera joué ! Il y en aura cinq en tout, je te propose de faire hurler ta première Jobarballe à la troisième explosion. Comme la table des Poufsouffle est à côté de celle des Gryffondor, je te propose qu'on se mette dos à dos, s'il y a un souci on se couvrira.

Je hoche la tête, et nous entrons tous les deux dans la Grande Salle. Pour mes essais, j'ai chargé mes Jobarballes avec des chansons de Célestina Moldubec et des Croques-Mitaines, le mélange était suffisamment insupportable, mais je leur ai bien précisé que mes balles ne contenaient chacune que cinq minutes de son. Et je n'en ai que cinq, ce qui ne leur garantit qu'un court quart d'heure de diversion.

Je remarque que Rogue n'est pas encore arrivé, mais que les Carrow sont déjà à table. Mon cœur commence à palpiter, et je prends une grande respiration pour me calmer. Je sens soudain une chaleur envelopper ma main, chaleur qui se répand partout dans mon corps comme une coulée de chocolat chaud. Surprise, je regarde Seamus qui ne lâche pas sa table des yeux, un sourire aux lèvres, et il me presse la main doucement, comme pour m'encourager. Je voudrais qu'il ne la lâche jamais, mais nous nous installons à nos tables respectives.

Un coup d'œil alentours me permet de vérifier que presque tous les élèves sont présents. Enfin, tous les élèves restants. Seamus ne devrait pas tarder à…

BAM !

Une explosion et des cris retentissent à la table des Serpentard. Malgré le sursaut que ça m'a provoqué, j'ai dû mal à m'empêcher de sourire : évidemment il allait commencer par eux… Plusieurs élèves se sont levés en hurlant, certains ont renversé un banc et se retrouvent les quatre fers en l'air, et les élèves aux autres tables se mettent debout pour voir ce qu'il se passe, tout comme les professeurs qui ont déjà dégainé leurs baguettes. Et de une.

BAM !

Je sursaute à nouveau, plus violemment cette fois puisque l'explosion a eu lieu à ma table. Et de deux. Mes camarades hurlent et se précipitent loin de la table, quand retentit une troisième explosion à la table des Serdaigle.

BAM !

Je m'empare de l'une des mes balles dans mon sac, la pose sous mon talon et lui donne un coup sec du pied. Aussitôt, un son épouvantable en sort, mélange des aigus de la chanteuse et des solos de guitare stridents du groupe. Je pousse discrètement la balle du pied pour qu'elle roule vers la table des Serdaigle.

Tout le monde a porté les mains à ses oreilles, et plusieurs élèves courent se réfugier dans le hall, malgré les rugissements des Carrow. BAM BAM BAM BAM ! Une série d'explosions au niveau de la grande porte font reculer les quelques élèves qui pensaient pouvoir échapper au tintamarre. Amycus et Alecto Carrow tentent de circuler parmi les rangs, pour trouver la source du bruit, quand une énorme explosion fait valser le pupitre du Directeur, accaparant tous les regards.

Une silhouette noire et familière apparaît alors soudain par la Grande Porte, comme si elle venait de traverser l'air pour se poser sur le sol de la Grande Salle. Rogue est enfin arrivé. Avec soulagement, je me prépare à lancer ma deuxième balle, me retourne vers Seamus… qui a disparu ! Je désamorce quand même la deuxième balle et la fait rouler au bout de la table des Poufsouffle cette fois, vers la table des professeurs. Aux cris de la balle se mêlent les cris des élèves et les beuglements des Carrow qui tentent de contenir la foule. Je cherche Seamus du regard, et l'aperçois enfin, en train de fermer les portes de la Grande Salle.

- ASSURDIATO !

Mes oreilles sont soudain comme molletonnées par de la ouate. Je n'entends plus qu'un léger couinement continu. Horrifiée, je constate que le sortilège de Rogue a atteint tout le monde. Les élèves ont l'air soulagés, mais ça change tous nos plans. Surtout que Rogue a fait volte-face et se dirige vers Seamus, qui est toujours devant les battants de la porte.

- Non ! je crie dans le silence ouaté en me levant du banc.

Mon sac cogne le rebord de la table, et les trois balles restantes en sortent. Paniquée, je me penche pour les ramasser le plus vite possible, mais quand je lève la tête il est trop tard, et la vue qui s'offre à moi me brise le cœur. Pas tant parce qu'Amycus Carrow se rue vers moi, pas tant parce que Rogue me considère avec mépris, mais parce que Lavande s'est interposée et m'a désignée du doigt. Et avec mes balles dans les mains, je crois que je vais avoir du mal à m'en sortir.

Amycus Carrow me traîne devant Rogue, qui me jauge du regard. Je fais presque la même taille que lui, et plutôt que de laisser la satisfaction à Lavande de me ratatiner, je soutiens son regard. Il est impénétrable. J'aperçois du coin de l'œil Alecto demander quelque chose à Rogue, qui lui fait signe de se taire. Il lève sa baguette. J'essaie de me retenir de paniquer, et je voudrais fermer les yeux mais l'absence de son m'en empêche, je ne peux pas me priver de la vue si je n'ai plus l'ouïe… que va-t-il me faire ? Vais-je encore subir un Endoloris ? Une cicatrice ? Ses lèvres murmurent un sortilège et…

La Grande Salle se met à flotter autour de moi, et je revois soudain le visage de Seamus en gros plan, puis Luna, puis Ginny, puis Neville.

« …qu'on s'introduise dans le bureau de Dumbledore… »

« …l'épée de Gryffondor ! »

« …Il faut la récupérer… »

« … faire diversion… »

La remontée dans mes souvenirs prend brusquement fin, et je me retrouve à nouveau dans le silence ouaté, sonnée. Je crois que je suis tombée, parce que je sens le sol sous mes genoux et sous mes mains. Déstabilisée, je lève les yeux. Une silhouette se tient entre moi et Rogue. Seamus ? Une autre silhouette court ramasser quelque chose par terre pour la ramener à Rogue. Ce dernier s'en saisit et quitte la salle, suivi par Alecto Carrow. Les sons commencent à parvenir progressivement à mes oreilles, et je me rends compte que le cri strident des Jobarballes n'est pas encore fini.

- Restez ici ! hurle Seamus en tentant de se lancer à la poursuite du directeur.

Amycus Carrow l'attrape par le bras et lui colle un coup de poing dans le visage.

- Seamus ! je hurle à mon tour.

L'armoire à glace nous soulève chacun par un bras, et nous traîne dans les cachots. Ils y ont réinstallé des chaînes dignes du Moyen-Âge, et il nous y attache chacun par un bras, et avant de sortir en toute hâte du cachot, il se tourne vers nous :

- Vous ne perdez rien pour attendre, sale vermine. Attendez un peu qu'on attrape vos saligauds de complices, vous allez regretter très fort ce que vous venez de faire.

Le silence et la pénombre se font sur le cachot quand il referme la porte derrière lui. J'entends ses pas précipités s'éloigner, et dans leur écho je me tourne soudain en panique vers Seamus. Sa joue est rouge et du sang lui coule du nez.

- Ça va ? Att-attends, je peux, je vais… Episkey !

- Merci, me sourit-il. Et oui, oui, ça va. En tout cas mieux maintenant que quand il reviendra.

Je grimace en imaginant le sort qui nous attend, accrochés à ces chaînes impossibles à forcer par un sortilège. Tous les élèves, même les plus cruels et les plus en accord avec Vous-Savez-Qui, se sont déjà pris au moins une fois une punition physique par le duo Carrow. Mais là, avec ce qu'on vient de faire… On va prendre une sacrée raclée.

- Tu penses qu'ils se sont fait prendre ? murmure Seamus d'un air anxieux.

- Il y a des chances… et ce sera par ma faute, je réponds d'une voix encore plus basse.

- Qu'est-ce que tu racontes ? On a fait la diversion exactement comme prévu, on ne s'attendait tout simplement pas à ce que la chauve-souris ait un sortilège assez puissant pour tes Jobarballes ! Super invention, d'ailleurs.

- Merci, dis-je en rougissant, flattée. Mais Rogue a fouillé dans mes souvenirs, c'est pour ça qu'il est parti aussi vite… C'est ma faute… J'espère qu'ils auront eu le temps de cacher l'épée à un autre endroit, au moins.

- C'est donc ça, le sortilège que ce… Eh, tu n'as pas à t'en vouloir. Si cette foutue Lavande ne t'avait pas dénoncée on n'en serait pas là.

Seamus soupire bruyamment, et d'adosse au mur, les sourcils froncés vers un point invisible. Si une petite voix pernicieuse crie de joie dans ma tête à ces paroles, mon côté Poufsouffle ne peut pas s'empêcher de tempérer :

- Elle l'a fait pour te protéger, je souffle. Je… Je voulais intervenir moi-même de toute façon, si seulement je n'avais pas fait tomber mes balles… Tu ne serais pas enfermé dans ce cachot avec moi. Je suis désolée, tout est ma faute.

- Premièrement, je suis ravi d'avoir désarmé la chauve-souris graisseuse, et de ne pas t'avoir lâchement abandonné, deuxièmement, j'aurais préféré que tu ne risques pas la torture à cause de moi, et troisièmement merci de t'être interposée quand même. T'es sacrément courageuse, pour une Poufsouffle.

Il m'adresse un clin d'œil qui me rassure sur le second degré de sa remarque, et mon cœur fait un salto. Peut-être même deux. Je me sens rougir très très fort, et je remercie l'obscurité du cachot qui m'évite pour une fois de me cacher derrière mes longs cheveux bruns. Je laisse échapper un petit rire, et Seamus enchaîne en regardant le plafond :

- Bien plus courageuse que Lavande, en tout cas. Il va falloir qu'on ait une discussion, tous les deux.

J'hésite un instant, cherche une formulation, puis arrive enfin à prononcer la question qui me brûle les lèvres.

- Ce n'est pas si grave… après t-tout, elle t'a défendue parce que… vous, euh, vous êtes ensemble, non ?

Un court silence se fait pendant que je retiens mon souffle. Se pourrait-il qu'ils soient vraiment ensemble ? J'en ai les mains qui tremblent. Il me regarde, interloqué, avant de tourner son visage à nouveau vers le plafond et d'exploser de rire.

- Ensemble ?! Avec Lavande ?! Alors ça non, jamais ! Quelqu'un qui m'appelle Mustang, en plus, ah beurk non !

- Je suis désolée, je bredouille les joues de plus en plus cramoisies. Je pensais que… Enfin, comme vous êtes toujours tout le temps ensemble et que… enfin, qu'elle a l'air de t'apprécier beaucoup…

- Ne t'excuse pas, même Parvati m'a déjà plus ou moins posé la question, mais c'est clairement pas Lavande qui occupe mon cœur et mes pensées. Je le lui ai déjà dit, d'ailleurs, et elle continue quand même son comportement ambigu… mais c'est Lavande, quoi, ça lui passera. Parvati m'a dit qu'elle avait du mal à se trouver séduisante après son histoire avec Ron, mais je lui ai déjà dit que ce n'était pas elle qui m'intéressait.

Mon souffle se coupe à nouveau. Il y a donc bien quelqu'un, mais jamais je n'oserais demander qui. Une courte pause se fait, et il murmure, le regard toujours rivé vers le haut comme s'il regardait des nuages dans le ciel :

- Je suis désolé que ça t'ait donné cette impression. Pour être honnête, c'est pas une année facile, sans Dean… Je n'ai pas reçu de ses nouvelles depuis plusieurs jours. Semaines, même. Alors sans Ron et Harry, et comme Neville est souvent avec Ginny, Luna et toi… je reste beaucoup avec les filles.

Je me mords les lèvres, sans savoir quoi dire. Dean et lui sont inséparables depuis la première année. Je m'en souviens, je croyais même qu'ils étaient amis d'enfance, à l'époque. Ça doit être particulièrement éprouvant de ne pas avoir de nouvelles de lui. Je ne sais pas quoi dire, alors je fais la seule chose à faire, et la plus folle aussi : je me rapproche doucement de lui et pose ma main sur la sienne, à tâtons et en silence. J'ai l'impression qu'un frémissement me parcourt au contact de sa peau, un peu comme tout à l'heure dans la Grande Salle.

- C'est pour ça qu'il ne faut pas t'en vouloir, pour ce que Rogue t'a fait subir. Je me dis chaque jour que c'est pour ça que jamais un hibou n'apparaît, un Patronus, n'importe quoi qui me dirait qu'il est en vie, où, comment… On n'est même pas à l'abri de nos souvenirs.

Je ne sais pas si c'est lui ou moi, mais nos mains maintenant emmêlées se serrent un peu plus fort. Je ne sais pas quoi dire, je ne peux qu'être là pour lui, et je savoure ce moment de solitude à deux. Je partage les pensées de Seamus, moi, Louise. On n'est que tous les deux, à se tenir la main, et il se confie à moi. C'est tellement surréaliste que j'en oublie totalement Ginny, Neville, Luna, et le destin qui nous attend. Seamus laisse échapper un petit rire, que je qualifierais presque de Louisien – je veux dire par là timide voire gêné.

- Tu sais… commence-t-il à dire d'une voix hésitante. Je… Tu n'as jamais eu envie d'utiliser ce genre de sortilège ? De vouloir savoir ce que quelqu'un pense… ressent, au fond de soi ?

Il se tourne lentement vers moi, toujours appuyé contre le mur, faisant remuer faiblement la chaîne accrochée à son poignet. Ses yeux gris-bleu, qui se détachent presque magiquement de l'obscurité, s'ancrent dans mon regard, et je me sens brûler de l'intérieur. Pas un feu trop violent, une chaleur agréable. Bien sûr, je voudrais tellement savoir qui est la personne qui occupe ses pensées et son cœur ! Mais pas avec ce sortilège… Je voudrais… J'ai peur d'avoir les mains moites, de bredouiller, d'éternuer, de…

- J-je crois qu'il n'y a pas… pas besoin d'un sortilège, juste d'une… question, je parviens à articuler, le cœur battant la chamade plus fort que jamais.

- Alors je crois que je n'ai pas le choix, il faut que je trouve la bonne, murmure-t-il. Est-ce que… Louise, est-ce que tu accepterais que moi, Seamus Finnigan, humble septième année assez médiocre à part en explosions, puisse t'embrasser et… devenir ton compagnon d'infortune attitré dans ces temps sombres ? Depuis que t'ai vue mettre une pâtée à Smith dans l'Armée de Dumbledore, y a deux ans, cette question a commencé à germer et n'a pas arrêter de tourner dans ma tête.

Je me rappelle ce moment où j'aurais voulu m'enfouir six pieds sous terre, quand Harry nous faisait faire des duels et que Zachariah Smith m'avait plus qu'agacée à jacasser à propos de ses qualités bien supérieures aux miennes… J'ai fini par hurler un « Ferme-là, Smith ! » et lui lancer mon Stupéfix le plus puissant que j'aie jamais lancé. J'ai un petit rire gêné, et je soutiens son regard. Ce n'est que trois lettres, et cette fois je n'ai pas intérêt de bégayer, de bredouiller ou que sais-je. Même si c'est un rêve, même si je vais me réveiller.

- Oui, je dis dans un souffle avant de répéter avec plus de force : Oui, mille fois oui.

Il sourit de toutes ses dents, et je ne sais pas comment mais nos visages sont si proches, nos mains si entremêlées… je ferme les yeux et me laisse flotter dans son parfum, son odeur qui me fait tourner la tête. Ses lèvres sont douces, et les miennes les caressent et je ne veux plus les séparer. J'oublie tout, le cachot, la guerre dehors, et je me sens tellement vivante, tellement puissante dans ce baiser. Je réalise avec regret qu'il faut que j'ouvre les yeux quand nos lèvres se séparent.

- Tu as des yeux magnifiques. Je n'arrive même pas à dire s'ils sont plutôt menthe ou chocolat…

- Ça change un peu selon la lumière… mais c'est plutôt un bon mélange, non ?

Il rit doucement, et caresse mon visage du bout des doigts.

- Merlin, je suis si heureux. Je t'aime, Lou. Tu permets que je t'appelle Lou ?

- Ça fait déjà deux questions, dis-je sur un ton plus espiègle que je n'aurais osé cinq minutes auparavant.

Je hoche la tête, tous les deux un sourire amusé sur les lèvres. Je n'ose pas lui dire à quel point sa façon de dire « Lou » me fait de l'effet.

- C'est incroyable mais je n'ai plus peur du tout, avoue Seamus.

- Peur ? De moi ?

- Peut-être un peu, rit-il doucement, mais surtout du reste. Si je t'ai à mes côtés, je sens que je n'aurai plus peur de rien.

- Moi non plus. Et… je crois que je n'ai même plus peur d'oser faire ça.

J'approche ma main de sa joue endolorie, et en prenant gare à ne pas lui faire mal, approche nos deux visages dans un baiser encore plus étourdissant que le premier. Il a raison. Je sais saisir mon courage à deux mains quand il le faut, et pour lui j'aurais tout le courage du monde. Maintenant que je nous sens, ensemble dans cette étreinte, je sais que rien ne pourra nous arriver. C'est certain.


J'espère que ça vous a plu ! Je sais que j'ai des commande depuis 2013 en attente (aïe aïe aïe) mais je ferai de mon mieux pour rattraper l'écart !
N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire ou un MP si votre dédicace vous a plu ou si vous avez aimé l'un des OS en particulier ! Ou si vous n'avez pas aimé, d'ailleurs (du moment que c'est justifié et pas juste gratuit haha). J'utiliserai les Jobarballes dans d'autres fanfics, si vous voulez utiliser cette invention s'il vous plaît citez ce recueil d'OS (cela vaut aussi pour le Cri Confit du chapitre "Gred ou Forge ? - Amortentia"). Merci !
Bonne journée ou bonne nuit ! Vous êtes des belles personnes !