Remus Lupin - Tigresse couleur lune


Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. L'approche de la pleine lune me rend extrêmement nerveuse. Ce serait très malvenu de ma part de dire que je suis aussi angoissée que Remus, mais j'angoisse pour lui. Même s'il avait l'air au départ de mieux supporter ses transformations depuis qu'on l'accompagne à travers cette épreuve, James, Sirius, Peter et moi, ces deux derniers mois j'ai l'impression qu'il les vivait aussi mal qu'en deuxième année. Il a refusé que je vienne. Comme s'il avait de nouveau honte face à nous, comme lorsque nous avions découvert son terrible secret. Et cela me fait de la peine.

Il ne m'a pas beaucoup parlé ces derniers temps, et j'ai attendu plusieurs fois en vain dans nos cachettes habituelles qu'il arrive. Je crois que c'est depuis que Sirius Black a failli mettre à terme sa blague cruelle envers Severus Rogue. Si James Potter et moi n'étions pas intervenus au bon moment, il aurait été mordu. Peut-être pire. Remus s'est senti extrêmement coupable à cause de Black. Il ne me l'a pas dit, mais je l'ai tout de suite su à ses yeux. Et depuis il est distant, et ça me fait mal au cœur. Il me manque.

Cette nuit, je n'ai pas réussi à quitter la lune des yeux pendant un bon moment, sans pouvoir dormir, à me demander s'il la regardait aussi en attendant avec crainte les trois prochaines nuits. C'est beau, la lune presque pleine, mais pour lui c'est terrifiant. J'aimerais tellement qu'il comprenne que sa lycanthropie ne me fait pas peur et ne me dégoûte pas, et qu'il puisse admirer la lune sans frémir. J'aimerais qu'on puisse être seuls, tous les deux, dans le parc ou dans une campagne déserte, pourquoi pas sur une plage déserte, à regarder le ciel étoilé, qu'il soit apaisé sous le rayon pâle de…

- Léa ! Léa, réveille-toi !

- Hm… ?

- Miss Havet, bien que ce cours n'ait pas l'air de vous passionner, je vous prierais de bien vouloir faire preuve a minima d'un peu de retenue. A moins que vous n'ayez besoin d'aller à l'infirmerie ? dit la voix du professeur McGonagall d'un ton sec.

Quelques rires se font entendre, et je reviens peu à peu à la réalité. Je me suis endormie en cours de Métamorphoses ! Confuse, et les joues écarlates, je cache mon visage et le léger filet de bave à la commissure de mes lèvres derrière le rideau semi-ondulé de mes cheveux châtains, et fais un signe négatif de ma tête. J'entends quelques rires et commentaires fuser dans la classe, et j'ai envie de me ratatiner sous terre. Ce n'est même pas comme si c'était la première fois que ça arrivait…

Je sens le regard inquiet de Geoffroi sur moi. Il a essayé de me sauver de cette humiliation publique, mais je n'ai pas la foi de le remercier tout de suite. J'espère que Remus n'aura rien remarqué… impossible. C'est sûr que j'ai été le centre d'attention de toute la classe… je réprime un gémissement en pensant aux Serpentards qui ne se priveront pas de me charrier à la sortie du cours. Je déteste les cours partagés. J'attrape ma plume et fais mine de prendre des notes, les joues brûlantes et les larmes aux yeux, essayant en vain d'oublier tous les regards que je sens posés sur moi.

Quand le cours se termine enfin, c'est avec soulagement et empressement que je range mes affaires dans mon sac, et me dirige vers la sortie en compagnie de mon meilleur ami, Geoffroi Fert.

- Ça va Léa ? me dit ce dernier d'un ton inquiet. Je suis désolé de pas t'avoir réveillée plus tôt, je n'avais pas remarqué jusqu'à ce que McGo' te fixe avec des yeux noirs…

- Oui, oui, ne t'inquiète p- AAH !

Mon pied heurte quelque chose, et me voilà qui tombe en avant. Je me rattrape difficilement sur les mains, et je gémis de douleur en sentant mon poignet gauche se dérober sous moi. Mon sac est tombé près de moi, laissant voler quelques parchemins et répandant plume et encre aux alentours. Des rires retentissent à nouveau, et ils me glacent le sang. Ils sont non seulement moqueurs, mais méchants cette fois.

- Bah alors, Navet, on pionce encore ? Tu dors debout ma parole, me lance Mulciber avec un sourire narquois.

- Faut croire que la gravité est trop forte, ricane Avery à son côté.

Ces mots traversent ma poitrine, et ma voix s'étrangle dans ma gorge. J'essaie de ramasser mes affaires à quatre pattes, aidée par Geoffroi qui lance un « ta gueule, Avery » qui n'a pour effet que de faire rire ce dernier. Mulciber se penche soudain et prend quelque chose par terre. Par Merlin ! Je me relève d'un bon et tente de récupérer la photographie, mais il est trop grand et il la lève assez haut pour que je ne puisse pas l'attraper.

- Redonne-moi ça, Mulciber, dis-je d'une voix blanche.

- Ouh, j'ai peur, fait-il en ricanant. Voyons-voir… oh, mais c'est mignon comme tout ! La famille Navet au complet ! Eh ben, dire que tes parents ont engendré huit gosses avant toi pour tomber sur une once de magie… Pauvre Sang-de-bourbe, les Moldus te manquent ?

J'essaie une nouvelle fois d'attraper la photographie, essayant tant bien que mal d'ignorer ses commentaires perfides et les larmes de rage qui me montent aux yeux, mais peine perdue. Il la passe à Avery avec un sourire goguenard, et ce dernier s'esclaffe. Je sens qu'il va à nouveau faire une remarque qui va me déplaire, et je dégaine ma baguette, les nerfs à vifs.

- Mulciber, Avery, Havet ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! gronde la voix de la rousse la plus énergique de Gryffondor.

- Lily, Avery a délibérément fait tomber Léa pour l'humilier, on ne peut pas laisser passer ça, siffle Geoffroi qui a apparemment aussi sorti sa baguette pour la pointer sur Mulciber.

- Pardon ?! fait mine de s'offusquer l'intéressé. C'est elle qui m'a marché sur le pied, j'y suis pour rien si l'attraction terrestre a fait le reste ! Pas vrai, Ciber ?

- Tout à fait, et en plus, ce sont tes camarades qui nous menacent, pas l'inverse, pas vrai, chère Préfète Evans ?

Je la vois serrer les mâchoires. Il sait pertinemment qu'elle serait prête à lui faire payer ce qu'il a fait subir à Mary McDonald, mais qu'elle est trop respectueuse du règlement.

- Comme tu le soulignes si justement, je suis Préfète, rétorque-t-elle en lui envoyant un regard glacial, je peux donc vous coller et vous enlever des points. Si vous ne rendez pas sa photo à Léa, je vous enlève chacun vingt points. Et présentez aussi vos excuses.

- Ben voyons, pouffe Avery. Et puis quoi encore ? Quelle terrifiante ligue de trois Sang-de-Bourbes…

- Moins dix points pour Serpentard pour propos injurieux, fait Evans d'une voix ferme et froide. Tu veux vraiment jouer à ça, Avery ? J'ai tout mon temps.

- Dis-leur de ranger leur baguette, et on la lui rendra sa foutue photo.

Lily nous regarde et nous adresse un léger signe de tête, et nous obtempérons bien que Geoffroi laisse échapper un grognement mécontent. Le Serpentard me rend la photo d'un air dédaigneux, et je m'empresse de la ranger dans mon sac, les lèvres tremblantes.

- Vous lui devez des excuses, dit Lily d'une voix impassible.

- Je ne crois pas, non. Vous ne faites que monter des histoires en épingle, à Gryffondor, on n'a rien fait de mal à part se faire marcher sur le pied et s'extasier devant la photo de famille d'une camarade de classe, fait Mulciber.

- C'est nous les vraies victimes, on se fait menacer par des baguettes magiques et on devrait s'excuser ! Je préférerais encore m'excuser à mon elfe de maison, tiens. Au moins Minky a du charme en plus…

Avery lance un regard mesquin derrière nous, et ajoute :

- Même l'autre clampin, là, Lupin le larbin, trouverait plus de charme à un elfe qu'à ce laideron !

Mon sang ne fait qu'un tour à l'insulte envers mon ami. Qu'il fasse des remarques sur moi, passe encore. J'ai l'habitude, maintenant. Mais sur Remus… Je sors ma baguette en toute rapidité et lance un Furunculus ! qu'il pare avec un rire sonore en s'en allant. Tout mon corps me brûle de lui courir après, de le frapper de toutes mes forces et de le réduire en bouillie, mais la main d'Evans se pose sur mon épaule avant que je puisse faire quoi que ce soit.

- Ignore-le, Léa, je sais que c'est dur mais c'est ce qu'il y a de mieux à faire. On ne peut rien tirer d'un type comme lui. Je ne sais pas pourquoi Sever… Rogue est ami avec eux, fait-elle en secouant la tête tristement. Et ça m'ennuie, mais je vais devoir retirer dix points à Gryffondor pour magie dans les couloirs…

- Pardon, dis-je d'une voix enrouée. Je les rattraperai, promis.

- Oh, ne t'excuse pas, ça valait le coup de les perdre, il l'a pas volé ce sortilège. Il fait le malin, mais je suis sûre d'avoir vu un ou deux furoncles lui pousser sur la joue, dit-elle avec un sourire rassurant avant de s'éloigner vers Mary.

Les paroles de Lily me remontent un tout petit peu le moral, jusqu'à ce que je croise le regard de Remus. Il est au milieu de l'attroupement rouge et vert qui s'est fait derrière nous. Il a l'air peiné et ses cernes soulignent ses yeux écarquillés de surprise. Potter a aussi l'air d'être surpris, quoique légèrement plus en colère, et il suit Lily des yeux, bouche-bée, tout comme Pettigrow qui a l'air perdu. Sirius Black, lui, me jauge du regard, un sourire au coin des lèvres. Lui aussi il va se mettre à m'enfoncer devant Remus ? Je sens une larme déborder et rouler le long de ma joue, et je me retourne rapidement pour prendre mon sac des mains de Geoffroi. J'ai besoin de silence et de calme.

Je fuis le regard des quatre Maraudeurs. De toutes les personnes, c'est devant eux que je ne souhaite pas être humiliée, et je viens de subir une double humiliation. Devant Remus. Mon cœur cogne contre ma poitrine, et j'essuie mes larmes qui ruissellent du dos de la main. Geoffroi ne sait pas quoi dire, et c'est très bien comme ça. J'imagine déjà Black et Potter refaire des insinuations à Remus quant à notre amitié, et je hais Avery et Mulciber de tout mon être. Moi qui croyais que ma vie à Poudlard serait plus belle après le départ de Lucius Malefoy et Bellatrix Black… Si seulement ces Veracrasses puants de Serpentards n'existaient pas, ou ressemblaient plus à Narcissa Black ou Severus Rogue, je m'en porterais mieux… L'indifférence et le cynisme, ce serait bien plus supportable.

- Hé, Joff', Léa ! Ben… ça va pas ? fait Sophie en nous voyant arriver dans notre coin favori de la bibliothèque.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'inquiète Anne en me prenant doucement la main alors que je m'assois en face d'elle.

Geoffroi raconte les événements à mes amies de Poufsouffle et Serdaigle à voix basse, et même s'il s'emporte en chuchotant et que mes amies ouvrent des yeux horrifiés, j'ai l'impression que tout ça m'est égal. J'ai l'impression d'être vide. Je n'arrive qu'à penser à la pleine lune, à Avery insultant Remus, aux yeux fatigués et blessés de ce dernier… malgré tout ce que j'essaie de faire, je n'arrive pas à le protéger, je suis nulle ! Je serre involontairement les poings, et Anne me caresse doucement le dos de la main de son pouce.

- Lily a raison, tu sais, ne fais pas attention à eux, Avery n'est qu'un crétin de Sang-pur assoiffé de magie noire. Et Mulciber ne vaut pas mieux. Ils insultent tout le monde, et plus encore les Nés-Moldus. Ne te remets surtout pas en question pour un salaud pareil. Tu vaux tous les trésors du monde, et tu es une personne magnifique en dedans et en dehors.

- Et eux deux ne valent même pas un kilo de bouse de dragon, approuve Sophie en hochant la tête avec véhémence. Tu as bien fait de lui envoyer un sortilège !

- Merci, les filles, dis-je avec un petit sourire. Vous êtes des amours. Mais…

- Mais ? fait doucement Anne.

- J'ai encore merdé devant Remus, je crois qu'il… que je… j'ai l'impression qu'il ne m'apprécie plus.

Je ravale des sanglots, et regarde fixement un point invisible vers le sol.

- C'est impossible, vous êtes bien trop proches pour ça, dit-elle d'un ton assuré.

- Mais si tu avais vu comme il m'a regardé ! Je… je… peut-être qu'il ne veut plus me parler parce qu'il a réalisé que ce que tout le monde dit est vrai, que je suis un boudin de Sang-de-Bourbe pas intéressant du tout, que je suis une sangsue… peut-être qu'il n'a plus envie d'être ami avec moi ?

- Léa, je ne tolérerais pas une bêtise de plus, dit Geoffroi dans une imitation parfaite de notre professeur de Soins aux créatures magiques. Déjà, c'est pas tout le monde, c'est une petite poignée de tocards de Serpentard qu'on ne peut donc pas prendre au sérieux.

- Et si tu redis une autre fois que tu es un boudin, je t'en offrirai un par jour pour que tu réalises à quoi ça ressemble vraiment et à quel point tu es loin d'être un boudin, fait Sophie.

- Ça ira, je crois, dis-je avec un petit rire.

- Plus sérieusement, ne laisse pas ces crétins empiéter ton estime de toi. Tu es belle, Léa, et tu es intelligente. Tu es presque plus empathique que le plus empathique des Poufsouffles, et crois-moi je sais de quoi je parle. Et les origines n'ont rien à voir avec la valeur, malgré ce que les extrémistes fanatiques de Tu-Sais-Qui peuvent penser.

- Surtout que je doute fortement que Lupin, entre tous les élèves de Poudlard, y fasse attention, dit Anne les sourcils froncés. S'il y a bien quelqu'un qui est tolérant et attentionné dans cette école, à part toi et Dumbledore, c'est bien lui !

- D'ailleurs, tu n'es pas une sangsue, tu t'inquiètes juste pour un ami qui t'est cher et qui a… de gros problèmes de santé, lâche Geoffroi en taisant le secret de Remus.

Cinquième membre du dortoir masculin des Gryffondors de sixième année, il a commencé à comprendre ce qu'il se passait quand il s'est aperçu que régulièrement, il se retrouvait tout seul la nuit. Quand je pense que Potter et Black lui donnaient des somnifères au départ… Mais je me suis portée garante de lui. Et Remus m'a fait confiance.

- Il doit avoir ses raisons pour être un peu distant, en ce moment, ajoute-t-il en évitant soigneusement mon regard.

Se pourrait-il qu'il en sache plus ? Mon cœur recommence à battre. Peut-être que les garçons ont parlé dans le dortoir… Mais alors pourquoi il me le cacherait ? Comme s'il lisait dans mes pensées, Geoffroi reprend la parole, gêné :

- Je veux dire, s'il a des raisons d'être distant il te les dira de lui-même.

Mon inquiétude pour Remus revient au galop, écrasant tout autre sentiment. Et si c'était de ma faute, et que je n'étais pas assez présente pour lui ? Peut-être que j'ai raté quelque chose, une info ou que je n'ai pas saisi un signal ? Il me manque si fort que j'ai l'impression que mon cœur se déchire. Il faut que je lui parle. Il faut qu'on parle. Je sens le regard d'Anne me scruter, et je ne doute pas qu'elle ait compris mes intentions. Elle me sourit en hochant discrètement la tête, l'air de dire « c'est une bonne idée, vas-y ! », et je remercie sa perspicacité digne de sa maison, Serdaigle. J'esquisse un sourire à mon tour, et reprends contenance.

- Vous êtes les meilleurs amis du monde, et je remercie Merlin pour m'avoir fait entrer dans votre compartiment le jour de la rentrée !

- Ne nous flatte pas trop, ça pourrait nous monter à la tête ! rit Sophie avant de baisser la voix sous le « CHUT » puissant venant de l'entrée de la bibliothèque.

- Dis, tu n'avais pas un devoir extra à rendre au professeur Brulopôt ? me fait Anne avec un clin d'œil.

- Ah, si ! dis-je en me frappant le front de la main et en la remerciant silencieusement de cette diversion. Désolée, je vous rejoindrai plus tard !

Après les avoir remerciés encore une fois et sous le regard perplexe de Geoffroi, je me précipite hors de la bibliothèque vers la tour d'astronomie. C'est notre point de rendez-vous préféré, et puis il n'était pas à la bibliothèque, ça élimine l'une de nos cachettes. Et je suis sûre qu'il n'y aura personne d'autre à cette heure-là. Pourvu qu'il vienne aujourd'hui… Mon cœur se serre à l'idée d'une autre déception, mais mon espoir digne de Gryffondor est plus fort. Je m'installe confortablement le long d'un pilier au soleil, face au globe géant suspendu en l'air, et me décide à feuilleter le magazine mensuel qui m'est arrivé ce matin. Le Guide du Soigneur, la littérature des amis des créatures ! Mon impatience est peu à peu calmée par la lecture des différents articles sur comment apprivoiser un Kelpy ou faire attention à ne pas être trompé par un Kappa rusé.

Pourtant, je n'arrête pas de repenser à tout ce que j'ai entendu cet après-midi. Est-ce que j'aimerais que Remus me trouve du charme ? J'ai toujours été tellement préoccupée par ce que lui ressentait que je ne me suis jamais vraiment posé la question. Ou que je n'ai pas osé le faire. Mes amis ont beau me rappeler que je suis jolie et que je peux avoir confiance en moi, je n'avais jamais osé imaginer que Remus pouvait me voir comme telle. Je me suis toujours vue comme un chevalier servant plutôt qu'une princesse pour lui. Et maintenant que j'ose me poser cette question que j'ai toujours niée… peut-être que j'aimerais bien être sa princesse-chevalier. Ce manque que je ressens depuis quelque temps, peut-être bien que je ne voulais pas voir que c'était plus que de l'amitié… Mais si je pouvais être sûre qu'il en veut, au moins, de mon amitié, et qu'il ne me fuit pas !

Soudain, un petit origami arrive en volant jusqu'à moi, coupant court à mes réflexions. Il se pose délicatement sur le magasine ouvert sur mes genoux, et remue doucement la queue. C'est un tigre en parchemin blanc. Ou plutôt, une tigresse. Des papillons frétillent dans mon ventre alors que la tigresse grimpe sur ma paume pour se frotter à mon pouce. Il n'y a que lui qui connaît mon Animagus et qui est capable de lancer un sortilège aussi beau et précis…

- Remus ? dis-je doucement en regardant autour de moi.

Pas de réponse. Je me lève, gardant l'origami animé précautionneusement dans le creux de ma main.

- Remus, je sais que tu es là, dis-je d'une voix mal assurée. Ecoute, je… je ne sais pas ce que j'ai fait, mais je suis désolée si je t'ai blessé. Je comprends que tu veuilles m'éviter, mais ça me fait mal, surtout de ne pas savoir ce que j'ai fait… Tu me manques énormément, et je ne comprends pas pourquoi ça me fait si mal… Je suis désolée, Remus.

- Non ! Non… C'est moi qui suis désolé, dit une voix un peu rauque qui me fait frissonner.

Il apparaît en haut des marches, l'air encore plus fatigué que d'habitude, et alors qu'il manque de trébucher, j'esquisse un pas pour l'aider.

- NON ! N'approche pas, fait-il d'une voix terrifiée.

Je m'arrête en plein geste, blessée par ce cri. Qu'est-ce qui lui arrive ? Sous le choc, l'incompréhension et la tristesse m'envahissent. Une pointe de colère se mélange au reste. Il doit le sentir, parce qu'il se mord la lèvre et me regarde d'un air de chien battu.

- Je… pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire.

- C'est totalement ce que tu voulais dire, Remus. C'est ce que tu me dis sans le dire depuis plusieurs semaines, quand tu m'évites et que tu refuses que je vienne avec toi à la cabane. Et je ne comprends pas pourquoi. C'est injuste.

- Je suis désolé, répète-t-il en évitant mon regard.

- Moi aussi je suis désolée, mais j'aimerais bien savoir pourquoi, dis-je à mi-voix en m'approchant d'un ou deux pas. Si tu ne veux plus qu'on se voit, je respecterai ton choix, même si…

Ma gorge se noue et j'ai envie de crier que ça me déchirerait toute entière de ne plus le voir, mais je continue.

- …même si ça sera difficile pour moi. Mais j'estime avoir le droit de savoir pourquoi.

Il me regarde enfin de nouveau, comme s'il avait une nouvelle terrible à m'annoncer, comme s'il allait m'annoncer qu'il avait tué toute ma famille, et une coulée froide me passe dans le dos.

- Je ne peux pas te permettre de rester à mes côtés, Léa. Je suis trop dangereux. Je suis un danger pour moi-même, et surtout pour les autres. Dumbledore m'a fait penser que je pourrais être un enfant normal, avec des amis, comme les autres, mais je suis destiné à la solitude pour le bien de tout le monde.

Je reste muette, à la fois abasourdie et en même temps peu surprise. C'est la première fois qu'il me parle de ces craintes de destruction et de danger depuis… depuis la troisième année ? Et encore… Mon cœur se serre à l'idée de tout ce qu'il endure et de tout ce qu'il s'impose à lui-même. Je me souviens comme si c'était hier des larmes qu'il avait eues en me racontant son enregistrement en tant que loup-garou au Ministère.

- J'ai failli tuer Rogue, Léa. Et je pourrais tuer tous les élèves si je m'échappais de la cabane. Je pourrais vous faire du mal, aux garçons, à toi…

Un frisson le parcourt entièrement.

- Je ne peux pas vous laisser prendre de risque en étant près de moi, je ne veux pas vous blesser et vous faire souffrir.

- Je crois que tu ne m'as jamais plus blessée qu'en m'évitant, Remus, dis-je d'une voix douce en approchant encore d'un pas. Je t'ai attendu, à la bibliothèque, ici, à la volière… Je n'avais plus personne avec qui partager mes lectures et mes pensées, et c'est ça qui me blesse.

- Je sais, souffle-t-il. Je suis venu à chaque fois, mais… je veux te protéger.

Il était là à chaque fois ! Mon cœur fait une embardée.

- Ça tombe bien, moi aussi, je veux te protéger, dis-je d'une voix plus affirmée en avançant encore d'un pas. Tu es mon ami le plus cher, même Anne ne rivalise pas là-dessus, et je ne veux pas te perdre surtout pas comme ça. Je sais prendre mes précautions, et on n'a jamais eu de problème.

- Ça t'épuise pendant trois jours, et je t'ai blessée parfois…

- Trois nuits de sommeil en moins, c'est pas grand-chose, et je sais les rattraper crois-moi, tu as bien vu cet après-midi, dis-je avec ironie.

J'arrive à lui arracher un faible sourire, et je souris moi aussi et m'approchant encore d'un pas. Je suis maintenant face à lui, et je lui tends l'origami qui saute se poser sur son épaule.

- Et des griffures, ce n'est rien comparé à… à d'autres choses.

- Tu veux parler de ces abrutis d'Avery et Mulciber ? demande Remus en fronçant les sourcils.

- En…entre autres, oui, dis-je, gênée.

- J'aurais dû intervenir, gronde-t-il en fermant ses poings. Je suis arrivé trop tard…

- J'ai réussi à me défendre, enfin, Lily m'a aidée à me défendre…

- La lionne et la tigresse de Gryffondor, fait Remus avec un petit rire amusé, plongeant ses yeux ambrés dans mes iris vert clair, presque jaunes.

Les papillons s'affolent dans mon ventre, et j'ai l'impression de redécouvrir son visage. Ses poils sont légèrement plus foncés qu'à l'ordinaire, comme à l'approche de chaque pleine lune, et les cicatrices que lui a laissé Fenrir Greyback s' harmonisent avec son visage fin, au lieu de le défigurer. Ses cernes soulignent ses yeux magnifiques, et je ne comprends pas comment j'ai pu ne jamais m'avouer tout ça.

- Remus, j'ai appris à me métamorphoser en tigresse albinos pour être présente à tes côtés dans les moments les plus difficiles pour toi. Parce que je tiens à toi, et que sous cette forme je peux t'empêcher de te mutiler tous les mois. C'est important pour moi, et je connais les risques. Et je ne te laisserais jamais me faire du mal sous ta forme de loup, pas plus que je ne te laisserais te faire du mal à toi-même.

Remus hoche la tête doucement, le regard baissé.

- Je ne veux pas te perdre, dit-il d'une petite voix.

- Alors tu me sors de ta vie de force ? Je t'ai connu plus logique, Remus. Et les autres ? Les Maraudeurs ? Tu veux les ignorer aussi pour ne pas les perdre ?

- C'est différent, marmonne Remus.

Il plonge à nouveau son regard dans le mien, et mon cœur cogne à tout rompre.

- C'est différent parce que je… je ne les aime pas comme je t'aime toi.

Je reste muette. Remus Lupin vient de me dire qu'il m'aime. Le monde pourrait s'écrouler autour de la tour d'astronomie que ça me serait égal. Moi, Léa Havet, neuvième et dernière fille de mes banals parents Moldus, complexée par des années de remarques des Serpentards, chevalier auto-proclamée de Remus Lupin, je pourrais aussi être… sa princesse ? Se peut-il qu'on ait été tous les deux aussi aveugles que Lily face à l'évidence potterienne ? Tout le monde avait raison en parlant de notre amitié « affectueuse » ?

Remus sonde mon visage du regard, comme s'il appréhendait ma réaction. Le petit tigre en origami s'est posé sur sa tête et semble attendre ma réponse aussi, offrant un portrait assez comique du plus sérieux des Gryffondors. J'ai un petit rire, et je prends doucement Remus dans mes bras, le visage enfoui dans le creux de son épaule.

- Je ne sais pas comment tu m'aimes exactement, mais je suis sûre que je t'aime plus que ça, je murmure.

- Impossible, réplique-t-il en me serrant un peu plus contre lui.

- Alors il faut que tu sois prêt à m'accepter près de toi quand tu en as besoin. Je serai ta Jane Eyre, tu seras mon Edward Rochester.

Il se crispe légèrement, puis rit doucement aux noms des deux personnages de roman. Nous en avions parlé des heures pendant un après-midi. Se dégageant de notre étreinte, il prend mon visage dans ses mains, et pose délicatement son front contre le mien, mon petit nez contre le sien.

- D'accord. Je fais le serment de te protéger, petite tigresse, tout comme tu m'as toujours protégé et comme tu me protégeras.

Je pose ma main sur sa joue, et pose timidement mes petites lèvres sur les siennes. Le monde s'écroule pour de bon autour de nous, et toute ma tristesse, ma peur et ma colère d'aujourd'hui s'évanouissent dans ce baiser. Je sens le poids léger de l'origami atterrir sur ma tête. Je souris tout en embrassant ses lèvres douces. Je l'aime, et c'est tout ce qui compte désormais.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! J'ai beaucoup aimé l'écrire, feulionne avait donné beaucoup d'indications alors c'était un challenge sympa d'essayer de tout mettre ! Remus est également l'un de mes personnages favoris, dont j'aurais vraiment aimé voir plus de développement et d'interaction avec Sirius dans les livres par exemple - d'ailleurs, si je peux vous conseiller une fanfiction à propos des Maraudeurs ce serait About a Wolf de Youtoumii !

A la prochaine fois pour la fiction de Nyan-Mandine ! (la dernière commande de 2013, yes ! On avance pas à pas !)