Bonjour ! Toujours autant de retard, mais j'existe encore et j'écris encore, promis !
Je mets rarement de mot en préambule, mais je tiens à préciser que même si je continue d'écrire des fanfictions sur cet univers avec lequel j'ai grandi et beaucoup rêvé, je souhaite me distancer de son autrice et des problèmes inhérents et intrinsèques à son oeuvre (même s'il s'agit de choses non-conscientes et intégrées par son éducation ou autre). Dans une actualité aussi bouleversée, il est important de soutenir les droits des minorités, et tiens à affirmer mon soutien aux personnes trans, intersexes et non-binaires (et LGB, par la même occasion, bien que non-visées dans les tweets de Rowling, mais on connaît le problème du queerbaiting et de la saga) et aussi au mouvement Black Lives Matter et les demandes de justice face aux abus policiers. La fanfic est à mes yeux un moyen génial de combler les manques et/ou réparer les failles et erreurs d'une oeuvre, donc je ne peux que vous inviter à continuer à lire ou écrire tout en gardant un regard critique sur les questions sociales et sur l'inclusivité, entre autre.
Voilà, ça me paraissait important à souligner.
Concernant cet OS, j'ai pris plaisir à l'écrire parce que Teddy est un personnage adorable, mais j'ai de nouveau dû faire des changements par rapport à la commande à cause des erreurs de continuité. En espérant que ça n'embêtera pas trop Elise, et même qu'elle aura du plaisir à lire son one-shot ! :) Bonne lecture, des bisous sur vous !
Ted Remus Lupin – Songe de neige
- A quoi songes-tu, Elise ?
La douce voix grave me sort de ma torpeur. Je détourne le regard du paysage que j'admirais depuis une fenêtre du château en attendant que Maé sorte de la bibliothèque. Mes yeux croisent ceux de Ted Lupin, et je sens comme une délicieuse coulée tiède me réchauffer. Bleu-turquoise, aujourd'hui. C'est l'une des couleurs qui leur vont le mieux.
- Je pensais à l'arrivée de l'hiver, dis-je avec un sourire. J'aime regarder la pluie tomber sur les feuilles d'automne, mais j'aimerais saisir un moment de transition entre la pluie et la neige.
- Je comprends, répond-il en regardant les gouttes tomber à son tour. Le plus beau, c'est quand elle recouvre le parc et la forêt le matin, et que tout est silencieux et immaculé.
- Oh oui, c'est vraiment beau à voir depuis notre dortoir !
- C'est bien l'une des seules choses que j'envie aux Gryffondor, la tour, rit-il légèrement. Je suis obligé de grimper dans les étages si je veux avoir une belle vue.
Il plonge à nouveau son regard dans le mien, et je lui rends son sourire. Il semble sur le point de me dire quelque chose, mais les voix de Maé et Aurore qui sortent de la bibliothèque l'en empêchent.
- Elise ! Désolée de t'avoir fait attendre... oh, bonjour Lupin !
- Bonjour, répond-il en leur adressant un léger salut de la tête. Elise, je voulais te demander, tu voudrais bien me rejoindre devant les serres à dix-sept heures ? Le professeur Londubat voudrait nous parler de notre projet.
J'acquiesce, et il s'en va de sa démarche légère, en fredonnant gaiement un air pourtant mélancolique. Sa silhouette se meut avec une aisance aérienne et fluide, et en regardant son écharpe jaune flotter et disparaître au détour du couloir j'ai l'impression moi-même de décoller du sol. Beaucoup d'élèves critiquent Teddy en disant qu'il n'a pas les pieds sur terre. A mes yeux, c'est l'une de ses plus belles qualités. Malgré son passé difficile, il arrive à s'élever et à faire décoller les autres avec lui.
- Votre projet est donc en bonne voie ? demande Aurore avec un sourire.
- Oui, Monsieur Londubat a été enchanté de notre proposition ! Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus pour l'instant, mais ça devrait prendre forme rapidement.
- J'ai hâte de voir ce que ça va donner ! s'exclame joyeusement Maé. Anastasia nous attend dans la Grande Salle pour déjeuner, on la rejoint ?
J'acquiesce, et nous nous dirigeons toutes les trois vers la Grande Salle. Aurore et Maé discutent du dernier devoir de Sortilèges, qui était particulièrement difficile. Je les écoute distraitement, en partie parce que je n'ai pas de trop grosses difficultés en Sortilèges et que j'ai assez bien réussi ce devoir, mais aussi parce que mes pensées dérivent vers Teddy Lupin. A quoi songes-tu ? Je souris doucement, les joues légèrement empourprées. Là, tout de suite, je songe à la légère caresse de ses doigts effleurant ma main. A la chaleur de son regard. Je songe à son sourire, à tout ce qu'il exprime et à tout ce qu'il cache.
- Elise, tu en penses quoi toi ?
- Pardon ?
- De la prochaine sortie à Pré-au-Lard ? Est-ce que tu préfères qu'on aille chez Madame Pieddodu ou plutôt aux Trois Balais ? me demande Aurore.
- A moins que tu n'aies d'autres plans, ajoute Maé avec un clin d'œil.
- Comment ça ? fait Aurore, l'air perdu. Tu y vas déjà avec quelqu'un ?
- Je ne sais pas trop, je soupire. J'aimerais inviter Teddy, mais je ne veux pas brusquer les choses, j'aimerais que cela se passe naturellement.
- Tu nous abandonnes ? fait une voix d'un air désespéré tandis que des bras s'enroulent autour de moi.
- Bien sûr que non, Anastasia, dis-je en riant. Je peux passer une partie de la journée avec lui et une autre avec mes folles amies !
- Je préfère ça, sourit-elle en me claquant un bisou sur la joue.
- Ça ne fait pas trop longtemps que tu nous attends ? s'inquiète Aurore. On a passé un peu plus de temps que prévu à la bibliothèque.
- Pas du tout, je suis retournée déposer quelques affaires dans mon dortoir, je viens tout juste d'arriver.
Nous nous installons à l'une des tables de la Grande Salle pour continuer notre discussion tout en déjeunant. Apparemment, avant la Reconstruction, il n'y avait que quatre tablées, une par maison. Depuis que le professeur McGonagall est devenue directrice, la distinction entre les différentes maisons a disparu de la Grande Salle – chacun peut s'installer où il le souhaite, avec qui il le souhaite. Je trouve que c'est bien mieux comme ça. J'adresse un signe de la main à Roxanne et Fred Weasley, et ils me répondent avec un grand sourire avant de se diriger vers notre table.
- Alors, les préparatrices d'ASPIC, vous vous en sortez ? demande Roxanne d'un ton espiègle. Le professeur Slughorn avait l'air de dire qu'il n'avait jamais vu autant de chaudrons exploser en septième année.
- Moi, je vous admire d'avoir supporté Binns pendant sept ans, trois c'est déjà trop, gémit Fred.
- Oh non, c'est pas vrai ! je m'exclame soudain. J'avais oublié que je devais rendre un parchemin à Victoire... Il faudra que je lui demande d'attendre demain pour lui donner la correction de son devoir d'Histoire de la Magie.
- C'est pas si grave, si ? Les cinquième année n'ont cours d'Histoire de la Magie que lundi prochain, et M. Binns est plutôt du genre... indifférent, s'étonne Maé.
- Ce n'est pas lui le souci, dis-je en soupirant.
- Tu connais mal notre cousine, Maé, fait Fred. Elle est encore plus exigeante et stricte que McGonagall.
- Je ne sais pas de qui elle tient ça, certainement pas d'oncle Bill, plaisante Roxanne.
- Peut-être qu'en vrai, c'est la fille d'oncle Percy et tante Hermione ! s'écrie Fred avec l'air faussement choqué.
Nous explosons toutes de rire. Les Weasley sont une très grande famille, et ils n'hésitent pas à se moquer gentiment les uns des autres, surtout ces deux zigotos, Fred et Roxanne. Ils sont plus jeunes que nous, mais j'ai appris à les connaître dès leur arrivée dans ma maison, Gryffondor. Je les ai aidés à prendre leurs marques, et grâce à eux je connais un peu mieux Teddy. Ils le considèrent comme leur cousin, après tout. Le repas se poursuit joyeusement, jusqu'à ce que les deux Weasley ne repartent en cours dans leurs classes respectives.
- On se voit plus tard ! s'exclament-ils en nous faisant des grands signes de la main.
- Elise, évite de te faire trucider par Victoire, ça m'embêterait d'aller lui rendre visite à Azkaban ! ajoute Roxanne en me tirant la langue.
- J'essaierai !
- Quelles boules d'énergie, ces deux-là ! sourit Aurore en se levant à son tour.
- Tu vas avoir le temps de corriger son parchemin ? me demande Anastasia d'un air inquiet. J'aime assez bien Victoire, mais c'est vrai qu'elle peut être un peu trop... cinglante quand il s'agit de ses devoirs.
- Non, on a cours tout l'après-midi, et...
- Et ce soir, elle a rendez-vous avec Teddy pour leur projet top-secret, dit Maé d'un air malicieux.
- Aïe, ça ne va pas non plus t'attirer les faveurs de Victoire, fait Anastasia sans décrocher ses yeux des miens.
- Ça va, Teddy lui a mis un râteau l'année dernière, l'eau a coulé sous les ponts depuis, intervient Aurore. Il a été prévenant et elle n'a que quinze ans, après tout. Puis, elle peut bien comprendre que le monde ne tourne pas autour d'elle, et attendre un peu plus longtemps une correction gratuite de son devoir d'Histoire de la Magie, c'est déjà gentil de ta part de le faire.
- Merci, Aurore, dis-je en lui adressant un sourire de reconnaissance.
Je déteste qu'on me presse d'une quelconque manière. Et je sais que Victoire a eu le béguin pour Teddy, mais ce n'était pas réciproque. Il me semblait qu'elle était passée à autre chose, mais la remarque d'Anastasia me met quand même mal à l'aise. Peut-être qu'il se passe vraiment quelque chose entre eux, en fin de compte ? Je sens que quelqu'un me prend la main gentiment. C'est Anastasia, à qui je rends son sourire pour lui faire comprendre que ça va. Maé pose une main sur mes cheveux bruns, comme une grande sœur, et conclut :
- Aurore a raison, et tu sais Elise, pour ce soir : ce n'est pas parce que tu prends les choses en main que ça n'est pas naturel.
.
En sortant de mon dernier cours de l'après-midi, je me dirige vers le parc. Mes amies sont retournées travailler à la bibliothèque, et j'ai une demi-heure libre avant de retrouver Teddy et le professeur Londubat. Le vent souffle très fort, et je suis tellement menue que je manque de m'envoler avec les feuilles mortes. Je ferme les yeux pour mieux apprécier la bourrasque qui s'infiltre dans mes cheveux et leur fait prendre vie. Au lieu d'enfoncer mon nez dans mon écharpe rouge et or, j'inspire une grande goulée d'air. Les parfums de l'herbe mouillée, de la terre humide et du vent frais qui transporte une bonne odeur de feu de bois depuis la cabane du garde-chasse me parviennent, et j'ai presque envie d'aller me promener parmi les arbres de la Forêt Interdite pour profiter plus encore de ce moment ambigu de calme et de déchaînement des éléments.
Je regarde le lac au loin. Le ciel bleu qui se dégage progressivement de ses nuages lui donne une teinte turquoise. Comme les yeux de Teddy aujourd'hui. Des yeux-lac dans lesquels on aimerait plonger. Dans lesquels j'aimerais plonger. J'ai beau ne pas être fleur-bleue, je me souviens de la première fois où j'ai croisé ce regard bleu-vert comme si c'était hier. Rien qu'en y repensant, je ressens cette même sensation étrange d'un mélange de tempête et de calme, comme une vague parcourant mon corps, éphémère et apaisante. J'imagine ses bras m'enlacer à travers le vent qui enrobe mon corps, pour m'empêcher de m'envoler, ou mieux, pour s'envoler à mes côtés.
- Elise ! crie soudain une voix derrière moi, me sortant de mes pensées. Qu'est-ce que tu fais là ? Je pensais te trouver à la bibliothèque !
Une fille magnifique dont les cheveux blond pâle sont balayés par les rafales s'approche de moi à grands pas. Si je ne la connaissais pas, j'aurais peur qu'elle m'inflige un Sortilège Impardonnable. Elle se plante en face de moi, les bras croisés, puis replace d'un geste élégant une mèche de cheveux derrière son oreille sans arrêter de me fusiller du regard. Bien qu'elle soit plus jeune que moi de deux ans, elle me domine de plus d'une tête.
- Est-ce que tu as la correction de mon parchemin d'entraînement aux BUSE ? Tu devais me la rendre aujourd'hui.
- Victoire, je suis désolée, je voulais te prévenir, mais j'ai oublié et je n'ai pas eu le temps de faire la correction. Je travaillais sur...
- Tu me la rends demain matin après le petit déjeuner, alors.
Je manque de m'étouffer. Pas que j'aie l'habitude de m'énerver, mais ce genre d'attitude m'agace très vite.
- Ton devoir est à rendre pour la semaine prochaine, Victoire. Je n'aurai même pas le temps de le relire ce soir, et j'en suis désolée, mais je pense que tu peux très bien attendre jusqu'à demain soir.
- Ah oui, tu as des plans particuliers pour ce soir qui t'empêchent de corriger un devoir d'Histoire de niveau de BUSE ? A part rêvasser et attraper froid ? Tu n'as pas l'air d'être en train de réviser tes ASPIC, si je peux me permettre. Je t'ai payée douze Mornilles pour que tu me corriges ce devoir, j'attends à juste titre que tu me le rendes dans les délais. Je me suis fait un emploi du temps précis pour réussir mes BUSE, et donc je compte sur toi pour me rendre mon parchemin le plus vite possible. Demain matin.
- Tu l'auras demain soir sans faute, je te l'ai déjà dit, réponds-je en tentant de garder mon calme. Et je t'ai déjà présenté mes excuses. Je travaille sur un projet personnel, avec le professeur Londubat et –...
La phrase d'Anastasia me revient en tête. Est-ce que c'est une bonne idée de parler de Teddy à Victoire ? Je détourne les yeux vers le lac.
- … et un camarade de classe.
- Ah oui ? Je me demande bien qui ça peut être. Vu comment tu respectes le travail des autres, je devrais peut-être le prévenir de ne pas compter sur toi.
Je ne réponds rien, et je serre les dents. Elle n'a pas le droit de dire ça. Certes, je suis tête-en-l'air, mais je me décarcasserais jusqu'à la dernière phalange pour mes amis s'il le fallait. Surtout pour quelque chose qui me tient autant à cœur que ce projet avec Teddy Lupin.
- Il faudrait prévenir qui de ne pas compter sur Elise ? fait soudain une voix familière qui m'envahit comme une vague chaude.
- Oh, Teddy, fait Victoire en lui adressant un sourire un peu crispé. Rien de grave, Elise doit simplement me rendre la correction de mon parchemin d'Histoire de la Magie, mais visiblement, elle a plus important à faire. Je disais que, vu sa fiabilité, elle risque de laisser tomber son « projet personnel » dans dix minutes, si tant est qu'il existe.
- Je doute qu'elle le laisse tomber, c'est elle qui me l'a proposé, dit Teddy d'un air irrité que je ne lui connaissais pas. En tant que Préfet-en-Chef, je me suis chargé de faire le médiateur entre elle et le professeur Londubat. Si elle n'a pas eu l'occasion de te rendre ta correction, c'est qu'on était occupés à y travailler. Mais tu veux peut-être demander confirmation au professeur Londubat ?
- Je... Très bien, bredouille Victoire en pinçant les lèvres et en relevant son menton délicat. Je ne faisais que plaisanter, pas de quoi se chamailler. Et Elise, j'attends mon parchemin demain soir. Sans faute.
J'ouvre ma bouche pour ajouter quelque chose, mais rien ne sort. Elle nous adresse une vague salutation, et retourne vers le Grand Hall, nous laissant tous les deux au cœur de la bourrasque. Je ne sais pas quoi dire pour remercier Teddy, alors plutôt que de parler je lui fais un signe de tête en souriant. Son visage s'adoucit, et ses yeux passent doucement d'un bleu foncé presque noir à cette teinte turquoise que j'aime tant. Ses cheveux volent dans tous les sens. Ils sont mi-longs, aujourd'hui, et d'une couleur de sable teintée de quelques reflets rosés par les faibles rayons de soleil. Une mèche est plaquée sur son œil gauche par le vent. Alors, prise d'un élan, je me hisse légèrement sur la point de mes pieds, et la saisis délicatement entre mes doigts pour la replacer derrière son oreille.
Le contact de sa peau me fait frissonner, et je crois que lui aussi n'a pas été indifférent à ce contact pourtant presque imperceptible. J'aimerais le serrer fort contre moi, que nous ne formions plus qu'un au milieu des bourrasques.
- Merci, Teddy, j'arrive enfin à articuler.
Teddy me sourit, puis tourne son regard vers le lac maintenant baigné des derniers rayons du soleil de fin d'automne.
- J'apprécie Victoire, mais elle n'a aucun droit de te... piétiner de la sorte. J'ai beau comprendre qu'elle puisse être envieuse, mais ça n'excuse rien.
- Ne t'en fais pas, je ne lui en veux pas, je bredouille tandis que le mot « envieuse » résonne dans mes oreilles. Enfin, pas trop. Après tout, je ne lui avais pas parlé du projet pour la fête de Noël. Il faut dire que je n'en ai pas parlé à trop de gens, j'ai un peu peur que ça fasse un flop... Concilier poésie, musique et botanique c'est sans doute un peu ringard.
- Si ça peut te rassurer, moi ça me plaît énormément et je suis sûr que tout le monde appréciera les houx musicaux et les textes accrochés aux sapins ! Je venais d'ailleurs te prévenir que le professeur Londubat essaie de voir avec la directrice pour métamorphoser les baies de houx et les radios moldues. Il sera en retard, on a encore un peu de temps devant nous.
- C'est vraiment gentil de sa part, dis-je en souriant. Je suis contente qu'il nous fasse confiance sur ce projet.
- Lui aussi est super emballé, il a même parlé de métamorphoser des bouquets de gui pour qu'ils diffusent des poèmes ou des contes de Noël lorsque quelqu'un se trouve dessous !
- C'est génial ! je m'exclame candidement, des étoiles dans les yeux. J'aurais dû y penser, le gui, c'est tellement parfait !
Teddy me regarde tendrement en souriant, et je sens mon cœur s'affoler. Je dois paraître cruche de m'extasier ainsi, on dirait une enfant ouvrant ses cadeaux de Noël !
- Désolée, je dois paraître un peu trop survoltée, dis-je en rougissant.
- Ne t'excuse pas, je trouve ça magnifique que tu sois aussi enthousiaste. C'est rare de voir quelqu'un d'aussi passionné pour ce qu'il fait, et je pense que c'est quelque chose qui me plaît beaucoup chez toi.
Mon cœur bat maintenant à toute allure, et je laisse le vent jouer avec mon écharpe rouge et or tandis que je reste muette. J'ai l'impression que le temps ralentit autour de nous, qu'il s'étire pour me permettre de savourer un moment que je pressens comme unique et particulièrement important. Comme si les éléments s'étaient réunis pour me révéler quelque chose, pour faire éclore un vérité enfouie au plus profond de moi. Je l'aime. Et je souhaite de toutes mes forces qu'il m'aime aussi. Je détourne rapidement le regard, troublée, et m'apprête à dire quelque chose lorsqu'il se met à parler en même temps que moi.
- Pardon, vas-y, dis-je en bégayant.
- Non, non, toi d'abord, ce que j'allais dire était idiot, dit-il alors que ses joues prennent une teinte plus foncée.
- J'allais simplement te proposer d'aller vers les serres, au cas où tu avais froid, je prétends en essayant de paraître crédible.
- Pas tout de suite, murmure-t-il en rougissant encore plus. Je... Je suis très bien avec toi, là, pour l'instant.
Ces paroles ne calment pas mon désir qui ne fait que s'épanouir, et je n'arrive pas à réprimer un frisson agréable. J'ai l'impression que tout mon petit corps est soumis à un Tarantallegra, ma main tremble doucement mais ce n'est absolument pas à cause du vent. J'ai l'impression de contenir un trop plein d'euphorie et d'anticipation, et je lève les yeux vers son visage. J'esquisse un sourire en constatant qu'il est presque obligé de pencher la tête pour plonger son regard dans mes yeux verts.
- Mais quel égoïste je fais, tu dois avoir froid toi, fait-il soudain en remarquant les tremblements qui parcourent ma main. Je n'avais pas compris, désolé Elise...
- Non, non, je suis très bien ici aussi, je...
Ma phrase reste suspendue dans le vent, et mon corps semble se mouvoir sans que je ne lui en aie donné la permission. Je sens mes bras passer autour de sa taille et mes mains se poser sur son dos, tandis qu'une bulle d'émotions éclate en moi lorsque je sens la chaleur de son torse sur mon visage. Surpris, il finit par m'entourer de ses bras avec une infinie douceur, et repose sa tête sur la mienne. Nous restons là, debout au milieu des rafales, comme protégés par elles du monde extérieur. J'inspire son parfum tandis qu'il caresse mes mèches brunes du bout des doigts. Combien de temps s'écoule, je ne saurais le dire... Un écho d'un dramaturge français, Anouilh me revient en mémoire. Les plaisirs ne sont jamais vains, au moins pendant la minute où on les goûte. Je suis presque certaine que même au-delà de cette minute, le plaisir que je ressens ne sera pas vain. Ou alors je le goûterai à chaque instant.
- Qu'est-ce que tu voulais me dire qui puisse être plus idiot qu'une loufoque qui se jette éperdument dans tes bras ? finis-je par demander à voix basse.
Je sens un petit rire parcourir son dos, tandis qu'il desserre son étreinte. Il plonge à nouveau son regard dans le mien, semble hésiter, puis avoue :
- J'allais te dire que j'aurais aimé faire partie de ce qui te rend passionnée et enthousiaste.
- C'est le cas, Teddy. Tu en fais plus que partie, je murmure en un souffle.
Nos fronts se rapprochent et se collent, brûlants, et ma bouche cherche la sienne. Le contact de ses lèvres douces et chaudes me fait frissonner à nouveau, et je passe mes bras derrière sa nuque pour prolonger ce baiser. Le vent est un peu tombé, mais il est surtout plus froid et la chaleur que nous dégageons et que je sens couler dans tout mon corps pourrait presque nous envelopper de vapeur. Je sens soudain quelque chose de froid se poser sur mon nez, et Teddy recule sa tête, la penche en arrière puis me regarde en souriant.
- Il neige, dit-il en remettant en place mon écharpe à moitié envolée. Bienvenue en hiver, mon amour.
- Une bonne excuse pour me réchauffer contre toi, dis-je en me blotissant contre lui, mon dos contre son torse.
Je regarde le lac, qui brille sous le soleil couchant, tandis que des flocons virevoltent tout autour de nous. Le lac a perdu sa teinte turquoise, mais je sais maintenant que je pourrai l'admirer sans me cacher dans les yeux de celui que j'aime. C'était peut-être à ça que je songeais, finalement, en admirant le parc tout à l'heure. Je repense soudain à ce que Maé m'a dit.
- Dis... J'aimerais aller à Pré-au-Lard avec toi.
- J'ai hâte de t'y accompagner, répond-il en déposant un baiser sur mes cheveux, ce qui m'arrache un sourire radieux.
Merci à .s qui commentent, j'essaie de m'attaquer aux autres commandes dès que je peux ! A bientôt, prenez soin de vous !
