LE CONCEPT ANIMAL

Chapitre 3

Toutes les semaines, soit quatre fois à présent, il avait accepté d'être torturé par Gregory. Avec un soin méticuleux, il cochait chaque jour sur un calendrier posé sur la table basse de son salon, comme s'il s'agissait d'un rituel lui permettant de conserver une illusion de contrôle. Mentalement, il retraçait les schémas de colère de Gregory, dont la violence fluctuait selon son humeur.

Selon la colère qui l'animait, il était plus ou moins violent avec lui. Il l'avait surpris la dernière fois en le frappant à mains nues. Drago voyait dans ses gestes, dans sa manière de porter ses coups, une leçon acquise dans le fond d'Azkaban. Il ne savait pas ce qui était le pire, la violence pure ou le Doloris. Ce sort lui faisait au moins la grâce de plaies à panser, mais à chaque fois il se sentait vriller mentalement. Il avait été terrifié la seconde fois qu'il le lui avait imposé en remarquant quelques pertes de mémoire. Des choses légères et éphémères, mais le contre coup du Doloris finirait par lui voler son équilibre mental.

Pansy avait tenté, en vain, de raisonner Gregory, de le supplier d'arrêter ce massacre. Ses supplications étaient devenues de plus en plus désespérées, mais Drago lui avait très vite demandé de ne plus intervenir. Il redoutait que ses tentatives n'exacerbent la colère de Gregory et qu'elle ne devienne à son tour, une cible de sa fureur.

Mais il y avait autre chose, une pensée plus sombre qui le hantait. Dans cette souffrance, Drago trouvait une forme de rédemption masochiste. Plus il endurait, plus il avait l'impression de s'acquitter de la dette qu'il croyait devoir à la société. Il savait, quelque part au fond de lui, que cette façon de voir les choses était profondément malsaine. Pourtant, le fait était là : depuis le premier Doloris, il ne s'était jamais senti aussi vivant. Cette douleur, aussi atroce soit-elle, semblait purger une culpabilité qu'il portait en lui depuis des années.

Avant de quitter son travail et d'entamer sa cinquième session avec Gregory, Drago décida enfin de répondre à Harry Potter. Cela faisait une semaine qu'il avait reçu son courrier, et il estimait l'avoir suffisamment fait attendre. Prenant sa plus belle plume, il rédigea sa réponse sur un morceau de parchemin. Il avait longuement réfléchi à ses mots :

Cher Potter,
Je m'interroge quant à ce que tu trames derrière le courrier que tu m'as envoyé.
Néanmoins, la porte de mon bureau au Ministère t'es ouverte, je ne doute pas que tu en trouveras le chemin.

Bien à toi,
Drago Malefoy

Ps : je t'en prie, fais maigrir cette pauvre bête qui te sert de hibou. Elle ne mérite pas un tel sort.

Il relut son courrier et, satisfait, plia soigneusement le parchemin. Il se félicita de n'avoir mentionné ni heure ni date précises, laissant Harry Potter se débrouiller avec ce mystère. Il imaginait déjà son ancienne némésis cogiter, fouillant dans son esprit pour déterminer le meilleur moment pour venir le voir.

Drago se leva et quitta son bureau non sans avoir lancé un dernier regard à la pièce. Il déposa son pli avec les autres courriers magiques du service du Ministère, puis rejoignit une cheminée pour rentrer chez lui.

Après une douche bien chaude et un moment de détente à feuilleter les journaux, il se prépara pour sa visite hebdomadaire chez Pansy. Il faisait tout son possible pour ne jamais paraître trop affecté devant Gregory. Il lui refusait le luxe d'une faiblesse trop significative. Drago était resté le leader de leur ancien groupe d'adolescents, ce n'était pas pour rien. Et puis cela relevait autant de l'orgueil que d'une résistance psychologique nécessaire. S'il perdait totalement pied, ça signerait sa fin.

Ce soir-là, Gregory l'attendait comme un lion en cage, en tournant en rond dans le salon de Pansy. Cette dernière, qui se sentait dépossédée de sa maison chaque semaine, fuyait sa présence comme la peste. Mais elle accueillit Drago avec une bise appuyée, scrutant son visage avec une inquiétude évidente.
— Tu devrais sortir, Pansy, lui suggéra Drago avec une fausse tranquillité. Retrouve Blaise, prends un verre, détends-toi un peu.
— Non, répondit-elle en secouant la tête. J'ai trop peur qu'il arrive quelque chose de tragique si je ne suis pas là.
— Tu vas finir par me porter malchance, plaisanta-t-il, sans réussir à détendre l'atmosphère.
Pansy resta malgré tout tendue, suivant Drago au salon. Gregory cessa enfin son va-et-vient, ses yeux remplis de colère.
— T'es en retard ! Il est vingt heures passées ! lança-t-il sèchement.
Drago jeta un coup d'œil à l'horloge et haussa les épaules avec désinvolture. Gregory semblait de plus en plus obsédé par leurs rendez-vous, surveillant non seulement l'heure à laquelle il se présentait mais aussi ses moindres gestes. Était-ce parce qu'il souffrait de son absence, ou craignait-il que Drago débarque un jour accompagné d'une escouade d'Aurors ? Drago n'en avait aucune intention. L'idée d'être l'instigateur d'un nouveau séjour à Azkaban pour Gregory le révulsait.

Retirant sa veste, il la confia à Pansy, révélant une tenue noire, pratique au cas où du sang viendrait tâcher ses vêtements. Toujours avec cette nonchalance typiquement familiale, il s'assit sur l'accoudoir d'un fauteuil et croisa les mains sur son genou.
— Tu n'es toujours pas apaisé, Gregory ? demanda-t-il d'une voix calme, presque désabusée, comme à chaque fois.
— Arrête de te foutre de moi ! rugit Gregory.
— Je ne me fous pas de toi, répondit Drago avec un calme calculé. J'essaie sincèrement de t'aider. Mais... tu ne trouves pas que tout ça devient absurde ? Combien de fois vas-tu me faire venir ici ? Je n'ai même pas l'impression que ça t'aide d'une quelconque façon.
— Tais-toi ! TAIS-TOI ! hurla Gregory.
Il leva la main dans un geste brusque, prêt à frapper, mais se retint au dernier moment. Drago recula instinctivement, manquant de basculer en arrière pour éviter le coup. Gregory semblait bouillonner, son visage déformé par une rage incontrôlée.
— Pourquoi tu joues toujours les malins ? Pourquoi tu continues à te donner cet air supérieur ? Je ne suis pas stupide, Drago !
— Je n'ai jamais dit que tu l'étais… tenta Drago, mais Gregory ne lui laissa pas le temps de continuer.
— C'est ce que tu pensais de Vincent et de moi tout au long de notre scolarité ! Même Pansy le croyait. Tout le putain de monde le croyait !
Drago se força à ne pas soupirer. Ces accusations, il les entendait à chaque visite. Gregory ressassait sans fin les souvenirs de Poudlard, comme s'il avait passé son incarcération à Azkaban à nourrir cette rancune. Drago sentait que toute tentative d'argumentation était inutile. Gregory était enfermé dans sa colère, et rien ne semblait pouvoir l'en libérer.

L'idée qu'il puisse se lasser un jour, qu'il finisse par abandonner cette vengeance, était la seule chose qui maintenait Drago dans ce cercle vicieux. Mais chaque semaine, cet espoir s'amenuisait un peu plus.
— Qu'importe ce que tu crois, dit-il enfin, sa voix réduite à un murmure. Je suis là, et je continuerai à venir. Parce que c'est ce que tu veux, non ?
Gregory le fixait toujours, mais il ne répondit pas. À côté, Pansy serrait nerveusement le tissu de son manteau, évitant leur échange. La tension dans la pièce était presque palpable, lourde et suffocante. Comme à chaque fois, la soirée promettait d'être longue.
— Pansy, sors d'ici, ordonna Drago, sa voix plus ferme cette fois.
Gregory fronça les sourcils, un rictus mauvais étirant ses lèvres.
— Pourquoi tu veux toujours qu'elle parte ? lança-t-il d'un ton acide. C'est bien qu'elle reste. Elle pourra te voir pour ce que tu es vraiment : une larve qui rampe à mes pieds.
Drago resta impassible, mais son ton se fit glacial.
— Si tu veux une humiliation publique, Gregory, le salon de Pansy est loin d'être le bon théâtre. Mais si tu tiens à la traumatiser un peu plus, c'est toi que ça regarde. Ce n'est pas elle qui mérite de subir tout ça. Alors, je vais te le demander une dernière fois : laisse-la partir.
Il se tourna vers Pansy, ses yeux plantés dans les siens.
— Sors, Pansy. Je t'en prie.
— Drago, je… ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, murmura-t-elle d'une voix incertaine.
Drago ne répondit pas immédiatement, mais son regard, fixe et déterminé, suffisait à lui faire comprendre que ce n'était pas négociable. Finalement, elle baissa la tête et se tourna lentement vers Gregory.
— Ne lui fais rien de… d'irrévocable, souffla-t-elle avant de détourner les yeux.
Elle quitta la pièce, emportant la veste de Drago. La porte se referma sans un bruit, tout doucement, laissant le silence s'installer entre les deux hommes. Drago se détendit imperceptiblement, soulagé que Pansy ne soit plus là pour assister à ce qui allait suivre. Elle n'avait pas à supporter ce spectacle, et il le savait.
Il se leva du fauteuil et fit mine de retirer quelques poussières de son pull.
— Alors, Gregory, je le répète : qu'est-ce qui t'apaisera aujourd'hui ?
Gregory s'avança lentement, sa baguette tournant entre ses doigts comme un prédateur qui savoure l'instant avant l'attaque. Son regard scrutait chaque mouvement de Drago, qui recula jusqu'au mur du salon. Chacun cherchait la moindre faille chez l'autre, le moindre signe de faiblesse à exploiter.
— Ce qui m'apaisera ? répéta-t-il. J'y réfléchis encore. Mais ce que je sais, c'est que toi, Drago Malefoy, tu n'es pas encore au bout de tes souffrances.
Drago resta immobile, adossé au mur. Il croisa les bras pour dissimuler ses mains tremblantes. Il s'efforçait de garder son expression indéchiffrable, même si la tension dans ses muscles trahissait une vigilance constante.
— Tu veux encore jouer au bourreau, Greg ? C'est ça ton plan ? Tu crois qu'à force de me faire souffrir, tu vas trouver la paix ?
Gregory éclata d'un rire sans joie.
— La paix ? Tu crois que je cherche la paix ? Non, Drago. Ce que je veux, c'est que tu ressentes une partie infime de ce que j'ai vécu. Et peut-être que dans ton désespoir, tu comprendras enfin à quel point tu m'as abandonné.
Il pointa sa baguette vers Drago, et ce dernier sentit une chaleur menaçante envahir l'air autour de lui. Gregory était à deux doigts de lancer un sort, mais il se ravisa au dernier moment, baissant légèrement sa baguette.
— Non… Pas encore. Ce serait trop facile.
Drago fronça les sourcils, méfiant.
— Qu'est-ce que tu mijotes ?
Gregory ignora la question.
— Tu te souviens de comment était Vincent, hein ? Bien sûr que tu t'en souviens. Moi, je pense à lui tous les jours. À ce qu'on aurait pu être, tous les trois, si tu n'avais pas été aussi égoïste, si tu n'avais pas fui tes responsabilités.
— Greg… commence pas avec ça…
— Tais-toi ! hurla Gregory, sa voix éclatant comme un coup de tonnerre. Tais-toi ! Toi tu n'as pas le droit de parler de lui.
Il s'arrêta net, ses yeux brillant d'une lueur dangereuse.
— On va jouer à un jeu, Drago. Appelons ça le choix du lâche.
Drago sentit un frisson glacé parcourir son échine.
— Un jeu ? répéta-t-il doucement.
— Oui, un jeu. Très simple. Je vais t'imposer un choix impossible. Et à la mauvaise décision, c'est toi ou quelqu'un que tu aimes qui paiera le prix.
Drago sentit son estomac se nouer, mais il s'efforça de garder un masque impassible.
— C'est absurde, Greg.
— Peut-être, admit Gregory, dans un sourire. Mais ça m'amusera. Et toi, tu n'as pas ton mot à dire.
Il leva sa baguette, la pointant droit sur Drago.
— Alors, commençons. Dis-moi, Drago. Est-ce que tu préfères souffrir ce soir, comme d'habitude, ou dois-je aller rendre une petite visite à tes parents ? Peut-être que Lucius apprécierait de revoir mon Doloris
Drago sentit une vague de colère monter en lui, mais il la réprima, ses poings serrés.
— Laisse-les en dehors de ça, Greg.
— Oh, ça ne marche pas comme ça, ricana Gregory. C'est toi qui choisis. Alors ? Toi, ou eux ?
Drago inspira profondément, ses yeux fixant ceux de Gregory avec une froide détermination.
— Moi. Toujours moi.
Gregory éclata de rire, un rire qui n'avait rien d'humain.
— Bien sûr. Comme je m'y attendais. Très bien, Drago. Prépare-toi.
Il leva sa baguette, et Drago se raidit en attendant la douleur inévitable. Mais dans un coin de son esprit, il savait qu'il devait trouver une solution. Parce que ce "jeu" finirait par dépasser tout ce qu'il était prêt à endurer.

Et cette fois, il n'y aurait peut-être plus personne pour l'aider.

— Doloris.

Le mot coula de la bouche de Gregory, glacial et suave, comme une promesse funeste. Le sort fusa et s'abattit sur Drago, qui tressaillit sous la douleur insupportable. Gregory savourait chaque instant. Azkaban ne s'était pas contentée de le briser ; elle avait sculpté en lui un monstre, nourri d'imagination perverse et de sadisme insatiable.

— Silencio.

Avant même que Drago ne puisse émettre un cri, Gregory le saisit par la gorge. Ses doigts se refermèrent lentement, et il observa, fasciné, son ancien camarade lutter en silence contre la souffrance qui déformait ses traits. Drago se débattait faiblement, son visage crispé, ses muscles tendus à l'extrême.
— C'est dur, hein, la souffrance ? murmura Gregory, presque comme une caresse.
Il relâcha soudain les deux sortilèges, laissant Drago s'effondrer contre le mur. Ce dernier reprit son souffle avec difficulté, haletant comme un homme qui venait d'échapper à la noyade. Mais Gregory n'en avait pas fini. Il relança le Doloris, encore et encore, jouant avec la limite entre douleur et folie. Chaque pause était brève, juste assez pour que Drago espère un répit avant d'être replongé dans ce cauchemar.
Finalement, Drago s'effondra à genoux, la tête contre le sol. Son corps semblait sur le point de se rompre sous la tension insupportable. Gregory, triomphant, posa son pied juste devant son visage.
— Lèche, ordonna-t-il sèchement.
Drago releva la tête, le regard brouillé mais chargé d'un éclat de défi. Il ne répondit pas, son silence étant sa seule forme de résistance.
— Si tu refuses, je rends visite à tes parents… ou mieux encore…
Gregory fit mine de réfléchir, son sourire s'élargissant dangereusement.
— Mieux. Oui, beaucoup mieux. Et si j'appelais Pansy ? Tu crois qu'elle serait jolie, tordue par un Doloris ? Elle le mérite, un peu, non ?
Le nom de Pansy résonna dans la pièce comme une menace insupportable. Drago sentit son cœur se serrer. Cette fois, la menace était trop lourde. Il posa une main tremblante sur le sol pour se redresser.
— Laisse-les en dehors de tout ça, dit-il d'une voix rauque. Je vais… le faire.
Sa gorge se serra alors qu'il se penchait en avant pour obéir. L'humiliation était cuisante, brûlante, mais il se convainquait que c'était pour le bien des autres. Sa dignité pouvait bien se sacrifier, pourvu que les siens restent à l'abri.
Gregory éclata d'un rire rauque, satisfait.
— Quand j'y pense… C'est comme ça que ça aurait dû être à Poudlard. Toi, une petite chose docile et rampante, et Vincent et moi en maîtres.
Il s'interrompit pour se pencher vers Drago, son regard brûlant de rancune.
— On s'est laissés avoir par ton nom, par ton fichu sang-pur et tes airs de prince. Mais nous, on avait la vraie force. Moi, j'avais la vraie force.
Sa voix était presque hystérique. Il se redressa, saisit Drago par les cheveux et le força à se relever. Le geste fut brutal, arraché d'un élan d'autorité primitive. Drago serra les dents, encaissant sans protester.
— Regarde-toi, poursuivit Gregory, le souffle court. Y a rien de fort chez toi. T'es frêle. T'es rien qu'un microbe. Un Malefoy qui s'écrase au moindre coup. Tu n'as pas l'étoffe d'un grand, alors que moi…
Il relâcha sa prise pour exhiber son torse, marqué de cicatrices et de muscles taillés par son année de souffrance à Azkaban. Une carcasse forgée par la haine.

Drago inspira lentement, cherchant à garder le contrôle. Chaque mot de Gregory était une lame, mais il refusait de céder à l'emportement. Pourtant, Gregory ne le lâchait pas des yeux, avide de le voir craquer.
— Regarde-toi, insista Gregory, sa voix s'enrouant sous l'émotion. T'es qu'une petite merde. Tu n'aurais jamais survécu là-bas. À Azkaban, on t'aurait broyé. Battu. Torturé. On t'aurait fait des choses immondes. Tu sais pourquoi ?
Drago secoua doucement la tête, sa mâchoire serrée. Gregory se pencha vers lui, le dominant de toute sa stature.
— Parce que t'as ce putain de regard, cracha Gregory. Ce putain de visage.
Le silence qui suivit était presque aussi oppressant que les hurlements qui l'avaient précédé. Drago croisa le regard de Gregory, et malgré la haine qui suintait de son ancien camarade, il y lut quelque chose d'autre. Une douleur profonde, dévorante, presque humaine. Mais la lucidité était un luxe que Drago ne pouvait pas se permettre.

Alors, il ferma les yeux, juste un instant, et se prépara à encaisser la prochaine vague.

Mais rien ne vint. Gregory le fixait, immobile. Lentement, il tendit la main et effleura la joue de Drago du bout des doigts, un geste si inattendu qu'il fit frissonner ce dernier. Ses doigts descendirent sur sa mâchoire, traçant une ligne presque délicate.
— Un sang-pur à Azkaban, murmura Gregory, pensif. Tu aurais été un trophée… un esclave de luxe qu'on exhiberait, une petite poupée pour distraire les monstres.
Drago déglutit difficilement.
— Tu dérailles, Greg. Totalement !
Dans un réflexe, il tapa sur la main de Gregory pour l'écarter, espérant le ramener à quelque chose de plus rationnel. Ce qu'il voyait dans ses yeux n'était pas de la simple folie : c'était un abîme où se mêlaient rancune et fascination.
— Moi, je déraille ? siffla Gregory. C'est forcément moi, le coupable, hein ? Toujours moi.
La tension remonta d'un cran. Soudain, les sortilèges cédèrent la place à des coups. Un poing s'abattit sur le ventre de Drago avec une violence qui lui coupa le souffle. Il se plia en deux sous l'impact. Avant qu'il ne puisse réagir davantage, Gregory l'attira contre lui, passant un bras derrière sa tête pour le maintenir.

C'était presque une étreinte. Mais la pression était implacable, brutale. Gregory le serrait si fort que Drago se sentait piégé, incapable de bouger. Puis, à sa grande horreur, il sentit une main se glisser dans ses cheveux, les caressant doucement, comme s'il était un enfant fragile.
— Pauvre, pauvre Drago, murmura Gregory avec une douceur sinistre. Tu n'imagines même pas ce qu'aurait été ton sort là-bas, à Azkaban. Tu es… une véritable petite chose, innocente, fragile, intouchée par la vraie horreur.
— Greg… souffla Drago.
— Chut…
Gregory le réduisit au silence d'un geste autoritaire. Drago retint son souffle, glacé par l'incertitude.

Gregory le relâcha brusquement, mais pas pour longtemps. Il l'agrippa à la mâchoire, forçant Drago à relever la tête. Cette fois, il le tenait si fermement qu'il le faisait presque basculer sur la pointe des pieds. Leurs visages étaient si proches que Drago sentit son souffle brûlant.
Puis Il se pencha à son oreille. Sa voix changea, devenant plus basse, presque langoureuse, et chaque mot glaça Drago jusqu'à la moelle.
— Je ne serai satisfait que lorsque tes yeux de tempête s'éteindront. Quand tu seras brisé. Quand tu seras incapable de faire autre chose que m'obéir. Quand tu m'appelleras maître, comme je t'appelais à l'époque, à Poudlard.
Drago sentit une sueur froide glisser le long de son dos. Son cœur battait si fort qu'il résonnait dans ses oreilles, mais il se força à ne rien dire, à ne pas bouger.
Gregory finit par le relâcher avec un dernier coup au torse, pour la forme. Drago s'effondra presque contre le mur tandis que Gregory s'éloignait d'un pas tranquille, comme si de rien n'était.
— Dans sept jours. Sois là. Et ne sois pas en retard, lança-t-il sans même se retourner avant de quitter le salon.

À peine Gregory avait-il disparu que Pansy entra en trombe, morte d'inquiétude. Elle se précipita vers Drago, qui était adossé au mur, livide.
— Drago… Oh, Drago, viens t'asseoir !
Elle passa un bras sous le sien pour l'aider à marcher jusqu'au canapé. D'un sort rapide, elle fit apparaître une tasse de thé brûlant, du café, des biscuits, et tout ce qu'elle pensait pouvoir apaiser son ami. Elle lui tendit une tasse.
— Bois un peu, murmura-t-elle.
— Merci, Pansy… doucement. Ça va, je te jure que ça va, finit-il par dire, sa voix brisée par l'épuisement.

Il prit la tasse, mais ses mains restèrent immobiles. Ses yeux fixaient un point invisible devant lui.

Non, ça n'allait pas. Pas du tout.

Il était mort de trouille. Totalement.