Chapitre 29: Manipulation
«C'est trop compliqué, trop aléatoire, trop tordu!»
Une fois de plus, je faisais l'objet d'un tir de barrage de la part de Narcissa Malefoy. Dès qu'il s'agissait de sa nièce, elle perdait tout son bon sens de serpentard.
«Parce que tu as une meilleure idée peut-être?» persiflai-je indifférent aux regards furieux que me lançait Lucius.
J'avais fort à faire en ce dimanche matin au Manoir Malefoy, car je subissais un tir croisé de la part de Narcissa et de Madame la Ministre. Les enjeux de cette réunion secrète étaient tels qu'Hermione Granger s'était déplacée en personne, en plus d'Harry, pour représenter les intérêts du Ministère. De même que Lupin était venu pour représenter la direction de l'école, puisque la discussion portait sur l'une de nos élèves.
«Trop tordu ET insultant !» reprit Madame la Ministre en ignorant mon intervention. «A vous entendre, on croirait que les prisons des sorciers sont de vraies passoires !»
Je n'avais que faire des airs offusqués de cette lionne mal peignée
«Je suis certain qu'Hexaphorus est capable de communiquer avec l'extérieur.» affirmai-je sans m'inquiéter de blesser sa susceptibilité. «A Nurmengard, ils ont beaucoup trop besoin des potions qu'il est capable de leur fabriquer pour qu'il n'ait pas certains privilèges. D'ailleurs, il suffit de voir son cachot, c'est un laboratoire aussi bien fourni que le mien, si ce n'est mieux.»
Sans laisser à Hermione Granger le temps de réagir à mes paroles, je me retournai vers Narcissa:
«De toutes façons, tu envisages quoi d'autre ? Donner une interview à Sorcière Hebdo pour annoncer la nouvelle? Non, alors essaye de me faire confiance.»
«Te faire confiance! Comment veux-tu que je te fasse confiance alors que tu es allé discuter avec Delphini dans mon dos?» s'écria-t-elle furibonde.
Si ses yeux avaient lancé des sorts, je n'aurais pas donné cher de ma peau. Par ailleurs, et contrairement à Hermione Granger que je me moquais comme d'une guigne de vexer, j'étais embêté de lui faire de la peine. Je m'efforçais donc de prendre un ton posé pour lui répondre:
«Elle sera majeure dans un mois, ne peux plus faire comme s'il s'agissait d'une enfant, et toi non plus. Elle a droit de donner son avis sur le plan que nous allons appliquer, c'est de sa vie dont il s'agit.»
«De sa vie ou de sa mort, tu veux dire!» répliqua Narcissa d'un ton tragique. «Puisque tu t'apprêtes à lui faire prendre une série de potions qui pourraient la tuer si les choses tournaient mal.»
«Je croyais que cette discussion-là était close, Narcissa.» soupirai-je, inquiet de ce retour en arrière. «Je ne vous ai pas caché les risques, ni à Delphini, ni à toi. Elle est d'accord pour les accepter, et tu as dit que toi aussi.»
Narcissa se leva d'un bond pour aller regarder par la porte-fenêtre du salon. Avec ses parents Druella et Cygnus Black, elle avait appris qu'une sorcière de bonne naissance doit savoir cacher ses émotions. Sa fuite disait combien elle se sentait mal et Lucius observait son dos d'un air inquiet.
«Et si tu nous réexpliquais clairement ton plan étape par étape.» intervint Lupin pour dissiper le malaise ambiant.
«Je vais demander une entrevue à Hexaphorus sous prétexte de lui soumettre les potions que je compte donner à Delphini Black.» commençai-je. «Je n'en attends rien sur ce sujet. Même s'il est beaucoup plus féru que moi en matière de potions de transformation humaine, je n'ai pas assez confiance en lui pour suivre un éventuel conseil.»
«Alors pourquoi lui montrer tes recettes?» demanda le loup-garou pour m'inciter à préciser les choses.
«Pour qu'il comprenne que je ne bluffe pas. Que j'ai effectivement préparé les potions d'adoption de sang pour la transformer suffisamment pour qu'elle ne puisse plus être métamorphoser en Voldemort.» répondis-je.
«Et tu vas te servir du sang de qui pour le faire?» interrogea Harry.
«Du mien.» intervint Lucius. «C'est à moi de devenir son père. Quand ce sera … fini, Narcissa et moi nous allons d'ailleurs adopter officiellement la petite. Nous lui en avons parlé et elle est d'accord.»
Il y eu un instant de silence.
« Reprenons dans l'ordre. Tu vas écrire à Hexaphorus pour le voir, et ensuite tu imagines quoi?» reprit Lupin.
«Je pense et j'espère qu'il va me demander de venir accompagné d' sera plus facile à faire à deux.» répondis-je.
Harry eut un rictus agacé, mais il ne fit aucun commentaire.
«Qu'espères-tu «faire» avec Albus pendant votre visite à Hexaphorus?» poursuivit Lupin qui tenait manifestement à maintenir la conversation sur les rails.
«Lui donner quelques informations comme par erreur sur le lieu et le jour où Delphini doit commencer à prendre mes potions.» lâchai-je simplement avant de me tourner vers Hermione Granger et Harry «Les fausses informations nécessaires pour tendre un piège à tous ces cinglés qui veulent se servir d'elle pour essayer de faire revenir Voldemort.»
Narcissa se retourna d'un bloc.
«Tu te rends compte à quel point ton plan est fragile!» m'interpela-t-elle d'un ton agressif. «Il faut déjà que ce vieil homme soit attentif à vos allusions et qu'il les comprenne. Quand bien même la première partie de ton plan aurait fonctionné, il faudrait qu'il ait envie de transmettre ces informations aux partisans qu'il LUI reste et qu'il en ait la possibilité. Comment peux-tu espérer raisonnablement que ça marche?»
Mentalement, je m'incitai à la patience pour lui répondre calmement:
«Justement, c'est parce que ce plan n'a pas l'air d'un plan que nous avons une chance qu'il fonctionne, c'est-à-dire que ça nous laisse une chance que tous les nostalgiques de Voldemort se jettent la tête la première dans le piège que le Ministère va leur tendre.»
«Si nous parlions un peu de ce piège justement.» dit Lucius en saisissant cette perche dans l'espoir de détourner Narcissa de ses inquiétudes.
Madame la Ministre soupira.
«Etant donné les moyens qu'il va falloir mobiliser, il faut espérer que Severus ait raison!» indiqua-t-elle en secouant la tête d'un air désabusé. «Pour faire simple disons qu'on va mobiliser le bâtiment le plus isolé de Sainte-Mangouste. Dès le jour où Severus et Albus iront à Nurmengard, nous devrons l'avoir entièrement investi. Les Aurors et les membres du département des Mystères feront semblant pendant plusieurs jours d'en être les patients et les Médicomages, car il est probable que les partisans de Voldemort feront des repérages avant l'arrivée de Delphini Black, enfin son arrivée supposée. »
«Et le jour supposé du début du traitement, trois Aurors sous Polynectar avec les apparences de Narcissa, Delphini et moi arriverons à leur tour. Ensuite, l'assaut devrait avoir lieu très vite, car Hexaphorus leur aura fait savoir que dès que le processus d'adoption de sang aura commencé, ça en sera définitivement fini de toute possibilité de métamorphoser Miss black en Voldemort.» ajoutai-je.
«C'est moi qui vais prendre ton apparence.» annonça Harry. «De toutes façons, je suis beaucoup trop reconnaissable pour jouer un autre rôle.»
«Vous ne savez pas à combien ils vont débarquer. La bataille pourrait être difficile. » intervint soudain Lucius. «Je vais venir avec vous. De toutes façons, personne ne s'étonnera de me voir aux côtés de Narcissa.»
Harry lui jeta un coup d'œil effaré avant de fixer successivement Hermione Granger et moi. Lucius se méprit sur la raison de son effarement.
«Ça va, je sais encore me battre.» ajouta-t-il d'un ton pincé.
Ce qui n'était pas spécialement fait pour rassurer Harry qui se demandait manifestement s'il était vraiment raisonnable d'aller se battre contre les partisans de Voldemort aux côtés de Lucius Malefoy. Je ne partageais pas son inquiétude, Lucius n'avait pas beaucoup de principes et pas plus de moral, mais il avait un sens aigu de la famille, de sa famille et pour elle il était prêt à affronter n'importe qui. Mais avant qu'Harry ait eu le temps de réagir à la proposition, une autre voix s'éleva.
«Non, c'est moi qui vais y aller, Père.» affirma Drago Malefoy en même temps qu'il rentrait dans la pièce. «Mère, Scorpius et Delphini ont besoin vous.»
Je crois que ni Harry, ni Hermione Granger, ni Lupin n'entendirent Narcissa s'écrier: «Nous avons besoin de toi aussi!», leur attention était happée par l'apparence de Drago. Ce dernier avait toujours été très pale de peau, mais maintenant il semblait devenir transparent presque spectral. A force de continuer à vivre la plupart du temps enfermé dans l'appartement du premier étage où il avait vécu avec sa défunte épouse, Astoria, il paraissait flotter dans un monde intermédiaire entre les vivants et les morts.
Harry m'adressa un autre regard inquiet, mais son inquiétude n'était plus du tout de même nature. Peut-être rejoignait-elle celle que je ressentais au même instant avec la crainte que Drago ne cherche un prétexte pour aller se faire tuer.
…
«Je ne veux pas que tu fasses ça!»
J'avais demandé à Harry de passer par mes quartiers à Poudlard avant de rentrer chez lui en sortant, par la cheminée, de chez les Malefoy. Mes paroles le surprirent alors qu'il contemplait une photo de sa mère que j'avais sorti récemment. Sur celle-là, elle avait quinze ans, l'âge d'Albus aujourd'hui, et arborait une expression que notre petit-fils avait souvent lui aussi.
«De quoi parles-tu?» demanda-t-il étonné.
«Du piège tendu aux partisans de Voldemort et plus précisément du Polynectar. Je ne veux pas que tu endosses mon rôle.» expliquai-je sur un ton préoccupé
Harry répondit néanmoins sur le ton de la plaisanterie:
«Je ne vais quand même pas louper une occasion unique de ressembler enfin à mon père pour un petit moment!»
Mais je n'étais pas d'humeur à me mettre au diapason:
«Je ne plaisante pas Harry, c'est beaucoup trop dangereux.»
«Il y a forcément du danger dans un opération comme celle-là. Mais, il ne t'a pas échappé qu'en tant qu'Auror, j'ai l'habitude de gérer ce genre de situation.» répondit-il sérieusement.
«Peut-être mais tu ne sembles pas te rendre compte qu'après l'enlèvement de Delphini Black, leur seconde priorité sera de me tuer.» dis-je avant d'ajouter pour répondre à son regard interrogateur. «Je suis à la fois le traitre qui a permis la chute de Voldemort et le potionniste qui va définitivement empêcher son très bonnes raisons pour eux de se débarrasser de moi.»
Il réfléchit un instant avant d'affirmer:
«Justement, tu es le potionniste, ce qui veut dire que la scène de l'arrivée de Delphini Black à Sainte-Mangouste ne sera pas crédible sans toi. Et il n'est pas question que je laisse un de mes collègues se substituer à moi pour incarner ton rôle. Je ne reviendrai donc pas sur ma décision.»
Il était plus têtu qu'un éruptif mal embouché. Il faut dire qu'entre sa mère et moi, il avait de qui tenir. Cependant, je ne m'avouais pas encore tout à fait vaincu.
«Je pourrais jouer mon propre rôle.» suggérai-je faute d'autre idée pour le dissuader de me remplacer.
Il secoua la tête.
«Il n'en est pas question.» trancha-t-il d'un ton qui signifiait que la discussion était close. «Comme tu l'as dit toi-même, tu es LE potionniste qui peut résoudre le problème sans sacrifier l'existence de Delphini Black. Nous ne pouvons pas prendre le risque que tu sois blessé.»
Blessé ou tué, songeai-je.
Mais, je savais qu'il avait malheureusement raison, même si ça me rendait malade de ne pas pouvoir l'empêcher de prendre un tel risque.
