Chapitre 38 : Les Jara Rouges
Arno quitta Taien au petit matin, une brise chaude et sèche soufflant sur son visage. Le désert Aiel s'étendait devant lui, un océan de dunes et de roches, imposant et hostile. « Un décor de vacances parfait, » marmonna-t-il en ajustant son sac sur son épaule. Il jeta un dernier coup d'œil à la petite ville avant de se tourner résolument vers l'inconnu.
Il fit quelques pas sur le sable, ses bottes s'enfonçant légèrement dans la dune, et sourit à l'idée d'un voyage rempli d'aventures. « Rien de tel qu'un peu de soleil et de sable pour raffermir le teint, » plaisanta-t-il à voix haute, s'adressant à lui-même comme à son public invisible. Mais son sourire disparut presque instantanément lorsqu'il sentit une pression étrange dans l'air, comme si une force invisible se refermait sur lui. Son instinct se mit en alerte.
« Ah, on dirait qu'on a des spectateurs. » Ses yeux se plissèrent tandis qu'il sondait les environs. Tout était silencieux, trop silencieux.
Soudain, un crépitement d'énergie magique se manifesta, et dix silhouettes apparurent à une distance respectable, leurs robes rouges flottant légèrement sous l'effet de la magie qu'elles canalisaient. Les Jara Rouge, les sbires de Liandrin, pensait-il, ses sens aiguisés par l'adrénaline. Leur formation était parfaite, les cercles magiques se tissant autour de lui. Elles essayaient de l'immobiliser, de le prendre en étau avant même qu'il ne puisse réagir.
« Mesdames, mesdames, pas toutes à la fois, je vous en prie. Je ne suis qu'un homme, après tout. » Son ton restait léger, bien que son corps se figeait peu à peu, comme s'il s'enfonçait dans une boue invisible.
L'une des Aes Sedai s'avança, son visage sévère et déterminé. « Arno du monde étranger. Par décret de la Tour Blanche, tu es un danger et tu dois être neutralisé. »
« Oh, vraiment ? Neutralisé ? Moi ? » Il haussa les sourcils, l'air faussement surpris. « Et ici je pensais qu'on pouvait discuter autour d'un thé. Mais non, vous préférez les attaques magiques, hein ? »
Le tissage de magie se resserrait autour de lui. Ses jambes devenaient lourdes, sa poitrine comprimée par l'énergie invisible des Aes Sedai. Il pouvait sentir les fils de pouvoir se refermer, immobilisant ses mouvements avec une précision presque chirurgicale. « On dirait que je suis sur le point d'être empaqueté comme un rôti dominical. Sympa. »
Mais Arno n'était pas du genre à se laisser faire facilement. Même sous pression, son esprit calculait à toute vitesse. Il s'efforçait de rester mobile, déplaçant lentement ses doigts vers l'une des poches de sa ceinture. Ses jambes fléchirent sous le poids de la magie, mais il trouva encore assez de force pour jouer la carte de la provocation. « Vous savez, si j'avais su que vous m'aimiez autant, j'aurais pris le temps de me faire un peu plus beau. » Il s'efforça de sourire, même si la situation devenait critique.
Les Jara Rouge n'étaient pas prêtes à plaisanter. Leur chef, une femme à l'air impitoyable, leva la main pour resserrer encore les liens magiques autour de lui. Arno sentit son corps presque entier se figer. Seuls ses yeux et quelques muscles de son visage pouvaient encore bouger, mais c'était suffisant pour sa prochaine manœuvre.
« Sérieusement, vous allez être déçues. Je ne suis même pas à mon meilleur niveau aujourd'hui, » plaisanta-t-il. Mais sous son ton moqueur, il avait déjà déplacé discrètement ses doigts vers une petite bombe à mèche dissimulée sous son manteau. La mèche était courte, le détonateur primitif, mais pour ce genre de situation, c'était parfait. Il lui suffisait d'une fraction de seconde pour inverser le cours du combat.
« Mesdames, il est temps de pimenter un peu cette rencontre, non ? » D'un geste rapide et précis, il activa la bombe et la lança à leurs pieds. « Cadeau de la maison. »
Avant que les Aes Sedai ne puissent réagir, la mèche se consuma en un éclair, et une explosion violente déchira l'air, projetant deux des sœurs magiciennes en l'air, avant qu'elles ne s'écrasent lourdement au sol, leurs corps déchiquetés par la déflagration. L'impact fut brutal, leur magie se dissipant dans un éclat lumineux, tandis que la poussière retombait lentement autour de la scène.
Arno, libéré en partie de l'étreinte magique, tomba à genoux mais se redressa immédiatement. « C'est ce que j'appelle une entrée fracassante. Maintenant, qui veut un rappel ? »
Arno se redressa, observant la scène chaotique autour de lui. Deux Aes Sedai n'étaient plus qu'un tas de chair broyée, des fragments de leur robe rouge éparpillés comme des pétales sombres au milieu du sable. Mais il restait encore des adversaires, et la détermination froide des Jara Rouge ne faiblissait pas. Elles s'étaient regroupées, leurs visages crispés de peur, mais aussi de résignation. Elles savaient qu'elles n'avaient pas d'autre choix que de poursuivre leur mission.
« Oh, mes chères, vous avez l'air terrifiées. Mais ne vous inquiétez pas, je vais rendre ça rapide... enfin, presque, » déclara Arno avec un sourire en coin, alors que ses doigts s'enroulaient autour d'un objet inattendu : le bras encore chaud et désarticulé d'une des Aes Sedai mortes.
Il le souleva, évaluant son poids, comme s'il s'agissait d'une arme tout à fait conventionnelle. « Eh bien, Paulette, Claudette, vous avez un nouveau copain, » murmura-t-il d'un ton joyeux. Il balança le bras une fois, puis une deuxième, s'amusant du bruit grotesque que faisait la chair morte.
« Vous voyez, les amis, je me suis toujours demandé ce que ça ferait de combattre avec quelque chose d'aussi... » Il réfléchit un instant, cherchant ses mots. «... original. »
Le bras tournoya avec une force incroyable alors qu'Arno bondissait en avant, sa silhouette agile filant entre les Jara Rouge encore abasourdies par la violence soudaine. Le premier coup frappa une Aes Sedai au visage, une éclaboussure de sang projetée dans l'air tandis qu'elle titubait en arrière, choquée et désorientée. Arno se redressa et esquissa une petite révérence, puis la tua avec sa lame secrète.
Les éclats de rires de Paulette et Claudette résonnaient presque dans sa tête tandis qu'il tournoyait de nouveau, le bras devenu une extension grotesque de son corps. Les autres Jara Rouge tentaient de reconstituer leurs tissages magiques, mais Arno était déjà sur elles, dansant à travers leurs défenses, tel un tourbillon de mort.
Arno (chantant) : « Qui est le plus fort, le plus agile en baston ? Qui manie Claudette et Paulette sans façon ? »
Il fit un geste fluide, le bras volant à travers l'air, frappant violemment l'une des sœurs au torse, la projetant contre une autre. Un cri d'horreur échappa à l'une des Aes Sedai qui tenta de s'enfuir, mais Arno l'attrapa par le bras et la tira en arrière.
Chœur (Paulette et Claudette) : « Personne n'étripe comme Arno ! Ni ne découpe comme Arno ! »
Arno éclata de rire tout en tournoyant, sa proie entre ses mains, la frappant avec la même bras qui avait appartenu à l'une de ses compagnes. Chaque coup envoyait des gerbes de sang dans les airs, se mêlant à la poussière soulevée par la danse frénétique d'Arno, brisant le crane de la magicienne.
Arno (chantant) : « Personne d'un monstre ne se moque comme Arno ! »
Les Jara Rouge restantes tentaient désespérément de rassembler leur magie, leurs mains tremblantes dessinant dans l'air des figures de tissage complexes. Mais rien ne semblait pouvoir arrêter l'élan d'Arno, son rire dément résonnant à travers la passe désertique comme un écho macabre.
Chœur (Paulette et Claudette) : « Je les tranche en deux sans sourciller, Même Cable n'a pas pu me toucher ! »
La dernière Aes Sedai en état de combattre leva la main, ses doigts brillant d'une lumière éclatante, mais avant qu'elle ne puisse lancer son sort, Arno lui envoya son bras de fortune en pleine poitrine, la projetant au sol avec une violence inouïe. Il pivota alors avec une fluidité presque théâtrale, finissant sa pirouette dans une pose dramatique, son bras sanglant suspendu au-dessus de lui et l'achevant également avec sa lame d'assassin.
Arno (chantant) : « J'fais des blagues à chaque combat, Et les monstres eux, ne me rient jamais de ça ! »
La scène autour de lui était un véritable carnage. Le sol était jonché des corps brisés et des robes ensanglantées des Jara Rouge.
Chœur (Paulette et Claudette) : « Personne n'esquive comme Arno, Personne ne survive comme Arno, Personne n'échappe à un sort aussi vite qu'Arno ! »
Arno balança son bras improvisé une dernière fois, observant les éclaboussures de sang qui retombaient paresseusement autour de lui. Il esquissa un sourire narquois. « Sérieusement, les filles, vous n'étiez pas prêtes pour ce spectacle. »
Le silence s'installa, pesant.
Aucun sortilège ne pouvait préparer quelqu'un à affronter une telle combinaison de folie et de violence.
Arno (chantant, avec un dernier coup de bras) : « Je frappe fort et je m'amuse bien, Pas de doute, sorceleur ou assassin ! »
Il se redressa, laissant tomber le bras, devenu inutilisable après ce déchaînement.
Arno s'avança lentement vers la dernière Aes Sedai, tremblante, et la tua avec Claudette.
Puis, sans se retourner, il prit la direction du désert, son rire résonnant encore dans l'air chaud.
La danse mortelle était terminée.
Liandrin se tenait immobile dans sa chambre, les mains jointes derrière son dos. La lumière vacillante des bougies créait des ombres dansantes sur les murs, mais son visage restait impassible. Une sœur de l'Ajah Rouge venait de lui apporter la nouvelle : les Jara Rouge avaient échoué, selon une des sœurs restées à distance du combat. Arno avait survécu à l'embuscade. Les détails étaient horribles, des scènes de carnage que la jeune sœur peinait à décrire, sa voix tremblante trahissant l'horreur qu'elle avait entendue.
Mais Liandrin, elle, restait de marbre.
Elle congédia la sœur d'un geste sec, attendant que la porte se referme derrière elle. C'est à cet instant qu'elle permit à sa colère d'émerger, mais uniquement dans le sanctuaire de son esprit. La fureur bouillonnait sous la surface, un torrent prêt à exploser, mais elle l'enferma sous une glace impénétrable. Elle était une Aes Sedai de l'Ajah Rouge, et elle savait mieux que quiconque contrôler ses émotions. Mais au fond d'elle-même, la rage grondait, menaçante.
"Un sorceleur..." pensa-t-elle. "Un simple mutant, un être dénaturé, et pourtant... Il m'a échappé. Il les a toutes tuées."
Ses doigts se serrèrent légèrement, trahissant sa frustration contenue. Ce n'était pas la première fois que Liandrin échouait, mais cet échec-là lui restait en travers de la gorge. Elle avait sous-estimé Arno, tout comme les Jara Rouge l'avaient fait. "C'est une erreur que je ne referai pas."
Elle marcha lentement jusqu'à la fenêtre, contemplant la nuit étoilée qui s'étendait au-delà des murs de la Tour Blanche. Le désert Aiel. Il s'était enfui vers une terre qu'elle ne pouvait pénétrer, où même la puissance de l'Ajah Rouge s'amenuisait face aux lois des Aiels.
"Tu as peut-être gagné cette bataille, mutant," se dit-elle intérieurement. "Mais tu ne gagneras pas la guerre."
Liandrin était patiente. Elle savait que la colère, si bien nourrie, pouvait devenir une arme redoutable, et elle s'en nourrirait jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un moyen de traquer Arno. Elle le retrouverait, et cette fois, il n'y aurait pas de bras macabre ni de chanson pour échapper à sa vengeance.
Elle se retourna brusquement, son esprit déjà en ébullition, forgeant de nouveaux plans. "Il est hors de ma portée pour l'instant...", murmura-t-elle, la voix aussi tranchante qu'une lame. "Mais pas pour toujours."
Elle envisagea d'autres moyens de l'atteindre, des ressources qu'elle n'avait pas encore exploitées. L'idée de manipuler ceux qui pourraient s'approcher d'Arno à Rhuidean germa dans son esprit. "Il ne peut pas rester éternellement dans le désert. Et quand il en sortira, je serai prête."
Elle savait aussi que la Tour Blanche pourrait ne pas la soutenir si elle persistait ouvertement dans cette chasse. "Peu importe," pensa-t-elle. "Je trouverai d'autres moyens. Il y a toujours des moyens."
Liandrin lança un dernier regard à l'horizon sombre. "Profite de ta liberté, sorceleur," murmura-t-elle, sa voix sifflant entre ses dents serrées. "Parce que le jour viendra où tu me supplieras de t'offrir une fin rapide. Mais tu ne l'auras pas."
Elle se détourna de la fenêtre, déjà focalisée sur ses nouveaux plans, plus déterminée que jamais à capturer Arno, même si cela devait lui prendre des années.
Arno avançait sous un soleil de plomb, laissant derrière lui la ville de Taien et le massacre sanglant des Jara Rouge. Les dunes du désert Aiel s'étendaient à perte de vue, scintillant sous la lumière aveuglante du jour. Il avait vu des endroits arides auparavant — la Zerrikanie n'avait pas été une promenade de santé non plus — mais il ne pouvait s'empêcher de plaisanter sur la situation. « Et voilà, un autre séjour de rêve dans un désert, mesdames et messieurs ! La prochaine étape : des vacances tout inclus avec vue sur le mirage du jour ! Qui veut un peu de sable dans ses bottes ? »
Il leva les bras vers l'immensité du ciel, adressant une grimace sarcastique à l'univers, avant de secouer la tête. « Eh bien, au moins je ne manque pas d'eau cette fois, merci à ces charmantes Aes Sedai. Qui aurait cru que je finirais par boire à la gourde d'une de ces sorcières ? Sincèrement, je m'attendais à quelque chose de plus magique, mais... » Il prit une longue gorgée et essuya sa bouche avec le revers de sa main, ajoutant à mi-voix : « Honnêtement, c'est un peu fade. Une bonne bière aurait été plus digne de l'occasion. »
Marchant à un rythme régulier, Arno n'était pas du genre à se laisser abattre par l'hostilité du désert. Le vent chaud soulevait de petits tourbillons de sable, mais cela ne l'inquiétait pas. Son facteur autoguérisseur gérait la chaleur, et ses bottes solides lui permettaient de traverser les dunes avec assurance. Il faisait attention à ses réserves, bien sûr, mais entre les provisions et l'eau qu'il avait récupérées des Aes Sedai, il était largement équipé pour tenir un moment.
Il se tourna soudainement vers le lecteur, un sourire en coin sur le visage. « Bon, je sais ce que vous pensez : "Arno, pourquoi t'as pas juste fait demi-tour et évité tout ce bazar ? Pourquoi t'es pas resté dans ton petit coin tranquille ?" Eh bien, mon cher lecteur, ça serait trop facile, pas vrai ? Où serait l'amusement si je ne traversais pas un désert mortel en plein cagnard après avoir découpé quelques magiciennes en petits morceaux ? Et puis, entre nous, j'aime bien relever des défis impossibles. Ça maintient le moral. »
Il reprit son chemin, sifflotant une petite mélodie tout en gardant un œil vigilant sur l'horizon. Malgré les plaisanteries, Arno restait toujours sur ses gardes. Le désert Aiel n'était pas seulement un vaste étendue de sable sans vie. Il savait que des guerriers Aiels pouvaient surgir à tout moment, invisibles dans leur propre territoire. Mais pour l'instant, il était seul, avec ses pensées, son humour acide et le paysage brûlant à perte de vue.
Le paysage devenait de plus en plus monotone, les dunes succédant aux dunes, et Arno savait qu'il avait encore des jours de marche devant lui. Pourtant, il ne montrait aucun signe de lassitude. Son esprit était concentré, et ses réflexions étaient teintées d'humour noir. « Vous savez ce qui est drôle, c'est que je suis presque sûr que si quelqu'un essayait de me suivre, il mourrait de soif avant moi. Les Aiels peuvent bien tenter leur chance, mais moi... je suis un foutu sorceleur. J'ai survécu à bien pire que ce désert. »
Son visage se fendit d'un sourire, et il poursuivit, s'adressant une nouvelle fois au lecteur, comme pour ponctuer son monologue intérieur : « J'espère juste qu'il y a un bar à l'autre bout. Rhuidean ou pas, si je fais tout ce chemin pour ne pas trouver une goutte de gnôle, je mords quelqu'un. »
Avec cette ultime pensée en tête, Arno poursuivit son avancée dans le désert, plein de confiance et d'ironie. Peu importe ce que le désert Aiel lui réservait, il était prêt.
Les Faucons des Dunes s'approchaient silencieusement du site du massacre, leurs mouvements invisibles aux yeux d'un observateur inattentif. Menés par Rhuarc Serein-Eclair, le groupe avançait en formation, leurs pieds nus ne soulevant aucun bruit sur le sable brûlant. Le soleil frappait durement, mais les Aiels, endurcis par les conditions impitoyables de leur désert natal, ne fléchissaient pas. Rhuarc, avec ses yeux acérés, fut le premier à repérer les corps mutilés éparpillés devant lui.
Les Jara Rouge avaient été massacrées. Il ne restait d'elles que des restes sanglants, dispersés de manière grotesque. Pourtant, les Aiels n'affichaient aucun signe d'horreur ni de surprise. C'était une scène de carnage, certes, mais ils avaient vu bien pire. Leur formation restait inchangée, et leur professionnalisme transparaissait dans chaque mouvement calculé qu'ils exécutaient. Pour eux, la mort, même dans cette violence extrême, n'était qu'une réalité parmi d'autres. Leur mission n'était pas de s'émouvoir, mais de comprendre ce qui s'était passé.
Rhuarc fit un signe de la main à ses guerriers, leur ordonnant de disperser. D'un geste, il envoya Daeva Cœur-de-Fer sur la crête la plus proche, afin qu'il observe les alentours et assure qu'aucun ennemi ne les surprenne. Daeva, un guerrier trapu mais rapide, grimpa sans un mot, se fondant dans les rochers comme une ombre furtive. « Surveille les horizons, » lui dit Rhuarc avec calme, avant de se tourner vers Tarak Sables-Dansants, l'un des éclaireurs les plus rapides du clan.
« Fouille les alentours. Il y a peut-être d'autres traces, » ordonna Rhuarc d'une voix posée.
Tarak acquiesça sans un mot, se fondant dans l'ombre des dunes, son corps agile disparaissant presque instantanément. Rhuarc, quant à lui, s'accroupit près d'un des cadavres démembrés. Il n'y avait aucun doute : cela avait été brutal, méthodique et terriblement efficace. Ses yeux se plissèrent alors qu'il étudiait les restes d'une Aes Sedai, son bras arraché de manière peu naturelle. C'était bien plus qu'un simple acte de guerre ou de défense. Celui qui avait fait cela possédait une force redoutable, doublée d'une certaine... sauvagerie.
Sans lever les yeux, il s'adressa à Naeva Pluie-de-Pierres, qui se tenait à quelques pas derrière lui. « Utilise ton don, Sagette. Nous devons comprendre ce qui s'est passé ici. »
Naeva s'avança lentement, ses mains ouvertes vers le ciel, sentant les légères vibrations de la magie résiduelle encore imprégnées dans l'air. Les corps mutilés des Jara Rouge formaient un cercle macabre autour d'elle, un spectacle horrifiant que même les plus aguerris des guerriers Aiels observaient en silence. Mais Naeva ne voyait plus ces corps. Elle était concentrée, le Pouvoir Unique serpentant dans ses veines comme un courant puissant qu'elle dirigeait, avec soin, vers les traces invisibles laissées par l'auteur de ce carnage.
Elle ferma les yeux, s'abandonnant à l'énergie qui l'entourait. Les murmures du désert se faisaient plus intenses, tandis que ses doigts traçaient dans l'air des formes indiscernables aux non-initiés. À chaque geste, les résidus de la magie des Jara Rouge se révélaient, mais au-delà de cela, elle ressentait autre chose, quelque chose de bien plus sinistre et déroutant. Ses sourcils se froncèrent légèrement, une ride de concentration apparaissant sur son front.
« Ce n'était pas seulement un combat, » murmura-t-elle, ses paroles presque emportées par le vent du désert. « C'était... une exécution. Une boucherie. »
Rhuarc se tenait à quelques pas d'elle, surveillant avec attention chaque mouvement de la Sagette. Ses yeux perçaient le moindre détail, attendant des réponses. Naeva ouvrit lentement les yeux, fixant un point invisible devant elle, comme si elle peinait à accepter ce qu'elle venait de découvrir.
« Qu'as-tu vu ? » demanda Rhuarc, sa voix basse et calme, mais teintée d'une impatience maîtrisée.
Naeva secoua légèrement la tête, comme pour se défaire du voile d'incrédulité qui l'envahissait. « C'est... impossible, » dit-elle en fixant Rhuarc. « Je n'ai jamais rien vu de tel. Tout indique qu'un seul homme a commis cette atrocité. Un seul. »
Le silence qui suivit ses mots était presque palpable. Les autres guerriers Aiels échangèrent des regards furtifs, mais aucun ne parla. Ils attendaient, absorbant l'information avec une discipline stoïque. Rhuarc, quant à lui, resta impassible, ses traits indéchiffrables. Mais derrière ses yeux, une vague d'étonnement se formait.
« Un seul homme ? » reprit Rhuarc, répétant les mots de Naeva. « Tu es sûre ? »
Naeva hocha la tête, ses yeux perçant ceux de son chef avec une intensité inhabituelle. « Aussi sûr que je le peux. La magie résiduelle est faible, mais ce qu'elle me dit est clair. Il n'y avait qu'un seul individu, et pourtant... » Elle laissa ses mots en suspens, cherchant la meilleure manière d'expliquer ce qu'elle venait de ressentir. « Il possédait une dextérité qui défie la logique. Une compétence qui ne devrait pas exister. »
Rhuarc se redressa légèrement, croisant les bras sur sa poitrine. Ses pensées se tournaient rapidement vers les implications de cette découverte. Un homme, capable d'une telle destruction ? Même les plus puissants des guerriers Aiels n'auraient pas pu accomplir un tel carnage en si peu de temps. L'idée même qu'un individu isolé ait massacré des Aes Sedai, des femmes formées à la maîtrise du Pouvoir Unique, le laissait perplexe.
« Nous devons le traquer, » dit finalement Rhuarc, sa voix tranchant le silence comme un couteau. « S'il est seul, il n'ira pas loin. Pas dans notre désert. »
Les guerriers Aiels échangèrent à nouveau des regards, mais cette fois avec une lueur de détermination. Ils n'avaient pas l'habitude de sous-estimer un adversaire, mais ils savaient aussi que le désert Aiel était leur allié. Aucun étranger ne pouvait survivre longtemps dans cette mer de sable sans y laisser des traces.
Daeva Cœur-de-Fer revint de sa position élevée sur la crête, ses yeux scrutant encore les horizons. « Rien en vue, mais les traces de pas vont en direction de l'est. L'homme a pris la route vers les montagnes. Il doit être en route pour Rhuidean. »
Rhuarc acquiesça. « Alors il se dirige directement vers la mort. Mais nous devons savoir qui il est et pourquoi il a fait ça. »
Naeva restait silencieuse, mais l'inquiétude se lisait dans son regard. Elle savait que ce qu'ils traquaient n'était pas un homme ordinaire. Les éclairs de magie qu'elle avait ressentis portaient une empreinte étrange, quelque chose qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Pourtant, elle restait fidèle à sa mission.
« Je vais sonder encore le Pouvoir Unique sur son passage, » proposa Naeva. « Il est possible que nous puissions en apprendre plus sur lui. »
Rhuarc hocha la tête, confiant dans ses capacités. « Fais-le. Tarak, prends de l'avance. Daeva, reste en alerte, surveille les alentours. Si cet homme est aussi dangereux que Naeva le pense, nous devons rester prudents. »
Les ordres étaient donnés, les Faucons des Dunes se mettaient déjà en mouvement. Ils étaient des chasseurs experts, et même si ce qu'ils poursuivaient semblait au-delà de l'imagination, ils savaient que leur force résidait dans leur union et leur maîtrise du désert. Rhuarc, silencieux mais résolu, jeta un dernier coup d'œil aux cadavres mutilés.
Il savait que cette traque serait différente.
Arno avançait à un rythme régulier à travers les vastes dunes du désert Aiel, ses bottes s'enfonçant légèrement dans le sable chaud à chaque pas. Le soleil brûlant martelait son crâne, mais il haussa les épaules, insouciant. Comparé aux épreuves qu'il avait déjà traversées, ce désert lui semblait presque accueillant. Avec un sourire en coin, il murmura en direction du ciel bleu éclatant :
« Eh bien, cher lecteur, qui aurait cru qu'un désert pourrait être plus amical qu'un groupe de magiciennes en colère ? Je vous jure, je préfère ce paysage stérile aux éclairs de colère des Aes Sedai. »
Il jeta un coup d'œil à sa gourde, récupérée sur le cadavre d'une des Jara Rouge, et la secoua légèrement pour sentir le doux glouglou de l'eau à l'intérieur. Il avait suffisamment de provisions pour survivre plusieurs jours, et avec son facteur autoguérisseur, il ne craignait pas la fatigue ou les petites blessures que le désert pouvait lui infliger.
« Note pour plus tard : les Aes Sedai, c'est vraiment pas les meilleures hôtesses. Si je devais leur donner une note sur TripAdvisor, ça serait sûrement deux étoiles... et encore, uniquement parce que l'eau de leur gourde est fraîche. »
Tout en marchant, Arno observait les dunes, le ciel clair et, au loin, les montagnes qui commençaient à poindre. Il savait que Rhuidean était quelque part de l'autre côté de cette étendue désertique, mais le chemin précis, il ne le connaissait pas. Mais cela ne l'inquiétait pas le moins du monde. Après tout, il n'était pas pressé, et le désert, aussi impitoyable soit-il, était un environnement qu'il connaissait bien.
« Oh, et une autre chose, » continua-t-il, s'adressant toujours à son public invisible. « Ce n'est pas la première fois que je me balade dans des endroits où il fait aussi chaud que dans le four à pizza de Dante. Vous vous souvenez de Zerrikania ? Ouais, je m'en suis plutôt bien sorti là-bas, donc je vais probablement m'en tirer aussi ici. »
L'air chaud fouettait son visage, soulevant parfois des nuages de sable. Arno plissait les yeux, mais ses réflexes étaient toujours vifs, ses muscles détendus mais prêts à réagir à la moindre alerte. Il restait sur ses gardes, tout en continuant ses réflexions à haute voix.
« Et vous savez quoi ? C'est drôle de se dire que je traverse un désert pour trouver une ville fantôme. Vous avez vu ce qu'ils disent de Rhuidean ? Mystique, introuvable, protégée par des secrets... Vous voulez mon avis ? C'est probablement un trou paumé avec trois maisons et un chien errant. »
Il éclata de rire à cette idée. Paulette, l'épée d'argent à sa ceinture, semblait vibrer légèrement, comme pour répondre à son humour. Claudette, l'épée d'acier, elle, restait silencieuse mais prête.
Les heures passaient, et malgré la chaleur accablante, Arno ne montrait aucun signe de faiblesse. Le soleil commençait à décliner, jetant des ombres longues et fantomatiques sur le sable ondulant. Une brise légère se leva, apportant un rare moment de fraîcheur. Arno décida de faire une pause, non par nécessité, mais parce que, comme il l'expliqua au lecteur :
« Les héros fatigués, c'est sympa, mais un sorceleur qui prend une petite sieste dans le désert, c'est encore mieux. Et puis, c'est l'occasion de recharger les batteries. Pas que j'en ai besoin, hein. C'est juste pour rester professionnel. »
Il s'allongea sur le sable, ses mains derrière la tête, fixant le ciel qui commençait à s'assombrir. Les étoiles apparaîtraient bientôt, et avec elles, la fraîcheur tant attendue du désert nocturne. Arno ferma un œil, surveillant les alentours par pure habitude, mais son esprit était calme, presque serein.
« Vous savez, » dit-il en fixant un nuage solitaire, « le désert, c'est pas si mal. Ça me rappelle un peu la vie de sorceleur. Toujours en mouvement, pas vraiment de maison, et à chaque tournant, quelque chose qui veut vous tuer. Ah, la belle vie ! »
Il soupira de satisfaction, jouant avec une mèche de cheveux qui s'était échappée de sous sa capuche. La solitude ne l'effrayait pas, et il était reconnaissant d'avoir un moment de répit après le chaos des derniers jours. Mais il savait aussi que ce calme ne durerait pas.
« Et là, c'est le moment où normalement, dans un film, quelqu'un surgirait du sable avec une lance empoisonnée, » plaisanta-t-il. « Mais heureusement, je suis le héros de mon histoire, donc tout va bien se passer. Enfin... jusqu'à ce que ça se passe mal. »
Il resta ainsi pendant un moment, les yeux mi-clos, écoutant le silence du désert. Les seules choses qui brisaient cette tranquillité étaient ses propres pensées, qui s'égaraient parfois vers les prochains dangers qu'il rencontrerait. Mais à ce moment précis, il ne ressentait ni peur, ni anxiété. Simplement un moment de paix au milieu du désert.
Finalement, il se redressa, s'étira longuement, puis reprit sa marche, une nouvelle blague prête sur ses lèvres.
« Bon, c'est pas tout, mais j'ai une ville fantôme à trouver, et un public à divertir. » Il fit un clin d'œil au vide. « Vous êtes toujours là, hein ? »
Sans attendre de réponse, il reprit sa route à travers les dunes. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter, pas même le désert Aiel et ses mystères.
Les Faucons des Dunes, sous la direction de Rhuarc, poursuivaient leur traque avec une détermination implacable. Rhuarc scrutait l'horizon désertique, le visage impassible. Le vent du désert fouettait son visage, emportant des grains de sable qui se perdaient dans l'immensité des dunes. Mais au-delà de cette tranquillité apparente, il savait que quelque chose de bien plus dangereux rôdait ici.
« Daeva, » dit-il d'une voix grave, « reste en hauteur, je veux savoir s'il y a des signes de présence plus loin. Tarak, continue de suivre la piste. Nous ne sommes pas loin. »
Tarak, le plus rapide du groupe, hocha la tête et s'élança avec agilité, parcourant les dunes comme si elles étaient des plaines. Il avait l'œil pour repérer les moindres traces, et ce qu'il avait vu sur les lieux du massacre des Jara Rouge l'avait profondément troublé. Plus ils suivaient la piste, plus il devenait évident que l'homme qu'ils traquaient n'était pas ordinaire.
« Certains des coups qui ont achevé les Jara Rouge... » dit-il en revenant vers Rhuarc après une rapide reconnaissance, « ...étaient précis, nets. Lame fine, petite. Ce genre de technique... ça me rappelle les assassins Aiels, ceux qui frappent sans faire de bruit. »
Rhuarc plissa les yeux en entendant cela. Les assassins Aiels étaient connus pour leur discrétion et la précision de leurs attaques. Mais il savait que personne parmi son peuple n'aurait agi ainsi contre des Aes Sedai. Cela renforçait encore davantage le mystère de cet étranger qu'ils poursuivaient. Un homme capable de causer un tel carnage seul... qui était-il vraiment ?
« Un homme avec ce genre de compétences... » Rhuarc réfléchissait à voix haute. « S'il a utilisé des techniques rappelant les nôtres, il pourrait essayer de se fondre dans le désert comme l'un des nôtres. Mais il ne s'agit pas d'un Aiel. Nous devons l'arrêter avant qu'il ne pénètre plus profondément dans notre territoire. »
Les autres guerriers écoutaient en silence, respectant les ordres de leur chef. Le désert Aiel n'était pas une terre où les étrangers pouvaient se perdre impunément, surtout pas dans une région aussi proche de Rhuidean. La présence de cet homme représentait une menace pour l'intégrité de leur peuple et pour les secrets qu'ils protégeaient depuis des siècles.
« Nous devons le rattraper avant qu'il n'atteigne Rhuidean, » ajouta Naeva, la Sagette du groupe, ses yeux brillants de concentration après avoir sondé les traces résiduelles de magie laissées sur les lieux du carnage. « S'il parvient à entrer dans la ville, nous ne pourrons plus l'arrêter. »
La tension était palpable. Le groupe sentait l'urgence croissante de la situation. Chaque minute comptait, et ils savaient que l'homme qu'ils poursuivaient avait déjà pris de l'avance. Rhuarc ordonna à ses guerriers de se diviser pour couvrir plus de terrain, espérant encercler leur proie avant qu'il ne disparaisse dans les profondeurs du désert.
Pendant ce temps, Arno continuait son chemin à travers les dunes, inconscient de la traque qui s'organisait derrière lui. Il avançait avec une certaine nonchalance, son humour ne l'abandonnant jamais, même au milieu de ce désert impitoyable. La chaleur n'avait aucune emprise sur lui, et sa gourde d'eau bien remplie lui garantissait plusieurs heures de marche sans problème.
« C'est fou comme c'est désert ici... » lança-t-il en plaisantant tout en fixant l'horizon infini. « Ah oui, c'est vrai. C'est un désert. Pas de surprise. » Il fit une pause, réfléchissant un instant. « Bon, s'il y a des Aiels qui se cachent dans ces dunes, ils doivent probablement se marrer en me regardant gambader comme un touriste perdu. J'espère qu'ils aiment les blagues. Sinon, ça va mal se passer pour eux. »
Arno ne soupçonnait pas encore que sa traque avait déjà commencé, mais il s'en moquait presque. Peu importait le nombre d'ennemis qui se dresseraient sur son chemin. Après tout, il était pratiquement immortel. Et s'il devait combattre d'autres guerriers dans ce désert, il le ferait avec le sourire aux lèvres et une plaisanterie prête à sortir.
« Les Aiels doivent bien avoir un sens de l'humour, non ? » s'interrogea-t-il à voix haute. « Sinon, ils vont être très déçus quand ils me trouveront. »
Rhuarc, Daeva, Tarak et Naeva poursuivaient leur route avec la même efficacité. Ils savaient qu'ils n'avaient pas beaucoup de temps. Si cet homme mystérieux atteignait Rhuidean, ils perdraient toute chance de le rattraper. Chaque membre du groupe comprenait l'enjeu. Ils n'avaient pas peur, mais ils étaient conscients que ce qu'ils chassaient était différent, peut-être même au-delà de tout ce qu'ils avaient connu.
« Il ne nous échappera pas, » déclara Rhuarc d'une voix calme mais ferme. « Il ne peut pas nous échapper. »
Le désert Aiel était immense, infini même pour ceux qui ne le connaissaient pas. Mais les Faucons des Dunes, experts dans l'art de la traque et de la guérilla, ne relâcheraient jamais leur cible. Peu importait l'habileté ou la ruse de cet homme, ils l'attraperaient avant qu'il ne devienne une menace encore plus grande.
Et Arno, de son côté, continuait d'avancer, sûr de lui, prêt à affronter tout ce qui viendrait à sa rencontre, avec une blague sur les lèvres et ses épées prêtes à trancher. Le désert n'était que le début de l'aventure, et même s'il ne le savait pas encore, il n'était pas seul.
